Recherche Lexique canonial

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Contenu du volume :

  • 272 pages.
  • 890 notices prosopographiques.
  • 26 biographies d'évêques.

Ce volume contient en outre une carte du diocèse, ainsi qu'un chapitre sur les livres de la cathédrale et une notice accompagnée d’un plan pour les stalles et pour le quartier canonial.

  • Présentation de la collection, par Hélène Millet, directeur du programme
  • Présentation du volume.

 

présentation de la collection des Fasti Ecclesiae Gallicanae, par Hélène Millet

Le présent volume ouvre une collection qui devrait, à son terme, compter 130 fascicules. Autant de fascicules que la France — considérée dans ses limites actuelles — recouvrait de diocèses après les créations de Jean XXII en 1316-1318. Dans chaque volume, le lecteur trouvera des tables chronologi­ques pour les évêques, leurs principaux auxiliaires et les dignitaires du chapitre cathédral ainsi que des notices biographiques pour eux-mêmes et tous les chanoines prébendés de la cathédrale de 1200 à 1500. Les notices consacrées aux évêques sont rédigées de façon traditionnelle ; les autres sont le résultat de l’édition automatique d’un fichier prosopographique informatisé. Cet ensemble est précédé par une copieuse introduction destinée à éclairer les cadres de la vie diocésaine et à faciliter la compréhension des renseigne­ments donnés dans les notices.

Sans le concours d’une équipe de chercheurs nombreux et motivés, il ne pouvait être question de lancer pareil programme. Un soutien financier du CNRS et le généreux accueil de l’IRHT lui ont permis de se réunir et de travailler depuis 1990. D’abord constituée en Groupement de recherche (GDR) tout entier occupé à travailler à la collection, elle est devenue partie d’un GDR plus vaste, voué à l’étude des sources religieuses, placé sous l’égide de Gerson et dirigé par André Vauchez. Actuellement forte d’une soixantaine de collaborateurs bénévoles, elle a mis en chantier les volumes de plus de trente diocèses.

Tandis que les Mauristes français élaboraient la Gallia christiana, John Le Neve dotait l’Angleterre de Fasti Ecclesiae Anglicanae. Par son titre et par ses ambitions, notre programme se rapproche davantage de l’entreprise anglaise que de la Française. Comme elle, il a laissé de côté les établisse­ments monastiques et il se contente de donner succinctement quelques informations biographiques ; mais il entend surtout l’imiter dans sa politique de révisions périodiques, que rend désormais plus facile le recours à l’informatique. Si nous n’avions pas été soutenus par l’espoir que nos listes et nos notices seraient un jour corrigées et améliorées, sans doute n’aurions-nous jamais osé les publier, car nous avons une conscience aiguë du caractère lacunaire de nos sources et de leurs difficultés d’interprétation. Mais nous avions aussi la conviction qu’il fallait lancer la recherche pour qu’elle puisse progresser.

Faire paraître au plus vite un premier fascicule nous a paru une tâche prioritaire. Beaucoup mieux que de longs discours, un exemple permet en effet d’expliciter les règles à suivre, aussi bien en matière de recherche que de présentation des résultats. Amiens nous a donc servi de banc d’essai. Durant les quatre années où nous avons travaillé à nos listes et à nos notices, nous nous sommes attachés, Pierre Desportes et moi-même, à définir une méthode. Au fur et à mesure, nous en avons discuté les points les plus délicats en comité de direction et en assemblée plénière. Certains tâtonne­ments ont, sans aucun doute, été préjudiciables à la cohérence du fichier. Mais nous sommes maintenant parvenus à définir un moule dans lequel tous les diocèses parviendront à se couler, sans que les ajustements parfois néces­saires ne viennent mettre en péril l’économie générale du projet.

Car les fascicules des Fasti Ecclesiae Gallicanae, tout en s’efforçant de tenir compte du « génie » propre de chaque diocèse, sont d’abord conçus comme les éléments d’un ensemble et destinés à jouer le rôle d’outil de travail auprès de la communauté des historiens. Ils se veulent opérationnels non seulement à l’échelle du diocèse mais encore de la France entière puisque, durant les trois siècles couverts par l’entreprise, les notables ecclésiastiques séculiers ont eu tendance à former une société relativement homogène qui se jouait des limites diocésaines. A terme, c’est une tranche sociale cohérente que restituera la collection et que matérialisera un Cd-rom où seront cumulées, corrigées et complétées les informations contenues dans chaque volume.

Cette façon de travailler conduira les lecteurs — tel est du moins notre souhait — à coopérer à l’œuvre entreprise en nous signalant les erreurs qu’ils pourront repérer ainsi que les renseignements supplémentaires dont ils dispo­sent. La collaboration sera d’autant plus nécessaire que, pour certains diocèses particulièrement pauvres en sources locales, il conviendra d’élargir la documentation. De ce va-et-vient avec les lecteurs, nous attendons qu’il nous permette de combler peu à peu une lacune importante de l’historiographie française.

Orléans, le 1er avril 1996, Hélène Millet, directeur du programme.

Présentation du volume d'Amiens

La publication, en mai 1996, du premier volume de la collection Fasti Ecclesiae Gallicanae créée par la maison d'édition Brepols a marqué une étape, particulièrement importante, dans la progression des travaux de ce programme. Grâce à ce prototype, les objectifs à atteindre sont désormais clairs, non seulement pour les collaborateurs, mais encore pour la communauté internationale des médiévistes à qui s'adresse cet outil de travail : un recensement du personnel ecclésiastique diocésain (évêques, auxiliaires de l'évêque, dignitaires et membres du chapitre cathédral) de la France (dans ses limites actuelles) entre 1200 et 1500, accompagné de notices prosopographiques pour chacun des individus ainsi recensés.

Le prototype de la collection : le diocèse d’Amiens

Le premier volume de la collection porte sur le diocèse d'Amiens. Il a été réalisé par P. Desportes et H. Millet, avec l'aide de 8 collaborateurs, à partir d'une base de données comportant 1114 enregistrements et concernant 916 individus, la différence entre ces deux chiffres résultant de l'obligation d'effectuer pour un seul individu autant d'enregistrements qu'il a de titres à entrer dans la base.

Ce volume de 260 pages comporte cinq parties :

  • une introduction de 38 pages (avec une carte du diocèse et deux plans) comportant une notice institutionnelle, une étude sur les livres du trésor de la cathédrale, le résumé d'une thèse sur les stalles de la cathédrale, une esquisse sur le quartier du cloître, un répertoire des sources utilisées, et la bibliographie.
  • 12 tables chronologiques pour les évêques et les dignitaires du chapitre (8 pages).
  • des notices biographiques détaillées (34 pages) pour les 26 évêques qui se sont succédé de 1169 à 1501.
  • 916 notices prosopographiques issues de la base de données, rangées par ordre alphabétique des prénoms (132 pages)
  • 3 instruments pour repérer les individus (35 pages):
    • un index des différentes formes de leurs noms
    • un index des diocèses cités en matière bénéficiale
    • un index de leurs numéros d'identification
Carte diocèse d'Amiens

 

 

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 27 janvier 2006

 

Informations générales

Hélène Millet ouvre la journée d'étude avec plusieurs informations:

Elle présente d'abord les excuses d'Anne-Lise Rey-Courtel, empêchée de venir présenter son exposé sur les biographies des 54 cardinaux du temps de Clément VII . Les travaux sont déjà assez avancés pour pouvoir répondre aux demandes de recherche sur les 25 cardinaux du Midi ( les 2 Aigrefeuille, Ameilh, Atgier, les 2 Aycelin de Montaigut, Blauzac, les 2 Chanac, les 2 Cros, les 2 Flandin, Grimoard, Lautrec, Maignac, Malesset, Monteruc, Murol, du Puy, Raymond de Barrière, Saint-Martial, Saint-Saturnin, Sortenac, Vergne) ainsi que sur Fétigny, Girard, la Grange, Luxembourg, Montrelais, Noellet, Rossi da Giffone, Saluces, Talaru, Thurey et Vergy (Pour contacter Anne-Lise Rey-Courtel: anne.lise.rey.courtel@wanadoo.fr,mail).

Il faut avoir une claire conscience du nouveau jeu des financements de la recherche . Le GDR Salvé a été classé 1 er ex-aequo par la commission 32 du CNRS. Ce GDR, qui accueille l'équipe des Fasti, créée il y a 12 ans, est donc en passe d'être renouvelé pour quatre ans. Mais d'ici 2010 le temps des GDR aura vécu.

La création de l'Agence Nationale de la Recherche modifie le jeu de la recherche de crédits : elle ne rémunère plus des équipes mais s'engage temporairement sur des programmes. En février 2005, l'ANR ne proposait aucun financement en direction des Sciences de l'Homme et de la Société. En juillet 2005, des dotations de 16 000 à 60 000 euros ont été réservées aux dossiers soumis avant septembre.

Il faut distinguer plusieurs types d'appels à projets :

  • projet blanc (avant le 20 mars 2006) = aucune thématique requise. Un maître mot : l'innovation.
  • projets présentés par de jeunes chercheurs (ie < 39 ans).
  • projets thématiques SHS : conflits, guerre et violence ; apprentissage, formation et société ; corpus et outils de la recherche en sciences humaines.

Les crédits peuvent servir à la rémunération de personnel temporaire sur CDD. Pour plus d'informations, rendez-vous à l'adresse suivante : http://www.gip-anr.fr/templates/appel-a-projet.php?NodId=17.

D'autres opportunités de financement peuvent intéresser les chercheurs réunis autour des Fasti : ce sont les agences de crédits locales . Ainsi Christine Barralis a obtenu un financement de 35 000 euros en soumettant un projet de recherche aux Partenariats Institutions-Citoyens pour la Recherche et l'Innovation (PICRI), financés par la région Ile-de-France. Il s'agit pour les chercheurs de conduire leur travaux en partenariat avec le monde associatif (CB a proposé une formation à la paléographie, au travail en archives, la préparation d'une exposition sur la cathédrale de Meaux et son quartier). Pour plus d'informations : http://www.iledefrance.fr/data/info/98928.pdf

Une nouvelle version du Petit Guide est disponible sur demande à Madame Martin (martin@cnrs-orleans.fr, mail). Attention : de nouvelles consignes sont à respecter pour la saisie des données dans le champ « parents », et quelques modifications ont été introduites pour la présentation des références. Ces ajustements sont destinés à préparer les bases diocésaines à leur entrée dans la « base Fasti » : celle-ci sera bientôt disponible en ligne aux auteurs à qui sera délivré un code d'accès. A partir de ce nouveau s ite web à usage privé , il sera possible de créer une base diocésaine, sans passer par l'intermédiaire d'ACCESS. Le système créé par Stéphane Raux permet de visualiser immédiatement les notices selon leur format d'édition, ce qui devrait considérablement faciliter le travail de saisie. Chaque auteur des fascicules édités participe en ce moment à la révision des notices prosopographiques. Une fois cumulées, les données de ces bases seront remises à Brepols pour leur mise en ligne sur le site, public mais payant, Brepolis . La livraison est prévue pour la fin 2006.

Le séminaire l'Eglise et les Eglises (présentation du séminaire : http://www.histoire.ens.fr/sem/medievale.html ) a invité les Fasti, en la personne de Christine Barralis (LAMOP), le 2 décembre 2005 pour une réflexion sur le thème : Que veut dire l'expression « ecclesia meldensis » à la fin du Moyen Age ?

La journée du 26 novembre 2005, Devenir évêque , organisée par Véronique Julerot a connu un grand succès. On trouvera sur le site du Lamop la bibliographie de référence et les résumés des communications. La prochaine réunion se tiendra le 21 octobre 2006 et aura pour thème : La consécration épiscopale .

Il n'aura pas échappé à certains curieux que, sur le tableau de la Vierge au manteau , conservé au Musée Crozatier du Puy-en-Velay, l'aumusse du chanoine est unicorne. Voilà une spécificité vestimentaire du chapitre du Puy, attestée en outre par des pierres tombales.

Nouvelles publications présentées :

  • Lecture et lecteurs en Bourgogne du Moyen Age à l'époque contemporaine , V. Tabbagh dir., Annales de Bourgogne (77), 2005.
  • Formation intellectuelle et culture du clergé dans les territoires angevins (milieu du XIIIème-fin du XVème siècle), J.-M. Matz et M.-M. de Cevins dir., Rome, 2005 (Collectionde l'Ecole française de Rome 349).
  • A Igreja e o clero Portugues no Contexto Europeu (The Church and the Portuguese Clergy in the European Context) , Lisbonne, 2005.
  • Un article de J. Pycke ; “L'examen d'un groupe social local devenu international: la prosopographie du chapitre cathédral de Tournai de 1080 à 1340”, p.207-232.

Un catalogue prosopographique pour la cathédrale de Braga déposé en G687 (donc référence actuellement inaccessible), où l'on trouve des méridionaux français du XIVème siècle.

Catherine Vincent annonce que le prochain Colloque International de la CIHEC (Commission d'Histoire Ecclésiastique Comparée), aura lieu à Paris en 2007 sur le thème de la liturgie.

A noter : la prochaine école d'été organisée par le CERCOR, à destination des doctorants et autres chercheurs en histoire religieuse, aura lieu à Saint-Etienne du 21 au 25 août 2006 sur le thème de la réforme, avec une initiation au droit canon, à la codicologie, l'iconographie, la liturgie etc. Le prix en est de 130 euros, voyage non compris. Programme et bulletin d'inscription seront diffusés séparément. Eventuellement les réclamer à Mme Hélène Morin (helene.morin@univ-st-etienne.fr).

 

Fabrice Ryckebusch, Cathédrales bénédictines dans le midi de la France.

Dans le cadre de sa thèse, F. R. explore les indices de la politique réformatrice de Jean XXII : en compagnie de M. Fournié et d'A. Arcin, il avait déjà présenté une relecture des motivations présidant à la création de la province ecclésiastique de Toulouse ( RHE (98) 2003, p.29-60). Le choix d'ériger des cathédrales bénédictines participerait à cette volonté réformatrice dans le prolongement des réformes introduites chez les OSB par le concile de Vienne et ouvrirait la voir à la Benedictina de son successeur. Certains éléments, en effet, en sont mis en place dès le pontificat de Jean XXII.

F. R. a étudié un dossier documentaire intéressant les sièges bénédictins méridionaux de Montauban, Saint-Papoul, Condom, Sarlat, Castres, Tulle, Saint-Flour, Vabres, Alet et Saint-Pons de Thomières. En plus d'une prosopographie des moines de ces cathédrales, il exploite les bulles de fondation, un registre de secrétariat de l'évêché de Vabres, divers statuts capitulaires - parmi lesquels ceux de Condom rédigés en 1343 - un procès-verbal de l'élection épiscopale à Sarlat par les chapitres de la cathédrale et de la collégiale Notre-Dame de Capdrot.

Une première question se pose : quelles raisons ont pu dicter le choix de la transformation d'abbayes bénédictines en cathédrale ? Le choix de Jean XXII n'a porté:

  • ni sur des abbés exceptionnels : le sort réservé aux abbés de Castres, Sarlat et Saint-Flour en témoigne ;
  • ni sur des villes importantes : Alet est un second choix après « l'erreur « de Jean XXII à propos de Limoux ; une logique de centralité aurait consacré Castelnaudary aux dépens de Saint-Papoul ;
  • ni exclusivement sur des abbayes nullo medio qui relèveraient directement de l'autorité pontificale ;

on ne peut même pas soutenir que Jean XXII, en annexant quelques prieurés clunisiens, a voulu ruiner l'autorité de Cluny.

Dans l'état actuel des recherches, il semble que l'élément décisif dans ce choix des abbayes bénédictines découle du souci de disposer d'établissements déjà dotés ce qui permet d'amoindrir la richesse des diocèses anciens tout en leur conservant des revenus suffisants ;

1. L'installation des cathédrales bénédictines. L'uniformisation des statuts.

Castres et Saint-Flour sont les deux premières cathédrales bénédictines pourvues d'un évêque : respectivement Déodat de Séverac, un théologien, et Raymond de Mostuéjouls, un juriste. Ces deux personnages ont joué un rôle considérable dans l'installation des cathédrales bénédictines méridionales notamment en diffusant un modèle de statuts qui était probablement celui voulu par Jean XXII.

 

Eléments chronologiques :

Curieusement, Déodat de Sévérac et Raymond de Mostuéjouls à peine consacrés évêques se voient demander, le 6 juillet 1319, d'élaborer des statuts pour leurs Eglises, après avoir pris l'avis des prêtres de leur diocèse et des moines de leurs abbayes. Ces statuts son inconnus aujourd'hui mais on sait qu'ils ont été soumis à l'approbation pontificale. Il est possible sinon probable que ces statuts sont ceux que l'on retrouve sous une forme standardisée dans quelques unes des cathédrales bénédictines méridionales, peu de temps après leur érection. Les premiers promulgués semblent avoir été ceux de Raymond de Mostuéjouls à Saint-Papoul en janvier 1320.

Cette codification de statuts progresse d'une cathédrale méridionale à l'autre. En juin 1320 pour la Saint Clair, lors d'un chapitre général de la cathédrale de Tulle, Raymond de Mostuéjouls et Guillaume de Cardaillac, évêque de Montauban, sont appelés à seconder l'évêque et le chapitre pour la rédaction de statuts. La même procédure (commissions) qu'à Saint-Papoul y est adoptée et le résultat sensiblement le même. Les statuts de Tulle (publiés par Baluze) sont très proches de ceux de Saint-Papoul et de ceux de Vabres (5 juillet 1320) : seuls changent des points de détails (le nombre de moines et celui des individus envoyés aux études). A Montauban, des statuts sont adoptés en 1322, sous l'épiscopat de Cardaillac. Pour Saint-Pons, on ne dispose plus du texte, mais Urbain V fait allusion à des statuts « imposés » par Raymond de Mostuéjouls…

Pour les statuts de Condom - qui n'ont pas encore été vus par F.R. - il est possible que l'évêque de Galard ait adopté un autre modèle tant les relations de cette cathédrale avec les autres paraissent rares. Cela ne doit pas empêcher de mettre en avant le souci d'uniformisation des statuts et de mise en relation des différentes cathédrales bénédictines par Jean XXII, confiant pour ce faire un rôle éminent à quelques personnages que l'on voit circuler de cathédrale bénédictine en cathédrale bénédictine à des dates trop rapprochées pour que cela soit purement fortuit.

Contenu global de ces statuts

La comparaison des statuts fait ressortir quelques variantes d'ordre local mais contiennent quelques éléments récurrents :

  • Le prieur mage : un nouveau prieur mage est élu dix jours maximum après le décès de son prédécesseur. Insistance particulière sur les pouvoirs de correction qu'il peut exercer sur les moines sans avoir recours à l'évêque, du moins tant que les fautes relèvent de la discipline de la Règle. Dans les premières années de fonctionnement des cathédrales bénédictines, on assiste à une véritable réflexion sur le rôle du prieur-mage dont on trouve d'ailleurs des échos dans les décisions de la Rote. Il devient l'homme fort face à l'évêque, qui n'est pas toujours bénédictin. Il revendique la totalité des droits qui appartenaient à l'abbé.
  • Le chapitre général se tient, de droit, le lendemain de la fête du saint de la cathédrale pour la réforme de tout ce qui ne fonctionne pas. C'est le moment de la reddition des comptes.
  • Les autorisations d'absence sont données à ceux qui poursuivent des études ou qui détiennent des bénéfices dépendants du chapitre.
  • Le sous-prieur est nommé par un chapitre, auquel l'évêque a voix.
  • Fixation du nombre des moines. Il reste élevé par rapport à celui des effectifs des chapitres cathédraux séculiers du Midi comme le fait remarquer Y. ESQUIEU. Pascal Montaubin lie ce phénomène à l'absence de prébendes dans ces chapitres bénédictins mais ce ne peut être qu'un commencement d'explication car les chapitres méridionaux même séculiers n'ont pas toujours des prébendes distinctes.
  • Profession monastique, serment d'obéissance entre les mains de l'évêque.
  • Liens avec les prieurés.
  • Séparation des menses : la division des menses a entraîné des luttes entre les évêques et les moines emmenés par les prieurs, Dès 1327, et pour 16 ans encore, Saint-Pons connaît des problèmes à ce propos sans qu'il soit possible, du fait de la disparition des sources, d'en connaître la raison. A Tulle, en revanche, la situation est remarquablement gérée.
  • Liens de confraternité.

 

2. Quelques points particulièrement importants pour Jean XXII.

A. Des élections épiscopales mixtes.

Jean XXII a souhaité que l'élection épiscopale, dans certains diocèses bénédictins, soit menée conjointement par le chapitre cathédral bénédictin et le chapitre collégial. Ainsi participent à l'élection, à Montauban, le chapitre de la collégiale Saint-Etienne du Tescou, à Saint-Papoul, le chapitre de Castelnaudary, à Alet, celui de Saint-Paul du Fenouillet, à Castres celui de Saint-Pierre de Burlats, à Sarlat, celui de Capdrot. Pour F. R. il ne s'agit pas de défiance envers les bénédictins. Pourquoi élargir le corps électoral ? Pour que le corps électoral soit représentatif de l'ensemble du clergé. Ce système ne prévaut pas partout : A Condom, seuls les moines de la cathédrale participent à l'élection, sans participation des chanoines de La Romieu, par exemple.

Jean XXII rappelle en 1328 le processus d'une élection mixte (chapitre cathédral et chapitre collégial), au bénéfice du chapitre de la collégiale de Castelnaudary. Il maintient ce système alors qu'il nomme lui-même les évêques ! En 1335, ce système fonctionne pour l'élection de Guillaume de Sendreux à Sarlat. Il est supprimé par Clément VI (bulle dans Doat) ce qui n'empêche pas les revendications de la collégiale du Tescou en 1360 et de Castelnaudary au XVe siècle encore (la querelle donne lieu à une argumentation très solide dont rend compte le registre de secrétariat de Pierre Soybert).

B . Insistance sur les études des moines noirs.

Alors que l'abbé de Moissac (à la fin du XIIIe sicle) veut bien envoyer des moines aux études, mais non les financer, Jean XXII et ses fidèles exécuteurs décident, par leurs statuts, qu'un moine sur dix pourra s'absenter pour des études en droit canon ou en théologie tout en percevant, en deux termes, l'équivalent de sa prébende monacale. Ce système est bien plus favorable que celui entériné qui figurera dans la Benedictina ,. Ce point important des statuts des nouvelles cathédrales s'appuie sur la constitution apostolique Ne in agro dominico attribuée au concile de Vienne sans qu'il soit possible de savoir si ce texte a bien été élaboré par le concile ou rajouté par Jean XXII au moment de la promulgation des actes du concile. Quoi qu'il en soit, Jacques Duèse, au moment du concile, siégeait dans la commission chargée de la réforme de l'Eglise. Pour F. R. ces dispositions doivent conduire à minorer l'importance de la Benedictina comme instrument de réforme des OSB par Benoît XII : celui-ci s'est inspiré d'acquis anciens ou plus récents et s'est fait assister de cardinaux bénédictins qu'il signale de manière très allusive. Parmi eux figurait le cardinal Raymond de Mostuéjouls !

Les désirs du pape ont-ils été suivis d'effets ? Peut-on retrouver 10 % de moines aux études par une prosopographie ? Les statistiques n'ont pas encore été complètement réalisées. Dans les rôles de l'Université de Toulouse en 1378, on compte cependant 44 bénédictins parmi 562 canonistes.

C. Liens entre les cathédrales.

Le système de confraternité évoqué en fin de statuts a certainement fonctionné. Il n'est pas seulement destiné à créer des communautés de prières pour les moines défunts mais est également pensé comme l'outil d'une éventuelle réforme en cas de relâchement de la discipline. Pour l'instant les décomptes de liens existant entre ces cathédrales ne sont pas suffisants pour parler de l'instauration d'un réseau de cathédrales bénédictines : sur 800 notices, 15 moines ont circulé d'une cathédrale à l'autre ; six cathédrales bénédictines gravitent dans leur recrutement autour de Saint-Guilhem. Pascal Montaubin qui intervient sur ce point préfère la notion de relations à celle de réseaux, ce dont convient F. R. au regard du faible indice de connexité mis à jour. Vincent Tabbagh demande si les confraternités fonctionnent exclusivement entre les abbayes devenues cathédrales ou s'il existe des tentatives de confraternités avec des chapitres augustins et d'autres abbayes bénédictines ? Pour F. R. les nouvelles confraternités ne se substituent pas aux anciennes ; elles viendraient plutôt se surajouter.

Dans la suite de ses recherches, F.R voudrait montrer que cette création de cathédrales OSB s'inscrit dans une volonté de réforme des bénédictins annoncée par le concile de Vienne et poursuivie par Jean XXII et ses successeurs. Elle pourrait constituer - mais c'est une hypothèse - une réponse à Pierre Dubois qui veut séculariser les abbayes bénédictines. Pour Jean XXII, bien plus que pour Benoît XII, et de façon semblable à Urbain V, l'ordre bénédictin est une préoccupation majeure : cela ressort du décompte des lettres expédiées par la chancellerie (11 % des lettres sont consacrées aux bénédictins). Sous Jean XXII, un tiers du total des nominations d'évêques concerne des bénédictins. Jean XXII a lui-même rappelé la nécessité des conciles triennaux et du concile provincial.

A l'issue de l'exposé les questions ont été nombreuses, outre celles qui ont été évoquées dans le cours du compte-rendu, il convient de noter l'intervention de Daniel Le Blévec qui rappelle la fascination de Jean XXII pour les moines : il transforme des abbayes en cathédrale et fonde deux chartreuses. Il se demande quel rôle a pu jouer l'exemple appaméen. Pour F. R. il s'agit d'un contre modèle. Hélène Millet souhaite savoir comment les abbayes sont nommées dans les sources. F. R. : dans les épaves locales, il s'agit de chapitres de moines noirs, dans l'analyse des lettres pontificales, de moines ; dans les statuts, il s'agit de chapitres de moines, capitulum ecclesie .

 

Catherine Vincent : Préparation de la rencontre scientifique «Cathédrales et pèlerinages»

C. V. prend la parole en tant que responsable de l'axe « Sanctuaires et pèlerinage » (http://www.coldev.org/sanctuaires/index.php), en vue de la préparation d'une rencontre, en partenariat avec celui des Fasti, à programmer fin 2007 ou début 2008, sur le problème des relations entre cathédrales et pèlerinages.

On ne lit rien sur la relation entre cathédrales et pèlerinages, deux pôles majeurs de la pratique chrétienne. Pourtant de nombreux indices attestent un lien pérenne entre cathédrales et pèlerinages, et une évolution de ce lien. Un constat initial à préciser, qui devrait déboucher sur de plus vastes questionnements : celle de l'attitude de l'épiscopat et des corps canoniaux face à cette pratique et à la vénération des reliques. Celle de la relation des fidèles à l'identité diocésaine, et de l'articulation de cette dernière avec le « polycentrisme » de la pratique.

Quatre directions sont proposées à la réflexion :

  • 1. Quels sont les divers types de déplacements vers l'église-mère du diocèse ? Quel est ici le sens du mot pèlerinage ?
  • 2. Qui vient-on vénérer dans les cathédrales ?
  • 3. La cathédrale et son clergé face au/aux pèlerinage(s).
  • 4. Cathédrale et autres pèlerinages de la cité ou du diocèse : rivalité, complémentarité ?

Cette invitation appelle les commentaires de Benoît Jourdan sur l'espace rhénan, de Monique Maillard sur Cambrai, de Patrick Demouy sur les promenade de reliques, de Jacques Madignier sur Autun (culte de saint Lazare), de Pierre Desportes sur Amiens, d'Yves Esquieu sur les dispositions architecturales, de Denyse Riche sur le rôle des villes, de V. Tabbagh sur la propriété des reliques qui passe aux confréries.

NB : Un formulaire de réponse aux questions ci-dessus a déjà été envoyé. Merci à ceux qui l'ont rempli et retourné. Il n'est pas trop tard pour le faire, avec brièveté, car il s'agit d'un sondage destiné à évaluer globalement la situation : si vous ne savez rien sur la question, c'est aussi utile de le dire.

 

Jean Vincent Jourd'Heuil, Présentation de la notice institutionnelle de Langres

J-V. J. présente une notice très avancée sur le chapitre de Langres. Il dispose de sources tout à la fois nombreuses (délibérations capitulaires, comptes, cartulaires, obituaires, testaments et codicilles) et rares (tel le BM Langres ms. 54, partitions et matricule du chapitre depuis 1384).

Christophe Wissenberg a conçu une carte du diocèse et de ses subdivisions en archidiaconés (6) et doyennés (17). Ce diocèse compte 577 paroisses dont 156 à la collation de l'évêque et 62 à celle du chapitre, d'après le pouillé dit de 1373. La cité épiscopale compte trois paroisses, quatre prieurés forains et un couvent dominicain à partir de 1232. Dans le diocèse, on compte quatre collégiales séculières en 1200 et dix huit en 1500, parmi lesquelles la chapelle ducale de Dijon, fondée en 1172 par le duc de Bourgogne : Philippe le Bon porte en 1431 le nombre de prébendes de 21 à 24 et fonde 4 canonicats musicaux. Cette collégiale constitue la paroisse personnelle de la famille ducale et le siège de la Toison d'Or dès 1431. Elle reçoit une hostie miraculeuse d'Eugène IV en 1433 et devient Sainte-Chapelle.

La cathédrale actuelle est bâtie dans la première moitié du XII e s. L'évêché, baronnie subdivisée en treize prévôtés au XIII e siècle, est l'une des premières seigneuries ecclésiastique du royaume : elle reçoit alors l'hommage des comtes de Champagne et de Tonnerre, du duc de Bourgogne et de plus de 120 vassaux. L'évêque, pair de France, frappant monnaie du X e au XIV e s., et remettant le sceptre lors de la cérémonie du sacre royal, prend régulièrement le titre de duc de Langres (peut-être même dès le XIIIe siècle). Les revenus épiscopaux, taxés à 6000 lb, situent le siège de Langres au quatrième rang après les archevêques de Rouen, Auch et Narbonne. En 1203 Philippe Auguste autorise les chanoines à élire l'évêque sans sa licence et leur accorde le droit de régale. Le bailli de Sens est souvent sollicité pour régler les litiges entre les deux seigneurs de la cité : l'évêque et le chapitre. En 1317, le roi établit un capitaine dans la cité.

La première mention d'un official à la cour de Langres remonte à 1206. En 1387, Clément VII supprime sur la requête de l'évêque la juridiction de l'archidiacre de Langres contre une pension annuelle de 400 fl. Cet acte entérine la disparition de la dernière officialité concurrente de celle de l'évêque, les archidiacres semblant tous disposer d'une officialité dès le milieu du XIII e s. En 1415, les six archidiacres perçoivent un tiers des amendes perçues par l'official de Langres, sur les sujets de leur archidiaconé, ainsi que le tiers de la valeur du sceau des absolutions.

Les chanoines revendiquent une autorité sans partage sur l'église-mère du diocèse. Le chapitre, seigneur de trente cinq villages, du quartier cathédral emmuré et percé de dix portes, et du faubourg de Sous-Murs, est aussi co-seigneur de onze autres villages, décimateur exclusif de quatorze autres... Le chapitre entend échapper dès le XIII e siècle à la juridiction épiscopale. Ce n'est cependant qu'en 1371 que l'évêque Guillaume de Poitiers accorde le droit de haute et basse justice, civile et criminelle, par le chapitre sur ses membres lors de dies judiciales . L'année capitulaire s'ouvre par le chapitre général du 1er mai, auquel s'ajoutent les chapitres généraux de la Madeleine (22 juillet) et de la Saint Mammès (17 août). D'après le statut de 1257, le chapitre compte cinquante et une prébendes, deux attribuées au doyen, deux autres aux "prébendiers" (prêtres chargés d'assister les chanoines dans l'office divin, leur nombre passe de 6 à 8 au XIVe s.), et quarante sept, chacune attribuée à un chanoine. On tient d'une plainte au Parlement de Paris, en 1415, la valeur d'une prébende à 200 l. t. (distributions comprises). En 1440 le concile de Bâle accorde au chapitre la possibilité d'attribuer une prébende sacerdotale aux enfants de choeur et une seconde à la mense des prébendiers. Le nombre des chanoines passe ainsi de quarante huit à quarante six avec une partition maintenue à cinquante et une prébendes. En 1257, huit prébendes sont sacerdotales, douze diaconales, douze sous-diaconales, et quinze sans contrainte d'ordre. A compter de 1274 les chanoines titulaires d'une prébende sacerdotale seront privés de la totalité de leur prébende s'ils résident moins de six mois, et devront résigner tout bénéfice exigeant une autre résidence. En 1438, la clause de la résidence de six mois est supprimée, mais s'ajoute l'obligation d'assister quotidiennement aux matines, à la messe et aux vêpres sous peine de perdre les distributions attachées à ces heures. Les cures et les bénéfices à la collation du chapitre sont tantôt conférés individuellement par les chanoines, à tour de rôle, tantôt conférés par le chapitre entier.

Le chapitre cathédral compte neuf dignitaires. Le doyen, cité depuis 903, a double distribution et double prébende. Il est taxé à 70 lb. Une bulle de 1263 confirme le droit d'élection du doyen par le chapitre et interdit la collation apostolique. Il nomme les prébendiers du chapitre. Le trésorier, apparu au XI e siècle, seigneur de deux villages du Langrois, est taxé à 240 lb. Les six archidiacres, selon la hiérarchie connue dès 1241 : archidiacre du Langrois ou grand archidiacre, archidiacres du Dijonnais, du Tonnerrois, du Lassois, du Barrois et du Bassigny, sont taxés de 80 à 15 lb. Le chantre dirige les chants aux offices et détient la nomination des maîtres des écoles publiques du diocèse. Les chanoines exercent quatre types d'offices. Le chambrier, chanoine élu par ses pairs pour un an reconductible, est à la tête de la chambre capitulaire. Il est chargé des comptes capitulaires, règle les contentieux financiers du chapitre, tient le rôle de juge ordinaire des chapelains, prêtres habitués, choriaux et officiers de l'Eglise de Langres. Les obédienciers sont quatre chanoines chargés de l'administration temporelle des biens capitulaires dans quatre circonscriptions proches de Langres. Ils ont des fonctions d'administration et de justice. L'office de sacristain consiste à veiller aux vases sacrés, missels et livres liturgiques. La création de l'office de théologal, voulue par la 31 eme session du concile de Bâle (1438), apparaît à Langres en 1443 : il assure des leçons de théologie une à deux fois par semaine et doit prêcher à la cathédrale surtout pendant l'Avent et le Carême. Trois autres officiers sont parfois choisis parmi les chanoines : le cellérier, le chancelier, le psallette (1486). Le chapitre semble jouir de fait de la collation aux prébendes (hors collation apostolique). Les conditions d'admission, connues par les serments prêtés par les chanoines lors de leur réception, paraissent évoluer dans un sens restrictif, de 1398 à 1433.

Les autres desservants de la cathédrale sont les prébendiers et les chapelains. Les prébendiers, de six à huit, sont adjoints aux chanoines prêtres pour les seconder dans le service divin. Ils jouissent des fruits de deux, puis trois prébendes, sont nommés par le doyen et possèdent une stalle au choeur. Les chapelains sont près d'une centaine au milieu du XV e siècle, attachés au service de trente-sept chapelles de la cathédrale.

 

27 et 28 janvier 2006 : Jean-Baptiste Lebigue, Stage sur les manuscrits liturgiques

L'assistance, conduite à vive mais attentive allure par Jean-Baptiste Lebigue , a alors entamé un passionnant voyage dans l'étrange univers du livre liturgique ! L'après-midi a été consacré à l'étude des propriétés particulières de chacun des livres liturgiques de la messe : sacramentaire, évangéliaire, épistolier, graduel et missel. Chacun des quatre premiers livres reprend les pièces liturgiques propres à chaque type des acteurs de la messe (respectivement le célébrant, le diacre, le sous-diacre, le chantre) tandis que le missel contient l'ensemble de ces pièces. Une mise au point sur temporal et sanctoral a précédé une présentation sur la préséance entre les offices. Le tout agrémenté d'exercices pratiques !

Le lendemain 28 janvier, le stage se poursuit dans les murs de l'Ecole des Chartes, autour de l'office des heures, une pratique liturgique imposée à tous les membres du clergé, dont le fondement est la récitation hebdomadaire des cent cinquante psaumes, répartis entre les différents jours de la semaine, et entre différents moments de chaque journée. Nous sommes passés du rappel des principales pièces de l'office à l'étude des manuscrits qui les rassemblent : psautiers, antiphonaires, hymnaires, livres de lectures (lectionnaires, homiliaires, passionnaires), collectaires et bréviaires.

Enfin, Jean-Baptiste Lebigue nous a donné des clefs pour l'identification d'autres manuscrits liturgiques, qui ne peuvent être classés parmi les livres de la messe ou de l'office : des livres relatifs à l'organisation générale du culte : l'ordinaire, le coutumier et les livres d'usages, le cérémoniaire, les nécrologes et obituaires. Des manuscrits dédiés à des aspects particuliers de la liturgie : le martyrologe, les processionaux, les livres de cérémonie et ordines rituales . Enfin des livres réservés à des acteurs particuliers de la liturgie : le livre de l'hebdomadier, et surtout le pontifical.

Cette exploration méthodique et didactique dans la complexité (évolutions des usages et des types de manuscrits, structure et particularismes) d'un univers lié à la pratique spirituelle a eu un très grand succès auprès de ses auditeurs. Elle restera un moment clef dans la formation continue des membres des Fasti, éléments chevronnés et débutants, qui pourront, lorsque l'occasion le requerra, se reporter aux fascicules récapitulatifs préparés par Jean-Baptiste Lebigue , et aux tout aussi précieux fascicules d'exercices corrigés (analyse de cinquante deux documents conservés dans les BM de France). Ces fascicules devraient prochainement être consultables sur le site de l'IRHT.

 

24 février 2006 : Les Fasti Ecclesiae Portugaliae en salle Perroy : présentation du SIEP

Cette journée des Fasti a trouvé un prolongement dans la matinée du 23 février, avec l'invitation en salle Perroy par Hélène Millet d'Ana Maria Rodrigues , Pedro Henriques et Sandra Cristina Lopes venus présenter une réalisation de l'équipe des Fasti Ecclesiae Portugaliae , le Système d'Information pour l'Etude Prosopographique (SIEP).

Hélène Millet commence par présenter l'équipe et les dimensions du projet : l'Eglise portugaise dont on commence à parler à partir de 1071 comporte neuf diocèses. Le projet mis en place en 2002 pouvait donc se permettre des exigences autrement plus fines que celles des Fasti Ecclesiae Gallicanae . Les travaux prosopographiques des Fasti portugais intéressent la période 1071 - 1500 : ils ont été projetés en deux phases, autour d'un terminus ad quem programmé pour fin 2006, autour de la fin du règne de Denis I er de Portugal (+ 1325), terminus a quo pour la prochaine campagne de recherches. Les fonds documentaires locaux sont infiniment plus riches que ceux conservés en France. A Braga les fonds sont prodigieux, mais il n'y a pas d'équivalent de nos inventaires sommaires pour ces archives. Ainsi, derrière l'homonymie des deux équipes de Fasti , la philosophie des projets diffère sensiblement.

Le Système d'Information pour l'Etude Prosopographique se décline en

Le SIEP est une application en HTML dynamique (Php + MySQL). Les boursiers qui vont recueillir les données en archives disposent sur leur portable du module SAL. Au terme de chaque campagne de dépouillement, ils transfèrent, sous forme de fichier texte via une connexion internet, les données recueillies au Système Central qui les ingère. Pour chaque diocèse, un responsable s'occupe alors de normaliser les informations et de recouper toutes les fiches concernant un même individu. Plus d'informations peuvent être trouvées à l'adresse suivante : http://www.fasti.ucp.pt/

Les chefs de projet nous ont fait découvrir le fonctionnement de cette base, la composition des fiches individuelles : ordres sacrés, dispenses, expectatives, concessions de bénéfices, collations de bénéfices (investiture), fonctions, formation universitaire, ouvrages, parentèles, dépendants, offices, biens, dernières volontés.

La discussion s'est ensuite poursuivie par un échange fructueux autour notamment du travail de Stéphane Raux, développeur de la base cumulative des Fasti et de l'opération Charles VI .

  • quatre processus : cueillette des données, normalisation, analyse, divulgation ;
  • deux composantes :
    • SAL : Système d'Aquisition Local ;
    • SC : Système Central de traitement et d'extraction des connaissances ;
  • deux bases de données :
    • BDD, Base de Données des Documents, comportant pour chaque document (un manuscrit, une sentence, un testament, une nomination à un canonicat etc.) une brève analyse ;
    • une Base de Données Prosopographique contenant la liste des membres du clergé cathédral et une table de liaison faisant le lien avec chaque document intéressant chacun de ces individus.

Pour commander le volume.

Contenu du volume :

  • 272 pages.
  • 390 notices prosopographiques.
  • 27 biographies d'évêques.

Ce volume consacré au diocèse de Mende contient en outre une carte du diocèse, une présentation du quartier de la cathédrale avec trois plans, une étude de ses bibliothèques et de ses reliques, une notice sur le tombeau de Guillaume Durand.

« Soulignons pour finir le grand intérêt du livre, maillon supplémentaire pour la connaissance de l'Église médiévale dont tant reste à découvrir. » (Véronique Julerot dans: Revue Mabillon, n.s., t. 17, 2006, p.336-337).

 

Diocèse de Mende : note liminaire, par Hélène Millet

Le travail de recherche qui est à l’origine de ce huitième volume des Fasti Ecclesiae Gallicanae n’était pas consacré à l’histoire ecclésiastique. Philippe Maurice a en effet soutenu en 1995 à l’université de Tours une thèse de doctorat sur La famille en Gévaudan au XVème siècle, d’après les sources notariales (1380-1483) et c’est dans ces sources qu’il a découvert l’existence des chanoines de la cathédrale de Mende en tant que clients particulièrement bien attestés. Avertie par Christiane Deluz et Bernard Chevalier que la thèse comportait en appendice un copieux catalogue biographique portant sur cent deux chanoines de Mende et que cet appendice ne figurerait pas dans la version publiée (La famille au Gévaudan au XVème siècle, Publications de la Sorbonne, Paris, 1998), j’ai proposé à son auteur d’entrer dans l’équipe des Fasti et d’étendre ses investigations aux siècles antérieurs en vue de travailler à l’établissement du volume mendois. C’est le 5 mars 1999, au cours d’une visite qui est restée gravée dans ma mémoire, que le « marché » fut conclu.

Aux Archives départementales de la Lozère, pour l’aider dans cette démarche chronologiquement régressive et dans les méandres des institutions ecclésiastiques, Philippe Maurice savait pouvoir compter sur la généreuse complicité d’Hélène Duthu. A l’époque, Anne-Sabine Delrieu commençait justement des recherches sur le chapitre cathédral de Mende au XIVème siècle à partir de la comptabilité capitulaire. Toutes les conditions semblaient donc requises pour que s’établisse une fructueuse collaboration autour du diocèse mendois. Celle-ci a d’abord remarquablement fonctionné, puis les hasards de la vie professionnelle ont éloigné de Mende aussi bien Hélène Duthu qu'Anne-Sabine Delrieu, et Philippe Maurice s’est retrouvé seul au moment de prendre la plume pour rédiger les différentes composantes du volume. L’ampleur de la tâche à accomplir n’était cependant pas pour l’effrayer, car, dans le même temps, il a constamment travaillé à l’établissement d’un recueil de biographies du Gévaudan médiéval qui s’étend à l’ensemble de la population aussi bien laïque qu’ecclésiastique. Autant dire que rien de ce qui est mendois ne lui est étranger !

Pour les périodes antérieures au XVème siècle, les sources notariales ne pouvaient évidemment suffire à faire connaître les notables ecclésiastiques mendois, et Philippe Maurice a dû, lui aussi, alimenter ses notices à l’inépuisable documentation pontificale. Mais le profond ancrage de son travail dans les sources locales au sens large – à savoir des sources qui n’émanent pas exclusivement du chapitre ou de l’évêché – lui donne une saveur particulière et explique que le volume ne comporte pas les annexes, devenues habituelles dans la collection, où sont répertoriés les individus dont l’appartenance au chapitre pose problème. Il explique aussi que les notices biographiques des évêques du XIIIème siècle fassent une place très large aux affaires temporelles, militaires surtout, relatives au Gévaudan et que Philippe Maurice ait au contraire connu la tentation d’abandonner à leur obscur destin les pontifes des siècles ultérieurs, assez nombreux à faire figure d’étoiles filantes à Mende.

Parce qu’elles portent sur des personnages à la carrière bénéficiale plus étendue et souvent mieux connue, les notices biographiques épiscopales renvoient presque systématiquement à d’autres notices déjà publiées dans les volumes de la collection, soit dans le répertoire prosopographique soit dans le catalogue des notices d’évêques. On voit ainsi commencer à se mettre en place quelques éléments du puzzle que les Fasti Ecclesiae Gallicanae ambitionnent de reconstituer. Ces interférences de plus en plus nombreuses obligent à une vigilance accrue et le rapprochement des informations peut révéler des affirmations contradictoires ou manquant de cohérences dont il faut alors vérifier la fiabilité et la pertinence auprès des autres auteurs. La nécessaire harmonisation des données a contribué à renforcer le réseau des échanges entre chercheurs et, pour ce qui est de ce volume, je souhaite saluer tout particulièrement les généreuses relectures ou collaborations de Pierre Desportes, Fabrice Ryckebusch et Pierre Jugie. Les cardinaux sont ainsi des personnages redoutables pour ce qui est de l’évolution de leur carrière bénéficiale : supposées bien connues, celles-ci reposent en fait trop souvent sur des affirmations imprécises ou erronées pour lesquelles les possibilités d’erreurs sont encore multipliées par les cas relativement fréquents d’homonymie à l’intérieur des familles.

Au début de 2003, j’ignorais encore lequel des deux volumes de la collection, celui sur Angers ou celui sur Mende, verrait le jour le premier. L’ancienneté a finalement joué en faveur d’Angers et je tiens à remercier Philippe Maurice d’avoir supporté sans maugréer que la publication de son livre soit ainsi retardée. Cet ajournement n’a cependant pas permis que nous disposions des nouvelles procédures d’édition pour la fabrication de ce volume. Il faut se résigner : innombrables sont les raisons qui peuvent apporter des retards à la réalisation des projets. Mais l’avenir s’annonce plein d’espérances : Kris Klykens achève en ce moment même de mettre au point les programmes tant attendus.

Le temps joue d’ailleurs aussi en faveur du programme : nos recueils sont de plus en plus diffusés et utilisés. Les occasions pour les chercheurs de nous signaler compléments et corrections se multiplient elles aussi par voie de conséquence. Les facilités du courrier électronique favorisent considérablement ces échanges, que ce soit entre collaborateurs de l’équipe des Fasti ou avec les lecteurs. Ceux-ci trouveront d’ailleurs bientôt sur le site web des pages consacrées à la mise à jour des volumes déjà publiés. La progression du programme par le processus de la « boule de neige » est une source de satisfaction et d’encouragement. Que tous ceux qui y prennent part soient ici remerciés.

Orléans, le 10 mars 2004, Hélène Millet, directeur du programme.

 

Extrait du volume concernant le diocèse de Mende

Biographie de Guillaume Durand (pages 87-96)

n°129 Guillaume quarti, IIIIe, Durand (17 décembre 1296-juillet 1330)

1 – Si les fastes actuels de l’Église de Mende considèrent à juste titre Guillelmus Duranti comme étant le sixième évêque à porter ce prénom, les actes de son époque le présentent sous le nom de G. quarti ou Guilhelmus IIII. Toutefois, certains auteurs le nomment Guillaume Durand II, par référence à son oncle, Guillaume Durand I.

Natif de Puimisson, comme son oncle et prédécesseur, il est le frère de Pierre, héritier de la famille, et des chanoines Bernard (127) et Pons (130). En 1318, il obtient l’expectative de bénéfices pour ses frères, Guillaume, Bernard (127) et Pons (130), pour son neveu, Raymond Blanc, pour ses cousins, Guillaume d’Aquisvivis, du monastère bénédictin de Saint-Thibéry, diocèse d’Agde, Pierre Raynaldi, prieur de Chadenet, Guillaume Carrerie de Bassano (81) et Étienne Bedos (53), ainsi que pour ses familiers, Jacques Folquier (139) et Raymond André de Forcesio (18).

Ce personnage tient une place fondamentale dans l’histoire de la Chrétienté du début du XIVe siècle mais il a suivi toute cette carrière en demeurant évêque de Mende. Il possède une maison à Paris, où il séjourne souvent, rue de la Calandre, ainsi qu’un château à Argenteuil.

3 – Le 7 mars 1291, sur la requête de Paul Baussan (45) et d’Adémar Charbonier (94), il obtient du pape la collation du prieuré de Saint-Médard de Banassac (en Gévaudan), vacant après la mort d’un de ses parents, Hugon d’Aquisvivis.

Il est chanoine et archidiacre de Mende en 1296, lors de son élection comme évêque. Il résigne alors son archidiaconat, son canonicat et son prieuré de Banassac qui sont conférés à François André (17).

4 – Le 17 décembre 1296, sur l’intervention du chapitre de Mende, des clercs, du peuple, des vassaux du diocèse de Mende et du roi de France, Boniface VIII confirme l’élection de Guillaume qui succède ainsi à son oncle. Le pape accorde une dérogation en tenant compte que Guillaume n’est pas encore prêtre. Guillaume semble avoir été sur place et il a donc dû immédiatement entrer en fonction.

5 – Guillaume prend rapidement en main son diocèse et attache à son service des hommes qui figuraient dans l’entourage de son oncle et qu’il connaît bien : Raymond Barrot (39), Jean de Moriès (225), Pierre Gasc (147), Guillaume Savion, juge temporel, auxquels il associe de nombreux Gabalitains, voire des parents des précédents comme son chancelier, le notaire Jean Gasc. Mais il engage aussi à son service le célèbre juriste, Pierre d’Aurelhac Jacobi (115), qui rédigera la Pratique d’or et qui sera son official en 1312.

Le 24 juin 1297, Boniface VIII l’autorise à contracter un emprunt de trois mille livres tournois. Le 29 juillet, le pape le relève de son serment, prêté au moment de sa promotion comme évêque, de se rendre à Rome en pèlerinage tous les deux ans. Le 6 décembre, avec cinq autres chanoines, il fixe un statut selon lequel les chanoines s’engagent à ne pas présenter aux prébendes vacantes ceux dont les parents jusqu’au troisième degré se sont emparés des biens de l’Église ou ont violé ses droits. Cinq ans plus tard, le 25 décembre 1302, le pape confirmera ce nouveau statut.

Guillaume entre en conflit avec Astorg, seigneur de Peyre, qui a reçu l’hommage de Drogon de Ribennes pour des fiefs dont lui, évêque, se dit le suzerain. Le 28 mai 1298, un accord est passé entre les parties, représentées par Pierre de Basalgette, juge de Peyre, et Pierre Gasc, hebdoma­dier de Mende, en vertu duquel chacun échange des droits. Au monastère Saint-Sauveur-de-Chirac, le 6 juin 1299, l’évêque approuve les coutumes de la Garde-Guérin sous la forme établie, en son absence, par son vicaire, Raymond Barrot, le 7 février 1299, en ajoutant toutefois un article. Ces coutumes seront modifiées par Barrot en 1310 et par Guillaume le 16 janvier 1313.

Il réunit le prieuré de Saint-Martin-de-Lanscule à la mense épiscopale et donne en échange aux moines de Cendras et à leur abbé, Guillaume Jourdan, les prieurés du Collet-de-Dèze et de Cassagnas, le 24 juillet 1299. Toutefois, le premier étant d’un trop grand rapport, les moines acceptent en échange l’église de Saint-Privat-de-Vallongue, le 15 janvier 1300. Douze jours plus tard, le 27, il transige avec le chapitre de Mende afin de fixer les limites de leurs juridictions respectives dans le mandement de Mende. Il procède à un échange de biens avec Bompar Lordet, prieur du monastère Saint-Sauveur de Chirac, après quoi l’abbé de Saint-Victor de Marseille ratifie cet acte, à Balsièges, en septem­bre 1300. Au commencement du mois de juillet 1301, avec le chapitre, il fixe et précise les droits et devoirs du sacriste avant de pourvoir à la sacristie, vacante depuis un an.

Absent de sa capitale au début de novembre 1301, il y revient en décembre et accorde la cure de Saint-Symphorien à Itier Julien. En 1302, l’abbé de la Chaise-Dieu lui cède les prieurés de Fournels, de Brion, de Termes, de Saint-Pierre-le-Vieux et du Bacon. En juin de cette année, il rapporte en la cathédrale des reliques de la Sainte-Croix que le roi de France lui a offertes. À la fin de ce mois, il reçoit les moniales de Mercoire et les bénit toutes en les entendant individuellement en confession dans le chapitre de Mende. Le 3 juillet, il inféode des droits sur Mijavols, près de Florac, à Bertrand de La Garde qui lui rend hommage. Il accorde personnellement un lods à un Mendois, le 13 juin 1303. En 1305, avec l’aval du roi, il fait arrêter Aldebert de Peyre, prieur d’Ispagnac et neveu homonyme de l’évêque de Viviers (236), qui s’est révolté contre lui, puis il l’excommunie et le destitue de son bénéfice.

Le pape Clément V l’autorise à réunir à la mense épiscopale l’église de Saint-Bauzile le 18 août 1306 puis celles de Saint-Alban et du Recoux en 1312. Le 19 novembre 1308, Guillaume informe le chapitre de Mende que le prieur de Sainte-Énimie souhaite rattacher diverses églises et chapelles à son monastère en échange de quoi les églises de Cultures et d’Estables et d’autres chapelles, sur lesquelles ce monastère a des droits, seraient unies à la mense épiscopale. Le chapitre ayant donné son accord, Guillaume charge les chanoines Bedos (53), Barrot (39) et Tournel (305), de procéder aux échanges.

Dès son ascension sur le siège de saint Privat, Guillaume relance avec intérêt la question de l’enquête sur les droits respectifs de l’évêque et du roi. La conception de Guillaume s’oriente dans un sens extrême des droits des évêques puisqu’il considère que la bulle d’or de 1161, hommage féodal rendu au roi par l’évêque Aldebert, avait été une erreur, une démarche humiliante, et que l’évêque de Mende n’avait, dans les temps anciens, jamais reconnu que la terre du Gévaudan fît partie du royaume ni que les évêques fussent sujets du roi. Il en conteste aussi la valeur juridi­que, dans la mesure où l’évêque a alors rendu ce premier hommage sans l’accord du pape, ni du chapitre, ni des barons. En 1301, il réunit le chapitre et s’accorde avec lui afin de déterminer le cadre du paréage. Il sollicite l’intercession des cardinaux Giovanni Boccamazza et Étienne de Bruges afin de négocier au mieux avec le roi. Des personnages éminents s’attellent alors à dresser un traité, tel Gaucelin de La Garde, évêque de Maguelone (169) et ancien compagnon de l’évêque Odilon de Mercœur, Pierre Flotte, Pierre de Chapelle, archevêque de Toulouse, et Pierre de Belleperche, membres du Conseil privé. Quelques années plus tard, après la mort de Gaucelin, le traité est mis au point par Guillaume de Nogaret, Guillaume de Plasian, juge-mage, Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, Pierre de Belleperche, devenu évêque d’Auxerre, et Mathieu des Essarts, évêque d’Évreux. Tout est conclu en février 1307. Le roi et l’évêque se répartissent la suzeraineté sur le pays. Guillaume a bénéficié du soutien du chapitre qui lui accorde successivement des subsides : un premier, annuel, de soixante sous tournois et de la moitié des revenus vacants, tant qu’il sera à Paris, en 1297, un second, identique, pour six ans, le 15 septembre 1309, et un troisième se composant des mêmes droits aux bénéfices vacants et de six livres tournois, pour six autres années, en 1318. Ce traité consacre définitivement la soumission des barons au roi et à l’évêque. Les barons tentent de s’y opposer et font appel devant le parlement de Paris en novembre 1307, le verdict mettra longtemps avant de tomber et il leur donnera tort, en 1341.

À Paris, en l’église des Augustins, le 18 février 1309, il reçoit l’hommage de Gaston d’Armagnac et de son épouse, Valpurge, pour leurs biens sis en Gévaudan. En avril, il passe avec le roi un accord selon lequel il obtient le tiers des biens confisqués aux juifs expulsés du diocèse de Mende. Au faubourg Saint-Marcel, en la maison du comte d’Armagnac, le 2 mai, il reçoit l’hommage du comte, Bernard, et de son épouse, Cécile, pour tout ce que le couple tient en Gévaudan. Le 12 janvier 1311, depuis la maison de maître Guillaume de Lachamp, près de Saint-Germain, faubourg de Paris, il concède aux prêtres et clercs de Marvejols l’érection de leur communauté en collégiale.

Après un bref retour à Mende, en 1312, il voyage à Paris et à Rome. Par des lettres patentes, le roi l’autorise à transférer des terres d’un revenu de vingt-cinq livres tournois par an à des ecclésiastiques, en mars 1310. Puis il lui renouvelle cette grâce pour les chapellenies que Guillaume a l’intention de fonder, en février 1315, après quoi il l’autorise à acquérir des rentes jusqu’à soixante livres parisis, pour des ecclésiastiques, en octobre 1317. Guillaume réunit à la mense épiscopale le prieuré de la Fage-Saint-Julien en 1312 et la cure d’Esclanadès en 1315.

Les officiers de Guillaume, toujours prompts à affirmer les droits de l’Église de Mende, détruisent les fourches patibulaires que Drogon de Ribennes avait plantées dans le mandement du château de Ribennes. Drogon proteste le 3 novembre 1316 et déclare qu’il a le droit de dresser ses fourches et qu’il n’acceptera pas qu’elles soient de nouveau mises à terre. Depuis Paris, le 23 février 1317, Guillaume autorise son vicaire général, Raymond Barrot, à conférer tout bénéfice vacant du diocèse pendant son absence. En compagnie du chanoine Bernard Durand et de plusieurs autres, Guillaume est institué exécuteur testamentaire par le chanoine Étienne Bedos (53) le 6 mars. Vers cette époque, il excommunie Falcon de La Fare, prieur de Saint-Christophe, qui a négligé de se rendre au synode de Mende.

En 1318, il doit alors faire face à une révolte des barons du Gévaudan, en particulier de Béraud de Mercœur et d’Astorg de Peyre, qui portent leurs accusations devant le pape et le roi.

La même année, Jean XXII lui donne la faculté de dispenser de tout empêchement trois clercs devant recevoir des bénéfices, de conférer l’office de tabellion apostolique à deux personnes, de célébrer ou de faire célébrer la messe avant le jour et de faire restaurer les cimetières et les églises profanés par un prêtre compétent. Le 19 mars 1324, le pape renouvelle la dernière autorisation. En 1320, Guillaume aurait fait construire l’église de Bramonas. Le mercredi après Pâques 1324, il consacre l’église de Barjac, puis, le 11 mars 1328, depuis sa maison d’Argenteuil, il confère cette église à Raymond Alamand. Le 24 juin 1329, à Paris, il restitue des terres à son familier, Lambert de Châteauneuf, qui n’avait pas tenu compte du droit de préemption de l’Église de Mende.

6 – Le 23 août 1305, sur mandat du pape Clément V, à Florence, avec Pelfort de Rabastens, abbé de Lombez, il intervient en faveur des Gibelins assiégés dans Pistoia par les Guelfes, mais ces derniers, excommuniés, triomphent en avril 1306 et consacrent l’échec de Guillaume. Ce dernier parcourt alors la Toscane, la marche d’Ancône et la Romagne. En 1307, il est en Angleterre où il enquête en vue de la canonisation de Thomas de Canteloup, évêque d’Hereford.

Fidèle serviteur de Philippe le Bel, Guillaume s’engage dans la lutte contre les Templiers et devient, en août 1308, l’un des huit commissaires nommés par le pape pour instruire leur procès. En 1309, à Paris, en l’abbaye Sainte-Geneviève, il assiste à la première commission pontifica­le convoquée dans le cadre de cette affaire. Le 5 juin 1311, il remet un rapport dans le cadre du procès des Templiers qui lui vaut l’inimitié des partisans du Temple.

En 1310, il arbitre un conflit entre Amauri II, vicomte de Narbonne, et le frère de ce dernier.

Le 16 octobre 1311, lors du concile de Vienne, il livre son rapport, Tractatus de modo generalis concilii celebrandi, sur les remèdes à apporter à la crise de la Chrétienté, dans lequel il remet en question l’absolutisme de Rome, et il le soutient avec une telle force qu’il risque, selon Jacques Duèze (futur Jean XXII), de provoquer un schisme. Son projet de réforme est rejeté bien qu’il réponde aux aspirations de nombreux évêques. Toutefois Clément V le suit dans l’idée de supprimer l’Ordre du Temple, par mesure administrative et non par sentence judiciaire, et le concile accepte cette procédure lors d’une sentence définitive le 22 mars 1312. Le roi l’autorise alors à se constituer une garde personnelle afin d’assurer sa défense contre tout attentat.

En 1313, à Paris, en présence du roi, il participe à une réunion de prélats et de barons qui délibèrent sur la formation d’une croisade. À l’occasion de ce séjour, il requiert le prévôt de Paris de faire libérer l’un de ses vassaux, Richard de Peyre, alors détenu au Châtelet.

En 1316, il siège aux Enquêtes et à la Grande Chambre, à Paris. Le nouveau pape, Jean XXII, opposé aux idées du rapport qu’il a rendu au concile de Vienne, promulgue une constitution qui va en sens inverse et renforce les pouvoirs pontificaux, le 15 septembre. À la mort de Jean 1er, fils de Louis X, en novembre 1316, Guillaume joue un rôle important, en qualité de juriste, pour conforter le droit de succession de Philippe V. Comme conseiller royal, il ouvre une campagne à la cour afin de critiquer la position du pape et tend ainsi à brouiller le pape et la cour royale ce qui lui vaut l’inimitié de Jean XXII, qui diligente des enquêtes contre lui. Il échappe toutefois aux sanctions du fait du crédit dont il jouit à la cour et le pape continue à l’utiliser pour diverses missions.

En 1317, il négocie un traité avec la Castille. Il arbitre aussi le paréage passé entre l’évêque de Rodez et le comte d’Armagnac mais le pape casse les décisions de Guillaume en ce domaine. En 1318, avec les évêques du Puy et de Laon, les comtes de Clermont et de Forez, ainsi que le sire de Sully, il est délégué comme ambassadeur du roi auprès du pape. Le 10 mars, avec l’évêque de Laon, il est chargé par Jean XXII de recevoir la résignation d’un canonicat de Saint-Laurent-la-Gâtine et de le conférer à un proche du roi. Le 21 mars, le pape le charge d’instruire un complément d’enquête dans le procès intenté à l’évêque de Chalon, par l’archevêque de Reims. La même année, Guillaume arbitre un différend entre Isabelle, duchesse de Bretagne, et son beau-frère, Gui, et le roi Philippe V le place sous sa sauvegarde spéciale, ainsi que ses biens et ses serviteurs, après avoir appris que l’on cherchait à lui nuire. En mai, il intervient, sur le plan juridique, dans l’établissement du mariage de Jeanne, fille de Louis X, et de Philippe, fils du comte d’Évreux. Le 9 juin, l’évêque de Maguelone lui demande de le faire indemniser à la suite de violences exercées par Jean de Sancerre, sénéchal de Beaucaire.

En 1319-1321, il part à deux reprises en Angleterre afin de conclure la paix entre les rois d’Angleterre et d’Écosse. En juillet 1321, il assiste à l’assemblée des députés de Paris, réunis sur la question des mesures et des monnaies. En 1323, avec Amauri de Narbonne, il prépare une croisade dont le projet échoue.

Le 6 février 1324, Jean XXII lui donne mandat pour recevoir huit personnes désignées par le roi aux prébendes de quatre cathédrales ou collégiales choisies par le même prince, à l’exception de celles de Rouen, de Reims, de Paris, de Laon, de Chartres et d’Amiens.

En 1329, sur ordre de Jean XXII et de Philippe de Valois, il part en Égypte, en compagnie de Pierre de la Palu, patriarche de Jérusalem, afin de préparer une croisade. Il accompagne alors Marie, fille de Louis de Bourbon, et l’époux de celle-ci, Guidon, roi de Chypre. Le 24 avril, il obtient du pape le droit de recevoir l’absolution à l’article de la mort et une indulgence pour lui et ses familiers. Le pape renouvelle cette indulgence le 10 août suivant. Il avait emmené avec lui Jean Raynald, hebdo­madier de la cathédrale de Mende, qui meurt, comme lui, lors de ce voyage.

8 – Homme de grande culture, dans son traité remis au concile de Vienne, il se réfère à Ambroise, Augustin, Jérôme, Grégoire, Isidore de Séville, Bède le Vénérable et Bernard de Clairvaux. Il combat avec vigueur l’usure dans son additif aux Statuta de son oncle. Il annote également le Directorium Chori de ce dernier. Il laisse encore le compte-rendu de son enquête préparatoire à la canonisation de Thomas de Canteloup, évêque d’Hereford, et plusieurs lettres. Dans son mémoire sur les préparatifs de la croisade, il critique les excès des princes : passion pour la chasse, dots excessives de leurs filles, altération des monnaies et dépenses exorbitantes.

Juste après le concile de Vienne, en 1312, de retour à Mende, Guillaume fonde le collège de Tous les Saints, dans la cathédrale, en faveur de quatre prêtres, et cela en conformité avec les vœux de son défunt oncle et prédécesseur. La présentation en revient à Pierre, frère de Guillaume, puis à ses héritiers. En même temps, il fonde le collège Saint-Privat. Ses trois frères, Pierre Durand, et les chanoines Bernard et Pons, présentent un vicaire au collège de Tous les Saints en 1318. Les chapel­lenies du collège de Tous les Saints sont sous le patronage de Pierre Durand, de Puimisson, en 1343. En 1392, noble Flotard de Madreras, héritier universel de Saure, fille de Guillaume Durand, est le patron de l’une de ces chapellenies. Le collège comportera au moins sept chapelains en 1428.

En 1380, le trésor de la cathédrale comporte plusieurs chapelles offer­tes par Guillaume. Une, violette, composée d’une chasuble, d’une chape, de deux dalmatiques, d’une aube avec parements et médaillons, d’une ceinture, de trois amicts, d’un manipule, d’une étole et d’un tour de cou. Une autre, blanche, en étoffe brochée en or, avec liserés, composée d’une chasuble, d’une chape, de deux dalmatiques, d’une aube avec parements rouges et médaillons, de deux autres aubes avec parements brodés, d’une ceinture, de trois amicts, de trois tours de cou, de trois manipules et de deux étoles. Une troisième chapelle, de même couleur, comprenant une chasuble et deux dalmatiques, aux armes de Guillaume.

9 – Boniface VIII l’autorise à tester le 30 avril 1297, puis Jean XXII en fait autant le 10 mars 1318, avant de lui accorder une indulgence pour que son confesseur le remette de ses péchés à l’article de la mort, le 1er juin 1325. Il meurt à Nicosie en juillet 1330.

Un an auparavant, alors qu’il partait pour la Terre sainte, le 24 avril 1329, il avait obtenu du pape, pour lui et ses familiers, le droit de faire séparer leurs os, leurs viscères et la « viande » de leurs corps, afin de les rapatrier, tout en ayant la possibilité d’élire sépulture là où ils voudraient.

Il ne profite pas de ce privilège et son corps est mis dans un sac de cuir et inhumé sur place, à Nicosie, à gauche du grand autel de l’église cistercienne de Sainte-Marie de Beaulieu. Toutefois, il ne subsiste plus la moindre trace de cette inhumation et les historiens locaux ne s’accordent pas vraiment sur le lieu où se dressait l’église Sainte-Marie, détruite au XVIe siècle.

Un cénotaphe en marbre, en forme de gisant, a été construit pour lui en l’église Notre-Dame de Cassan (Hérault), dans la chapelle Saint-Privat élevée par Guillaume. Il se trouve aujourd’hui à Toulouse, au musée des Augustins. Sa tête mitrée repose sur un coussin alors qu’il tient sa crosse de la main droite. Deux dragons sont couchés à ses pieds. Les écus qui accostent le gisant sont effacés mais, sur l’aube du gisant, figurent un lion et des trèfles qui apparaissent dans le chef des armoiries de Guillaume Durand speculator, ce qui tendrait à confirmer que les deux évêques, l’oncle et le neveu, portaient les mêmes armes.

11 – Armes personnelles : voir celles de son oncle, qui précèdent.

Armes en qualité d’évêque, en 1310 : d’or à trois pals de gueules, chargé d’un buste mitré tenant de la main droite une épée, et de la sénestre une crosse, le tout d’or (d’après sceau de la cour commune, parti aux armes du roi en un, aux armes de l’évêque en deux).

Sceaux : n° 1, appendu à un texte du paréage, en février 1307 : frag­ment d’un sceau ogival de 60 millimètres, représentant un évêque debout, dans une niche de style gothique, qui était sans doute surmontée d’une autre niche, avec la légende « …illi dei gra …. lita… » (pour « Sigillum Guilhelmi dei gracia guabalitanorum episcopi ») ; le contre-sceau repré­sente une pierre gnostique, un crabe, un scorpion et deux poissons, sans légende.

n° 2, appendu à une charte de juillet 1317 : ogival de 60 millimètres, représentant un évêque debout, vu de face, mitré, crossé et bénissant, placé dans une niche principale ; dans une niche supérieure, le Christ en croix, avec la vierge et saint Jean, debout, avec la légende « S’ Guilli dei gra. e … itis gabalitani », qui correspond à « Sigillum Guilhelmi, Dei gracia episcopi et comitis gabalitani ». Pas de contre-sceau.

n° 3, appendu à une charte de septembre 1317 : le même, avec pour contre-sceau un évêque debout, vu de face, à mi-corps, tenant une épée de la main droite et sa crosse de la gauche, et pour légende « X S. G. epi Mimatensis ».

Arch. nat., JJ 41, acte 17 ; JJ 42B, acte 17 ; JJ 45, acte 21 ; JJ 48, acte 207 ; JJ 50, acte 137 ; JJ 53, acte 357 ; J 204, fol. 2 ; J 206, n° 2 ; J 341, n° 4.

Arch. dép. de la Lozère, 3E 1589, fol. 18 ; 2275, fol. 81v ; G 53 ; 1057 ; 1118 ; 1350, fol. 13, 26, 60v , 66v , 70v , 121, 125v , 128v , 140 ; 1351, fol. 46v ; 1352, fol. 11v , 37v , 39v , 68, 93v ; 1353, fol. 52v , 62 ; 1363, fol. 5v ; 1364, fol. 22 ; 1374, fol. 54 ; F 1193 ; G 2366, 2381, 2385.

Registres de Nicolas IV, 4560, 4561.

Registres de Boniface VIII, 1492, 1762, 1921, 1958, 2131, 4985.

Lettres communes de Jean XXII, 1567-1571, 2237, 6524-6536, 6553, 6603, 18984, 19160, 22468, 45027, 45977-45978, 51986, 55276.

Lettres communes de Benoît XIII, 2932.

G. Alary, Guillaume Durant, évêque de Mende, 1296-1330. Un combat pour la réforme de l’Église au XIVe siècle.

F. André, Histoire du monastère et prieuré de Sainte-Énimie, Mende, 1867, p. 35-37.

Abbé Bosse, « Trésor de l’église de Mende, 1380 », traduction, dans Documents anté­rieurs, p. 146.

M. E. Boutaric, Actes du parlement de Paris, Paris, 1920, t. III, n° 4131, 5440, 6209.

H. Boullier-de-Branche, Feuda Gabalorum, t. I et II, index.

F. Buffière, Ce tant rude Gévaudan, t. I, p. 604-608, 705-724.

L. Costecalde, « Anciennes églises du département de la Lozère antérieures au XVe siècle », Chroniques et mélanges, t. 2, 1913, p. 223, 225, 234, 252, 253, 265.

« Le chapitre de Notre-Dame de Mende », dans Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère, publication indépendante, 1928-1932, p. 1-80.

A. Demurger, Vie et mort de l’ordre du Temple, Paris, 1985.

DHGE, t. XIV, col. 1171-1172.

DBF, t. XII, col. 661-662.

C. Eubel, t. I, p. 341.

C. Fasolt, Council and Hierarchy. The Political Thought of William Durant the Younger, Cambridge, 1991.

A. Foulquier, Notes biographiques sur le clergé desservant des paroisses… de Barjac, Javols et Saugues, t. I, 1re partie, p. 335, 2e partie, p. 890-894.

—, Notes historiques sur les paroisses des Cévennes, t. I, p. 289.

G. Plique, « Étude sur le chapitre cathédral de Mende de 1123 à 1516 », dans Chroni­ques et mélanges, p. 90, 109, 213.

C. Porée, Le consulat et l’administration municipale de Mende.

—, « Les statuts de la communauté des seigneurs pariers de La Garde-Guérin (1238-1313) », dans Archives gévaudanaises, t. 4, p. 79, 89, 99.

—, « Les évêques-comtes du Gévaudan. Étude sur le pouvoir temporel des évêques de Mende aux XIIe et XIIIe siècles », dans Archives gévaudanaises, t. 4, p. 348, 469.

B. Prunières, « L’ancienne baronnie de Peyre », dans Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Lozère, 1866.

F. Remize, « Allenc. Sa baronnie, sa paroisse, sa communauté », dans Archives gévaudanaises, t. 5, p. 125.

E. Roschach, Catalogue des musées archéologiques de la ville de Toulouse, Toulouse, 1882.

 
diocèse de Mende

 

 

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Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 23 janvier 1998

Informations générales

Deux bonnes nouvelles : le volume sur Rouen est enfin sorti des presses, grâce à la diligence de la maison Brepols, et le volume sur Reims devrait être sorti au moment de notre prochaine réunion, qui a pour l'instant été fixée au vendredi 3 juillet.

Nous avons eu le plaisir d'accueillir deux collègues portugais, les professeurs Armando Luis de Carvalho Homem et Maria Helena da Cruz Coelho, qui nous ont brossé un rapide portrait de l'état des recherches sur les diocèses portugais (qui ont beaucoup porté sur le temporel jusqu'à présent) et qui nous ont annoncé le lancement des Fasti portugais, entreprise à laquelle nous ne pouvons que souhaiter de beaux lendemains.

Quartier canonial et procédures d'inhumation à Autun

Le quartier canonial d'Autun a la caractéristique de compter deux cathédrales, Saint-Nazaire (la plus ancienne) et Saint-Lazare (beaucoup plus grande, construite au XIIe siècle) dans lesquelles le service se faisait alternativement, l'année étant divisée en deux périodes (de la veille de Pâques à la veille de la Toussaint et inversement).

Ainsi, il apparaît que les dignitaires que les dignitaires du chapitre ont tendance à toujours habiter près de ces deux cathédrales, même s'il n'existe pas de maisons strictement réservées aux dignitaires. D'ailleurs, les chanoines changent de résidence au cours de leur carrière, en fonction probablement de leur degré de richesse mais aussi de leur âge.

Il semble d'ailleurs que les règles d'attribution des maisons canoniales soient relativement souples, puisque les chanoines peuvent jouir de leur maison comme d'un bien personnel, la transmettre à des membres de leur famille, même laïques. Seule la vente proprement dite de ces maisons semble interdite.

Le montant de la prébende étant extrèmement faible (30 sous), ce qui est à relier à l'état général de pauvreté du diocèse, les maisons canoniales constituaient une des plus importantes sources de revenu des chanoine. D'ailleurs, près de 45% des rentes d'anniversaires fondées par des chanoines le sont sur des maisons canoniales.

Les obituaires ont fourni à J. Madignier de nombreux renseignements sur les cimetières du quartier canonial, puisque environ 50% des notices indiquent le lieu de sépulture du personnage concerné, les messes d'obit s'achevant souvent par des processions sur le lieu de sépulture. Il apparaît ainsi que les principaux cimetières se trouvent dans la partie la plus ancienne du cloître, et qu'il n'y a pas de cimetières réservés aux chanoines, mais que ceux-ci sont enterrés en compagnie de laïcs, voire de femmes (deux d'entre elles sont même enterrées dans la salle capitulaire!).

Notice institutionnelle de Châlons-en-Champagne et exposé sur les vêtements des chanoines

Ce chapitre ne semble guère différer du modèle général même si certains points restent à éclaircir, notamment l'indication que les chanoines auraient quitté la vie commune sous Clément VII, en 1380, alors que prébendes canoniales sont mentionnées bien auparavant.

S'ils s'habillent "normalement" lorsqu'ils sont chez eux, les chanoines disposent pour accomplir leur charge de 2 types de costumes :

  • le costume "de chœur" pour chanter l'office. Il diffère suivant chaque chapitre mais réunit généralement les éléments suivants : une robe (souvent fourrée), un rochet (robe sans manches) par dessus en hiver, une chape, une aumusse qui sert à couvrir la tête contre les courants d'air et est portée en été sur le bras, un capuce ou camail (petite pélerine couvrant la tête et les épaules jusqu'aux coudes). Il s'agit donc d'un costume lourd et coûteux (utilisation de soierie, de fourrure de qualité…).
  • le costume pour le service de l'autel : il n'est pas spécifique aux chanoines et composé surtout des ornements sacerdotaux.

Sur les pierres tombales, les vêtements des chanoines font plutôt référence à leur grade canonique, mais les professeurs se font souvent représenter avec les habits et objets de leur fonction. Suite à un débat ouvert entre les participants à propos de la l'identification de certains personnages sur les tombeaux, il serait intéressant de rechercher et comparer les représentations d'archidiacres.

Notice institutionnelle d'Avignon

Nous avons là une notice fort complète, d'un chapitre régulier (la sécularisation n'intervint qu'en 1481) où la vie communautaire fut relativement bien observée. Malgré l'absence de statuts et de délibérations capitulaires, Anne-Marie et Michel Hayez ont su faire revivre devant nous un monde de traditions et de coutumes, dont les principales originalités tiennent bien sûr à l'histoire particulière d'Avignon : le siège épiscopal par exemple resta souvent en la main du pape, l'autorité étant déléguée à des vicaires généraux ou des administrateurs. Le nombre total des chanoines répertoriés devrait s'établir autour de quatre à cinq cents.

Les tapisseries à sujet liturgique dans les cathédrales

Dans certaines cathédrales se trouvait au-dessus des stalles, derrière les têtes des chanoines, une tapisserie retraçant généralement la vie des saints patrons de la cathédrale ou parfois des épisodes de la vie de Jésus et Marie. Elle délimitait ainsi la partie du chœur réservée aux chanoines.

En grande majorité offertes par des chanoines ou des évêques, ces tapisseries contenaient généralement à la fin une représentation du donateur, souvent en présence de son saint patron, avec un long titulus indiquant son identité, ses grades… Le contenu de cette représentation était le plus souvent prévu par le donateur lui-même.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 28 juin 2002

 

Informations générales

Le programme des Fasti Ecclesiae Gallicanae se poursuit désormais dans le cadre d’un nouveau GDR, intitulé SALVE (= Sources Acteurs et Lieux de la Vie religieuse à l’Epoque médiévale) et placé sous la direction d’Hélène Millet. Créé sous le code GDR 2513, il comporte sept autres programmes :

  • Sanctuaires et pèlerinages (C. Vincent)
  • PREALP (D. Rigaux)
  • L’Eglise et les fidèles du Midi (M. Fournié et D. Le Blévec)
  • Actes des évêques (M. Parisse)
  • Archives de la papauté (F. Bougard)
  • Réguliers et réseaux (A. Dubreucq)

Deux entreprises du programme « Archives de la papauté » placées sous l’égide de l’EFR nous intéressent au premier chef :

  • l’informatisation des lettres pontificales. Une étape considérable vient d’être franchie avec la publication du premier CD-Rom Ut per litteras apostolicas. Janine Mathieu est d’ores et déjà au travail pour préparer les suivants.
  • l’informatisation du fichier Lesellier. Son propriétaire, la communauté de Saint-Louis-des-Français a demandé à l’EFR d’en être le maître d’œuvre et celle-ci a passé contrat avec l’IRHT et le GDR pour la conception d’une application sous ACCESS et la saisie des données. Marie-Elisabeth Boutroue (IRHT), Laurent Vallière et Hélène Millet ont uni leurs efforts pour la mise au point de l’application ; elle sera opérationnelle à l’automne. Le chantier est donc ouvert à tous ceux qui le souhaitent. Un système de rémunération par vacation ou par bourse de l’EFR est prévu. Ne manquez pas de vous signaler si vous êtes intéressés.

A l’étranger aussi, les Fastes font recette. Nos collègues portugais ont obtenu le financement d’un programme de recherche sur trois ans. Ils l’ont exposé lors d’une session au Medieval International Congress de Leeds où ont été conviées Diana Greenway (pour les Fasti Ecclesiae Anglicanae) et Hélène Millet. Le numéro de 2003 des Quaderni di Storia religiosa portera sur Capitoli e canonici nel medioev,o avec un article pour rendre compte de l’état de la recherche en France.

Sont en cours de préparation pour une parution à l’automne les volumes sur Rodez (Matthieu Desachy) et Mende (Philippe Maurice). Ils ont donc doublé Angers pour lequel François Comte ne parvient pas à combler son retard. Sées est aussi candidat à une publication prochaine.

Les convocations aux prochaines réunions seront désormais envoyées, sauf impossibilité, par courrier électronique. Merci de signaler votre adresse à Mme Martin.

Il serait bon que de nouvelles bonnes volontés se manifestent pour aider aux divers travaux d’intérêt général : classement des livres de la bibliothèque, gestion de la « Boîte », rédaction des comptes rendus etc.

Diocèse et chapitre de Maguelone.

Daniel Le Blévec a résumé la journée d’étude qui s’est tenue le 13 décembre dernier aux archives départementales de Montpellier. Les communications ont permis une synthèse large, fondement de nombreux travaux futurs, même si bien des interrogations demeurent au sujet de cet évêché situé dans la partie orientale de l’actuel Hérault et dont l’existence fut relativement courte, puisque attesté pour la première fois en 589, il disparut de la carte en 1536, avec le transfert de son siège à Montpellier.

Les contraintes du milieu insulaire ainsi que la proximité de la ville de Montpellier ont largement marqué son histoire. L’université montpelliéraine a ainsi permis l’utilisation de personnel de bonne formation, y compris au plus haut niveau, mais il faut constater que la tutelle de l’évêque y a toujours fait l’objet d’une grande résistance. Plus localement, les liens constants entretenus avec le consulat, à partir du XIVe siècle, ont entraîné la présence de documents importants aux archives municipales, alors que le fonds de la cathédrale n’a pas encore été exploité systématiquement.

La position du diocèse en a fait un enjeu pour la royauté comme pour la papauté ainsi que l’a montré le cas de l’évêque Jean de Montlaur (1160-1190) qui paraît avoir privilégié les liens avec les Capétiens plutôt qu’avec le pape. Cette attitude lui fit d’ailleurs perdre un appui précieux dans le rude et long conflit qui l’opposa au prévôt du chapitre et aux chanoines.

Les chanoines de Maguelone constituaient un chapitre augustin, dont l’étude des Lettres Communes permet d’estimer la relative richesse, avec pas moins d’une trentaine de prieurés cures. Pour la connaissance de la vie quotidienne de la communauté, il faut souligner l’intérêt exceptionnel de statuts rédigés sous l’évêque Jean de Vissec, canoniste mort en 1334. D’une grande ampleur, ils comprennent 107 chapitres et peuvent être rapprochés de ceux de Saint-Victor de Marseille, même s’ils sont beaucoup plus détaillés. On s’interroge encore sur les motivations exactes de leur rédaction.

Un colloque sur la montagne

Michelle Fournié nous a rapidement informés du déroulement du colloque international Religion et Montagne en Europe de l’Antiquité à nos jours, qui s’est déroulé du 30 mai au 2 juin à Tarbes. Les actes de cette réunion axée sur la montagne sacrée et sa topographie ainsi que sur les rapports entre clergé et fidèles, devraient permettre de mieux cerner les éventuelles spécificités montagnardes.

Notice institutionnelle du chapitre d’Évreux

Annick Gossé-Kischinewski a fait part de l’état de ses recherches sur le diocèse d’Évreux qui comptait en 1370 473 paroisses. Des zones d’ombre subsistent, dues en grande partie à des travaux antérieurs incomplets voire erronés et à des incendies ravageurs. Tout ceci explique les difficultés actuelles (combien au juste le chapitre comptait de prébendes ? quel était le montant de la taxatio ? comment étaient les maisons canoniales ?), ainsi que la persistance de notions quasi légendaires faisant la part belle à Rollon. Mme Gossé-Kischinewski a largement déblayé le terrain mais apprécierait toute aide lui permettant d’avancer dans ses recherches.

L’Helvetia Sacra : quel regard sur les chapitres cathédraux suisses ?

Bernard Adenmatten nous a présenté l’Helvetia Sacra, entreprise née au début des années 1960 mais encore peu connue en France. L’Helvetia Sacra traite de l’ensemble des établissements ecclésiastiques helvétiques sans se limiter aux seules institutions diocésaines. L’accent y est mis sur les notices biographiques qui représentent à peu près les deux tiers des ouvrages, le principe retenu étant d’accorder à chaque individu autant de notices qu’il a rempli de fonctions. Ces notices ne concernent pas les simples bénéficiers. Cette volonté parfois discutée a permis à cette collection de se développer rapidement, malgré des contraintes telle que la nécessité de toujours user de la langue officielle des lieux concernés. Le premier volume parut en 1972, le dernier est prévu pour 2007, après l’évocation de 12 diocèses.

Contrairement à ceux des Fasti, les volumes de la collection couvrent une période extrêmement longue, puisqu’il s’agit d’aller des origines à nos jours. Ce choix s’explique par le rôle encore très important que joua l’Église dans les terres d’Empire après le Moyen Âge.

La collection se caractérise par une grande attention portée aux archives dont les fonds bénéficient de descriptions détaillées. La dispersion des archives est telle qu’on ne peut négliger les archives se trouvant à Turin, Annecy, Innsbruck ou Vienne. L’entreprise déborde donc largement du cadre de la Suisse.

Chronique de la finition d’un fascicule

Les problèmes que rencontrent les auteurs des Fasti aux derniers stades de leur travail ont été évoqués par Matthieu Desachy, à propos de son volume consacré au diocèse de Rodez. Il a insisté sur l’importance des tirages papier qui permettent les relectures et peuvent éventuellement être les bienvenus lors de difficultés informatiques. Il ne faut pas négliger non plus l’intérêt qu’il y a à parler de ses « cumulards » aux spécialistes des diocèses concernés, l’utilité de penser à faire une carte facilement lisible sans s’y pendre au dernier moment, et la nécessité de savoir s’arrêter en faisant abstraction d’éventuelles découvertes postérieures. Concernant le diocèse de Rodez en particulier, Matthieu Desachy a évoqué également la question de la graphie des patronymes, question aiguë pour le Midi. A ce sujet, il n’est pas inutile de rappeler que, quelle que soit la solution envisagée sur ce point, il est nécessaire de s’y tenir de façon cohérente et d’en avertir clairement le lecteur.

Les représentations picturales des chanoines

Faire la connaissance de visu d’un chanoine de Laon, telle a été l’expérience à laquelle nous avons été conviés par Inès Villela-Petit, grâce à son identification en tant que commanditaire d’un retable conservé au musée municipal de cette ville. Sur un panneau issu d’un triptyque qui devait surmonter initialement l’autel de la chapelle de la Madeleine est représenté le donateur, un chanoine portant une chape taillée dans un précieux brocart et une aumusse de petit gris. Il tient un bâton cantoral en forme de tau orné de pierres précieuses. Par une datation plus précise de ce retable, l’examen de ses dimensions et l’étude des registres capitulaires, Inès Villela-Petit est parvenue à identifier le chantre Pierre de Wissant, peint alors qu’il était âgé d’environ 70 ans, vers 1410.

De telles représentations de chanoines sont nombreuses, surtout au XVe siècle marqué par l’accroissement des commandes. Le chanoine, surtout à partir de la deuxième moitié du XIVe siècle, y est caractérisé par la présence de l’aumusse, généralement portée repliée sur le bras gauche. Le chantre est représenté avec son bâton cantoral dont la forme n’était pas encore fixée au XIIIe siècle. Il pouvait être alors soit fleuronné, soit fini par un pommeau ou par un tau. Par la suite, le tau l’emporta sans toutefois éliminer des formes plus recherchées. Les portraits collectifs ne sont pas toujours exempts de signes permettant d’identifier quelques chanoines, comme la représentation de clefs pour désigner un trésorier. Mais ils avaient pour objet d’évoquer l’unité du chapitre, alors que les portraits individuels étaient là comme offrande et hommage du chanoine à son église.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 17 décembre 1999

 

Informations générales

Des nouvelles des volumes : Une bonne nouvelle pour commencer : le 4ème volume de la collection, Diocèse de Besançon, par Henri Hours est sorti. Les paris sont ouverts pour le prochain : Agen, Sées ? Très vite suivis par Rodez et Angers ?

Mende ? : La notice institutionnelle du diocèse de Mende sera présentée lors de la prochaine séance par Philippe Maurice lui-même.

Outils de travail

La liste des archidiaconés et des codes qui leur sont attribués a été établie par J.N. Rondeau et H. Millet ; elle a été distribuée aux collaborateurs présents en trois exemplaires, selon des classements par diocèse, par noms latins d'archidiaconés et par noms français d'archidiaconés. Tous ceux qui ont commencé à remplir leur base informatique sont donc priés de mettre à jour leurs codes d'archidiaconés et de vérifier que leurs abréviations personnelles ne sont pas déjà utilisées dans cette liste.

Les fichiers sur le Parlement de Paris, par Christine Barralis et Anne Hubert (voir ci-dessous).

Un tirage du fichier réalisé à partir de l'index du livre d'Heribert Müller sur les participants au concile de Bâle a été mis à la disposition des collaborateurs. Il est possible de demander à H. Millet une photocopie des fiches des personnages qui vous intéressent.

Les livres appartenant aux Fasti et conservés à la Sorbonne ont déménagé. Nous avons quitté la salle 317 pour nous installer dans un superbe bureau remis à neuf : Centre d'histoire médiévale, escalier L, 2e étage, Bureau de prosopographie.

L'équipe d'Avignon chargée de la publication des registres pontificaux travaille actuellement à la réalisation de CD-Rom reprenant l'ensemble des publications faites par l'E.F.R. Le premier d'entre eux, concernant les lettres communes du XIVe siècle, sortira probablement en 2001. Un deuxième CD-Rom devrait porter sur les lettres secrètes du XIVe siècle et un troisième sur les lettres communes du XVe siècle, mais aucune date de parution n'est encore prévue.

Lors du "tour de table", Pascal Montaubin a rappelé qu'il possédait un fichier important portant sur les chanoines italiens de la moitié Nord de la France au XIIIe siècle, et qu'il suffit de lui faire parvenir les notices des chanoines répondant à ces critères pour qu'il les complète.

Les notices épiscopales d'Angers, par Jean-Michel Matz et François Comte

Seulement seize évêques se sont succédé sur le siège d'Angers durant la période qui nous intéresse, mais l'établissement de la liste des prélats pose un certain nombre de problèmes, en particulier pour le XVe siècle. Les responsables du diocèse ont souhaité en débattre avec l'ensemble des collaborateurs afin que nous adoptions tous la même démarche.

Premier problème : qui doit-on indiquer dans la liste épiscopale lorsqu'il y a un conflit entre un évêque élu et un évêque nommé?

Deuxième problème : Auger de Brie, élu en 1479, ne fut pas sacré, mais a prêté serment devant le chapitre, a exercé la charge épiscopale et a même un peu participé à la gestion du temporel. L'Église romaine ne le porte pas sur ses listes épiscopales, mais les érudits locaux le font.

On a fait remarquer qu’un problème similaire se pose plus fréquemment pour les administrateurs apostoliques ; ils ont toutefois reçu la consécration et exercent la totalité des pouvoirs (tenue du bénéfice et pouvoir d'ordre). Ce statut est notamment celui des cardinaux ou patriarches (qui ne portent pas en plus le titre d'évêque). D'autres cas particuliers peuvent encore apparaître (par ex. lors de l'emprisonnement d'un évêque).

Après discussion, les principes suivants ont été arrêtés :

  • Nous n’avons pas vocation à dire le droit, mais à renseigner sur les personnes ayant prétendu au rang d’évêque. C’est pourquoi nous établirons des notices pour chacune de ces dernières. Nous établirons toutefois une nette distinction entre les évêques à problèmes et les autres en énonçant le statut de chacun dans le titre de la notice et en adoptant une typographie différente pour les notices des évêques non consacrés.
  • Bien préciser au point 4 de la notice (consacré aux circonstances de l’accession au siège) quels sont les éléments du problème, en adoptant le vocabulaire trouvé dans les sources.
  • On n’établira pas de notice pour un évêque élu n’ayant jamais prétendu au rang d’évêque (débouté par le Siège apostolique), mais le conflit de succession sera explicité dans le cours de la notice consacrée au vainqueur.

Rappel : pour la rédaction des notices d’évêques, le schéma établi par V. Tabbagh a été appliqué pour la première fois dans le volume de Besançon.

Une précision : dans les références bibliographiques, indiquer les noms des auteurs des notices de dictionnaires.

Les peintures murales de la cathédrale d'Angers, par Marie-Pasquine Subes

Découvertes en 1984, ces peintures étaient cachées derrière les stalles actuelles, sur le mur de l'abside. Elles relatent la vie de saint Maurille, évêque d'Angers, et notamment le miracle de la résurrection de saint René, devenu ensuite chanoine de la cathédrale. D’abord datées du début du XIVe siècle, elles furent plus probablement réalisées sous l’épiscopat de Michel Villoiseau (1240-1260), peut-être sur la commande du chantre et à l’occasion du transfert des reliques de saint René.

Il est intéressant de noter la nette séparation entre l'espace de l'évêque et l'espace du chapitre à l'intérieur de la cathédrale. A l'évêque, le maître-autel (avec la châsse de saint Maurille) et les bancs pour les célébrants qui l'entourent. Au chapitre, l'autel de saint René, situé tout au fond de l'abside, derrière le maître-autel, et devant lequel s'agenouillent les chanoines en allant de la sacristie au chœur (ils font tout le tour de l'abside, suivant un rituel très précis, avant de rejoindre leurs stalles). Une suggestion en réponse à l’interrogation de M.-P. Subes : pourquoi deux scènes sur la consécration épiscopale de Maurille ? La deuxième ne serait-elle pas la confirmation demandée à l’archevêque de Tours ?

Les vignes du chapitre d'Autun, par Jacques Madignier

R. Dion disait que la prospérité des côtes de Beaune, qui ne présentaient pas de différences "naturelles" avec les côtes de Nuit, s'explique par l'intervention des gens d'Autun (où les sols sont impropres à la viticulture). J. Madignier nous a montré que le chapitre fut particulièrement actif dans la création et l'exploitation de ces vignes, comme le rappellent encore nombre de toponymes ("clos du chapitre"…).

Le cœur des biens viticoles du chapitre fut constitué par de grandes donations aux VIIe-IXe siècles. Beaucoup de chanoines firent ensuite de plus petites donations en vignes, généralement sans entamer leur patrimoine, car il s'agissait de pièces achetées exprès pour la donation. On trouve en effet les biens propres des chanoines et des hommes du chapitre tout autour des terres du chapitre, qui sont regroupées autour de quatre foyers : Chenôve, Aloxe, Volnay, Rully.

Ces vignes furent d'abord exploitées sous la surveillance directe des hommes du chapitre, sous la responsabilité du prévôt. A la fin du XIIe et au XIIIe siècles la gestion est décentralisée et confiée à des prévôts locaux ("terriers"), chanoines, clercs, ou laïcs.

Le faire-valoir direct, pratiqué du VIIIe au Xe siècle, fut ensuite remplacé par un système de redevances en nature, consistant en la moitié ou le tiers de la récolte, le plus souvent en vin. Les preneurs de ces terres sont rarement des vignerons : il s'agit surtout de clercs, chanoines ou curés de paroisse, puis au XIIIe siècle de plus en plus de bourgeois de Beaune.

Tant que la mense canoniale resta indivise, les revenus des vignes furent mêlés aux autres revenus du chapitre. A la fin du XIIe siècle (et début du XIIIe), lorsque la vie commune fut abandonnée, les biens du chapitre furent répartis entre les chanoines : ceux-ci percevaient directement les revenus des vignes et payaient une redevance au chapitre, qui continuait à en surveiller l'administration. En 1262, le chapitre établit définitivement des prébendes territoriales (19 à Bligny et Aloxe) mais décida de les tirer au sort tous les trois ans : un système d'exploitation indirecte fut adopté, le chanoine recevant seulement le tiers des revenus de la prébende (les "gros fruits"). Les prébendes furent hiérarchisées selon leurs revenus et divisées en cinq classes, auxquelles le chanoine pouvait prétendre au fur et à mesure de l'avancement de sa carrière.

Les cartulaires de Coutances, par Julie Fontanel

Tous les documents originaux des archives de la cathédrale de Coutances ayant disparu pendant la guerre de cent ans, les cartulaires sont la seule source sur laquelle peut s'appuyer une étude du chapitre. J. Fontanel a édité le cartulaire B (350 actes) dans sa thèse d'École des Chartes, qui sera soutenue au printemps. D'une portée essentiellement économique et patrimoniale, puisqu'il s'agit avant tout d'instruments de gestion, ce type de documents s’avère néanmoins une indispensable source prosopographique. En effet, une centaine de chanoines sont mentionnés dans le cartulaire de Coutances, et 73 ne sont connus que par cette seule mention. En outre ces actes prouvent que ces hommes étaient bien à Coutances à la date de leur rédaction. La notice institutionnelle peut enfin se nourrir des renseignements concernant les dignitaires et officiers du chapitre, dont on constate l'apparition au cours des actes, et certains documents mentionnent les maisons ou l'enclos canonial.

La notice institutionnelle d'Agen, par Fabrice Ryckebusch

Sous Jean XXII, le diocèse de Condom en fut dissocié. Il comprend dès lors 502 paroisses et 12 archiprêtrés. Au XVe siècle l'évêque se fait appeler "comte-évêque", car il jouit de la comitalie (droits utiles et honorifiques du comte), mais en fait il n'est pas comte puisqu'il ne possède pas le comitatus (droit de légiférer), détenu par le comte de Toulouse.

L'official a des attributions particulièrement étendues : il exerce aussi la juridiction civile des évêques, et son ressort s'étend à toute la province de Bordeaux lorsque l'officialité bordelaise est vacante.

Le chapitre d'Agen compte quinze prébendes et son premier dignitaire est le grand archidiacre (il n'y a pas de doyen), suivi par le chantre. Cette hiérarchie "théorique" semble cependant être remplacée dans les faits par une hiérarchie liée à l'ancienneté d'entrée au chapitre. Aucun des statuts médiévaux n'a été conservé.

Le gros problème de ce chapitre est que les sources, très lacunaires, ne permettent pas d'établir de listes de succession dans les prébendes. Par contre, des tableaux de présence ont été réalisés pour les XIVe et XVe siècle. F. Ryckebusch propose leur insertion dans le volume des Fasti.

Les fichiers sur le Parlement de Paris, par Christine Barralis et Anne Hubert

Il s'agit du résultat des travaux effectués l'été dernier sur les fichiers de dépouillement des registres du Parlement de Paris conservés dans la section ancienne des Archives Nationales et au Centre d'études et d'histoire juridique (C.E.H.J.) qui en dépend.

Ils portent sur les trois séries du Parlement : X/1a essentiellement (parlement civil), X/2a (parlement criminel) et X/1c (Accords). Ces dépouillements ne concernent cependant que des périodes et des séries de registres incomplètes : essentiellement la période 1350-1400 pour le Parlement civil (X/1a/13 à 45), avec quelques compléments jusqu'en 1417 (X/1a/48-62). Seuls quelques registres de la série X/2a ont été dépouillés (deuxième moitié du XIVe siècle), tandis que les accords ont fait l'objet d'un dépouillement complet pour le XVe siècle.

Ces dépouillements, qui donnent principalement des listes de cotes de documents, sont disponibles aux A.N. à travers plusieurs fichiers différents : une liste récapitulative a été distribuée lors de la réunion et placée dans la "boite" pour les collaborateurs absents. Le résultat du travail de cet été, qui portait sur la collecte des informations concernant les diocèses les plus avancés, a été rassemblé sous la forme de trois bases de données informatiques : une base P.C. concernant les registres X/1c/48 à 62, et deux bases (une P.C., une Mac) pour le reste des informations. Cette division en trois bases n'étant que la conséquence de contingences matérielles, une fusion en est prévue à plus ou moins long terme. Les tirages de toutes les fiches contenues dans ces bases ont été placés dans la "boite". Tous les collaborateurs sont cependant invités à venir consulter les bases en faisant une recherche par noms de chanoines, car seul leur diocèse d'appartenance au moment du procès a été indiqué dans les bases (et donc dans la "boite" des Fasti) : il suffit donc que vos ouailles aient changé de diocèse à un moment ou un autre de leur carrière pour que la recherche par diocèse se révèle incomplète.

Ce compte rendu a été rédigé par Christine Barralis.

Pour commander le volume.

Contenu du volume :

  • 458 pages.
  • 1164 notices prosopographiques.
  • 29 biographies d'évêques.

Ce volume contient en outre une carte du diocèse, ainsi qu'un chapitre sur les livres de la cathédrale, un autre sur les stalles et une notice accompagnée d'un plan pour l'implantation canoniale dans la ville.

  • Avant-propos, par Hélène Millet, directeur du programme.
  • Extrait du volume : "les archidiacres du Vexin Français", page 59.
 

Diocèse de Rouen : avant-propos, par Hélène Millet

Dix-huit mois après la sortie du premier volume consacré au diocèse d’Amiens, voici celui sur le diocèse de Rouen, préparé par Vincent Tabbagh. Ce délai paraîtra peut-être long au regard de l’objectif affiché d’entrée de jeu d’embrasser toute l’étendue de la France actuelle. Mais il semblera plutôt court à qui voudra bien considérer que l’auteur a dû remanier son fichier pour tenir compte des critiques et des améliorations proposées, suite à la première publication. Aussi a-t-il droit à toute la reconnaissance des personnes réunies autour du projet Fasti, et tout particulièrement à la mienne, pour son inaltérable patience et son sens du bien commun.

Par rapport au volume sur Amiens qui a donc pleinement joué — comme nous le souhaitions — un rôle de prototype, celui sur Rouen se distingue d’abord par l’augmentation de la taille et du nombre des rubriques des notices biographiques du répertoire informatisé, celles portant notamment sur la carrière bénéficiale locale. En offrant plus d’espace aux données, nous avons surtout voulu leur donner le moyen d’être plus précises. Les modifications de présentation qui en découlent ne devraient pas avoir affecté la lisibilité des notices. Nous nous sommes aussi efforcés de mieux aider le lecteur dans le dédale des abréviations concernant les références — ajoutant à la mystérieuse mention SD un numéro qui permettra de se rapporter au régeste établi à la section de Diplomatique et des Sources documentaires de l’IRHT qui nous a servi de source1 — et nous espérons avoir amélioré la présentation et la confection des indices.

Comme nous l’espérions également, certains lecteurs ont joint leurs efforts aux nôtres pour compléter les informations dont nous disposions. Le fichier sur Amiens demande ainsi déjà à être mis à jour à partir des nombreux renseignements que fournissent les comptes rendus rédigés par Heribert Müller et Christian Kleinert. Pour Rouen, l’esprit de collaboration et la grande disponibilité de nos collègues allemands nous a permis d’inverser la vapeur : les lecteurs trouveront dans ce volume leurs additions et corrections intégrées dans ses notices par Vincent Tabbagh lui-même. En outre, l’heureuse rencontre de David Spear dans un congrès a également permis de bénéficier des acquis de ses recherches, menées outre Atlantique. Ces remarquables coopérations méritent d’être saluées comme des exemples à suivre ; nous espérons continuer longtemps dans cette voie et accueillir encore bien d’autres collaborations.

Pour la confection de chaque volume, il y a donc à la fois toute une équipe et un maître d’œuvre. Cette façon de travailler explique pourquoi certaines notices de l’introduction ne sont pas signées tandis que l’autres le sont. Lorsque l’apport des spécialistes est prépondérant, il nous a paru juste de signaler ainsi leur contri­bution ; dans d’autres cas, il faut tenir pour responsable le maître d’œuvre, sachant qu’il s’est appuyé non seulement sur ses propres connaissances mais encore sur une somme impressionnante de renseignements patiemment collectés et généreusement communiqués par d’autres que lui. Le volume sur Rouen a ainsi bénéficié de la collaboration de Pierre Bony pour les sceaux, Édouard Bouyé pour l’héraldique, Pascal Montaubin et David Spear pour les individus vivant au XIIIe siècle, Heribert Müller et Christian Kleinert pour ceux du XVe siècle, tandis que Kristiane Lemé, Nathalie Manoury et Jacques Le Maho apportaient un concours plus facilement localisable.

Mais il faut aussi rappeler combien précieux sont les apports des différents fichiers établis par les équipes du CNRS ayant accepté de s’associer au program­me Fasti. Anne-Marie Hayez et Janine Mathieu dispensent largement les trésors patiemment accumulés en Avignon et Élisabeth Lalou ceux du Corpus philippicum désormais consultable à l’IRHT de Paris. En ce même lieu, Jean-François Genest oriente les visiteurs de la section de codicologie. À l’UMR « Culture, politique et société en Europe IXe-XVIe siècles », ce sont Carla Bozzolo et Jean-Philippe Genet qui sont mis à contribution pour le fichier des humanistes à Villejuif et la base de données des universitaires à Paris. Surtout, c’est à l’IRHT d’Orléans que nous trouvons une aide et un soutien de tous les instants auprès de l’ensemble du personnel, Anne-Marie Legras accueillant les lecteurs à la section de Diplomatique et des sources documentaires où nous est ouvert le fichier jadis géré par Odile Grandmottet.

Les différentes pièces de l’ouvrage étant ainsi rassemblées, il revient au maître d’œuvre d’en faire un livre, en les plaçant, un peu à la manière d’un puzzle, dans les cases précédemment définies par le programme. Mais la trame ainsi préétablie ne dit pas à quoi doit ressembler l’ouvrage car chaque diocèse a sa physionomie propre et des spécificités dues à l’histoire ou à l’implantation. Elles apparaissent dans les différentes parties de l’introduction, la notice institutionnelle en particu­lier, ainsi que dans les notices consacrées aux évêques. Pour ces dernières, en l’absence de contrainte rédactionnelle, l’auteur peut librement faire apparaître une problématique qui est la sienne, s’attarder sur un individu, exploiter des sources moins obligées… L’austère outil de référence qui a pour principal objectif de recenser des individus et de les couler dans un moule descriptif limité et uniforme s’offre avec elles quelques pages plus engagées pour esquisser l’originalité d’une existence et d’un diocèse.

La partie centrale de chaque volume demeure toutefois le catalogue de notices biographiques, — rangées dans l’ordre alphabétique des prénoms puis des noms — réalisé à partir d’une base de données informatisée. L’automatisation des opérations a parfois généré des coquilles que nous n’avons pas toujours su débusquer. Le volume d’informations que peut stocker chaque enregistrement étant forcément limité et leur mise en forme standardisée, il en résulte moins une véritable notice biographique qu’une fiche de renseignements. Leur finalité n’est pas de retracer une vie mais de fournir des éléments précis d’identification, à partir desquels se dessine un profil de carrière.

La base de données rouennaise diffère de celle consacrée à Amiens en ce qu’elle comporte quatre nouveaux champs, trois étant destinés à recueillir davan­tage de précisions sur la carrière capitulaire, le quatrième étant dévolu aux rensei­gnements sur l’inhumation. Ces additions n’affectent en rien la structure générale de la base et, par voie de conséquence, celle des notices. Dans l’économie généra­le du projet, il est en effet capital que les différentes bases de données soient cumulables. Dès à présent, nous travaillons à l’élaboration d’un programme permettant la gestion et l’interrogation d’une seule grande base portant sur l’ensemble de la population des notables des diocèses de France de 1200 à 1500. Mais nous n’attendrons pas l’achèvement des 130 bases diocésaines pour réaliser un Cd-rom, support qui permettra de faire bénéficier le lecteur des progressives mises à jour de l’information.

En attendant, nous avons dû établir un protocole pour la saisie des données concernant les individus appelés à figurer dans plusieurs bases diocésaines. Ils portent dans chacune un numéro matricule différent. C’est ainsi que Jean de La Rochetaillée est repérable à la fois sous les codes AM576 (base d’Amiens) et RO4352 (base rouennaise). Le volume sur Rouen étant paru en second, on y trouvera la référence AM576, et non l’inverse. Lorsque deux notices se trouveront en contradiction, la dernière en date devra être tenue pour meilleure ; les éléments déjà fournis dans la première seront repris dans la seconde, dans la mesure de la place disponible, et sauf s’il s’avère plus important de donner une information nouvelle.

Malgré notre bonne volonté, il restera certainement encore dans ce volume beaucoup d’incorrections. En prosopographie, la recherche de la perfection peut devenir synonyme d’ajournement indéfini de la publication. C’est pourquoi, encouragés en cela par Louis Holtz vers qui va toute notre gratitude, nous avons pris le risque de l’édition progressive et partielle des résultats déjà acquis. La satisfaction d’avoir sous les yeux un résultat tangible de nos efforts s’est avéré un stimulus non négligeable. Mais ceux d’entre nos lecteurs qui ont eu la gentillesse de nous dire ou d’écrire que, tels qu’ils sont, les Fasti sont déjà fort utiles, ont assurément trouvé le meilleur moyen de nous inciter à poursuivre.

Paris, le 16 octobre 1997, Hélène Millet, directeur du programme.

 

Extrait du volume concernant le diocèse de Rouen

Les archidiacres du Vexin Français (page 59)

ExtraitRouen

(...)

 

 
diocèse de Rouen

 

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 26 janvier 2007

 

Parutions

  • Thérèse Boespflug, La curie au temps de Boniface VIII. Etude prosopographique , Rome, 2005. Ce livre est à utiliser pour l'établissement des bases de données diocésaines.
  • Véronique Julerot , « Y a un grand desordre ». Elections épiscopales et schismes diocésains en France sous Charles VIII , P.U.Sorbonne, 2006.
  • Thiéry Pécout, Un symptôme : le concile provincial de Riez en 1286 et les redéfinitions de l' officium episcopi en Provence, Annuarium Historiae Conciliorum , t. 37, 2005, p. 109-138.
  • Vincent Tabbagh , Gens d'Eglise, gens de pouvoir (France, XIIIe-XVe siècle) , Editions Universitaires de Bourgogne, 2006 (à signaler en particulier : Une famille de grands clercs au XIVe siècle : les Molins entre dévotion, ascension sociale et service de l'Etat, p. 53-85, Les évêques du royaume de France en 1438, p. 87-186, Portraits de chanoines en banquiers : les chapitres cathédraux de Paris et de Rouen à la fin du Moyen Age, p. 187-204).
  • Pierre Chastang , S'enrichir au Moyen Âge : le parcours de Guilhem Rainard, chanoine d'Adge (†1176)

 

Nouvelles

Soutenances de thèse :

  • en décembre, Fabrice Delivré : L'évêque du premier siège. La papauté et l'office de primat-patriarche dans l'Occident médiéval (fin XI e -début XVI e siècle).
  • en mars, Jacques Madignier : Le chapitre cathédral d'Autun, du XI e siècle à la fin du XIV e siècle.

Laurent Vallière a regroupé les références bibliographiques déjà mentionnées dans les notices bibliographiques des FEG (volumes publiés), en vue d'uniformiser leurs abréviations. Cette liste sera diffusée ultérieurement.

Une liste des courriels des membres des Fasti sera diffusée avec ce CR. Merci de bien vouloir signaler d'éventuels oublis ou inexactitudes à Irmine Martin.

Le site d'information des Fasti a été pris en charge par Willy Morice, Jean-Nicolas Rondeau ne donnant malheureusement plus signe de vie. C'est aussi Willy Morice qui assure la permanence de l'ouverture de la salle G 687 à la Sorbonne. Par suite d'ennuis de santé, il risque d'être absent dans les semaines qui suivent. Il est recommandé de téléphoner avant de se déplacer (01 40 46 31 73).

L'IRHT annonce le projet d'une carte SIG sur les diocèses en lien avec sa base de données des cartulaires (contact: Christophe Jacobs, www.cn-telma.fr, mail).

L'IRHT (Iéna) possède désormais les registres numérisés des archives du Vatican (jusqu'au milieu du XVe s.) qui étaient jusque là disponibles à Orléans. Ceux du XIIIème s. et quelques autres sont aussi disponibles à Montpellier (d'Innocent III à Clément V inclus, Clément VI et Benoît XIII).

Lors d'un colloque organisé par les Fasti Ecclesiae Portugaliae, Hélène Millet et Stéphane Raux ont présenté la base de données sur site.

Quelques résumés des interventions de la 2de journée « Devenir évêque » sont consultables sur le site du LAMOP.

Un appel à communication pour un colloque sur les manuscrits musicologiques de la bibliothèque d'Amiens est transmis par Pascal Montaubin.

Le colloque « Cathédrale et pèlerinage » organisé conjointement par les programmes « Fasti » et « Pèlerinages et sanctuaires » du GDR Salvé aura lieu à Nanterre les 28 et 29 mars 2008 . Ci-joint, l'argumentaire. Ceux d'entre vous qui, intéressés par ce thème, n'auraient pas encore répondu au questionnaire qui a été diffusé sont invités à le faire rapidement auprès de Catherine Vincent: catherine.vincent14@wanadoo.fr (mail).

 

Le programme CORELPA (CORpus Electronique des Lettres des PApes XIIIe-XIVe s.) : l'efficacité des décisions pontificales.

Présenté à l'Agence Nationale de la Recherche , le programme CORELPA a été accepté. Des crédits serviront à compléter le CD-Rom « Ut per litteras ». Coordonné par Jacques Chiffoleau (URM 5648, U. Lyon II), le programme associe l'IRHT, Brepols, l'équipe des archives pontificales d'Avignon et le LAMOP. Pour celle du LAMOP, il s'agira de juger de l'efficacité des décisions pontificales en évaluant les réussites des expectatives. Le papier destiné à recueillir les noms des personnes qui désireraient être associées à ce programme ayant disparu, vous êtes invités à vous manifester auprès d'Hélène Millet.

 

Présentation du projet européen en gestation

Leontina Ritan , ingénieur-projet Europe, mise à disposition du GDR par le CNRS pour le montage d'un projet européen dans le cadre du 7 e Programme Commun de Recherche et de Développement (Union Européenne) a présenté en quoi consistaient les appels d'offre publiés en décembre dernier. Deux possibilités s'offrent : le programme Coopération et un sujet traitant de la citoyenneté européenne (à remettre le 10 mai 2007) ou bien le programme Infrastructures sur un appel visant « les archives et les collections culturelles » (pour début 2008). Après consultation, tant en France qu'à Bruxelles, il est apparu que, sans que la première solution soit franchement impraticable, la seconde serait mieux adaptée à partir du moment où une base de données est effectivement tenue pour une infrastructure. D'importants financements sont en jeu. Les Fasti se prévalent de plusieurs partenaires européens (Brepols, Fasti Ecclesiae Portugaliae, Fasti Ecclesiae Anglicanae, deux centres de recherches croates et hongrois). Une réunion de concertation des responsables nationaux est prévue début avril.

 

Françoise Hildesheimer, Les recherches dans le fonds du Parlement de Paris.

Responsable du fonds du Parlement de Paris, Françoise Hildesheimer nous donne un inventaire très complet de ses archives (avec les mentions des éditions ou des fichiers qui les dépouillent). Il est rappelé que la clef de la recherche est la procédure et que les copies de la collection Le Nain (série U) sont toujours d'une grande pertinence.

 

Fabrice Delivré , Les primats dans la sphère bénéficiale : la confirmation des élections épiscopales (XV e siècle)

Fabrice Delivré développe un aspect de sa thèse récemment soutenue sur les primats (XIe-XVe s.). En Occident, les Faux isidoriens du IXe s. alimentent les origines de cette institution ecclésiale. Les primats revivent ensuite grâce à la réforme dite grégorienne et réapparaissent enfin au XVe s. au service d'idéaux réformateurs, mais au sein de l'Église gallicane seulement. Jusqu'à présent et à moins de trouver un « dossier » archivistique, les historiens minoraient les interventions primatiales en ne les traitant que sous l'angle anecdotique, sans en comprendre véritablement la portée. Par ses amples dépouillements, FD met au jour ce nouveau « nœud » des institutions bénéficiales de la fin du Moyen Age. La primatie est revendiquée par les archevêques de Lyon, Vienne, Bourges, Narbonne, Bordeaux, Rouen et Sens.

Au XVe s., l'activité des primats est scandée par trois temps forts : la soustraction d'obédience et la période de neutralité du royaume, la Pragmatique Sanction , l'après Louis XI.

En 1457, l'archevêque de Lyon et primat se pose en collateur ordinaire de la nouvelle prébende théologale du chapitre cathédral de Rouen (comme RO385 l'indique). L'archevêque de Rouen, l'ultramontain Guillaume d'Estouteville et la victime de cette intervention, porte la cause devant le Parlement de Paris… qui donne raison aux prétentions du primat en vertu des principes de la Pragmatique Sanction (souci des appels gradués et volonté de juger dans les limites du royaume). Un procès mené en cour de Rome dans les années 1450 par Estouteville visait à obtenir pour Rouen l'exemption de la tutelle lyonnaise. Les archevêques rouennais prétendent ensuite à la primatie de Normandie, mais dans les limites de leur seule province, comme les archevêques de Bordeaux veulent se libérer dans leur province de la domination du primat de Bourges. Sous l'Ancien Régime, Lyon est uniquement primat de Sens et de Tours.

Trois autres collations de prébende par l'archevêque de Lyon sont attestées au chapitre cathédral de Paris.

Les primats interviennent dans toute la France pour infirmer ou confirmer une vingtaine de successions épiscopales, ce qui trahit une pratique cohérente. Voulant exercer une juridiction réelle sur une province dont ils ne sont pas les métropolitains, les primats s'opposent à la centralisation pontificale des causes et des bénéfices. La primatie est un échelon réel de la hiérarchie ecclésiastique française du XVe s. Cette institution est capable de produire ses preuves - retrouvées dans des textes des XIe-XIIIe s. - pour justifier la justesse de son existence. FD ne pense pas que des faux furent inventés au XVe s. Les années 1480 marquent à Lyon un certain effacement par le refus d'intervenir de Charles de Bourbon. A cette époque, l'archevêque de Vienne s'intitule primas primatum.

Vincent Tabbagh doute du degré de fiabilité accordé aux preuves produites, d'autant que les originaux vidimés ont pour la plupart disparu.

NB : un tableau des confirmations d'élections épiscopales par les primats au XVe s. a été diffusé.

 

Laurent Vallière, Notice institutionnelle du diocèse de Poitiers.

En vue de la prochaine parution du volume de Poitiers, Laurent Vallière présente la notice institutionnelle du siège de saint Hilaire. Vaste espace de 1220 paroisses réparties en trois archidiaconés, le diocèse de Poitiers est démembré en 1317 par Jean XXII pour créer les diocèses de Luçon et Maillezais. La cité compte trente paroisses et quatre collégiales séculières (avec notamment 23 chanoines à Saint-Hilaire-le-Grand). Entre 1200 et 1500, 20 collégiales dans le diocèse se partagent environ 200 canonicats dont un tiers à Poitiers.

L'évêque, qui détient une prébende, doit entretenir les cloches et clochers et fournit les ornements du maître-autel de la cathédrale Saint-Pierre. Ses communs services s'élèvent à 4 400 fl. au XIIIe siècle, à 2800 livres après 1317. R. Favreau évalue les revenus épiscopaux à 1 620 l .t. en 1430 et à 10000 à la fin du siècle.

Le premier official est cité dans les années 1220. Il existe trois officialités foraines à Aizenay, Niort et Chauvigny au XIIIe s. qui relèvent de l'official de Poitiers, seul cité dans les textes. Les archidiacres n'ont jamais eu quant à eux d'official.

La collégiale Saint-Hilaire est plus riche que le chapitre cathédral (taxé à 170 l .t. en 1383). Le chapitre compte 21 prébendes pour 24 chanoines (18 ont une prébende, 6 autres une demi-prébende sacerdotale). Un document fiscal de 1382 cite quatre dignités (doyen, chantre, écolâtre, prévôt) suivies de personats (sous-doyen, sous-chantre, archidiacres de Poitiers, de Brioux, de Thouars, chevevier, abbé de Notre-Dame). La chevecerie est unie à la mense capitulaire en 1389. L'écolâtrie fut supprimée avec plus de difficultés au début du XVe s.

Les chanoines disposent de prébendes égales mais aussi d'acensements qui sont affermés aux plus offrants (1316). Pierre Desportes suppose que telle maison canoniale pouvait être adjointe à telle prébende.

Vincent Tabbagh remarque que le doyen a la particularité remarquable d'établir et de destituer les curés des paroisses de la cité et des faubourgs.

 

Karine Corre et Kristiane Lemé , Les stalles de la cathédrale de Poitiers.

Les 74 stalles de la cathédrale de Poitiers sont les plus anciennes conservées en (de) France ; un plan de 1767 en indiquait 98. Les jouées et les retours des stalles ont disparu. Les archives du chapitre ont brûlé en 1562, il faut donc se résoudre à utiliser les Annales d'Aquitaine (1525) qui attribuent la commande de ces stalles à l'évêque Jean de Melun (1235-+1257). Or ce serait un cas bien exceptionnel puisque les stalles du nord de la France sont, pour autant qu'on sache (Rouen, deuxième moitié du XVe s., Amiens au début du XVIe s.), financées par les chanoines. Dans le Midi, (les) certains ensembles de stalles sont (payées) financées par l'évêque, mais à partir de la Renaissance. Par la méthode comparative, Karine Corre et Kristiane Lemé situent les écoinçons des hauts-dossiers - sans dais - dans les années 1240. Un diaporama analysa les sellettes des miséricordes et les fines décorations des écoinçons, mit en relation ces stalles et des dessins de Villard de Honnecourt. Une analyse dendrochronologique, cependant coûteuse et peu prisée des conservateurs des M.H. pour ce type de mobiliers, permettrait d'être plus catégorique quant à la datation.

Hélène Millet remarque que la grande interpénétration institutionnelle entre le chapitre et l'évêque de Poitiers (qui est chanoine) pourrait expliquer que la commande ait été passée par l'évêque. C'est à lui qu'incombe l'entretien de la cathédrale. Les chanoines n'ont pas de trésorier, dignitaire qui, en bien d'autres chapitres, s'occupe précisément de cet entretien. Jean de Melun a probablement agi de concert avec le chapitre dont il était membre à part entière.

Compte rendu rédigé par Jean-Vincent JOURD'HEUIL

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Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 03 juillet 1998

Informations générales :

Comme prévu, le volume sur Reims, troisième de la collection, est sorti des presses. Il est disponible en librairie au prix de 660 francs. Les deux prochains volumes concerneront les diocèses de Besançon et de Sées.

Hélène Millet a fait un bref exposé de tous les ennuis (souvent d’ordre informatique !) qui peuvent survenir entre le moment où le responsable d’un diocèse remet la disquette contenant sa base de données et celui où le volume est finalement prêt à être édité, et qui expliquent le délai (parfois assez long) qui sépare ces deux étapes.

Les chanoines et la musique par Etienne Anheim

A la fin du Moyen Age, la musique est omniprésente dans la vie quotidienne, particulièrement dans celle des chanoines, avec la célébration des offices liturgiques. C’est à cette époque que se produit une révolution en matière musicale avec le passage de la monodie à la polyphonie et l’invention d’une notation précise de cette musique savante. On passe en effet vers la fin du XIIIème siècle (en particulier à l’Ecole Notre-Dame) du chant grégorien monodique - dans lequel les chanteurs suivent tous la même ligne musicale - à des formes complexes où une puis plusieurs voix ajoutent des variations à la mélodie principale, au point que l’on ne comprend plus du tout les paroles.

Une bulle de Jean XXII de 1324-1325 traduit la réaction défavorable d’une partie du clergé face à ce nouveau type de musique. Elle est en fait l’aboutissement d’une longue réflexion, hostile à une musique qui ne serait plus au service du texte sacré mais qui existerait pour elle-même. Cependant, les milieux canoniaux entre Seine et Rhin puis la cour pontificale elle-même sous Clément VI, se trouvent être le lieu de l’élaboration de cette musique, appelée ars nova.

C’est ainsi que l’on peut suivre les carrières de chanoines chapelains dans les chapelles pontificale (qui existe depuis Benoît XII) et cardinalices à Avignon. Leurs carrières bénéficiales sont celles de chanoines du Nord de la France et leurs réseaux de relations sont les mêmes que ceux de leurs collègues, moins doués pour la musique. Ils bénéficient souvent d’appuis dans les chapitres du Nord de la France grâce à leur famille ou à leurs compatriotes et font venir à leur tour des chantres, formés dans ces chapitres, dans les chapelles d’Avignon. C’est ainsi que la pratique de cette nouvelle musique se diffuse dans la France du XIVème siècle et au-delà.

Notice institutionnelle du diocèse de Macon, par Denyse Riche

Malgré un gros déficit en sources pour ce diocèse, nous avons pu lire une notice déjà très amplement informée. Il faut remarquer d’abord la forme particulière de ce diocèse, probablement démembré sur celui d’Autun. C’est un diocèse marqué par l’importance du clergé régulier puisque la ville ne compte pas moins de cinq abbayes. Ceci est aussi manifeste dans la faible proportion de bénéfices du diocèse dont la collation revient à l’évêque. La ville comprend six paroisses qui relèvent toutes de la cathédrale mais la présence du clergé canonial est assez réduit : on compte les chanoines réguliers de Saint-Pierre de Mâcon et les chanoines séculiers de Notre-Dame de Beaujeu qui ont la caractéristique, comme la chapitre cathédral, de ne pas offrir de prébendes distinctes. On parle plutôt de portions canoniales. Lorsqu’un chanoine décéde ou s’en va, sa portion est partagée entre tous.

Un usage funéraire des bulles pontificales par François Comte

Ces dernières années, des bulles pontificales ont été retrouvées dans une bonne dizaine de tombes, attachées à plusieurs endroits du corps du défunt. Ces trouvailles sont éparpillées géographiquement mais elles concernent surtout la France et la Suisse, dans des chefs-lieux de diocèse et aussi bien dans des cathédrales que des abbayes. Ces bulles sont datées de la deuxième moitié du XIVème siècle et de la première moitié du XVème siècle.

Le problème est de connaître la raison d’être de cette pratique funéraire. Un tiers des bulles faisaient référence à des papes contestés pendant l’époque du Grand Schisme. Peut-être peut-on y voir une volonté de légitimation même post mortem d’autant que les papes des différents clans s’excommuniaient mutuellement.

Ce rite funéraire a en tout cas été pratiqué en France un peu partout car on peut trouver la mention dans un registre capitulaire, comme à Angers en 1487, de l’ouverture d’une tombe afin d’aller y chercher des documents.

Ateliers thématiques

Cette réunion a vu renaître le système des ateliers de travail, un peu délaissé lors des dernières réunions au profit des divers exposés préparés par les collaborateurs de l'équipe. Ces ateliers thématiques étaient cette fois au nombre de 4, et ont permis d'aborder des problèmes plus spécifiques, qui peuvent ne concerner qu'une partie seulement des collaborateurs des Fasti.

Les chapitres réguliers :

Plusieurs problèmes se posent lorsque l’on étudie ces chapitres particuliers. Comment définir un chanoine, tout d’abord. Comme la définition générale du chanoine ne s’applique pas à un chanoine régulier, il semble qu’il faille retenir - d’après l’exemple d’Avignon - la réception du chanoine pour le considérer comme tel. A Toulouse, la réception a lieu en chapitre général. Mais le collateur ou la forme de collation ne sont pas toujours mentionnés, pas plus que la stalle ou les revenus.

Il faut aussi faire attention à l’éternel problème des expectatives, qui ne prouvent pas que l’individu a été effectivement chanoine. Les provisions de canonicats réguliers se trouvent dans deux catégories de registres pontificaux : De regularibus et De monachiis et monialibus recipiendis. Mais y-a-t-il des cumuls dans les cathédrales qui suivent l’ordre de Saint-Augustin ?

D’autres problèmes concernent la profession religieuse (existe-t-il partout des cédules ?) ou les statuts de ces chapitres. Saint-Sernin de Toulouse en offre de beaux exemples, mais il semble qu’ils soient fragmentaires ailleurs. Les bâtiments des chapitres réguliers posent enfin différents problèmes, puisqu’on doit pouvoir y distinguer un dortoir, un réfectoire et éventuellement une maison pour les dignitaires.

La rédaction des notices d’évêques :

Un schéma de notice a été élaboré par M. Hours pour le diocèse de Besançon, d’après ce qui a été fait auparavant pour les diocèses de Rouen et de Reims. M. Desportes nous a fait part, quant à lui, de l’intérêt d’un travail collectif à ce sujet afin de confronter les points de vue.

On doit donc y trouver dans ces notices (en 5-6 pages maximum) :

  • un état civil de l’individu, i.e. les origines familiales et les études : quelle(s) université(s), quel(s) grade(s) ?
  • la carrière avant l’accession à l’épiscopat : bénéfices, carrière éventuelle à la Curie et dans la vie politique. M. Desportes souligne ici la difficulté qu’il y a quelquefois à connaître les premiers bénéfices des évêques, qui sont pourtant très instructifs sur leur origine, leurs premiers protecteurs, etc...Si ces éléments ont déjà été établis dans des volumes précédents, énumérer seulement les bénéfices avec ajouts et corrections éventuels.
  • les faits marquants de l’administration du diocèse pendant l’épiscopat de l’individu : il est clair qu’il s’agit de parler de l’individu en temps qu’évêque de X, pour éviter de répéter ce qu’a dit ou dira quelqu’un d’autre au sujet du même individu, évêque d’Y. Le même numéro est donné à l’individu d’un volume à l’autre, ex : AM 207 (Amiens, individu n°203) et RO 493 (Rouen, individu n°493).
  • la participation à la vie de l’Eglise universelle.
  • les faits marquants de la vie du diocèse dont le lien avec l’administration de l’évêque n’a pas été démontré : fondations monastiques ou déplacements d’établissements par exemple.
  • la carrière ultérieure : rappeler les bénéfices suivants.
  • la notice héraldique et sigillographique : dans ce domaine, M. Bouyé et M. Bony sont d’un grand secours. Cette étude peut s’avérer très utile pour des problèmes de généalogie par exemple. Chaque siège a son sceau au revers duquel peut se trouver l’indication des armes personnelles de l’évêque.

NE PAS OUBLIER, à la recommandation de M. Tabbagh, de signaler le lieu de sépulture, d’éventuelles représentations sur des vitraux, des monnaies, une pierre tombale et si l’évêque a été commanditaire d’oeuvres d’art dont des livres.

La saisie des informations

(compte rendu en attente...)

Les collégiales :

L’étude des collégiales est d’emblée plus complexe que celles des cathédrales, étant donné l’extraordinaire variété des établissements que recouvre ce nom générique. On peut s’accorder sur cette définition générale (afin de faire la distinction nette d’avec une chapellenie collective) ; une collégiale est un corps d’au moins deux chanoines séculiers mais pouvant vivre communément, jouissant d’une autonomie manifestée par un temporel et un sceau.

D’après l’étude des collégiales de Bourgogne, M. Tabbagh propose une typologie des collégiales suivant leur origine :

  • collégiales nées de la transformation de monastères d’époque mérovingienne ou carolingienne aux IX, X et XIèmes siècles.
  • collégiales nées de corps sacerdotaux réunis en un lieu important (vicus, castrum) et qui se dotent d’une règle commune vers le XIème siècle, encouragés par la réforme grégorienne.
  • collégiales fondées autour de châteaux au sein du deuxième réseau urbain (XI-XIIèmes siècles) par l’autorité seigneuriale pour diverses raisons.
  • collégiales fondées de manière privée par le pape, un prince de l’Eglise, une famille pour le service funéraire.

Les sources qui nous renseignent sur les collégiales sont les mêmes que celles des cathédrales, à savoir les sources locales et les sources pontificales. Dans les sources locales, on peut avoir grand intérêt à dépouiller les sources communales car une collégiale est souvent plus intégrée au tissu urbain que ne l’est une cathédrale. De même pour les sources des fabriques (quand elles existent), les sources des officialités, celles contenues dans les archives diocésaines (celles de Nice sont très belles), les visites pastorales, les fonds seigneuriaux (notamment pour les grosses collégiales du Nord) et les sources notariales pour le Midi surtout.

Prosopographiquement, les chanoines de collégiales sont souvent des clercs bénéficiés dans leurs propres diocèses mais aussi hors de leurs diocèses d’origine. Les collégiales offrent de ce point de vue les mêmes profils que les cathédrales. Il est sûr néanmoins que les chanoines de collégiales sont plus insérés dans les groupes familiaux locaux, qu’ils peuvent être au service des grands seigneurs (il faudrait par exemple étudier la proportion de serviteurs des comtes de Flandre dans les collégiales du Nord au XIIIème siècle).

Le mode de collation des prébendes de collégiales est très varié lui aussi, ce peut être la cooptation comme à Beaune, le droit de patronage de l’évêque du diocèse mais aussi celui de la famille du fondateur. La lecture des obituaires peut renseigner sur l’identité de ces fondateurs.

Quant aux rapports des collégiales urbaines avec la cathédrale, il semble qu’ils soient souvent conflictuels même (ou surtout ?) lorsque les mêmes chanoines cumulent leurs prébendes dans les deux églises. Les rapports avec les paroisses qui existent souvent au sein même des collégiales peuvent être très rapprochés et c’est aussi une des raisons qui rend leur étude complexe mais fort riche.

Ce compte rendu a été rédigé par Christine Barralis et Anne Hubert.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 25 juin 2004

 

Informations générales

Mathieu Desachy vient de soutenir sa thèse à Paris I : « Cité des hommes. Le chapitre cathédral Notre-Dame de Rodez (1215-1562) ».

Le séminaire de Jacques Verger et Hélène Millet (6 vendredis par an, 10h-12h à l’ENS rue d’Ulm) change de thème. Après la problématique de la réforme, ce sera désormais « L’Église et les églises ». Les différentes équipes du GDR Salvé seront invitées à y présenter leurs travaux à tour de rôle. Programme envoyé sur demande par Mme Martin. Les Fasti seront sollicités l’an prochain pour traiter de la place du chapitre cathédral dans l’Église d’un diocèse et son rôle auprès des autres églises.

Un cycle de formation à la liturgie comportant des sessions sur le calendrier, la messe et le bréviaire a été donné en 2003-2004 à l’IRHT par Jean-Baptiste Lebigue. Ce dernier serait prêt à le répéter pour l’équipe des Fasti, en l’adaptant à ses problèmes. Comme 24 personnes ont manifesté leur intérêt, un stage jumelé à l’une de nos journées, celle de l’été 2005, pourrait être envisagé à Orléans. La question est à l’étude avec le service formation du CNRS pour trouver un financement. Benoît Jordan se propose également pour présenter une typologie des objets et vêtements liturgiques au Musée d’art religieux de Dijon. Les personnes intéressées par tous ces projets sont priées de se manifester auprès de Mme Martin (en remplissant le bulletin prévu à cet effet).

I. La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrale, par J.-P. Brelaud

Le chapitre collégial de Notre-Dame de Beaune, au diocèse d’Autun, est une communauté numériquement importante, dotée d’un temporel étendu, et surpassant en richesse et en prestige plusieurs chapitres cathédraux des alentours. Les chanoines de cathédrales se sont-ils intéressés à Beaune en raison de son prestige, ou ont-ils eu tendance à être écartés par un recrutement avant tout local favorisé par la pratique de la cooptation ? Une dichotomie dans la documentation, fondée sur des sources locales pour le XVe siècle, et essentiellement pontificales (sondages dans les éditions de lettres communes de quelques papes) pour le XIVe, conduit à ne formuler que des hypothèses provisoires.

L’examen des carrières bénéficiales des chanoines de Beaune conduit à identifier 116 chanoines ou dignitaires de cathédrales parmi les 488 chanoines beaunois actuellement recensés. Ces 116 individus ont en général détenu un canonicat dans une cathédrale voisine, Autun pour 55 d’entre eux, Besançon, Chalon, Mâcon, Langres… Certains sont chanoines dans des diocèses septentrionaux (Thérouanne, Cambrai…), leur carrière devant profiter de l’influence ducale sur ces régions.

La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est difficile à déterminer, en raison de dépouillements lacunaires. Dans 15 cas, le canonicat de cathédrale est détenu plus ou moins vite après un passage à Beaune, qui apparaîtrait alors comme un début de carrière. Dans près de 75 % des cas, le canonicat de cathédrale est cumulé avec un canonicat beaunois. Ce cumul entraîne un désintérêt pour les affaires du chapitre de Notre-Dame ; même un doyen comme Jean Ogier parvient à être dispensé de résidence à Beaune. Le canonicat beaunois constitue pour ces individus, qui ont tendance à être plus instruits que leurs collègues « locaux », une étape modeste dans une riche carrière. À l’inverse, certains ecclésiastiques privilégient leur canonicat beaunois en faisant des fondations à Beaune ou en nommant leur neveu à des bénéfices beaunois.

La valeur relative d’un canonicat beaunois par rapport à d’autres canonicats est difficile à déterminer. D’après la taxation pour les décimes, ils sont aussi prestigieux sinon plus que les canonicats de sièges épiscopaux environnants. En outre, la collégiale est l’une des plus touchées par les collations pontificales, avec ou sans expectative, sous Jean XXII. Cependant, les permutations réalisées consistent rarement en un échange pur et simple de canonicat beaunois contre un canonicat de cathédrale (ou l’inverse). Soit le canonicat beaunois est accompagné d’un lot de bénéfices divers (cures, chapellenies…), soit l’individu concerne son canonicat de cathédrale et échange son canonicat beaunois avec un ou plusieurs bénéfices mineurs. En outre, les individus qui obtiennent du pape un canonicat et, parfois, une prébende à Beaune ne sont que très rarement titulaires d’un canonicat dans une cathédrale. Enfin, peu de chanoines beaunois sollicitent un canonicat de cathédrale, en particulier sous Urbain V : sont-ils satisfaits de leur sort, ou contraints par la discipline du chapitre, ou bien sentent-ils qu’ils ne peuvent obtenir autre chose ?

Ainsi, la place modeste du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est malgré tout réelle, et les détails fournis par des sources beaunoises d’une grande richesse peuvent intéresser les études sur plusieurs diocèses.

Question/Réponse : À la suite de cette communication, Véronique Julerot se demande si les exemptions n’arrivent pas à Beaune assez tardivement. Vincent Tabbagh ajoute qu’elles concernent tôt les cathédrales mais de manière plus variable les collégiales. Hélène Millet demande si, par leur cursus, certains chanoines se distinguent. Jean-Pierre Brelaud répond qu’il s’avère difficile de le déterminer et que, globalement, leur niveau intellectuel semble surtout meilleur au XVe siècle.

II. Les transformations du recrutement canonial autunois du XIe au XIVe siècle, par Jacques Madignier

C’est au IIIe siècle que l’organisation épiscopale s’établit dans la confédération éduenne qui fut rapidement assimilée au diocèse d’Autun (episcopus civitatis eduensis). Les contours de la communauté cléricale vivant dans l’entourage de l’évêque se dessinèrent à partir du VIIe : en 677, elle comptait une quarantaine de membres ; au milieu du IXe, une cinquantaine, ce qui la situait au niveau de celles de Langres (48), de Paris (50), d’Auxerre (59). Aux XIIe-XIIIe siècles, le chapitre autunois regroupait 48 prébendes, avec prébendes doubles pour le doyen et le chantre. Parmi ces 48 prébendes, 10 étaient réservées aux dignitaires. Durant les XIe et XIIe, le rôle et la place de chacun de ces dignitaires se transformèrent en particulier lors de la séparation de la mense épiscopale et la mense canoniale : doyen et chantre furent portés à la tête du chapitre ; les deux prévôts de Sussey et de Bligny, les quatre archidiacres d’Autun, d’Avallon, de Beaune et de Flavigny rétrogradèrent, ce qui occasionna de multiples conflits de prérogatives entre les uns et les autres ; les deux ultimes dignités étaient confiées aux abbés de deux abbayes sécularisées, celles de Saint-Étienne et de Saint-Pierre l’Étrier ; le sénéchal fut exclu du rang des dignitaires pour n’être que le majordome de l’évêque.

Les travaux conduits par Jacques Madignier, dans le cadre d’une thèse de doctorat sous la direction de Vincent Tabbagh ont permis d’établir une liste de 760 chanoines (54 pour le XIe ; 141 pour le XIIe ; 215 pour le XIIIe et plus de 240 pour le XIVe) et de mettre en évidence les structures et les transformations du recrutement canonial autunois.

1. La cohérence du recrutement du XIe siècle au XIIIe siècle : durant ces trois siècles, le recrutement du chapitre cathédral resta presque immuable ; cela s’expliquait par la collation de l’ordinaire, partagée entre le chapitre et l’évêque : au chapitre revenait le droit de nommer le doyen, le chantre et les chanoines ; à l’évêque, le droit de choisir les 8 autres dignitaires. Les chanoines autunois étaient très majoritairement issus des lignages nobles de Bourgogne (85 % des chanoines à l’origine sociale connue), ce qui n’excluait pas qu’il y ait eu quelques chanoines d’origine urbaine, venus des cités d’Autun, de Beaune, de Semur… Aux XIe-XIIe siècles, le recrutement des dignitaires se faisait dans les familles ducales et comtales ou chez leurs alliés les plus proches (les lignages de Bagé, de Mont-Saint-Jean…) ; les simples chanoines se recrutaient dans la petite noblesse proche de la cité autunoise. Au XIIIe siècle, le recrutement s’élargit aux clans familiaux qui tenaient châteaux sur l’arrière côte bourguignonne et en Auxois : les lignages de Vergy, Corrabuef, Châteauneuf, Sully, Marigny, Arcy, Pouilly… fournirent nombre de dignitaires ; le moindre cadet de miles tenant maison forte dans le diocèse pouvait devenir chanoine. Durant ces trois siècles, une dizaine de familles assurèrent leur mainmise sur le chapitre et en particulier sur les dignités ; l’ouverture sociale restait limitée, car tout chanoine avait le constant souci de pérenniser la présence de sa famille (la moitié des membres du chapitre d’origine connue avait un parent au chapitre). Par conséquent le recrutement géographique était étroit (85 % des chanoines à l’origine connue étaient issus du diocèse) ; les rares « étrangers » venaient des diocèses voisins, prioritairement des diocèses de Chalon sur Saône, de Mâcon, de Langres, de Besançon. La formation tant religieuse qu’intellectuelle était faible. La plupart des chanoines d’Autun étaient de simples clercs et ce n’est que sous la pression des papes (Alexandre IV) que leur niveau s’éleva, que la part des prêtres tendit à s’accroître. Au final, les carrières canoniales autunoises réservées aux cadets des clans aristocratiques bourguignons, étaient très stéréotypées. Les plus hauts dignitaires aspiraient à briguer le siège épiscopal (au XIe, 100 % des évêques étaient issus du chapitre ; au XIIe siècle, 60 % ; au XIIIe siècle, 50 %). L’ambition des autres chanoines était très réduite : les cumuls étaient rares et l’aventure au service des puissants ne les tentait guère.

2. Les bouleversements du recrutement au XIVe siècle : à partir de la fin du XIIIe, la rupture de conjoncture, la montée en puissance des pouvoirs laïc et pontifical, l’émergence d’une élite urbaine formée dans les universités firent voler en éclats le modèle autunois. L’irruption de la collation pontificale fut brutale et décisive. Elle s’imposa d’abord à l’occasion d’élections épiscopales litigieuses (1283, 1298), puis s’attaqua aux dignités et canonicats. Les interventions furent massives sous Jean XXII (moyenne de 5,5 par an) et sous Grégoire XI (moyenne de 4,5 par an). Cela conduisit à un glissement des aires de recrutement : le recrutement local déclina (43 % au XIVe) et se redéploya à travers le diocèse ; le recrutement s’ouvrit aux diocèses voisins, aux provinces ecclésiastiques du Sud et à l’Italie d’où étaient originaires les protégés des papes. Le recrutement social resta majoritairement aristocratique même si on devine une poussée du recrutement urbain venu des villes méridionales mais aussi des villes du diocèse. Formation religieuse et formation intellectuelle progressèrent rapidement, à la fois sous l’influence des clercs étrangers au diocèse et la volonté d’adaptation et de survie des clercs locaux (28 % des chanoines désormais dans les ordres sacrés, 41 % de chanoines diplômés). Les carrières au service des grands devinrent courantes (cela concernait 41 % des chanoines autunois, 22 % occupant des postes d’officiers, 19 % ayant le statut de familiers). De nouveaux profils de carrières se dessinèrent, largement influencés par la pratique du cumul. On assista à la montée en puissances des carrières protégées, qui concernaient les étrangers à Autun mais aussi les Autunois : en premier lieu, les serviteurs de l’Église : cardinaux (11), serviteurs et officiers du pape (40), serviteurs des cardinaux (20) ; puis les serviteurs des puissances laïques : serviteurs du roi de France (15), du duc de Bourgogne (22). Tout cela n’excluait pas la persistance importante de carrières canoniales locales, aux ambitions réduites au cumul de prébendes de collégiales, de cures, de chapellenies… Alors que l’attraction de la cour bourguignonne et des riches collégiales tarissait quelque peu le recrutement venu de la côte et de l’arrière côte bourguignonne, les chanoines autunois provenaient désormais de l’Auxois, du Morvan et du val d’Arroux… et par leur présence régulière assurait une sorte de stabilité au chapitre. La soustraction d’obédience de 1398 rétablit le système de collation de l’ordinaire et marqua le retour d’un recrutement presque exclusivement local, laissant ainsi le champ libre à l’influence grandissante des ducs de Bourgogne.

III. Quelles sources pour étudier les chapitres de Digne et Riez ?, par Thirry Pécout

Digne et Riez sont deux petits diocèses des Pré-alpes du sud, supérieurs en superficie au diocèse de Vence. Ces diocèses abritent une cinquantaine de paroisses et, à la fin du XIIIe siècle, leur taxation pour la décime est assez basse.

Ces dernières années ont vu un renouveau de la recherche, notamment archéologique. Dans les zones basses se trouvent les vestiges antiques, tandis que la cathédrale médiévale se situe plutôt en hauteur. Pour celle-ci, des travaux de fouilles ont été entrepris à Digne. À Riez, un programme est en cours : principalement axé sur l’Antiquité, il permettra malgré tout d’approfondir notre connaissance de la cathédrale antique et notamment du baptistère entretenus par le chapitre à partir du XIIe siècle.

Les fonds documentaires de ces deux diocèses sont extrêmement pauvres, les érudits modernes et contemporains se révèlent donc tout à fait précieux. À Digne, Pierre Gassendi, précurseur de l’historiographie provençale au XVIIe siècle, a effectivement transmis les archives du chapitre à l’occasion de son installation comme prévôt. Son prédécesseur ayant entrepris de les brûler (certains manuscrits portent sans doute encore les traces de cette tentative), il entreprend un sauvetage ainsi qu’un inventaire des transcriptions de confirmations pontificales du XIIe siècle. Son travail s’avère d’une grande fiabilité. Pour Riez, c’est un prêtre bénéficié qui, avant 1758, s’attelle à cette tâche mais réalise simplement un inventaire de titres récemment découverts et jusqu’alors conservés dans des archives privées, base de sa publication concernant la succession des évêques de Riez. À cette source s’ajoutent également quelques titres dispersés, dans les archives comtales ou dans le fonds des ordres militaires par exemple. Au XIXe siècle, le chanoine Albanès (1897) débute des recherches dans le cadre d’un procès en canonisation d’Urbain V : il mêle foi en l’apostolicité des Églises provençales, légendes magdaléniennes mais aussi une méthode rigoureuse. Les archives départementales des Bouches du Rhône (26 F, fonds Albanès) conservent des liasses de ses notes, dont certaines ont été publiées dans sa Gallia Christiana Novissima ; beaucoup restent toutefois inédites. Il a collecté des actes, des bulles de nominations, toutes ces informations étant présentées sous forme de petites fiches. L’historien dispose donc de sources très éparses, d’autant plus particulières qu’elles ne comprennent pas d’obituaire (perdu, celui-ci a tout de même été consulté par les rédacteurs de la Gallia ; l’obituaire d’Aix peut aussi pallier cette absence ; l’obituaire de Digne a été copié au début du XVIIe siècle). Il reste encore à dépouiller les sources non-locales.

En fait, ces archives locales permettent essentiellement une histoire du temporel. Pour Digne, Thierry Pécout dispose de nombreux statuts provinciaux et capitulaires (de 1214 à la fin du XVe siècle), auxquels s’ajoutent une ordonnance et un registre des sentences du prévôt pour la période 1337-1338, un curieux cartulaire commençant en 1320 par une délibération capitulaire et par une constitution de Jean XXII partiellement retranscrite (Suscepti regiminis). Les actes notariés qui sont assez fournis pour la deuxième moitié du XVe siècle offrent des informations complémentaires. En revanche, il n’existe pas de délibérations capitulaires et, bien que le registre des anniversaires soit actuellement conservé, celui-ci couvre une courte période, mi XVe siècle– mi XVIe siècle. À Digne comme à Riez, le chapitre comporte douze membres au XIIIe siècle avec, le plus couramment, huit présents. Les dignités sont difficiles à déterminer. Le prévôt, qui possède un double suffrage est attesté à la fin du XIe siècle pour Riez et au XIIe siècle pour Digne. Pour cette dernière, un archiprêtre est mentionné vers 1250, mais à une seule occasion. En revanche, des archidiacres sont attestés dans les deux chapitres au XIIIe siècle. À Riez, l’archidiacre apparaît toujours avec les chanoines, comme un membre parmi d’autres. À la fin du XVe siècle, se note la présence d’un sacriste qui tient aussi la fonction d’official (dont la première occurrence se trouve en 1320). Dès le XIIIe siècle, le chantre est présenté comme un personnage à la formation de qualité.

Le temporel est de constitution récente (à l’instar d’autres diocèses provençaux), beaucoup plus structuré à partir du XIIIe siècle. C’est au cours de cette période que semble s’opérer un véritable tournant en la matière : l’évêque procède à des évictions, sous la protection comtale, à la captation d’héritage, notamment par le biais de chanoines, uniques dépositaires de petites fortunes familiales et locales. Un temporel rural, qui tend particulièrement à se constituer le long d’un axe antique, nécessite par ailleurs, en 1340, une réorganisation.

Thierry Pécout termine son exposé en signalant le renouveau du culte de l’évêque et confesseur fondateur du siège épiscopal de Riez 1230, avec l’acquisition d’un reliquaire de saint Maxime.

Question/Réponse: Cette communication suscite une question méthodologique : quel est l’intérêt d’avoir choisi deux diocèses appartenants à des provinces ecclésiastiques différentes. Thierry Pécout répond qu’il y a, en réalité, peu d’échanges entre les deux, qu’il s’agit davantage d’un choix d’ordre pratique, et que les sources disponibles différentes pour les deux sièges en éclairent les structures de manière complémentaire.

IV. Calendriers liturgiques et inventaires de reliques. Comment les traiter ? L'exemple d'Angers, par Jean-Michel Matz

Il s’agit de déterminer comment le chapitre cathédral peut jouer un rôle dans la vie liturgique. Les manuscrits liturgiques qui constituent évidemment des sources principales posent deux problèmes :

  • un problème d’attribution
  • un problème de datation

Lorsqu’un manuscrit porte un ex-libris, l’attribution à une église particulière est plus évidente, de même que l’étude d’un calendrier peut permettre une telle attribution (exemple à Angers avec la collégiale Saint-Jean-Baptiste).

La présence, l’absence d’un saint récent ou canonisé facilitent par ailleurs la datation d’un manuscrit, que la mention soit d’une première ou d’une seconde main. L’introduction des saints mendiants, des fêtes de saint Louis, de saint Yves (canonisé en 1347), ou encore la translation de saints (ex. : 16 août 1239, translation de saint Maurille) sont également de bons indicateurs.

L’étude de ces manuscrits amène quelques constatations. Jean-Michel Matz observe tout d’abord une augmentation du nombre des fêtes du XIIIe au XVIe siècle : une centaine au XIIIe siècle, environ 250 au début du XVIe siècle. Les fêtes du Christ, de la Vierge (à l’exception de celle de la Visitation car Urbain VI l’institue au cours du Grand Schisme), ainsi que les fêtes des martyrs, ne présentent pas d’intérêt au plan local. Il faut, en revanche, relever les fêtes des évêques angevins : dix sont célébrés, dont saint René qui n’a jamais existé. Importe ensuite le degré de solennité de ces fêtes, dont la hiérarchisation passe par plusieurs procédés à partir du XIIe siècle :

L’utilisation d’une encre de couleur (rouge par exemple), la rubrication indiquant seulement une solennité mais non son degré.

L’introduction plus ou moins tardive des vigiles, la veille, ou d’octaves (ex. : saint Maurice, saint René), pouvant intervenir dans un délai de 5 à 8 jours après la fête.

Les inventaires de reliques sont, avec ces manuscrits, des sources essentielles. À chaque changement d’officier, un nouveau document est réalisé, qui ne pose donc généralement pas de problème de datation et d’attribution (Jean-Michel Matz exclut ici un document de 1211 : cet acte est davantage un procès-verbal ; très incomplet, il suggère une considérable augmentation entre 1300 et 1500, donnant une image fausse de l’état du trésor au début du XIIIe siècle). Ces actes ne reflètent pas, cependant, l’état matériel des reliques : alors que les comptes de la fabrique consignent des réparations faites aux reliquaires, les inventaires n’en font pas mention. Le seul saint récent dans les sources angevines est saint Yves.

Ces reliques nécessitent, par la suite, de déterminer leurs origines (ce sont essentiellement des laïcs qui en font présent, surtout des nobles telle Marguerite d’Anjou, morte en 1482) et d’en dresser la typologie : reliques du Christ, de la Vierge, des saints de l’Ancien Testament, des apôtres, des papes, des évêques, des moines, des femmes, des saints locaux et / ou récents. Jean-Michel Matz constate alors l’archaïsme du trésor de la cathédrale d’Angers, peu riche en reliques et en saints (contrairement aux 250 reliques du Mont-Saint-Michel). Le nombre de saints est toujours inférieur au nombre de reliques ; plus généralement, la part prise par les saints évêques dans un trésor de cathédrale est toujours très variable (20 % à Sens, 14 % à Bayeux).

Questions/Réponses : Les réactions à l’intervention de Jean-Michel Matz sont nombreuses. Les premières interrogations portent sur les chapes et le droit de chape. Dans les chapitres, cet élément vestimentaire très important peut être porté par les seuls chanoines. Vincent Tabbagh souligne qu’à Rouen, il peut être de couleurs très différentes, parfois même aux armes des familles ou selon le goût des chanoines. Cette constatation est confirmée à Angers par Jean-Michel Matz. Les participants remarquent aussi l’existence des fêtes à trois chapes, c’est-à-dire de fêtes où trois chanoines célébrants, en chape, se trouvent au chœur. À Rouen, Reims et à Sens, on ne connaît pas d’expression similaire. À Amiens, au contraire, les sources mentionnent ces fêtes. L’absence de fêtes doubles ou triples des calendriers angevins est surprenante. Certains se demandent également si la cathédrale initie des fêtes ? S’il y a émulation et concurrence avec les collégiales ? Jean-Michel Matz répond qu’il faudrait mettre en évidence une prééminence de la cathédrale et savoir si sa dédicace est fêtée par toutes les églises du diocèse. On remarque l’obligation faite à tous les diocésains de faire un pèlerinage au moins une fois à la cathédrale, rappelée par l’évêque au XIIIe siècle et certainement déjà passée dans les faits. Toutes les processions angevines partent et reviennent à la cathédrale, sans jamais passer par les couvents mendiants, les frères étant même absents des collèges requis. Vincent Tabbagh demande s’il n’y aurait pas un rapport entre les statuts synodaux et le calendrier liturgique de la cathédrale ? À Angers, les fêtes chômées décidées par l’évêque ne semblent pas induire de nouvelles fêtes dans le calendrier.

V. Ebauche de notice institutionnelle pour le diocèse de Tours, par Antoni Rougeaux

Pour sa maîtrise (soutenue la veille) sous la direction d’Hélène Millet et Jean-Philippe Genet, Antoni Rougeaux a repris le dossier des chanoines de Tours commencé par Philippe Maurice dans le cadre d’une bourse post-doctorale. Il présente les problèmes auxquels il a été confronté. La principale difficulté a été de déterminer qui était ou non dignitaire, notamment les archiprêtres. À Tours, le chapitre semble comporter huit dignitaires. Pour établir la liste des dignitaires (8 ?), Antoni Rougeaux avait des sources contradictoires. Il semble que quatre archiprêtres aient été officiers mais non dignitaires, à la différence du grand archiprêtre de Tours qui était quant à lui un dignitaire.

Question/Réponse: Vincent Tabbagh remarque que les archiprêtres sont assez rares en France du Nord. À Tours, les sources ne mentionnant jamais les doyens ruraux, les archiprêtres occupaient probablement aussi cette fonction.

Compte rendu établi par Delphine Lannaud et Jean-Pierre Brelaud, relu pour ce qui les concernait par Jacques Madignier, Jean-Michel Matz et Thierry Pécout.