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Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 03 juillet 1998

Informations générales :

Comme prévu, le volume sur Reims, troisième de la collection, est sorti des presses. Il est disponible en librairie au prix de 660 francs. Les deux prochains volumes concerneront les diocèses de Besançon et de Sées.

Hélène Millet a fait un bref exposé de tous les ennuis (souvent d’ordre informatique !) qui peuvent survenir entre le moment où le responsable d’un diocèse remet la disquette contenant sa base de données et celui où le volume est finalement prêt à être édité, et qui expliquent le délai (parfois assez long) qui sépare ces deux étapes.

Les chanoines et la musique par Etienne Anheim

A la fin du Moyen Age, la musique est omniprésente dans la vie quotidienne, particulièrement dans celle des chanoines, avec la célébration des offices liturgiques. C’est à cette époque que se produit une révolution en matière musicale avec le passage de la monodie à la polyphonie et l’invention d’une notation précise de cette musique savante. On passe en effet vers la fin du XIIIème siècle (en particulier à l’Ecole Notre-Dame) du chant grégorien monodique - dans lequel les chanteurs suivent tous la même ligne musicale - à des formes complexes où une puis plusieurs voix ajoutent des variations à la mélodie principale, au point que l’on ne comprend plus du tout les paroles.

Une bulle de Jean XXII de 1324-1325 traduit la réaction défavorable d’une partie du clergé face à ce nouveau type de musique. Elle est en fait l’aboutissement d’une longue réflexion, hostile à une musique qui ne serait plus au service du texte sacré mais qui existerait pour elle-même. Cependant, les milieux canoniaux entre Seine et Rhin puis la cour pontificale elle-même sous Clément VI, se trouvent être le lieu de l’élaboration de cette musique, appelée ars nova.

C’est ainsi que l’on peut suivre les carrières de chanoines chapelains dans les chapelles pontificale (qui existe depuis Benoît XII) et cardinalices à Avignon. Leurs carrières bénéficiales sont celles de chanoines du Nord de la France et leurs réseaux de relations sont les mêmes que ceux de leurs collègues, moins doués pour la musique. Ils bénéficient souvent d’appuis dans les chapitres du Nord de la France grâce à leur famille ou à leurs compatriotes et font venir à leur tour des chantres, formés dans ces chapitres, dans les chapelles d’Avignon. C’est ainsi que la pratique de cette nouvelle musique se diffuse dans la France du XIVème siècle et au-delà.

Notice institutionnelle du diocèse de Macon, par Denyse Riche

Malgré un gros déficit en sources pour ce diocèse, nous avons pu lire une notice déjà très amplement informée. Il faut remarquer d’abord la forme particulière de ce diocèse, probablement démembré sur celui d’Autun. C’est un diocèse marqué par l’importance du clergé régulier puisque la ville ne compte pas moins de cinq abbayes. Ceci est aussi manifeste dans la faible proportion de bénéfices du diocèse dont la collation revient à l’évêque. La ville comprend six paroisses qui relèvent toutes de la cathédrale mais la présence du clergé canonial est assez réduit : on compte les chanoines réguliers de Saint-Pierre de Mâcon et les chanoines séculiers de Notre-Dame de Beaujeu qui ont la caractéristique, comme la chapitre cathédral, de ne pas offrir de prébendes distinctes. On parle plutôt de portions canoniales. Lorsqu’un chanoine décéde ou s’en va, sa portion est partagée entre tous.

Un usage funéraire des bulles pontificales par François Comte

Ces dernières années, des bulles pontificales ont été retrouvées dans une bonne dizaine de tombes, attachées à plusieurs endroits du corps du défunt. Ces trouvailles sont éparpillées géographiquement mais elles concernent surtout la France et la Suisse, dans des chefs-lieux de diocèse et aussi bien dans des cathédrales que des abbayes. Ces bulles sont datées de la deuxième moitié du XIVème siècle et de la première moitié du XVème siècle.

Le problème est de connaître la raison d’être de cette pratique funéraire. Un tiers des bulles faisaient référence à des papes contestés pendant l’époque du Grand Schisme. Peut-être peut-on y voir une volonté de légitimation même post mortem d’autant que les papes des différents clans s’excommuniaient mutuellement.

Ce rite funéraire a en tout cas été pratiqué en France un peu partout car on peut trouver la mention dans un registre capitulaire, comme à Angers en 1487, de l’ouverture d’une tombe afin d’aller y chercher des documents.

Ateliers thématiques

Cette réunion a vu renaître le système des ateliers de travail, un peu délaissé lors des dernières réunions au profit des divers exposés préparés par les collaborateurs de l'équipe. Ces ateliers thématiques étaient cette fois au nombre de 4, et ont permis d'aborder des problèmes plus spécifiques, qui peuvent ne concerner qu'une partie seulement des collaborateurs des Fasti.

Les chapitres réguliers :

Plusieurs problèmes se posent lorsque l’on étudie ces chapitres particuliers. Comment définir un chanoine, tout d’abord. Comme la définition générale du chanoine ne s’applique pas à un chanoine régulier, il semble qu’il faille retenir - d’après l’exemple d’Avignon - la réception du chanoine pour le considérer comme tel. A Toulouse, la réception a lieu en chapitre général. Mais le collateur ou la forme de collation ne sont pas toujours mentionnés, pas plus que la stalle ou les revenus.

Il faut aussi faire attention à l’éternel problème des expectatives, qui ne prouvent pas que l’individu a été effectivement chanoine. Les provisions de canonicats réguliers se trouvent dans deux catégories de registres pontificaux : De regularibus et De monachiis et monialibus recipiendis. Mais y-a-t-il des cumuls dans les cathédrales qui suivent l’ordre de Saint-Augustin ?

D’autres problèmes concernent la profession religieuse (existe-t-il partout des cédules ?) ou les statuts de ces chapitres. Saint-Sernin de Toulouse en offre de beaux exemples, mais il semble qu’ils soient fragmentaires ailleurs. Les bâtiments des chapitres réguliers posent enfin différents problèmes, puisqu’on doit pouvoir y distinguer un dortoir, un réfectoire et éventuellement une maison pour les dignitaires.

La rédaction des notices d’évêques :

Un schéma de notice a été élaboré par M. Hours pour le diocèse de Besançon, d’après ce qui a été fait auparavant pour les diocèses de Rouen et de Reims. M. Desportes nous a fait part, quant à lui, de l’intérêt d’un travail collectif à ce sujet afin de confronter les points de vue.

On doit donc y trouver dans ces notices (en 5-6 pages maximum) :

  • un état civil de l’individu, i.e. les origines familiales et les études : quelle(s) université(s), quel(s) grade(s) ?
  • la carrière avant l’accession à l’épiscopat : bénéfices, carrière éventuelle à la Curie et dans la vie politique. M. Desportes souligne ici la difficulté qu’il y a quelquefois à connaître les premiers bénéfices des évêques, qui sont pourtant très instructifs sur leur origine, leurs premiers protecteurs, etc...Si ces éléments ont déjà été établis dans des volumes précédents, énumérer seulement les bénéfices avec ajouts et corrections éventuels.
  • les faits marquants de l’administration du diocèse pendant l’épiscopat de l’individu : il est clair qu’il s’agit de parler de l’individu en temps qu’évêque de X, pour éviter de répéter ce qu’a dit ou dira quelqu’un d’autre au sujet du même individu, évêque d’Y. Le même numéro est donné à l’individu d’un volume à l’autre, ex : AM 207 (Amiens, individu n°203) et RO 493 (Rouen, individu n°493).
  • la participation à la vie de l’Eglise universelle.
  • les faits marquants de la vie du diocèse dont le lien avec l’administration de l’évêque n’a pas été démontré : fondations monastiques ou déplacements d’établissements par exemple.
  • la carrière ultérieure : rappeler les bénéfices suivants.
  • la notice héraldique et sigillographique : dans ce domaine, M. Bouyé et M. Bony sont d’un grand secours. Cette étude peut s’avérer très utile pour des problèmes de généalogie par exemple. Chaque siège a son sceau au revers duquel peut se trouver l’indication des armes personnelles de l’évêque.

NE PAS OUBLIER, à la recommandation de M. Tabbagh, de signaler le lieu de sépulture, d’éventuelles représentations sur des vitraux, des monnaies, une pierre tombale et si l’évêque a été commanditaire d’oeuvres d’art dont des livres.

La saisie des informations

(compte rendu en attente...)

Les collégiales :

L’étude des collégiales est d’emblée plus complexe que celles des cathédrales, étant donné l’extraordinaire variété des établissements que recouvre ce nom générique. On peut s’accorder sur cette définition générale (afin de faire la distinction nette d’avec une chapellenie collective) ; une collégiale est un corps d’au moins deux chanoines séculiers mais pouvant vivre communément, jouissant d’une autonomie manifestée par un temporel et un sceau.

D’après l’étude des collégiales de Bourgogne, M. Tabbagh propose une typologie des collégiales suivant leur origine :

  • collégiales nées de la transformation de monastères d’époque mérovingienne ou carolingienne aux IX, X et XIèmes siècles.
  • collégiales nées de corps sacerdotaux réunis en un lieu important (vicus, castrum) et qui se dotent d’une règle commune vers le XIème siècle, encouragés par la réforme grégorienne.
  • collégiales fondées autour de châteaux au sein du deuxième réseau urbain (XI-XIIèmes siècles) par l’autorité seigneuriale pour diverses raisons.
  • collégiales fondées de manière privée par le pape, un prince de l’Eglise, une famille pour le service funéraire.

Les sources qui nous renseignent sur les collégiales sont les mêmes que celles des cathédrales, à savoir les sources locales et les sources pontificales. Dans les sources locales, on peut avoir grand intérêt à dépouiller les sources communales car une collégiale est souvent plus intégrée au tissu urbain que ne l’est une cathédrale. De même pour les sources des fabriques (quand elles existent), les sources des officialités, celles contenues dans les archives diocésaines (celles de Nice sont très belles), les visites pastorales, les fonds seigneuriaux (notamment pour les grosses collégiales du Nord) et les sources notariales pour le Midi surtout.

Prosopographiquement, les chanoines de collégiales sont souvent des clercs bénéficiés dans leurs propres diocèses mais aussi hors de leurs diocèses d’origine. Les collégiales offrent de ce point de vue les mêmes profils que les cathédrales. Il est sûr néanmoins que les chanoines de collégiales sont plus insérés dans les groupes familiaux locaux, qu’ils peuvent être au service des grands seigneurs (il faudrait par exemple étudier la proportion de serviteurs des comtes de Flandre dans les collégiales du Nord au XIIIème siècle).

Le mode de collation des prébendes de collégiales est très varié lui aussi, ce peut être la cooptation comme à Beaune, le droit de patronage de l’évêque du diocèse mais aussi celui de la famille du fondateur. La lecture des obituaires peut renseigner sur l’identité de ces fondateurs.

Quant aux rapports des collégiales urbaines avec la cathédrale, il semble qu’ils soient souvent conflictuels même (ou surtout ?) lorsque les mêmes chanoines cumulent leurs prébendes dans les deux églises. Les rapports avec les paroisses qui existent souvent au sein même des collégiales peuvent être très rapprochés et c’est aussi une des raisons qui rend leur étude complexe mais fort riche.

Ce compte rendu a été rédigé par Christine Barralis et Anne Hubert.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 25 juin 2004

 

Informations générales

Mathieu Desachy vient de soutenir sa thèse à Paris I : « Cité des hommes. Le chapitre cathédral Notre-Dame de Rodez (1215-1562) ».

Le séminaire de Jacques Verger et Hélène Millet (6 vendredis par an, 10h-12h à l’ENS rue d’Ulm) change de thème. Après la problématique de la réforme, ce sera désormais « L’Église et les églises ». Les différentes équipes du GDR Salvé seront invitées à y présenter leurs travaux à tour de rôle. Programme envoyé sur demande par Mme Martin. Les Fasti seront sollicités l’an prochain pour traiter de la place du chapitre cathédral dans l’Église d’un diocèse et son rôle auprès des autres églises.

Un cycle de formation à la liturgie comportant des sessions sur le calendrier, la messe et le bréviaire a été donné en 2003-2004 à l’IRHT par Jean-Baptiste Lebigue. Ce dernier serait prêt à le répéter pour l’équipe des Fasti, en l’adaptant à ses problèmes. Comme 24 personnes ont manifesté leur intérêt, un stage jumelé à l’une de nos journées, celle de l’été 2005, pourrait être envisagé à Orléans. La question est à l’étude avec le service formation du CNRS pour trouver un financement. Benoît Jordan se propose également pour présenter une typologie des objets et vêtements liturgiques au Musée d’art religieux de Dijon. Les personnes intéressées par tous ces projets sont priées de se manifester auprès de Mme Martin (en remplissant le bulletin prévu à cet effet).

I. La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrale, par J.-P. Brelaud

Le chapitre collégial de Notre-Dame de Beaune, au diocèse d’Autun, est une communauté numériquement importante, dotée d’un temporel étendu, et surpassant en richesse et en prestige plusieurs chapitres cathédraux des alentours. Les chanoines de cathédrales se sont-ils intéressés à Beaune en raison de son prestige, ou ont-ils eu tendance à être écartés par un recrutement avant tout local favorisé par la pratique de la cooptation ? Une dichotomie dans la documentation, fondée sur des sources locales pour le XVe siècle, et essentiellement pontificales (sondages dans les éditions de lettres communes de quelques papes) pour le XIVe, conduit à ne formuler que des hypothèses provisoires.

L’examen des carrières bénéficiales des chanoines de Beaune conduit à identifier 116 chanoines ou dignitaires de cathédrales parmi les 488 chanoines beaunois actuellement recensés. Ces 116 individus ont en général détenu un canonicat dans une cathédrale voisine, Autun pour 55 d’entre eux, Besançon, Chalon, Mâcon, Langres… Certains sont chanoines dans des diocèses septentrionaux (Thérouanne, Cambrai…), leur carrière devant profiter de l’influence ducale sur ces régions.

La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est difficile à déterminer, en raison de dépouillements lacunaires. Dans 15 cas, le canonicat de cathédrale est détenu plus ou moins vite après un passage à Beaune, qui apparaîtrait alors comme un début de carrière. Dans près de 75 % des cas, le canonicat de cathédrale est cumulé avec un canonicat beaunois. Ce cumul entraîne un désintérêt pour les affaires du chapitre de Notre-Dame ; même un doyen comme Jean Ogier parvient à être dispensé de résidence à Beaune. Le canonicat beaunois constitue pour ces individus, qui ont tendance à être plus instruits que leurs collègues « locaux », une étape modeste dans une riche carrière. À l’inverse, certains ecclésiastiques privilégient leur canonicat beaunois en faisant des fondations à Beaune ou en nommant leur neveu à des bénéfices beaunois.

La valeur relative d’un canonicat beaunois par rapport à d’autres canonicats est difficile à déterminer. D’après la taxation pour les décimes, ils sont aussi prestigieux sinon plus que les canonicats de sièges épiscopaux environnants. En outre, la collégiale est l’une des plus touchées par les collations pontificales, avec ou sans expectative, sous Jean XXII. Cependant, les permutations réalisées consistent rarement en un échange pur et simple de canonicat beaunois contre un canonicat de cathédrale (ou l’inverse). Soit le canonicat beaunois est accompagné d’un lot de bénéfices divers (cures, chapellenies…), soit l’individu concerne son canonicat de cathédrale et échange son canonicat beaunois avec un ou plusieurs bénéfices mineurs. En outre, les individus qui obtiennent du pape un canonicat et, parfois, une prébende à Beaune ne sont que très rarement titulaires d’un canonicat dans une cathédrale. Enfin, peu de chanoines beaunois sollicitent un canonicat de cathédrale, en particulier sous Urbain V : sont-ils satisfaits de leur sort, ou contraints par la discipline du chapitre, ou bien sentent-ils qu’ils ne peuvent obtenir autre chose ?

Ainsi, la place modeste du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est malgré tout réelle, et les détails fournis par des sources beaunoises d’une grande richesse peuvent intéresser les études sur plusieurs diocèses.

Question/Réponse : À la suite de cette communication, Véronique Julerot se demande si les exemptions n’arrivent pas à Beaune assez tardivement. Vincent Tabbagh ajoute qu’elles concernent tôt les cathédrales mais de manière plus variable les collégiales. Hélène Millet demande si, par leur cursus, certains chanoines se distinguent. Jean-Pierre Brelaud répond qu’il s’avère difficile de le déterminer et que, globalement, leur niveau intellectuel semble surtout meilleur au XVe siècle.

II. Les transformations du recrutement canonial autunois du XIe au XIVe siècle, par Jacques Madignier

C’est au IIIe siècle que l’organisation épiscopale s’établit dans la confédération éduenne qui fut rapidement assimilée au diocèse d’Autun (episcopus civitatis eduensis). Les contours de la communauté cléricale vivant dans l’entourage de l’évêque se dessinèrent à partir du VIIe : en 677, elle comptait une quarantaine de membres ; au milieu du IXe, une cinquantaine, ce qui la situait au niveau de celles de Langres (48), de Paris (50), d’Auxerre (59). Aux XIIe-XIIIe siècles, le chapitre autunois regroupait 48 prébendes, avec prébendes doubles pour le doyen et le chantre. Parmi ces 48 prébendes, 10 étaient réservées aux dignitaires. Durant les XIe et XIIe, le rôle et la place de chacun de ces dignitaires se transformèrent en particulier lors de la séparation de la mense épiscopale et la mense canoniale : doyen et chantre furent portés à la tête du chapitre ; les deux prévôts de Sussey et de Bligny, les quatre archidiacres d’Autun, d’Avallon, de Beaune et de Flavigny rétrogradèrent, ce qui occasionna de multiples conflits de prérogatives entre les uns et les autres ; les deux ultimes dignités étaient confiées aux abbés de deux abbayes sécularisées, celles de Saint-Étienne et de Saint-Pierre l’Étrier ; le sénéchal fut exclu du rang des dignitaires pour n’être que le majordome de l’évêque.

Les travaux conduits par Jacques Madignier, dans le cadre d’une thèse de doctorat sous la direction de Vincent Tabbagh ont permis d’établir une liste de 760 chanoines (54 pour le XIe ; 141 pour le XIIe ; 215 pour le XIIIe et plus de 240 pour le XIVe) et de mettre en évidence les structures et les transformations du recrutement canonial autunois.

1. La cohérence du recrutement du XIe siècle au XIIIe siècle : durant ces trois siècles, le recrutement du chapitre cathédral resta presque immuable ; cela s’expliquait par la collation de l’ordinaire, partagée entre le chapitre et l’évêque : au chapitre revenait le droit de nommer le doyen, le chantre et les chanoines ; à l’évêque, le droit de choisir les 8 autres dignitaires. Les chanoines autunois étaient très majoritairement issus des lignages nobles de Bourgogne (85 % des chanoines à l’origine sociale connue), ce qui n’excluait pas qu’il y ait eu quelques chanoines d’origine urbaine, venus des cités d’Autun, de Beaune, de Semur… Aux XIe-XIIe siècles, le recrutement des dignitaires se faisait dans les familles ducales et comtales ou chez leurs alliés les plus proches (les lignages de Bagé, de Mont-Saint-Jean…) ; les simples chanoines se recrutaient dans la petite noblesse proche de la cité autunoise. Au XIIIe siècle, le recrutement s’élargit aux clans familiaux qui tenaient châteaux sur l’arrière côte bourguignonne et en Auxois : les lignages de Vergy, Corrabuef, Châteauneuf, Sully, Marigny, Arcy, Pouilly… fournirent nombre de dignitaires ; le moindre cadet de miles tenant maison forte dans le diocèse pouvait devenir chanoine. Durant ces trois siècles, une dizaine de familles assurèrent leur mainmise sur le chapitre et en particulier sur les dignités ; l’ouverture sociale restait limitée, car tout chanoine avait le constant souci de pérenniser la présence de sa famille (la moitié des membres du chapitre d’origine connue avait un parent au chapitre). Par conséquent le recrutement géographique était étroit (85 % des chanoines à l’origine connue étaient issus du diocèse) ; les rares « étrangers » venaient des diocèses voisins, prioritairement des diocèses de Chalon sur Saône, de Mâcon, de Langres, de Besançon. La formation tant religieuse qu’intellectuelle était faible. La plupart des chanoines d’Autun étaient de simples clercs et ce n’est que sous la pression des papes (Alexandre IV) que leur niveau s’éleva, que la part des prêtres tendit à s’accroître. Au final, les carrières canoniales autunoises réservées aux cadets des clans aristocratiques bourguignons, étaient très stéréotypées. Les plus hauts dignitaires aspiraient à briguer le siège épiscopal (au XIe, 100 % des évêques étaient issus du chapitre ; au XIIe siècle, 60 % ; au XIIIe siècle, 50 %). L’ambition des autres chanoines était très réduite : les cumuls étaient rares et l’aventure au service des puissants ne les tentait guère.

2. Les bouleversements du recrutement au XIVe siècle : à partir de la fin du XIIIe, la rupture de conjoncture, la montée en puissance des pouvoirs laïc et pontifical, l’émergence d’une élite urbaine formée dans les universités firent voler en éclats le modèle autunois. L’irruption de la collation pontificale fut brutale et décisive. Elle s’imposa d’abord à l’occasion d’élections épiscopales litigieuses (1283, 1298), puis s’attaqua aux dignités et canonicats. Les interventions furent massives sous Jean XXII (moyenne de 5,5 par an) et sous Grégoire XI (moyenne de 4,5 par an). Cela conduisit à un glissement des aires de recrutement : le recrutement local déclina (43 % au XIVe) et se redéploya à travers le diocèse ; le recrutement s’ouvrit aux diocèses voisins, aux provinces ecclésiastiques du Sud et à l’Italie d’où étaient originaires les protégés des papes. Le recrutement social resta majoritairement aristocratique même si on devine une poussée du recrutement urbain venu des villes méridionales mais aussi des villes du diocèse. Formation religieuse et formation intellectuelle progressèrent rapidement, à la fois sous l’influence des clercs étrangers au diocèse et la volonté d’adaptation et de survie des clercs locaux (28 % des chanoines désormais dans les ordres sacrés, 41 % de chanoines diplômés). Les carrières au service des grands devinrent courantes (cela concernait 41 % des chanoines autunois, 22 % occupant des postes d’officiers, 19 % ayant le statut de familiers). De nouveaux profils de carrières se dessinèrent, largement influencés par la pratique du cumul. On assista à la montée en puissances des carrières protégées, qui concernaient les étrangers à Autun mais aussi les Autunois : en premier lieu, les serviteurs de l’Église : cardinaux (11), serviteurs et officiers du pape (40), serviteurs des cardinaux (20) ; puis les serviteurs des puissances laïques : serviteurs du roi de France (15), du duc de Bourgogne (22). Tout cela n’excluait pas la persistance importante de carrières canoniales locales, aux ambitions réduites au cumul de prébendes de collégiales, de cures, de chapellenies… Alors que l’attraction de la cour bourguignonne et des riches collégiales tarissait quelque peu le recrutement venu de la côte et de l’arrière côte bourguignonne, les chanoines autunois provenaient désormais de l’Auxois, du Morvan et du val d’Arroux… et par leur présence régulière assurait une sorte de stabilité au chapitre. La soustraction d’obédience de 1398 rétablit le système de collation de l’ordinaire et marqua le retour d’un recrutement presque exclusivement local, laissant ainsi le champ libre à l’influence grandissante des ducs de Bourgogne.

III. Quelles sources pour étudier les chapitres de Digne et Riez ?, par Thirry Pécout

Digne et Riez sont deux petits diocèses des Pré-alpes du sud, supérieurs en superficie au diocèse de Vence. Ces diocèses abritent une cinquantaine de paroisses et, à la fin du XIIIe siècle, leur taxation pour la décime est assez basse.

Ces dernières années ont vu un renouveau de la recherche, notamment archéologique. Dans les zones basses se trouvent les vestiges antiques, tandis que la cathédrale médiévale se situe plutôt en hauteur. Pour celle-ci, des travaux de fouilles ont été entrepris à Digne. À Riez, un programme est en cours : principalement axé sur l’Antiquité, il permettra malgré tout d’approfondir notre connaissance de la cathédrale antique et notamment du baptistère entretenus par le chapitre à partir du XIIe siècle.

Les fonds documentaires de ces deux diocèses sont extrêmement pauvres, les érudits modernes et contemporains se révèlent donc tout à fait précieux. À Digne, Pierre Gassendi, précurseur de l’historiographie provençale au XVIIe siècle, a effectivement transmis les archives du chapitre à l’occasion de son installation comme prévôt. Son prédécesseur ayant entrepris de les brûler (certains manuscrits portent sans doute encore les traces de cette tentative), il entreprend un sauvetage ainsi qu’un inventaire des transcriptions de confirmations pontificales du XIIe siècle. Son travail s’avère d’une grande fiabilité. Pour Riez, c’est un prêtre bénéficié qui, avant 1758, s’attelle à cette tâche mais réalise simplement un inventaire de titres récemment découverts et jusqu’alors conservés dans des archives privées, base de sa publication concernant la succession des évêques de Riez. À cette source s’ajoutent également quelques titres dispersés, dans les archives comtales ou dans le fonds des ordres militaires par exemple. Au XIXe siècle, le chanoine Albanès (1897) débute des recherches dans le cadre d’un procès en canonisation d’Urbain V : il mêle foi en l’apostolicité des Églises provençales, légendes magdaléniennes mais aussi une méthode rigoureuse. Les archives départementales des Bouches du Rhône (26 F, fonds Albanès) conservent des liasses de ses notes, dont certaines ont été publiées dans sa Gallia Christiana Novissima ; beaucoup restent toutefois inédites. Il a collecté des actes, des bulles de nominations, toutes ces informations étant présentées sous forme de petites fiches. L’historien dispose donc de sources très éparses, d’autant plus particulières qu’elles ne comprennent pas d’obituaire (perdu, celui-ci a tout de même été consulté par les rédacteurs de la Gallia ; l’obituaire d’Aix peut aussi pallier cette absence ; l’obituaire de Digne a été copié au début du XVIIe siècle). Il reste encore à dépouiller les sources non-locales.

En fait, ces archives locales permettent essentiellement une histoire du temporel. Pour Digne, Thierry Pécout dispose de nombreux statuts provinciaux et capitulaires (de 1214 à la fin du XVe siècle), auxquels s’ajoutent une ordonnance et un registre des sentences du prévôt pour la période 1337-1338, un curieux cartulaire commençant en 1320 par une délibération capitulaire et par une constitution de Jean XXII partiellement retranscrite (Suscepti regiminis). Les actes notariés qui sont assez fournis pour la deuxième moitié du XVe siècle offrent des informations complémentaires. En revanche, il n’existe pas de délibérations capitulaires et, bien que le registre des anniversaires soit actuellement conservé, celui-ci couvre une courte période, mi XVe siècle– mi XVIe siècle. À Digne comme à Riez, le chapitre comporte douze membres au XIIIe siècle avec, le plus couramment, huit présents. Les dignités sont difficiles à déterminer. Le prévôt, qui possède un double suffrage est attesté à la fin du XIe siècle pour Riez et au XIIe siècle pour Digne. Pour cette dernière, un archiprêtre est mentionné vers 1250, mais à une seule occasion. En revanche, des archidiacres sont attestés dans les deux chapitres au XIIIe siècle. À Riez, l’archidiacre apparaît toujours avec les chanoines, comme un membre parmi d’autres. À la fin du XVe siècle, se note la présence d’un sacriste qui tient aussi la fonction d’official (dont la première occurrence se trouve en 1320). Dès le XIIIe siècle, le chantre est présenté comme un personnage à la formation de qualité.

Le temporel est de constitution récente (à l’instar d’autres diocèses provençaux), beaucoup plus structuré à partir du XIIIe siècle. C’est au cours de cette période que semble s’opérer un véritable tournant en la matière : l’évêque procède à des évictions, sous la protection comtale, à la captation d’héritage, notamment par le biais de chanoines, uniques dépositaires de petites fortunes familiales et locales. Un temporel rural, qui tend particulièrement à se constituer le long d’un axe antique, nécessite par ailleurs, en 1340, une réorganisation.

Thierry Pécout termine son exposé en signalant le renouveau du culte de l’évêque et confesseur fondateur du siège épiscopal de Riez 1230, avec l’acquisition d’un reliquaire de saint Maxime.

Question/Réponse: Cette communication suscite une question méthodologique : quel est l’intérêt d’avoir choisi deux diocèses appartenants à des provinces ecclésiastiques différentes. Thierry Pécout répond qu’il y a, en réalité, peu d’échanges entre les deux, qu’il s’agit davantage d’un choix d’ordre pratique, et que les sources disponibles différentes pour les deux sièges en éclairent les structures de manière complémentaire.

IV. Calendriers liturgiques et inventaires de reliques. Comment les traiter ? L'exemple d'Angers, par Jean-Michel Matz

Il s’agit de déterminer comment le chapitre cathédral peut jouer un rôle dans la vie liturgique. Les manuscrits liturgiques qui constituent évidemment des sources principales posent deux problèmes :

  • un problème d’attribution
  • un problème de datation

Lorsqu’un manuscrit porte un ex-libris, l’attribution à une église particulière est plus évidente, de même que l’étude d’un calendrier peut permettre une telle attribution (exemple à Angers avec la collégiale Saint-Jean-Baptiste).

La présence, l’absence d’un saint récent ou canonisé facilitent par ailleurs la datation d’un manuscrit, que la mention soit d’une première ou d’une seconde main. L’introduction des saints mendiants, des fêtes de saint Louis, de saint Yves (canonisé en 1347), ou encore la translation de saints (ex. : 16 août 1239, translation de saint Maurille) sont également de bons indicateurs.

L’étude de ces manuscrits amène quelques constatations. Jean-Michel Matz observe tout d’abord une augmentation du nombre des fêtes du XIIIe au XVIe siècle : une centaine au XIIIe siècle, environ 250 au début du XVIe siècle. Les fêtes du Christ, de la Vierge (à l’exception de celle de la Visitation car Urbain VI l’institue au cours du Grand Schisme), ainsi que les fêtes des martyrs, ne présentent pas d’intérêt au plan local. Il faut, en revanche, relever les fêtes des évêques angevins : dix sont célébrés, dont saint René qui n’a jamais existé. Importe ensuite le degré de solennité de ces fêtes, dont la hiérarchisation passe par plusieurs procédés à partir du XIIe siècle :

L’utilisation d’une encre de couleur (rouge par exemple), la rubrication indiquant seulement une solennité mais non son degré.

L’introduction plus ou moins tardive des vigiles, la veille, ou d’octaves (ex. : saint Maurice, saint René), pouvant intervenir dans un délai de 5 à 8 jours après la fête.

Les inventaires de reliques sont, avec ces manuscrits, des sources essentielles. À chaque changement d’officier, un nouveau document est réalisé, qui ne pose donc généralement pas de problème de datation et d’attribution (Jean-Michel Matz exclut ici un document de 1211 : cet acte est davantage un procès-verbal ; très incomplet, il suggère une considérable augmentation entre 1300 et 1500, donnant une image fausse de l’état du trésor au début du XIIIe siècle). Ces actes ne reflètent pas, cependant, l’état matériel des reliques : alors que les comptes de la fabrique consignent des réparations faites aux reliquaires, les inventaires n’en font pas mention. Le seul saint récent dans les sources angevines est saint Yves.

Ces reliques nécessitent, par la suite, de déterminer leurs origines (ce sont essentiellement des laïcs qui en font présent, surtout des nobles telle Marguerite d’Anjou, morte en 1482) et d’en dresser la typologie : reliques du Christ, de la Vierge, des saints de l’Ancien Testament, des apôtres, des papes, des évêques, des moines, des femmes, des saints locaux et / ou récents. Jean-Michel Matz constate alors l’archaïsme du trésor de la cathédrale d’Angers, peu riche en reliques et en saints (contrairement aux 250 reliques du Mont-Saint-Michel). Le nombre de saints est toujours inférieur au nombre de reliques ; plus généralement, la part prise par les saints évêques dans un trésor de cathédrale est toujours très variable (20 % à Sens, 14 % à Bayeux).

Questions/Réponses : Les réactions à l’intervention de Jean-Michel Matz sont nombreuses. Les premières interrogations portent sur les chapes et le droit de chape. Dans les chapitres, cet élément vestimentaire très important peut être porté par les seuls chanoines. Vincent Tabbagh souligne qu’à Rouen, il peut être de couleurs très différentes, parfois même aux armes des familles ou selon le goût des chanoines. Cette constatation est confirmée à Angers par Jean-Michel Matz. Les participants remarquent aussi l’existence des fêtes à trois chapes, c’est-à-dire de fêtes où trois chanoines célébrants, en chape, se trouvent au chœur. À Rouen, Reims et à Sens, on ne connaît pas d’expression similaire. À Amiens, au contraire, les sources mentionnent ces fêtes. L’absence de fêtes doubles ou triples des calendriers angevins est surprenante. Certains se demandent également si la cathédrale initie des fêtes ? S’il y a émulation et concurrence avec les collégiales ? Jean-Michel Matz répond qu’il faudrait mettre en évidence une prééminence de la cathédrale et savoir si sa dédicace est fêtée par toutes les églises du diocèse. On remarque l’obligation faite à tous les diocésains de faire un pèlerinage au moins une fois à la cathédrale, rappelée par l’évêque au XIIIe siècle et certainement déjà passée dans les faits. Toutes les processions angevines partent et reviennent à la cathédrale, sans jamais passer par les couvents mendiants, les frères étant même absents des collèges requis. Vincent Tabbagh demande s’il n’y aurait pas un rapport entre les statuts synodaux et le calendrier liturgique de la cathédrale ? À Angers, les fêtes chômées décidées par l’évêque ne semblent pas induire de nouvelles fêtes dans le calendrier.

V. Ebauche de notice institutionnelle pour le diocèse de Tours, par Antoni Rougeaux

Pour sa maîtrise (soutenue la veille) sous la direction d’Hélène Millet et Jean-Philippe Genet, Antoni Rougeaux a repris le dossier des chanoines de Tours commencé par Philippe Maurice dans le cadre d’une bourse post-doctorale. Il présente les problèmes auxquels il a été confronté. La principale difficulté a été de déterminer qui était ou non dignitaire, notamment les archiprêtres. À Tours, le chapitre semble comporter huit dignitaires. Pour établir la liste des dignitaires (8 ?), Antoni Rougeaux avait des sources contradictoires. Il semble que quatre archiprêtres aient été officiers mais non dignitaires, à la différence du grand archiprêtre de Tours qui était quant à lui un dignitaire.

Question/Réponse: Vincent Tabbagh remarque que les archiprêtres sont assez rares en France du Nord. À Tours, les sources ne mentionnant jamais les doyens ruraux, les archiprêtres occupaient probablement aussi cette fonction.

Compte rendu établi par Delphine Lannaud et Jean-Pierre Brelaud, relu pour ce qui les concernait par Jacques Madignier, Jean-Michel Matz et Thierry Pécout.

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Contenu du volume :

  • 523 pages.
  • 718 notices prosopographiques.
  • 25 biographies d'évêques.

Ce volume comprend en outre une carte du diocèse, ainsi qu'une notice sur le quartier de la cathédrale, par Sandrine Lavaud.

  • Note liminaire, par Jean-Michel Matz et Vincent Tabbagh, directeur et ancien directeur du programme.
  • Extraits du volume : Saint-André, quartier cathédral de Bordeaux au moyen âge (par Sandrine Lavaud, extrait, pages 53-54) et notice biographique de l'archevêque Pey Berland (extrait, page 203).
 

Diocèse de Bordeaux : note liminaire, par Vincent Tabbagh et Jean-Michel Matz

Avec son treizième volume, la collection retrouve, après plusieurs diocèses de la France du Nord, une cité méridionale et une métropole qui vient prendre la suite de Rouen, Reims et Sens, en attendant bientôt Narbonne. La moisson est riche: 718 notices s'ajoutent aux 9202 déjà publiées, avec beaucoup de figures nouvelles, puisque seulement 32 Bordelais apparaissaient déjà dans un volume antérieur. Cette nouveauté touche particulièrement les archevêques dont aucun n'avait eu droit encore à une notice développée dans un précédent volume. Outre son relatif éloingnement géographique, qui explique en partie cette fraicheur, Bordeaux présente deux caractéristiques fortes par rapport aux diocèses recemment étudiés. D'abord, le poids d'une famille particulièrement influente et ramifiée, celle des Got, dominée par la figure de l'archevêque devenu pape sous le nom de Clément V, a permis la promotion institutionnelle de ce siège, face à Bourges notamment, d'autant plus que les redécoupages diocésains opérés par Jean XXII ont affaibli, en le morcelant, son jusque là puissant rival du nord, Poitiers. Cette situation explique le sort particulier qui a été réservé à la question de la primatie dans les notices des archevêques. Surtout, la seconde caractéristique de ce diocèse est son appartenance jusqu'au milieu du XVe siècle-soit pendant les cinq sixième de la période traitée-à un espace politique dominé par le roi d'Angleterre; elle implique des rapports particuliers entre le prince et l'élite ecclésiastique locale, l'héritage plantagenêt s'exerçant dans un espace restreint et fortement polarisé par la métropole, offrant des caractéristiques différentes de l'héritage capétien. Avignon et Londres ont marqué de leur influence la vie du diocèse de Bordeaux davantage que les diocèses étudiés jusqu'ici dans les Fasti, Agen excepté. Voilà un élément d'intérêt manifeste.

Dans sa conception d'ensemble, le volume se situe dans une grande continuité par rapport aux précédents et le lecteur désormais familiarisé retrouvera les notices, tables et indices habituels. Il présente cependant trois nouveautés. Pour répondre aux critiques toujours bienvenues des recenseurs, les références ont été-dans la mesure du possible bien sur-développées et présentées avec davantage d'ampleur. Afin de rendre plus aisées de futures recherches sur les reseaux familiaux, l'auteur à multiplié les indications concernant les parents des chanoines. Enfin, une table chronologique des chanoines, confectionnée par Hugues Labarthe, figure à la fin du volume puisqu'il n'y avait pas de raison que ceux-ci soient moins bien traités, et donc moins disponibles à la connaissance érudite que les archevêques ou les dignitaires du chapitre.

En revanche, Bordeaux ne bénéficiant pas d'une documentation particulièrement dense, les sources n'ont pas permis de nourrir dans la première partie ces chapitres particuliers sur les livres, les trésors, les dispositifs et décors de l'église cathédrale qui ont pu enrichir d'autres volumes de la collection. Mais une attention particulière a été posée, dans la notice institutionnelle, à la construction spaciale du diocèse, dans la ligne d'une historiographie en plein renouvellement sur ces questions de territoires et d'espaces. La même préocupation pour la construction et l'organisation du quartier canonial dans le processus de la fabrique urbaine se retrouve dans la notice rédigée par Sandrine Lavaud, collègue de Françoise Lainé à l'université Michel-de-Montaigne Bordeaux 3. L'essentiel du volume est toutefois à mettre à l'actif de Françoise Lainé, membre de l'équipe des Fasti depuis de très longues années. La progression de son travail minutieux a été ralenti par le poids croissant des obligations diverses qui pèsent toujours plus lourdement sur les universitaires et entravent la recherche scientifique. Il faut donc saluer sa persévérance, d'autant qu'elle a malgré tout trouvé le temps de donner une ampleur inhabituelle aux notices des archevêques-celles de la période du Grand Schisme étant toutefois dues à Hugues Labarthe.

Les notes liminaires des volumes précédents ont en général permis à Hélène Millet de présenter les évolutions du groupe, de préciser les modalités de fabrication des volumes et d'annoncer les diocèses en voie de progression ou d'achévement. En ce qui concerne les premières, l'équipe des Fasti est désormais le pivot du Groupe de Recherche Européen (GDRE) " Aux fondements de la modernité étatique: l'héritage des clercs médiévaux ". Pour ce qui est de la fabrication de ce volume, elle s'inscrit dans la continuité du volume d'Autun: la mise en page des chapitres préliminaires a été réalisée par Giliane Thibault du CERHIO-Angers (UMR 6258) et les auteurs de la présente notice liminaire ont supervisé, pour l'un ces chapitres préliminaires et pour l'autre l'ensemble des données prosopographiques. Pour ce qui regarde la vie de l'équipe des Fasti, et plus particulièrement les prochains volumes à paraître, nous avons préféré ne pas faire de paris sur l'avenir. Ils ont parfois été démentis et des diocèses annoncés comme imminents attendent toujours leur achévement. Dans le même temps, des diocèses parvienent à maturité et d'autres sont mis en chantier, notamment par de jeunes chercheurs. L'avenir est donc assuré.

 

Angers-Rouen, le 20 juin 2012

 

Jean-Michel Matz et Vincent Tabbagh, directeur et ancien directeur du programme.

 

Extrait du volume concernant le diocèse de Bordeaux

Saint-André, quartier cathédral de Bordeaux au moyen âge (extrait, par Sandrine Lavaud)

La Sauvetat Sent Andreu

(...)Quelles qu'en soient ses origines, la juridiction capitulaire se traduit par un pouvoir de direction générale de la sauveté et par un pouvoir de contrôle et de police sur toutes les activités. Là encore, les textes du moyen âge renseignent mal sur l'exercice de cette juridiction. Les prérogatives immunistes sont d'abord judiciaires, le chapitre exerçant la pleine justice sur les clercs et les laïcs. C'est également une zone franche pour le commerce des denrées qui échappent à la fiscalité municipale ou royale. Les habitants sont aussi soustraits aux devoirs militaires et ne participent pas à la défense de la ville. Mais on ne sait, en revanche, si le chapitre réclamait des droits seigneuriaux spécifiques aux habitants à l'égal de ceux qu'exigeait son homologue de Saint-Seurin qui prélevait une poule à Noël, des droits sur la vente de vin au détail et exigeait caution. Les nombreuses mentions de "gélines" associées au cens versé par les maisons de la sauveté Saint-André pourraient suggérer un prélèvement identique. Ce sont principalement les textes de l'époque moderne qui informent sur les modes d'administration du chapitre; celui-ci délibère alors in communi sur les mesures à prendre et en délègue ensuite l'application à des officiers laîcs. Le premier d'entre eux est le juge de la sauveté, nommé pour un an et renouvelé parfois à vie. Il est assisté d'auxiliaires: prévôt, greffiers et sergents. Ensemble, ils doivent rendre la justice et assurer la police dans la sauveté. Ils ne disposent pas d'un bâtiment spécifique et officient dans la cloître du chapitre. La manifestation la plus voyante et la plus classique de la juridiction capitulaire reste le pilori et le carcan installés sur la place saint-André.

Ce pouvoir de ban est doublé d'une assise foncière. Le chapitre se veut, en effet, l'unique seigneur foncier de la sauveté et il est vrai qu'il n'a guère de concurrents, le principal étant l'archevêque qui détient notamment des possessions (15 tenures) dans la rue Saint-André (des Trois-Conils), ainsi qu'aux limites de la sauveté: rue de Saugars (rue de Cheverus) non loin du puits Saint-Gemme et près de l'enceinte (subtus muro). Les droits fonciers du chapitre peuvent être scindés en deux entités: d'une part un noyau, issu de la mense canoniale, sous la directe du chapitre et composé des maisons canoniales et des bâtiments communs; d'autre part, des tenures accensées: le recensement effectué en a comptabilisé 132 mouvantes de Saint-André-auxquelles il faudrait ajouter les 25 relevant de l'archevêque soit un total de 157 tenures-situées dans la sauveté ou à sa périphérie immédiate. Ce nombre n'a qu'une valeur d'échantillon dû au hasard des sources disponibles, mais il conforte la vision d'une assise foncière du chapitre importante au regard de la faible superficie concernée; il dit aussi que les chanoines ont eu recours au faire-valoir indirect pour une large part de leurs possessions au sein même de la sauveté. C'est là un mode de gestion du temporel commun aux autres seigneurs ecclésiastiques de Bordeaux qui n'ont conservé que des réserves très réduites. Les chanoines de Saint-André n'y dérogent pas, même pour ce qui constitue le coeur même de leur seigneurie. Ces droits fonciers sont étroitement mêlés aux droits banaux et procèdent du même dominium exercé par le chapitre cathédral sur et à partir de la sauveté. Il a fait de celle-ci un territoire réservé où il entend être le seul maître, même au détriment de son supérieur, l'archevêque de Bordeaux.

La délimitation de la sauveté Saint-André a été conflictuelle dès la période médiévale, mais les querelles se sont accrues à l'époque moderne, suscitant une intervention royale dans les années 1760-1761, aboutissant à un bornage officiel le 1er avril 1761 (fig.9).

 

Notice biographique de l'archevêque Pey Berland, (extrait)

Pey Berland (12 août 1430-24 septembre 1456), (n°239)

1-En recoupant une bulle de Jean XXIII en 1412, des éléments de son testament de 1456-1457 et des bribes qui subsistent de l'enquête canonique de 1464, on peut avoir une idée des origines et de la jeunesse de Petrus Berlandi. Déjà prêtre vers 1406 et secrétaire du cardinal Uguccione (576), Pey Berland a dû naître avant 1380. Son père possédait des tenures de belle ampleur sur la seigneurie de Sainte-Croix en Médoc, dans les paroisses de Soussans, Margaux, Moulis et Avesan, celle-ci étant la résidence de la famille et le lieu de naissance du futur archevêque. Il était fils unique, aux dires de son dernier secrétaire Léonardus de Segoniis, né vers 1416, entré au service de l'archevêque vers vingt ans et devenu son secrétaire vers 1437. Ce témoin n'a connu ni le père ni la mère de Pey Berland, ni son parrain ni sa marraine, mais se souvient que l'archevêque a fait exhumer la dépouille de sa mère du cimetière de Moulis pour la faire enterrer dans l'église. Dans son testament, Pey Berland cite un consanguineus qui est son homonyme et surnommé "Forthin", ce proche parent est principalis in domo paternali (sua). Ce détail suggère une communauté familiale complexe.

2-D'après son testament, il a reçu ses premiers rudiments d'instruction de maître Raymond de Bruges, un notaire du voisinage; il évoque aussi le souvenir de l'épouse de cet homme. Entre l'apprentissage de la lecture et de l'écriture dans une bourgade du Médoc et l'université de Toulouse, où Pey Berland conquiert le grade modeste de bachelier en décret, il y a un vide qu'il serait imprudent de remplir automatiquement par l'école cathédrale. Pey Berland a gardé le goût des livres: son testament évoque ceux qu'il a copié de sa main. Plus tard, le chapitre fit faire des recherches à Toulouse pour en savoir plus sur la période de ses études, mais en vain. Fils d'une famille sans lustre mais aisée, Pey Berland n'a pas été poussé vers le clergé comme un cadet réduit aux seconds rôles, il a dû choisir de devenir ecclésiastique et il a eu les moyens de faire des études; aucun document ne fait allusion à des bienfaiteurs ni à un séjour dans un collège. Son parcours initial est étonnamment proche de celui de Nicolau de Gibran (140), d'une bonne dizaine d'années son cadet: ce fils de notaire bordelais est allé étudier à Toulouse d'où il est revenu bachelier en droit canon.

diocèse de bordeaux

 

 

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 26 juin 2009

 

Informations diverses

Date de la prochaine réunion: vendredi 8 janvier 2010.

Adresse du site Fasti: http://fasti.univ-paris1.fr/: Site internet des Fasti

Dans la compétition entre Autun et Sens pour être le prochain diocèse publié, Autun était en tête en juin, mais il a été distancé par Sens pendant l’été. Nous espérons donc que le Diocèse de Sens, tome 11 de la collection, sera paru lors de la prochaine réunion. Autun suivra certainement de peu.

Les organisateurs des colloques de Fanjeaux rappellent que des bourses existent pour permettre aux étudiants (à partir du M2) d'assister au colloque. Ces bourses couvrent tous les frais (transport, hébergement, inscription) et étaient au nombre de 6 pour cette année. N'hésitez pas à faire passer l'information à ceux que cela pourrait intéresser.

Du 18 au 20 juin se sont tenus en parallèle deux colloques d'histoire religieuse :

  • un colloque du CERCOR à Strasbourg, sur "Les personnes d'autorité en milieu régulier (des origines de la vie régulière au XVIIIe siècle)" ;
  • un colloque organisé à Limoges, Saint-Yrieix et Poitiers par Claude Andrault-Schmitt et Philippe Depreux sur "Chapitres séculiers et production artistique au XIIe siècle. Vie canoniale, art et musique à Saint-Yrieix", dont le sujet dépassait largement la collégiale de Saint-Yrieix, puisque des interventions ont été faites notamment sur les collégiales des provinces d'Aix et d'Embrun (T. Pécout), sur le chapitre de Saint-Sernin de Toulouse (Catherine Saint-Martin), les chanoines en Normandie (V. Gazeau) ou dans l'Empire (H. Seibert) aux Xe-XIIe siècles, etc.

Du 3 au 5 juillet se tient à Beauvais un colloque organisé par l'équipe "Collégiales", et plus précisément par Anne Massoni, Roselyne Le Bourgeois et Pascal Montaubin, sur "Les collégiales et la ville dans la province ecclésiastique de Reims, IXe-XVIe siècles".

Toujours sur les collégiales : la thèse d'Anne Massoni vient de paraître, dans une version remaniée, aux Pulim (Presses universitaires de Limoges), sous le titre La collégiale Saint-Germain l'Auxerrois de Paris (1380-1510) (2009, 685 p., 30 €).

E. Lalou a retrouvé et confié à Hélène Millet la liste qu'elle avait établie des clercs de la curia de Philippe le Bel qui ont aussi été chanoines d'une cathédrale ou d'une collégiale. Cette liste, établie par ordre alphabétique des noms, est disponible sous forme électronique.

Anne-Marie Turcan-Verkerk, nouvelle responsable de la section de codicologie de l'IRHT, souhaite relancer les travaux sur les bibliothèques capitulaires. Une séance du séminaire "Histoire des bibliothèques anciennes" a ainsi été consacrée, le 12 juin dernier, aux bibliothèques capitulaires, avec des interventions de Marie-Hélène Jullien, sur les inventaires de la cathédrale de Nevers, et de Guy Lanoë, sur les manuscrits de la cathédrale de Beauvais. Elle a également transmis à H. Millet une version électronique du catalogue, désormais épuisé, des Bibliothèques de manuscrits médiévaux en France datant de 1987. Ce document ne peut être mis sur notre site internet, car il n'est pas libre de droit, mais il peut être consulté auprès d'Hélène. Il devrait être remplacé en 2010 par une version mise à jour : Bibliothèques médiévales de France. Répertoire des catalogues, inventaires, listes diverses de manuscrits médiévaux (VIIIe-XVIIIe s.).

Willy Morice va mettre en ligne en juillet le nouveau site internet des Fasti (Site internet des Fasti). Merci de lui envoyer vos remarques, suggestions et commentaires à : willy.morice@univ-paris1.fr. Ce site a vocation à accueillir des outils mis à la disposition des membres du groupe. N'hésitez pas à dire ce que vous souhaiteriez y trouver !

La revue Medieval Prosopography chercher à se relancer. Elle est preneuse d'articles de prosopographie française. Vous pourrez trouver les informations concernant les envois d'articles à l'adresse : http://www.wmich.edu/medieval/mip/journals/prosopogsub.htm

La chapelle de Jean Sauvage et Jean Faber, chanoines noyonnais du début du XIVe siècle, par Géraldine Victoir

Prologue : informations générales sur Noyon données par des membres du groupe.

Il existe aux AN un répertoire manuscrit des chanoines de Noyon. A.-M. Legras avait commencé à travailler dessus et une thèse d'École des Chartes a été réalisée il y a une quinzaine d'années, par Pierre Marchand, sur les chanoines (XIe-début XIVe s.), mais elle est en fait très lacunaire à partir des années 1270.

La chapelle, dédiée à saint Pierre et saint Paul et fondée en mai 1309 par ces deux chanoines pour abriter leur sépulture, est située au nord de la nef de la cathédrale. C’est la dernière d’un groupe de six, cinq autres ayant été fondées par la famille de Clermont-Nesle dont Raoul II était alors connétable et Simon, son frère, évêque de Noyon. A la différence des autres chapelles, celles des deux chanoines est de construction très irrégulière. On les reconnaît représentés chacun sur l’un des culots supportant les arcs de la voûte. Ils auraient été enterrés ensemble, il y a en effet un seul enfeu dans le fond de cette chapelle, mais la pierre tombale n’a pas été conservée. L’élément le plus intéressant du décor reste la peinture murale qui orne la chapelle. Elle est aujourd’hui en très mauvais état. Recouverte aux XVIe-XVIIe siècles, elle a été mal dégagée ensuite et surtout mutilée par la mise en place d’une statue de Sainte Godeberthe au XIXe s.

Au registre supérieur figure un Christ en croix, souffrant, représentation classique au XIVe s., entouré d’anges thuriféraires. Outre la Vierge et saint Jean, deux saints situés de part et d’autre peuvent être identifiés comme étant saint Eloi, représenté en évêque, et sainte Godeberthe, reconnaissable à l’anneau qu’elle semble désigner. Leur dévotion est alors classique à Noyon.

Au registre inférieur figurent des niches encadrant l’autel. Au centre est figurée une église dont seul le toit et le haut des fenêtres ont été préservés. Il semble que cette représentation puisse être assimilée à une châsse. Elle aurait alors un lien avec les deux saints représentés au-dessus.

Peu de temps avant la réalisation de cette peinture, les deux chanoines ont pu assister à la translation des reliques de saint Eloi (1306), qui a profondément marqué les Noyonnais, dans une nouvelle châsse en forme d'église. Bien que peu éloignés des véritables reliques conservées dans le chœur de la cathédrale, les chanoines semblent avoir voulu être enterrés au plus près de leur image, capable, à leurs yeux, de favoriser l’intercession des deux saints en leur faveur.

Cette peinture illustre donc le rôle grandissant de l’image dans le culte des saints à la fin du Moyen Age et la façon dont les chanoines utilisent ces images dans l’espoir d’obtenir une place au paradis.

N.B. : G. Victoir nous conseille la consultation du catalogue de l'exposition en cours au Louvre (jusqu'au 6 juillet) sur Les premiers retables (XIIe-début du XVe s.). Une mise en scène du sacré, qui est extrêmement bien fait et inclut de nombreux retables mal connus.

Les comptes capitulaires de Cambrai, par Monique Maillard-Luypaert

L’étude du chapitre de Cambrai se heurte à l’importance des sources disponibles, tant à Cambrai qu’à Lille. Parmi celles-ci figurent deux séries de registres des comptes : ceux de la Fabrique et ceux de l’office du Grand métier. Les comptes sont établis annuellement, de la Saint Jean-Baptiste à la Saint Jean-Baptiste suivante. Ces registres donnent de multiples informations sur les évêques. On y découvre ainsi des détails sur leur élection, leur entrée, leur présence aux cérémonies, la réception d’évêques étrangers ou les dépenses consenties pour les ornements liturgiques. Ils nous renseignent également sur la tenue des chapitres généraux, la représentation du chapitre aux conciles provinciaux ou encore les dépenses effectuées pour l’achat du pain et du vin mais aussi des livres. Les chanoines y apparaissent aussi par la mention des fondations de messes ou d’obits qu’ils demandent mais aussi par les dépenses liées à leur décès ou encore à travers leurs maisons canoniales. Enfin, ces registres sont précieux pour la compréhension du fonctionnement de la cathédrale, les évènements locaux ou étrangers y sont signalés nous renseignant ainsi sur la façon dont les nouvelles sont transmises. Des coutumes plus insolites y sont recensées comme l’élection chaque année d’un évêque des innocents et d’un abbé des fous.

Dans les registres des délibérations capitulaires apparaissent à la fin du XVe s. plusieurs roues indiquant les noms des chanoines, l’un d’entre eux étant désigné par une main avec l’index tendu. Il s’agirait d’un moyen pour le chapitre de savoir à quel chanoine revient le tour de conférer les bénéfices. Toutefois le nombre de chanoines cités est très inférieur à celui des prébendes de la cathédrale et varie d’une roue à l’autre : s’agirait-il uniquement des chanoines résidants, les autres étant exclus de ce privilège de conférer les bénéfices ? En tout cas, le critère de sélection des chanoines n'est pas celui du rang dans les ordres sacrés.

Informations données lors des discussions :

  • à Verdun, il existe des "cartes" de tournaires, seulement pour les résidants, qui sont classés par ordre d'ancienneté puis par ordre de rang dans les ordres sacrés. La dignité ne rentre pas en ligne de compte.
  • à Châlons, sur 35 chanoines il y a de 12 à 16 résidants. À Cambrai, il y en a de 18 à 25 sur 45.

L’apport d’Ut per Litteras Apostolicas aux Fasti, par Laurent Vallière

(communication présentée auparavant au congrès du CTHS à Bordeaux en 2009)

La base Ut per Litteras Apostolicas qui est la version numérisée des lettres pontificales publiées par l’Ecole Française de Rome depuis le XIXe siècle compte actuellement 220 000 lettres pontificales et suppliques. Toutes celles du XIVe siècle y ont été intégrées et une partie des lettres du XIIIe. L’aboutissement du projet est prévu pour 2010-2011. Cette base peut être particulièrement utile aux auteurs des Fasti. En effet, pour le diocèse de Poitiers, un tiers des fiches en sont issues. Les informations qui en sont tirées permettent de renseigner la quasi-totalité des champs de la base Fasti. Elle n’offre toutefois pas d’indication sur la présence des chanoines au chapitre ou sur la durée des vacances mais reste fondamentale pour connaître les chanoines non résidents, absents des sources locales. L’apport d’Ut per Litteras Apostolicas par rapport à la version papier réside dans sa facilité d’utilisation et sa disponibilité puisqu’il est difficile de trouver une bibliothèque regroupant tous les volumes de lettres publiées. De plus il est possible de croiser plusieurs critères d’interrogation, ce qui offre une grande souplesse d’utilisation. Cependant l’absence actuelle d’index reste une faiblesse qui rend difficile la distinction des homonymes ou des noms dont l’orthographe varie. Plusieurs précautions s’imposent à l’utilisateur. Il est effet nécessaire de distinguer les lettres retranscrites intégralement de celles seulement analysées. Certaines informations fournies par ces lettres restent aléatoires (vacances annoncées par erreur et surtout la question de l’effectivité de ces provisions apostoliques). Il est donc utile, lorsque cela est possible, de pouvoir mettre en relation ces informations avec les sources locales, voire de revenir aux lettres elles-mêmes. Une fois la numérisation achevée des volumes de lettres de l’Ecole Française, le chantier pourrait se poursuivre en direction des registres de la Chambre Apostolique ou plutôt vers les Lettres secrètes et curiales.

La collection de sceaux des Archives Nationales, par Clément Blanc

Depuis le milieu des années 1830, les Archives nationales ont rassemblé une très importante collection de moulages pris dans un premier temps sur les sceaux originaux conservés aux Archives nationales elles-mêmes, puis, à partir des années 1860, dans certains dépôts départementaux ainsi qu’à la Bibliothèque nationale. À côté de ces ensembles, on compte aussi une collection de cires originales rassemblée de manière sporadique au gré d’acquisitions de diverses natures ainsi qu’une collection de près de 1 200 matrices. D’abord rassemblées dans le souci de préserver par la copie une source que l’on pensait condamnée, du fait, notamment, de la manipulation inhérente à la communication des archives, au milieu du xixe siècle, les collections de moulages ont été considérées avant tout pour le riche corpus iconographique dont les sceaux sont le support. C’est que ces objets possèdent l’énorme avantage de présenter des images précisément datées par les documents auxquels ils sont liés, et, de ce fait, permettent dans une optique purement archéologique de constituer ou du moins d’épauler à partir d’un matériau non textuel, l’histoire de pratiques aussi diverses que le costume, l’armement ou bien encore de l’architecture. Cette première approche qui plaçait la sigillographie dans la catégorie des sciences auxiliaires de l’Histoire, a été depuis lors largement dépassée. Il apparaît en effet désormais difficile d’établir comme on a pu le faire jadis, l’histoire de telle ou telle pratique à travers une source unique fut-elle abondante et variée ou bien de limiter son usage au seul établissement d’un étalonnage chronologique des images qui par comparaison permettrait de dater des formes erratiques. Depuis les années 1970, le corpus sigillographique a été pris en compte dans une optique plus large, liée notamment au développement de l’histoire des représentations et des mentalités, même si ce riche corpus demeure pour le diplomatiste une source très importante. La capacité juridique d’user d’un sceau se diffusant progressivement à l’ensemble de la société médiévale, le corpus sigillographique est immense. Mis au point dans les années 1850-1860, sa méthode de classement est organisée en fonction de l’appartenance du sigillant - personnes physiques et personnes morales incluses - à tel ou tel groupe social. Séparant dans un premier temps les laïcs des clercs, la division relativement complexe doit rendre compte de la large diffusion des sceaux. Chaque groupe reçoit un classement spécifique : alphabétique pour le large groupe des chevaliers et des dames ou bien encore géographique pour l’ensemble des clercs. Chaque collection possédant un inventaire particulier, le Service des sceaux met à la disposition des chercheurs un fichier indexant l’ensemble de ces collections.

L'état complet des inventaires sigillographiques est disponible à l'adresse suivante : http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/notices/sceaux_fiche_recherchearachno.html

Les demandes de renseignements doivent être adressées à : Clément Blanc-Riehl / Archives Nationales – Site de Paris / Section ancienne – Service des sceaux / 60, rue des Francs-Bourgeois / 75141 Paris Cedex 03 ; clement.blanc@culture.gouv.fr

Si vous souhaitez travailler sur les collections conservées au Service des sceaux, il est préférable de prendre contact quelques jours avant votre passage au numéro suivant : 01 40 27 63 08 (secrétariat).

Le projet européen

Suite à l'échec automnal de notre candidature à un financement dans le cadre du programme européen e-content plus, il a été décidé qu'il ne fallait pas se décourager mais renforcer les liens noués à cette occasion avec nos partenaires étrangers. L'objectif est toujours, à terme, d’envisager l’histoire des élites diocésaines à l’échelle européenne et de postuler à un financement européen pour développer un/des sites Internet en commun, nourri(s) par une/des bases de données communes.

Afin de préparer ce projet dans de bonnes conditions, nous avons déposé auprès du CNRS une demande de création d'un GDRE (groupement de recherche européen), version européenne du GDR. Comme pour un GDR, cette structure permet d'associer différentes équipes de recherche sur un projet commun, qui reçoit un financement spécifique de la part du CNRS et des autres tutelles des différentes équipes. Ce financement nous permettrait notamment d'organiser des rencontres avec nos collègues étrangers. Nous saurons à l'automne si notre projet est retenu par le CNRS. Si c'est le cas, le GDRE sera mis en place au début de l'année 2010, pour une durée de quatre ans.

Le projet a été déposé sous la tutelle du LAMOP (UMR Paris 1-CNRS), qui sera le principal rattachement administratif du projet Fasti après la disparition du GDR SALVE, qui doit intervenir en décembre 2009. Hélène Millet devant partir en retraite au même moment, Dominique Iogna-Prat, qui lui succédera au sein du LAMOP à la direction de l'axe "L'Église, corps social", a accepté de porter ce projet, en collaboration avec toute l'équipe des Fasti. Son implication permettra d'ouvrir le projet à des questionnements anthropologiques et sociologiques, qui sont indispensables pour pouvoir répondre aux attentes des institutions européennes et donc avoir une chance d'obtenir un financement de l'U.E.

Ce projet, qui s'intitule "Aux fondements de la modernité étatique en Europe, l’héritage des clercs médiévaux", rassemble les partenaires suivants :

1) partenaires Nationaux

  • UMR 8589, LAMOP (Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris), Université de Paris 1 - CNRS
  • UMR 5594, Archéologie, cultures et sociétés, Université de Dijon – CNRS
  • UMR 6258, CERHIO (Centre de Recherches Historiques de l’Ouest), Universités d’Angers et Rennes – CNRSUMR 5205, LIRIS (Laboratoire d'InfoRmatique en Images et Systèmes d'information), CNRS / INSA de Lyon- Université Claude Bernard Lyon 1 - Université Lumière Lyon 2 - École Centrale de Lyon.
  • EA 3945, Centre Régional Universitaire Lorrain d’Histoire, Universités de Metz et Nancy 2
  • EA 3912, Laboratoire d’Archéologie et d’Histoire de Picardie, Université de Picardie

2) partenaires Internationaux

  • Portugal : Universidade Católica Portuguesa
  • Hongrie : Szegedi Tudományegyetem (University of Szeged) et Pécs Tudományegyetem (University of Pécs)
  • Croatie : Harvatski Institut za Povijest – Zagreb
  • Italie : Università degli Studi di Milano
  • Espagne : Universidad Autónoma de Madrid

Notez toutefois que le partenaire italien est susceptible de changer : le responsable de l'équipe milanaise est en effet Giorgio Chittolini, qui va partir en retraite et dont le successeur ne sera peut-être pas intéressé par notre projet. Si vous connaissez des collègues étrangers (italiens ou autres) susceptibles d'être intéressés par ce projet, n'hésitez donc pas à nous les signaler !

Atelier cartographie, par Hugues Labarthe

Cet atelier n'a malheureusement pas pu se dérouler comme prévu, pour des raisons techniques (la liaison au site internet ne fonctionnait pas correctement). Hugues Labarthe nous a cependant présenté les principes et objectifs d’un premier projet cartographique développé pour le site http://obediences.net ( http://obediences.net ) par des étudiants de DESS dirigés par Laurent Jégou (UTM). Il propose de développer une application similaire pour les Fasti.

Deux applications sur http://obediences.net (http://obediences.net) permettent de prendre la mesure du projet. Vous pouvez les consulter avec les navigateurs Firefox, Chrome ou Opéra mais pas avec Internet Explorer (bugs assurés).

L’atlas des établissements cultuels de Gascogne

http://obediences.net/affichEtablIntro.php ( http://obediences.net/affichEtablIntro.php)

vous permet d’accéder à la fiche d’information d’un établissement par simple clic sur la carte. Sur la carte à droite, le signe (+) vous permet d’afficher les diocèses. A petite échelle seules les abbayes sont affichées. A grande échelle tous les établissements connus sur les cartes des diocèses de Font-Réaulx, soit près de 4000 établissements.

L’atlas de l’Occident latin en 1400

http://obediences.net/MapFish-1.1/client/examples/php/fichier_lieux.php (http://obediences.net/MapFish-1.1/client/examples/php/fichier_lieux.php)

Première esquisse d’application à l’échelle de l’Occident latin. Le menu Gestion des couches à gauche de l’écran vous permet de composer votre carte.Les outils situés au dessus de la carte vous permettent de naviguer, de vous informer sur les couches et d’adapter la carte obtenue par l’ajout de légendes et de formes (points, lignes, polylignes). Ce travail est en cours de finalisation.

Pour les Fasti, le projet consiste à créer des applications cartographiques qui permettent, sur le site en accès restreint ou sur le site public, de visualiser, d’interroger, d’analyser les informations stockées dans la base de données.

1. Dans cette optique, il faut commencer par dresser un état des connaissances géo-historiques : rassembler toutes les cartes que vous jugez pertinentes pour établir les tracés des diocèses et ses subdivisions, mais aussi des comtés, des vicomtés, des seigneuries, etc.

2. Dans un second temps, ces données seront numérisées, légendées et géoréférencées c’est-à-dire enregistrées dans une base de données en fonction de leur positionnement spatial dans un système de projection (ici, nous utilisons le WGS 84).

3. Ensuite, une application permettra d’afficher sous forme de carte les requêtes effectuées sur la base prosopographique :

  • le nombre d’individus recensés par établissement
  • les établissements dans lesquels les chanoines de telle cathédrale cumulent
  • les établissements où les clercs de telle ou telle principauté cumulent
  • les diocèses dont le ressort dépend de différentes juridictions souveraines

La liste n’est pas limitative. Les données étant agrégées, l’affichage de ces cartes ne soulèverait guère de difficultés sur le plan juridique.

Ce projet repose en partie sur le travail collaboratif :

1. Vous adressez à Hugues d’ici la prochaine réunion vos cartes favorites vous permettant d’établir le plus précisément possible les cadres politiques et religieux de votre aire d’étude. Vous lui adressez ces cartes numérisées (scanner, photographie) sous format jpeg, gif, bmp, tiff ou png.

  • par mail : contact@obediences.net (mail).
  • par ftp, directement sur le site : http://obediences.net, site obediences . Dans l’onglet de droite, "Postez vos images", cliquez sur "Cartothèque".

Vous pouvez également lui envoyer des photocopies

  • par voie postale : Hugues Labarthe, 20 rue Taine, 75012 Paris.

2. Hugues s’engage, si vous en faites la demande, à vous remettre un fonds de carte numérisé, projeté et légendé que vous pourrez réutiliser à votre guise avec un logiciel de dessin (Adobe Illustrator, Gimp) ou de cartographie (Philcarto).

Atelier sur la base FEG

Si vous hésitez sur une formulation, utilisez l'« aide aux corrections » : vous tapez votre formulation dans le champ concerné (par exemple : « mort avant ») et le système vous affiche la liste des fiches qui contiennent cette même formule. Cela vous permet de vérifier si elle a déjà été utilisée ou pas dans un diocèse déjà publié (donc supposé conforme aux normes).

Menu cumuls :

  • Diocèses étrangers : on indique le nom français du diocèse, s'il existe (par exemple : "Londres", pas "London").
  • S'il y a plusieurs bénéfices du même diocèse, il faut indiquer en premier le canonicat dans la cathédrale (s'il y en a un) car, lors de l'édition, le logiciel n'indique qu'une seule fois le nom du diocèse (il ne le répète pas pour chaque bénéfice s'il est identique) et cela rend donc la fiche incompréhensible si le canonicat dans la cathédrale n'est pas indiqué en premier.
  • Le principe de publication est l’ordre alphabétique des diocèses, pas l’ordre de saisie ni l’ordre chronologique. Le système crée automatiquement cet ordre : il n’est donc pas nécessaire de faire se succéder les lignes concernant un même diocèse. En revanche, pour un même diocèse, l’ordre de publication est l’ordre de saisie. Il revient donc à l’auteur de vérifier que cet ordre mettra en premier ce qui concerne la cathédrale (voir point 2 ci-dessous) et, plus généralement, que les infos seront présentées de manière compréhensible (bien relire la notice dans le menu « enregistrer »).

dates : écrire de préférence « 1453 12 mars », plutôt que « 1453 03 12 », même si les deux formules sont autorisées.

page Parents : ne pas utiliser le champ Autre (résidu de l’époque des transferts de données à partir des bases personnelles).

Prénom : dans la base FEG, il doit toujours être en latin. Si vos sources ne vous donnent pas de prénom latin, vous faites une traduction depuis le vernaculaire.

Les expectants (chanoines connus seulement par une lettre pontificale leur donnant un canonicat sous expectative de prébende) doivent être mis dans les listes complémentaires (listes d'incertains et d'exclus). Un débat sera organisé lors de la prochaine réunion pour aboutir à une mise au point sur la définition de ces incertains et exclus.

Bibliographie et Sources :

  • toujours mettre "BNF", pas "BN".
  • on peut mettre "f°" pour folio.
  • les sources éditées sont à placer dans le champ Bibliographie.

NB : les "lettres collées" (-d, -a, …) ne sont développées lors de l'édition que lorsqu'elles se trouvent dans le champ Vie.

Quand on indique le numéro d'une personne entre parenthèses, ne pas rajouter de zéros au début du numéro.

Quand on met dans un champ une information qui provient d’une somme de connaissances faisant appel à une bibliographie trop vaste pour être signalée, mettre un astérisque à la fin de la mention.

Tables chronologiques :

Attention ! Le logiciel établit automatiquement des listes à partir des notices ; elles sont accessibles par la page "Tables chronologiques"-"Listes générées automatiquement", mais, pour l'édition, il est indispensable de les corriger manuellement, d’où la seconde option « Listes corrigées par les auteurs ».

L’option « Listes générées automatiquement » signale les erreurs qui ont perturbé cet automatisme par suite d’étourderies au moment de la saisie des successeurs et des prédécesseurs. Si le système persiste à signaler des erreurs qui demeurent inexpliquées, il se peut que la cause en soit l’introduction de caractères invisibles et parasites au cours d’une opération de copier/coller : donc, réécrire entièrement l’info. Mais ne pas aller trop vite avant de conclure qu’il s’agit de ce type d’erreur…

N’aborder l’étape « Listes corrigées par les auteurs » qu’en toute dernière phase du travail. En effet, à partir du moment où ces listes existent, elles ne sont plus mises à jour automatiquement à la suite d’une correction dans les notices.

Le système prend en compte tous les éléments nécessaires à l’édition automatique de ces listes : l’ordre de publication des listes (les listes des dignitaires du chapitre doivent être classés dans l’ordre hiérarchique ou « préséance »), les titres exacts à donner à chaque liste, le texte des divers « chapeaux » explicatifs (non obligatoires), la taille des caractères à utiliser pour chaque ligne.

Par suite d’un bug du système, il n’a pas été possible de mener la démonstration à son terme. Ce bug a été corrigé sur la version finale du logiciel, qui n’est pas encore accessible en ligne. En attendant, se mettre en relation avec Hélène Millet qui vous guidera pas à pas.