Recherche Lexique canonial

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Contenu du volume :

  • 678 pages.
  • 1546 notices prosopographiques.
  • 27 biographies d'évêques.

Ce volume contient en outre une carte du diocèse, un chapitre sur la bibliothèque fondée par l'archevêque Guy de Roye (+ 1409), une étude sur les vitraux du XIIIe siècle, ainsi qu'une notice (avec plan) du quartier canonial.

  • Extraits du volume : "extrait d'une notice" page 423, "chanoines non prébendés" pages 551-552, "cas incertains" page 567.

 

 

Extrait de la notice de Johannes Amadeus de SALUCIIS (page 423)

352 Johannes Amadeus de SALUCIIS

archidiacre de Reims, 1384r 04 01-1419 06 28, décédé

chanoine prébende 47, collation apostolique 1388r Il 04-x, résigne sans doute

chanoine prébende 63, collation apostolique 1394r 12 17-1395a 07 30, résignation probable

chanoine prébende 35, 1399r 06 07-x, résignation

chanoine prébende 26, collation apostolique 1400r 07 05-1404a 04 05, résignation.

a. Né circa 1362-† 1419, service 29 juin à Reims.

b. Diacre.

c. Noble ; Italie.

d. Neveu de Clément VII ; fils de Frédéric marquis de Saluces.

e. Bayeux doyen / Lyon archidiacre 01-11-1378/ Liège archidiacre Campine 11-08-1381/ Rouen chanoine 1385-86 et archidiacre Rouen 1403-1419/ Valence évêque le 04-11-1383.

f. Licencié droit civil.

g. Cardinal le 23-12-1383 , dignitaire dépourvu de prébende à partir de 1404.

R0461 ; Grandmottet, 89 ; AVB, 12, 1 ; 13, L274 ; VLS, 118 ; Eubel I, 513 ; Weyen d'après Cart. A.

(...)

 

Chanoines non prébendés (pages 551-552)

Ce fichier recense des clercs qui ont été reçus au Chapitre mais qui l'ont ensuite rapidement quitté et qui de ce fait n'ont pas été mis en possession de la prébende promise.

  • Les uns parce qu'ils ont été évincés par un compétiteur reçu en même temps qu'eux. La durée moyenne d'un procès était de 18 mois à 2 ans mais le Chapitre attendait dans ce cas le règlement du litige pour délivrer la prébende. Certains candidats ont été ainsi rejetés plusieurs fois de suite (jusqu'à quatre fois dans le cas du n° 462), sans jamais être définitivement admis.
  • Les autres parce qu'ils ont permuté avant la fin de leur stage (rappelons que tout nouveau chanoine ne percevait les fruits de sa prébende qu'après avoir effectué 28 semaines de stage). La pratique des permutations connaît un grand développement au XVe siècle, dès le moment où elle cesse d'être soumise au contrôle de la papauté. Il était permis à un chanoine de permuter dans l'heure qui suivait sa réception. On peut même trouver dans notre fichier quelques exemples d'ecclésiastiques ayant permuté sans s'être faits recevoir préalablement.
  • D'autres enfin parce qu'ils ont résigné pour des raisons diverses dans les mois suivant leur réception. Les papes de la période avignonnaise par exemple assortissaient souvent la collation d'un nouveau bénéfice de l'obligation pour le récipiendiaire de renoncer à quelques-uns de ceux de moindre valeur qu'il possédait déjà. De même les cardinaux à la même époque se faisaient conférer par le souverain pontife des prébendes dans les grands chapitres avec faculté de pouvoir les céder, plus ou moins rapidement, à des personnes de leur choix.

Les noms de ces non-prébendés ont néanmoins été tous reportés sur les tables chronologiques car leur présence nous a paru indispensable pour la continuité de succession dans chaque prébende.

1017 Adam OLIVERIUS

chanoine prébende 11, collation apostolique 1385r 04 05-x, évincé.

f. Maître.

Ne figure que dans Cart. A, f° 42 ; non repris par Weyen.

121 Ambrosius de la BURNACHE

chanoine prébende 10, collation ordinaire 1452r 1006-1452 10 14, permutation avec 122.

Weyen.

784 Andreas LE VIELS

chanoine prébende 58, régale 1473r 12 01-x, permutation à réception avec 785.

b. Clerc.

e. Reims chapelain N-D, chapelain Saint-Symphorien et S. Ladre-aux-Femmes 1473d.

f. Chapelain ordinaire du roi.

Weyen.

718 Aymericus ALEXANDRI

chanoine prébende 13, collation apostolique 1372 06 00-1372 07 03, permutation avec 161 avant réception.

e. Avignon chapelain à Avignon 1372d/ Vabres cure de Montlaur ante 1372.

gr. 18261.

723 Balduinus le WAIDIER (de BEAUMONT)

chanoine prébende 54, collation apostolique 1438r 07 23-x, évincé par 724 sur décision du 20-10-1438.

b. Clerc.

c. Reims diocèse.

f. Doit sa nomination à Jean, comte d'Étampes.

Weyen.

606 Bernardus de MOTA

chanoine prébende 46, collation apostolique 1343-x, évincé.

Weyen.

462 Bernardus de QUINTANIA

chanoine prébende 60, 1345r 10 07-x, évincé ? 1e tentative

(...)

 

Cas incertains (page 567)

Ce fichier regroupe plusieurs types de cas :

  • des chanoines attestés dans les années 1190 qui peuvent avoir vécu jusqu'aux premières années du XIIIe siècle.
  • des bénéficiaires d'expectatives antérieures à Jean XXII qui ne sont connus que par ces expectatives.
  • des clercs ayant quitté le Chapitre dans les mois suivant immédiatement leur réception et pour lesquels nous ne disposons d'aucune information sur la cause de ce départ. Plutôt que de les classer parmi les non-prébendés, nous leur avons accordé le bénéfice du doute, d'autant que les chanoines dont le stage a été interrompu avant son terme par une mort prématurée, ont été systématiquement rangés avec les prébendés.
  • des cas individuels très particuliers, notamment de possibles doublons.

Des explications sur la situation de chacun sont généralement données en ligne g.

(...)

 
diocèse Reims

 

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Contenu du volume :

  • 392 pages.
  • 695 notices prosopographiques.
  • 16 biographies d'évêques.

Ce volume, consacré au diocèse d'Angers, contient en outre une carte du diocèse, une étude sur le trésor (livres et reliques) de la cathédrale, une présentation de la cathédrale comportant des études détaillées sur les autels, le cycle peint de l'abside (entièrement reproduit sous forme de relevés), les vitraux commandités ou rénovés par les évêques ou le chapitre. Le livre contient également une étude du quartier canonial Saint-Maurice accompagnée d'un plan pour le début du XVe siècle.

  • Note liminaire, par Hélène Millet, directeur du programme
  • Extrait du volume : "La cité, quartier canonial Saint-Maurice", pages 97-100.
 

Diocèse d'Angers : note liminaire, par Hélène Millet

Voici que paraît enfin un livre dont la sortie était déjà annoncée en 1999. Que celui qui n’a jamais connu de retard dans ses entreprises lance le premier quolibet ! Pour ma part, je tiens au contraire à saluer la constance des deux auteurs, à remercier Jean-Michel Matz, le plus rapide des deux, pour sa patience et son sens du bien commun, et à savourer avec François Comte la satisfaction d’avoir surmonté les obstacles et le découragement.

Commencée en un temps où les logiciels coûtaient cher et où les chercheurs n’avaient pas encore un ordinateur portable en guise de porte-plume, la base de données destinée à dresser les fastes du diocèse d’Angers a été réalisée avec les moyens du bord (le logiciel 4Dfirst, version simplifiée de 4D) et par des débutants en informatique. Quelques bons génies sont venus à leur aide, mais ils n’ont pu empêcher que surviennent à chaque pas ou presque des problèmes inattendus, encore multipliés, sur la fin de l’entreprise, par les transferts des données à Orléans, en vue de leur édition.

Dans nos procédures de travail, les communications avec la base centrale orléanaise sont en effet fondamentales. Les notices offertes aux lecteurs ne ressemblent que de très loin à ce que le chercheur peut lire sur son écran ou éditer par ses propres moyens. Cela est dû notamment au fait que les individus ont très souvent plusieurs raisons distinctes d’être enregistrés dans la base. Ainsi, un official devenu chanoine donne lieu à deux enregistrements. Sa notice biographique résulte donc de l’addition des renseignements contenus dans ces deux enregistrements. La procédure automatique au terme de laquelle on obtient une telle notice développe également les multiples abréviations qui doivent obligatoirement être utilisées. Celles-ci, jadis nécessaires pour économiser les octets, conservent toute leur utilité pour assurer une certaine homogénéité à la manière de présenter les informations.

À Orléans, Irmine Martin et moi-même devons donc assurer ce service que représente le tirage, à la demande, d’éditions provisoires du contenu des bases de données en cours d’élaboration. La dispersion des collaborateurs et la pauvreté de nos moyens financiers m’avaient fait prendre le parti d’accepter que soient utilisés tant les ordinateurs Mac que PC, avec des logiciels différents pour chaque gamme de matériel. Mais nous peinons parfois à résoudre les problèmes d’incompatibilité. Lorsque, pour un diocèse, la recherche est terminée, nous effectuons aussi le travail éditorial final, non seulement pour les notices prosopographiques issues de la base de données, mais aussi pour tous les éléments — indices, tables, chapitres préliminaires — qui composent un volume. Sans le soutien logistique de l’IRHT et les conseils éclairés de sa collègue Christine Melin, Irmine Martin n’aurait pu acquérir les compétences qui sont désormais les siennes et grâce auxquelles nous pouvons remettre à notre éditeur des livres « prêts à flasher ».

Cette façon artisanale de procéder explique, sans les excuser, les trop nombreuses imperfections qui émaillent nos ouvrages, mais elle nous permet d’intervenir jusqu’au dernier moment pour éliminer les menues incohérences d’un édifice complexe où toute modification entraîne des corrections en chaîne à effectuer. Les collaborateurs des Fasti Ecclesiae Gallicanae ne sont pas des auteurs libres de faire ce que bon leur semble ; la rude discipline à laquelle ils acceptent de se soumettre ne sera pleinement justifiée que lorsque paraîtra le CDRom cumulatif par lequel une collection de fascicules deviendra œuvre collective unique.

Ce moment, nous osons l’espérer, ne devrait pas être trop éloigné, car la refonte si nécessaire et attendue de notre chaîne de traitements informatiques est en cours. Pour ce faire, il fallait à la fois trouver un financement et un technicien rompu aux anciennes techniques de programmation. Ce petit miracle a pu s’opérer grâce à une contribution du LAMOP, laboratoire auquel je suis personnellement rattachée, et à la compréhensive participation de notre éditeur. Jean-Philippe Genet, directeur du LAMOP, et Christophe Lebbe, directeur éditorial de Brepols Publishers, ont ainsi droit à toute notre reconnaissance.

La parution du Diocèse d’Angers devrait donc clore une époque. Elle coïncide aussi avec l’ouverture du site Internet rénové par les soins de Jean-Nicolas Rondeau.

Est-ce dû à sa lente maturation ? Le Diocèse d’Angers est certainement celui des volumes de la collection qui comporte le plus grand nombre de chapitres introductifs, celui aussi qui fait la part la plus importante au service liturgique assuré par les chanoines à la cathédrale. Ces excursions préliminaires, certainement trop rapides au goût des spécialistes, veulent tirer parti de sources ou de vestiges ici plus considérables ou mieux étudiés qu’ailleurs. Parfois, malgré tout l’intérêt d’une découverte, il faut se contenter d’en signaler l’existence pour ne pas se laisser distraire du projet prosopographique primitif. Et, quel que soit l’intérêt intrinsèque du sujet abordé, il est toujours demandé aux collaborateurs de mettre l’accent sur l’apport singulier des individus à la tradition ou au patrimoine communs.

Angers a bénéficié d’une conjoncture exceptionnellement favorable. Pour exploiter ses richesses patrimoniales et archivistiques, plusieurs chercheurs ayant chacun les compétences voulues ont convergé sur le même terrain et au même moment. Les observations complémentaires ainsi réalisées sur la cathédrale, ses vitraux, ses fresques et son trésor permettent de mieux déchiffrer les correspondances symboliques qu’entretenaient les reliques avec les lieux et les temps liturgiques. Elles nous enseignent aussi que, quoique séparés de biens, évêque et chanoines unis dans la célébration de l’office divin et dans la fidélité aux rites inaugurés par leurs antiques et saints prédécesseurs. Ils étaient ensemble dépositaires du patrimoine historique et culturel de la cité, ensemble aussi chargés de le faire fructifier. A mieux éclairer les aspects collectifs de la mission assignée au clergé de la cathédrale, on affine aussi considérablement la compréhension des parcours individuels.

Il est en revanche une originalité de l’évêché que les chapitres préliminaires n’ont guère éclairée : sans pourtant être métropole, Angers pouvait alors se dire capitale. Plusieurs colloques ou manifestations récents ont porté sur les destinées internationales de la maison d’Anjou, et on lit dans les notices individuelles que la carrière de beaucoup de chanoines est passée par la cour ducale et/ou par l’université. Mais sur le personnel de ces institutions, il reste encore beaucoup à apprendre. La recherche en la matière devrait se trouver stimulée par la publication de ce volume.

Orléans, le 27 mai 2003, Hélène Millet, directeur du programme.

 

Extrait du volume concernant le diocèse d'Angers

La Cité, quartier canonial Saint-Maurice d'Angers (pages 97-100)

V. L’implantation des maisons canoniales dans le plan reconstitué du XVe siècle

On a vu que, depuis la fin du IXe siècle, des emplacements pour construire des maisons avaient été accordés au chapitre. Dès 1073, des maisons sont attribuées à un dignitaire. Mais seuls les trois archidiacres avaient une maison attachée à leur dignité. Même le doyen était soumis au régime de l’option jusqu’à ce qu’il reçoive au milieu du XVIe siècle la maison canoniale Sainte-Catherine proche de la porte de la Chartre, construite par Raoul de La Flèche (16) puis par le doyen Jean Dumas en 1541 (1-3 rue Saint-Évroult). Faute de maison affectée aux prébendes, dès qu’une se libère par le décès ou la démis­sion d’un chanoine, les autres peuvent opter pour sa maison en fonction de leur rang ou ancienneté contre un loyer qui n’est pas le même selon les maisons. Avant 1240, trois maisons canoniales, dont celle du maître-école, avaient été annexées par le couvent des Jacobins suite à l’intervention de l’évêque Guillaume de Beaumont (2). D’autres maisons avaient peut-être été détruites lors de la construction du château et des fossés. Il fallut donc procé­der à de nouvelles acquisitions ou susciter des dons. Ainsi Durand, évêque de Nantes, qui décéda à Angers en 1291, donna une maison près du château qui devint la maison canoniale de la Fosse. Ces maisons canoniales s’organisent principalement le long des rues qui bordent l’enceinte et les îlots qui enca­drent la cathédrale. Alors que l’évêque Rainon avait autorisé les chanoines à léguer les maisons à leurs parents, désormais toutes les maisons appartien­nent au chapitre, les chanoines n’en ont que l’usufruit et étaient obligés d’effectuer les réparations nécessaires. Cependant, en cas de reconstruction aux frais du chanoine, on lui en laissait l’usage sa vie durant tel Jean Guittier (416), archidiacre d’Outre-Maine, qui fit reconstruire la maison canoniale Saint-Barthélemy ou du Chapeau Rouge, rue Saint-Évroult. Sa maison de dignitaire près de la cathédrale est donc abandonnée et ne sert que pour l’exercice de sa juridiction d’archidiacre.

Vingt-et-une des vingt-huit maisons canoniales au début du XVe siècle sont situées près de la cathédrale dans un rayon de moins de 80 mètres. Les douze maisons d’officiers du bas-chœur et les quarante-trois maisons de chapelains sont plutôt concentrées au sud de la Cité à l’exception notable d’un îlot en arrière de la place de terre ou « placître » appartenant au fief de l’évêque. De même les deux tiers des maisons canoniales se situent dans la paroisse de Saint-Maurice, alors que les maisons de chapelains sont en majo­rité sur le territoire de la petite paroisse Saint-Aignan. Ce sont les chanoines, souvent à l’origine des fondations de chapellenies, qui installent les chapelains dans la Cité, comme par exemple Simon Bordier (505) qui donne en 1469 une maison nouvellement bâtie pour le chapelain de Notre-Dame des Mazeris, près de la porte Hugon. Ces demeures ont presque toutes un nom qui est connu au XVe siècle. La plupart portent le nom d’un saint et pour un tiers d’entre elles, il s’agit du nom d’une prébende. D’autres ont le nom de la paroisse principale dont le desservant est à la nomination d’un chanoine (ex. maison Sainte-Croix). Certaines chapellenies ont aussi pu donner leur nom à la maison canoniale de par leur proximité (Saint-Julien face à la maison de la chapelle portant cette dédicace) ou parce que la nomination du chapelain leur appartenait ou encore parce qu’elles avaient annexé une maison de chapelain (Saint-André). Quelques maisons portent le nom d’une caractéristique archi­tecturale (comme la Tourelle) ou d’une fonction (La Fonte, pour les cloches). D’autres rappellent un illustre prédécesseur (Pierre Abélard) ou peut-être un cardinal (Le Chapeau Rouge).

Louis de Farcy, habitant de la Cité (3 rue du Parvis Saint-Maurice), fut le premier à dresser un plan du quartier. L’étude des maisons canoniales devait former un important chapitre du dernier tome de sa Monographie de la cathédrale d’Angers. Mais ce plan, publié tel quel par l’abbé Houdebine, n’est qu’un brouillon truffé d’erreurs, parfois contradictoire avec le texte et comportant de nombreux blancs dans certains ilôts. C’est par l’étude régressi­ve, indispensable pour cette recherche, que nous avons pu localiser précisé­ment toutes les maisons de la Cité. Deux documents ont servi de fil direc­teur : les déclarations de 1675 et « le censier du Grand fief de Saint-Maurice en ville et dans les faubourgs » de 1767-1789 dressé par Thorode (Arch. dép. de Maine-et-Loire, G 402 et 407). Quoique moins précis que d’autres réalisés à la même époque, ces registres ont permis d’élaborer un premier plan. Pour chaque maison, les confronts sont donnés pour les quatre côtés. En partant des maisons bien connues, on peut suivre pas à pas les maisons décrites. Ce travail est déjà assez long d’exploitation car chaque document comprend une soixantaine de folios pour la Cité et ses abords immédiats. Les remembrances des fiefs inscrites dans le censier du XVIIIe siècle remontent parfois jusqu’au XVe siècle. On peut ainsi suivre les modifications intervenues. Le censier du fief de Saint-Maurice de 1415 (Arch. dép. de Maine-et-Loire, G 404) est moins précis car les confronts sont plus sommaires mais il nous donne toujours le nom de l’occupant ; ce qui permet de déterminer le statut de la maison. Toutes les demeures de la Cité ne sont pas décrites dans ce censier. Il y a des oublis, comme par exemple la maison canoniale Saint-Paul, ou des informations connues seulement par les confronts. Le chapitre cathédral n’est pas le seul seigneur de la Cité. Le fief du Roi par exemple n’est connu que par des documents de Saint-Maurice car le premier censier du roi est de 1544 (id., C 220). Lorsqu’il existait des « trous » dans le parcellaire, il a fallu recourir à des sources externes au chapitre cathédral que nous avons décou­vertes au cours de notre étude. Aucun travail d’ensemble n’a été consacré aux fiefs à Angers comme celui réalisé pour Tours. Les modifications ont touché tous les îlots entre le plan du XVIIIe siècle et celui du XVe siècle. Des parcelles ont dû être subdivisées, comme par exemple la maison de Cunaud et la maison de Saint-Maurille. Les éléments architecturaux tels qu’un pignon fossile nous ont aidés à trancher. Il en est de même pour la maison de la confrérie Saint-Julien, incluse par la suite comme dépendance de la grande maison canoniale voisine. En revanche des parcelles ont parfois été réunies comme par exemple une maison de la rue Saint-Aignan, ou la maison canonia­le Sainte-Catherine, qui atteint une taille plus raisonnable par la suite.

Enfin le XVe siècle, après les profondes interventions du XIIIe siècle, a été marqué par toute une série de modifications. C’est ainsi que l’on peut voir que les maisons repérées des six ou sept dignitaires sont toutes proches de la cathédrale mais sans organisation spécifique. Hormis les trois archidiacres dont on a déjà parlé, le doyen habite la maison Saint-Martin (jusqu’en 1412) puis celle de Sainte-Croix et enfin celle de Saint-Barthélemy à partir de 1415. Les cinq maisons qui forment le côté sud du parvis sont occupées par les mêmes dignitaires et officiers du chapitre qui permutent pendant quelques années à l’intérieur du même îlot : le chantre, le maître-école et le maître de la Psallette. L’une de ces maisons est celle de Saint-Maurice, partiellement reconstruite en 1487. Le pénitencier est le plus près de la cathédrale en occu­pant la maison canoniale Saint-Luc reconstruite par Geoffroy Robin (273) avant 1413. Enfin le trésorier Jean Hauchepié (175) occupe avant 1386 la maison canoniale Saint-Pierre face au palais épiscopal. Les plus anciennes maisons de cette Cité sont la maison Sainte-Croix (5, rue Saint-Aignan) qui remonte au milieu du XIIe siècle, la maison Saint-Michel (17 bis, montée Saint-Maurice) dont les baies à remplages gothiques doivent dater du début du XIVe siècle et qui a été reconstruite par le chanoine Jean Bonnet (171). Malgré d’importants remaniements d’autres maisons du XVe siècle subsistent, celle de Saint-Barthélemy (9-11, rue Saint-Évroult) déjà mentionnée, celle de Sainte-Marie (10, rue Donadieu de Puycharic) achevée en 1479 par Jean Chauveau (405) et celle de Saint-Paul dans la rue du même nom, cons­truite en 1490 par le chanoine René de la Barre (492). Elle possède encore son oratoire voûté comme d’autres maisons. Toujours au XVe siècle à la suite de la disparition des maisons de ville des religieux, il y eut des modifica­tions : l’archidiacre d’Outre-Loire vint s’installer à la place d’une maison des Filles-Dieu, la maison de Cunaud, alors détruite, devient celle du chanoine Jean Brocet (299) qui agrandit ainsi la maison canoniale Saint-Maurille que dut rebâtir André Bessonneau (99), et celle de Fontevraud (La Haute Mule) est devenue une maison de rapport.

De l’ensemble canonial au sud de la cathédrale décrit plus haut, plus grand-chose ne subsiste : une place devenue (inévitable?) parking a été aménagée à la suite des actes de vandalisme révolutionnaire. En 1791, après la démolition de l’église Sainte-Croix, une rue est ouverte à travers l’enceinte et la maison canoniale Saint-Jacques. Depuis le cimetière Sainte-Croix, déménagé de ses sépultures à la fin du XVIIIe siècle, une pente est créée pour rattraper la différence de niveaux avec la Cité et occasionne la destruction du cloître et des bâtiments qui le bordaient. En 1792, c’est autour de la salle du chapitre. Le Directoire autorise l’amputation de l’ancienne église paroissiale et l’Empire acheva le travail destructeur avec l’abattement du porche en 1807. Enfin, on élargit la montée Saint-Maurice en taillant dans les dépendances des maisons canoniales. Malgré les dernières démolitions dues aux bombar­dements de 1944, la plupart des maisons, dont beaucoup ont été rebâties à l’époque moderne, sont toujours là. La Cité, en marge des activités urbaines et malgré bien des aléas, a conservé son aspect résidentiel, héritage du quartier canonial.

(...)

 
Diocèse Angers

 

 

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 23 janvier 2009

 

Informations diverses

N.B. : La prochaine réunion de l'équipe des Fasti aura lieu le vendredi 26 juin 2009.

Nous accueillons parmi nous deux nouveaux participants : Mickaël George, qui fait un master 2 sur les institutions du chapitre de Verdun (fin du XIIe s.-XVIe s.), sous la direction de V. Tabbagh, et Mathieu Glaz, qui travaille sur le chapitre de Saint-Brieuc, dans le cadre d'un master 2 sur l'entourage des évêques de Saint-Brieuc, sous la direction d’Yves Coativy.

La refonte de la base de données FEG entamée par Stéphane Raux n'a pu être achevée avant la fin de son CDD. Il ne peut plus maintenant y travailler que sporadiquement, si bien que la migration des données vers le nouveau support technique est reportée pour l'instant.

La base FEG compte désormais plus de 12 000 notices. Notre entreprise sera présentée au congrès du CTHS qui se tiendra à Bordeaux du 20 au 25 avril 2009, sur le thème "Célèbres ou obscurs. Hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire".

Le projet européen déposé par le groupe des Fasti dans le cadre des financements E-Content Plus a été classé 4e, mais seulement 3 projets ont été retenus. Nous allons donc nous réorienter pour l'instant vers la création d'un GDRE (groupement de recherche européen, financé par le CNRS), afin de consolider nos liens avec nos partenaires étrangers, dans l'objectif de monter à terme un nouveau projet européen.

La bibliothèque des Fasti conservée en salle G 687 de la Sorbonne s'est accrue de plusieurs volumes. En particulier, la collection des Analecta vaticano-belgica est désormais presque complète. Si vous souhaitez consulter ces volumes, prenez contact avec Willy Morice, qui vous indiquera quand la salle est accessible (01 40 46 31 73 ; Willy.Morice@univ-paris1.fr), mail.

Le 28 mars 2009 aura lieu à Meaux une table ronde organisée par C. Barralis et le groupe PICRI "Meaux, une cathédrale au cœur de la ville", sur l'histoire du chapitre cathédral de l'an mil à la Révolution.

Du 3 au 5 juillet se tiendra à Beauvais un colloque organisé par le groupe collégiales sur "La collégiale dans la ville (province de Reims)".

Le colloque de Fanjeaux 2009 aura Jean XXII pour objet d'étude.

Amandine Leroux se propose de mettre à disposition de qui en a besoin les notices des collecteurs ordinaires qu’elle a étudiés. La contacter à l'adresse suivante : amandine.le.roux@free.fr, mail.

M. et Mme Hayez nous informent que l'analyse des lettres communes de Grégoire XI est terminée, mais qu'elles ne seront pas publiées et qu'elles sont difficilement consultables pour l'instant. A.-M. Hayez s'intéresse en ce moment aux fonctionnaires pontificaux de la période d'Avignon jusqu'en 1378. Les comptes qu'elle dépouille donnent rarement la liste de leurs bénéfices mais, si on a un chanoine dont on sait qu'il a été fonctionnaire pontifical, il ne faut pas hésiter à la contacter pour qu'elle nous donne les informations dont elle dispose concernant ce personnage : hayez@wanadoo.fr, mail.

Informations sur quelques diocèses :

  • V. Tabbagh a presque fini de rentrer les chanoines de Sens dans la base.
  • J. Mathieu commence le travail sur Carcassonne.
  • J. Madignier aura fini de rentrer les chanoines d'Autun au mois d'avril.
  • S. Guilbert a presque terminé de rentrer les fiches des chanoines de Châlons-en-Champagne.

Ouvrages et articles ayant circulé pendant la réunion:

  • Le Ciel sur cette terre. Dévotions, Église et religion au Moyen Âge. Mélanges en l'honneur de Michelle Fournié, dir. Sophie Cassagnes-Brouquet et Agnès Dubreil-Arcin, Toulouse, CNRS-Université Toulouse le Mirail [coll. Méridiennes], 2008, 389 p.
  • Un article de B. Brouns sur Bernard de Fargues (archevêque de Narbonne, 1311-1341) dans le Bulletin de la Commission archéologique et littéraire de Narbonne, t. 50 (2000 à 2003).
  • Le guide de visite du château de Capestang, demeure des archevêques de Narbonne.

 

Présentation du Corpus philippicum (Xavier Hélary)

Il s'agit d'un corpus initié en 1938 par Robert Fawtier et visant à rassembler l'analyse de tous les actes de l'administration royale produits sous Philippe le Bel (actes du roi lui-même + actes de ses agents + actes reçus par eux). Placé sous la direction d’Élisabeth Lalou, il est aujourd'hui déposé à l'IRHT à Orléans (section de diplomatique) et forme une masse documentaire considérable, largement manuscrite, composée de plusieurs ensembles :

un catalogue des actes émis par Philippe le Bel ou en son nom : environ 6 000 fiches.

un catalogue des actes émis et reçus par les officiers du roi (y compris les gardes des sceaux dans les circonscriptions locales) : plusieurs milliers de fiches.

Pour ces deux premiers catalogues, le corpus tend à l'exhaustivité.

-la Gallia Philippica : ensemble de notices biographiques concernant les personnages importants du règne, conservées sur fiches.

-les Enquêtes ont pratiquement toutes été transcrites, ce qui représente un corpus d'environ 4 000 pages dactylographiées.

-les Comptes : ont été publiés.

Travaux actuels sur le corpus :

-le travail porte essentiellement sur l'informatisation du corpus, qui a bénéficié d'un financement par l'ANR.

-l'an dernier a été publié par E. Lalou l'Itinéraire de Philippe le Bel, qui contient l'analyse des actes du roi. Ces actes devraient prochainement être mis en ligne.

-les 4 000 pages des Enquêtes ont été numérisées et le travail d'indexation en XML a commencé. L'équipe travaille parallèlement à l'édition des testaments royaux et souhaiterait également mettre en ligne les notices de la Gallia Philippica.

Pour consulter ce corpus, il faut aller à Orléans, et prendre auparavant contact avec Xavier Hélary ou Élisabeth Lalou, afin qu'ils soient présents pour expliquer comment consulter le fichier, qui n'est pas d'un maniement très facile, du fait d'un classement un peu complexe (elisabeth.lalou@univ-rouen.fr,mail; xhelary@hotmail.com, mail).

Il a enfin été rappelé qu'E. Lalou s'était servi de ce corpus pour rédiger son article sur les chanoines à la cour de Philippe de Bel publié dans l'ouvrage I canonici al servizio dello stato in Europa, secoli XIII-XVI, dir. H. Millet, Modène, F. C. Panini, 1992.

 

Le trésor de la cathédrale de Sens (Lydwine Saulnier-Pernuit)

Charlemagne figurait parmi les premiers donateurs de ce Trésor, qui était extrèmement important au Moyen Âge. Il nous est connu aujourd'hui par quelques inventaires, celui de 1192 exposé au Trésor lui-même et les autres conservés aux archives départementales de l'Yonne, ceux de 1446, 1464 et un autre daté de la fin du XVe siècle. Les objets qui y sont répertoriés sont répartis en plusieurs catégories : les vêtements liturgiques et tissus ; les reliques et leurs contenants ; les objets d'orfèvrerie : calices, reliures d'orfèvrerie, patènes… ; les bâtons de pré-chantre, etc. Ces inventaires étaient constitués avec grand soin : le travail d'inventaire durait plusieurs jours, était rédigé en double exemplaire, en présence des responsables du chapitre. Plusieurs documents offrent des renseignements sur la vie de ce Trésor au Moyen Âge. Nous savons ainsi qu'il arrivait que les reliques soient envoyées en tournée pour des quêtes, comme en 1446. Plusieurs archevêques ont fait des dons au Trésor, notamment des pièces d'orfèvrerie, qui ont parfois été revendues par la suite (par exemple pour contribuer au paiement de la rançon de François Ier). Même si beaucoup d'objets ont disparu, nous avons des indications permettant de connaître leur forme, leur nature, voire même leur origine : il subsiste de nombreux authentiques de reliques et les inventaires décrivent précisément les objets. Ainsi, ces derniers mentionnent souvent les motifs décoratifs des tissus. De même, pour les pièces d'orfèvrerie, ils signalent leur composition, parfois leur forme et des précisions sur leurs décorations. Tous ces objets n'étaient pas conservés dans un lieu unique : 12 châsses furent placées dans le chœur dans la seconde moitié du XIIIe siècle et certaines pièces (calices, etc.) étaient conservées dans des chapelles. Mais l'essentiel du Trésor est gardé dans un bâtiment spécifique, « le Trésor », qui se présentait comme une excroissance architecturale de la cathédrale. Ce bâtiment existe toujours, bien que sa structure ait été un peu modifiée : la construction actuelle date du XVIIIe s. Le Trésor ancien se trouvait à peu près au même emplacement et s'étendait déjà sur deux niveaux. Dans le « Trésor d'en Bas » étaient placés les objets utilisés au quotidien et dans le « Trésor d'en Haut » étaient conservés les éléments les plus précieux et les plus rares, utilisés seulement lors des grandes fêtes. Un grand soin était évidemment apporté à la protection de ces objets : les documents mentionnent deux portes soigneusement fermées et la présence d'une personne qui dormait sur place (c'était au départ un chanoine, remplacé ensuite par un clerc). Il ne reste aujourd'hui qu'une partie du Trésor médiéval, notamment la Grande Châsse, couverte de plaques d'ivoires et déjà mentionnée dans les inventaires du XVe s., ainsi que les fragments de la vraie croix donnés par Charlemagne en 809.

 

Le diocèse d’Autun: notice institutionnelle (Jacques Madignier)

1. Le diocèse

L’organisation épiscopale du diocèse d’Autun date du IIIe s. Ses limites correspondaient à peu près au territoire de la cité des Éduens ; il dut céder par la suite quelques contrées périphériques pour la création des diocèses de Chalon-sur-Saône, Nevers et Mâcon. L’évêque d’Autun conservait cependant le titre d’episcopus Aeduensium. La division complète en archidiaconés date du dernier tiers du XIIe s. (Autun, Beaune, Avallon et Flavigny, nom des anciens pagi). Chaque archidiaconé est divisé en ministeria, très inégalement répartis. Le diocèse accueillait un puissant réseau d’abbayes (3 féminines, 10 masculines) bénédictines (ex. Vézelay), cisterciennes (ex. Fontenay) ; quelques rares regroupaient des chanoines réguliers (ex. Gigny). En outre, entre 1200 et 1500, 17 collégiales étaient en activité, dont l’apparition s’échelonne de l’an Mil au XVe s.

2. Le siège épiscopal

La première ecclesia eduensis fut bâtie au Ve s. sur la terrasse NE de la ville haute et, dès la période paléochrétienne, Autun accueillait sans doute un puissant groupe épiscopal. La cathédrale Saint-Nazaire fut ruinée par les incursions sarrasines et normandes. Dans la seconde moitié du XIIIe s., un vaste projet de reconstruction en « art nouveau » fut élaboré, mais la cathédrale resta inachevée en raison des difficultés du siècle suivant. On continua cependant d’aller y chercher en procession, tous les dimanches, l’eau bénite. Pendant des siècles, Saint-Nazaire resta pour tous l’ecclesia mater d’Autun ; elle fut rasée au XIXe s. L’actuelle cathédrale Saint-Lazare n’en était pas une au départ : les ducs de Bourgogne avaient décidé de construire ce sanctuaire à partir de 1122 pour en faire une église de pèlerinage, abritant les reliques du saint (y sont installées en 1146). En 1195, le légat Mélior, constatant l’état de détérioration de Saint-Nazaire, prit l’initiative de transformer le sanctuaire en « seconde cathédrale ». De la Toussaint à Pâques, les chanoines devaient dire les heures à Saint-Nazaire, et de la veille de Pâques à la veille de la Toussaint, à Saint-Lazare. La lointaine origine de la dignité des prélats d’Autun (premiers pasteurs de la nation éduenne) les plaçait au second rang de la hiérarchie de la province lyonnaise, et leur donnait le devoir d’administrer l’archevêché en cas de vacance du siège. Depuis le VIe s., ils avaient le privilège de porter le pallium. Dans leur diocèse, ils étaient collateurs de plusieurs dignités du chapitre cathédral, ainsi que de canonicats de plusieurs collégiales. Durant tout le Moyen Âge, les évêques s’impliquèrent dans la vie de leur cité. Comtes de Saulieu, ils détenaient plusieurs baronnies. Au début du XIVe s., leurs revenus étaient taxés à la hauteur de 2000 livres dijonnaises.

3. L’officialité

Les premières mentions d’un official datent du début du XIIIe s. À la suite de conflits d’intérêts entre l’évêque et les chanoines, un traité fut passé en 1319, délimitant nettement les compétences de l’official sur la communauté canoniale. À partir de la seconde moitié du XIIIe s., apparurent les officialités des archidiaconés. Les officiaux furent choisis avec soin par les évêques, recrutés pour leurs compétences juridiques et leur expérience, le plus souvent au sein du chapitre, puis au XIVe s., au sein des universités, étant donné le savoir requis en droits canonique et civil.

4. Le chapitre

On trouve mention du collège de clercs (ecclesia eduensis) entourant l’évêque dès le VIIe s. Après l’adoption de la règle d’Aix de 816, l’évêque Jonas dota en 858 (sur ses fonds personnels) l’Église d’Autun d’un patrimoine foncier susceptible d’entretenir une quarantaine de frères, ce qui fixa pour la suite le nombre de chanoines. Ses successeurs obtinrent pour elle l’immunité pour ses biens puis en matière religieuse, et exercèrent sa protection. Dès le IXe s., les chanoines avaient reçu confirmation du pape de son droit d’élire l’évêque. Au long des siècles suivants, les différends avec l’évêque expliquent plusieurs accords entre les prélats et la communauté qui est désignée comme capitulum dès le second tiers du XIIe s. En dehors du cloître, le chapitre exerçait son autorité sur un certain nombre d’institutions religieuses du diocèse. Les réunions régulières se tenaient dans la salle capitulaire, quotidiennes ou hebdomadaires (samedi, parfois lundi ou vendredi), annuelles (au nombre de deux au XIIIe s. ) Le temporel, fruit des donations épiscopales dès le IXe s. ou de legs laïques, s’ancra d’abord dans la ville haute d’Autun, mais aussi dans des exploitations rurales, dont des vignobles. À partir du XIIe s., l’augmentation du patrimoine dépendit de la seule activité des chanoines : acquisitions, rituels d’inhumation en échange de fondations… Une enquête très détaillée de 1290, organisée par le doyen Clérambaud de Châteauneuf, décrit avec détails le fonctionnement économique du chapitre.

5. Les dignitaires

Le chapitre comptait 10 dignitaires ; leur hiérarchie a évolué entre le IXe et le XIIIe s. pour s’établir ainsi : doyen, chantre, prévôts de Sussey et de Bligny, archidiacres d’Autun, Beaune, Avallon et Flavigny, abbés de Saint-Étienne et de Saint-Pierre l’Étrier. Les offices rattachés au chapitre étaient tenus par des chanoines puis, à partir du XIVe s., plusieurs furent remplis par de simples clercs : le sénéchal (toujours membre du chapitre ), les terriers qui gèrent le patrimoine, le sous chantre (charge dédoublée au XIVe s.). Ni théologal ni pénitencier, malgré les prescriptions de Latran IV, avant le XVIes.

6. Les chanoines

Les chanoines étaient 38, élus par la communauté réunie en chapitre, pour la plupart issus de lignages aristocratiques féodaux de la cité ou des campagnes de l’Auxois, de la côte ou du plateau bourguignon. La collation pontificale au XIVe s. élargit le bassin de recrutement. Puis, Au XVe s., quand les chanoines eurent retrouvé leur droit de collation, le chapitre fut peuplé de nombreux bourgeois ou nobles issus du service du duc de Bourgogne. La division en prébendes individuelles date sans doute du dernier tiers du XIIe s. lorsque les clercs abandonnèrent la vie commune. Plusieurs systèmes se succédèrent et, finalement, en 1362, le chapitre adopta une organisation semblable à celles d’autres chapitres (5 classes de prébendes selon leurs revenus, les plus lucratives étant attribuées selon l’âge, l’ancienneté et la hiérarchie dans les ordres sacrés). Les prébendes semblent d’un revenu modeste ( au début du XIVe s, elles sont taxées à hauteur de 20 livres dijonnaises). Le doyen et le chantre avaient double prébende. En dehors de ces gros fruits, les petits fruits (nombreuses distributions en grains ou en argent) étaient si importants qu’ils étaient taxés à une valeur double de celle des prébendes. Comme ailleurs, les chanoines cumulaient parfois des bénéfices, et la résidence était assouplie par des dispenses pontificales. Leurs vêtements restèrent d’une grande banalité, suivant la règle de Chrodegang, et ce jusqu’au XIVe s., période au cours de laquelle de nouveaux vêtements apparurent : le surplis recouvrit la tunique, l’aumusse de drap ou de velours garni de soie ou de fourrure vint remplacer le chaperon. Ces nouveautés furent portées à Autun par les clercs qui faisaient carrière à la cour de Bourgogne.

7. Les autres desservants et serviteurs

Certains clercs du bas étaient prébendiers, d’autres non, mais pouvaient détenir des bénéfices ne dépendant pas du chapitre. Dans les stalles hautes aux côtés des chanoines : le vicaire de chœur (en réalité vicaire du doyen, en l’absence duquel il conduisait l’office) et le prieur de Saint-Racho ; dans les stalles moyennes : les curés des églises paroissiales du cloître, les chapelains (une trentaine à la fin du XIVe s.), les chapelains commensaux (attachés au service des chanoines), les clercs de chœur appelés dès le XVe s. les choraux (si la place manquait dans les stalles moyennes, ils siégeaient sur des tabourets appelés stalles basses), les enfants de chœur. À tous ces hommes s’ajoutaient tous ceux qui géraient le temporel de la communauté, clercs ou laïcs, hommes ou femmes.

Questions et remarques :

  • Parmi les serviteurs, qui sont les « pédissettes » ? Ce sont des domestiques si proches des chanoines qu’un dignitaire a demandé à être enterré avec sa pédissette…
  • Pas de sacriste ; aucune trace de qui s’occupe du matériel liturgique. Il existait un coffre de l’évêque où étaient rangés les livres . Il est question du trésor qui doit essentiellement regrouper des livres, mais aucun inventaire n’a été retrouvé. Hélène Millet pense que c’est le chantre qui s’occupait des livres, Jacques Madignier que c’était un simple clerc.
  • École cathédrale ? Il est question d’écolâtres au XIe s. puis aucune trace d’un enseignement avant un chapelain au XIVe s.
  • Commensalité ? Est considérée comme un privilège à Autun ; la raison n’en est pas le faible nombre de maisons qui pousserait les chanoines à loger d’autres clercs, puisqu’au XVe s. il y a trop de maisons.
  • Il ne reste aucune délibération capitulaire, seulement quelques résumés du XVe s., et des archives non classées.
  • Saint-Nazaire et Saint-Lazare : les offices doivent être célébrés dans les deux églises en même temps.
  • Il n’existe au Moyen Âge qu’une seule cathédrale : Saint-Nazaire, définitivement fermée par Jean Rolin au XVe s. Il y a des voyages de reliques entre les deux (tête et bras de saint Lazare vont à Saint-Nazaire, sont vénérés, puis reviennent). Lors des Rameaux, les reliques de saint Lazare ne bougent pas, uniquement celles de saint Nazaire.
  • Saint-Lazare a, par la suite, été appelée "cathédrale", mais Jacques Madignier ne sait pas à partir de quand. Saint-Lazare n’est pas orientée, certainement en raison de la déclivité du terrain et du manque de place.

Le cloître canonial d’Autun

1. Aspect général et limites

C’est au plus tard au début du IVe s. que le siège de l’autorité épiscopale s’établit à l’intérieur du rempart gallo-romain. Le quartier ecclésiastique se concentra dans la partie NE de l’éperon, où furent construit la maison épiscopale, l’église mère, un baptistère, une église dédiée à Notre-Dame, une autre à la Sainte-Croix. Au VIe s. la cathédrale était dédiée à saint Nazaire et à saint Celse. Ce premier quartier disparut brutalement en 731, lors du sac de la ville par les Sarrasins. En un peu moins d’un siècle apparut un nouveau quartier qui allait déterminer l’organisation future de la ville haute : cathédrale Saint-Nazaire et bâtiments claustraux. Ce monasterium avait des dimensions réduites (pas plus de 50 m dans l’une ou l’autre dimension). Dans la première moitié du XIIe s., la rapide construction de Saint-Lazare (1124 à 1146) bouleversa l’aspect du quartier. Elle fut utilisée comme cathédrale à partir 1195.

2. Les bâtiments collectifs

Les bâtiments claustraux, au sud de l’ecclesia mater, étaient organisés autour de deux cours, dont l’une était le cloître proprement dit qui jouxtait Saint-Nazaire. Au XIIIe s., tout était encore en place, même si la vie collective avait été abandonnée. Mais les petites assemblées capitulaires se déroulaient désormais dans la partie droite du porche de Saint-Lazare, appelée pour cela capitellum.

3. Les maisons canoniales

Leur existence a suivi l’abandon de la vie collective à la fin du XIIe s. Les modes d’occupation étaient souples et empiriques, passant entre diverses mains cléricales ou laïques. Des artisans occupaient même certaines maisons. Au début du XIVe s., le chapitre contrôlait un ensemble immobilier de 20 à 30 maisons (le terme de domus canonicalis apparaît pour la première fois dans un extrait de compte de 1435/39), qu’il attribuait au chanoine moyennant un cens, dans les 20 jours suivant sa réception. À partir de 1483, pour éviter le délabrement du parc immobilier, les chanoines doivent acheter une maison dans le cloître et y résider. À leur mort, elle est revendue au profit du chapitre. Aucune maison n’est réservée aux dignitaires mais, à partir du XIIIe s., à des fondations pieuses.

4. Les cimetières du cloître

À partir du XIIIe s., le quartier de la cathédrale fut transformé en zone cimitériale, essentiellement au profit de Saint-Lazare, qui emporta la mise sur le monasterium. Ainsi, les chanoines longtemps restés fidèles aux sanctuaires du monasterium, envahirent le porche de Saint-Lazare à partir de la fin du XIIIe s. L’église elle-même devint à partir du XIIIe s. la nécropole épiscopale (de 1245 à 1500, 10 évêques sur 12 y furent inhumés). Les laïcs vivant dans le cloître pouvaient être enterrés sur la place du Terreau.

Questions et remarques:

  • Dernière mention du dortoir : XIIe s.
  • Le fait que des maisons du cloître soient allouées à des laïcs est anormal mais courant ; en revanche, que des artisans et notamment des bouchers y soient installés est original ; c’est normalement interdit.
  • Jacques Madignier précise qu’il y avait même un marché sur la place du Terreau, une foire, à l’intérieur du cloître donc. Une particularité autunoise peut expliquer cela, c’est que depuis la construction de St-Lazare, une rue publique traverse le cloître, alors que les terrains sont privés et appartiennent au chapitre. On a ainsi un cloître fermé traversé par une voie publique, et donc une situation complexe. À la fin du XVe s. les foires ont quitté le cloître et sont descendues dans la ville basse.
 

Les transferts épiscopaux (Vincent Tabbagh et Véronique Julerot)

Plusieurs tables rondes travaux ont eu lieu récemment sur ce sujet.

  • Vincent Tabbagh explique que les transferts épiscopaux sont rares au XIIIe s., que leur nombre augment au XIVe s. en raison de l’importance croissante de l’autorité pontificale, mais qu’au XVe s. (v. 1420-v. 1470), les prélats sont plus stables qu’au siècle précédent, en raion du retour à l'élection et du renouveau de l'image de l'évêque-époux de son Église. À la fin du XVe s. cependant, les épiscopats sont de plus courte durée et l’on en revient à davantage de transferts.
  • Véronique Julerot, dans son étude sur les désignations épiscopales sous Charles VIII, a trouvé 19 cas de transfert (15 par provision apostolique, 4 par postulation au cours d’une élection capitulaire), soit 19,5% de toutes les provisions ou élections recensées (97), concernant 21,1% des 90 candidats. À l’issue des conflits entre élus et pourvus, 8 candidats transférés (6 par provision apostolique, 2 par postulation) restent détenteurs de leur siège. Cela représente 22,8% des candidats vainqueurs. Il est clair que le transfert ne constitue pas la solution miracle pour avoir un siège, mais il occupe une bonne place aux côtés des autres modes de désignation. Remarquons qu’ils sont trois fois plus nombreux à avoir été transférés directement par volonté pontificale que par volonté canoniale. Le nombre de cas n’est cependant pas assez élevé pour permettre une conclusion définitive.
 

Atelier sur la base FEG

Problème d'utilisation de renseignements donnés par des notices non encore publiées :

Lorsque l'on utilise une notice biographique faite par un collègue et qui est disponible en interne dans la base de données, mais qui n'a pas encore été publiée dans un volume papier, il faut indiquer dans le champ "Bibliographie" la référence suivante : « Auteur du volume, Fasti du diocèse X, en cours » (sans indiquer de numéro de personnage). On peut éventuellement rajouter la référence bibliographique d'où provient l'information concernant son propre diocèse à propos de ce personnage, mais seulement si l'on s'est arrangé avec l'auteur de la fiche originelle pour avoir l'information précise, et s'il a donné son accord. Ne rien mettre dans le champ "Fasti".

Le champ "Cumul" :

  • Il ne faut pas y mettre deux qualités ensemble. Si l'on a 2 qualités, il faut faire 2 fiches cumuls différentes.
  • il faut indiquer les cumuls dans les collégiales de son propre diocèse. Il n'est pas obligatoire d'indiquer les canonicats dans des collégiales d'autres diocèses.
  • Le champ "Lieu" de la page Cumuls est à remplir ainsi : « Ville, dédicace de l'église » (par ex. : « Provins, St-Jacques ». Il n'est pas utile d'indiquer le nom de la ville s'il s'agit de la cité épiscopale.
  • A priori, on n'indique pas les chapellenies dans le champ Cumuls.

Comment indiquer la division des portions/terres ? (lorsque les chanoines n'ont pas un prébende mais une terre attribuée).

Il faut indiquer entre parenthèses « division des terres » après l'indication de la source dans le champ "Source". Lorsque cela correspond à une fin de canonicat, l'indiquer aussi dans le champ "Entrée/Sortie".

Permutation :

à indiquer dans le champ "Entrée/Sortie", pas dans le champ "Collation" (dans ce dernier champ, indiquer seulement l'autorité qui a autorisé la permutation : Ordinaire, pape).

Rappel sur les abréviations :

on peut créer des abréviations propres à un diocèse, mais elles doivent être validées, avant utilisation, par le responsable de la base de données (pour éviter les doublons).

 

Glanes de chanoines électeurs (Véronique Julerot)

Véronique Julerot a fait circulé une liste de tous les chanoines et évêques mentionnés dans les articles qu'elle a publiés, avec les références de ces articles. Cette liste et ces références se trouvent en pièce jointe.

Ce compte rendu a été établi par Christine Barralis et Véronique Julerot.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 17 janvier 2003

 

Informations générales

Le volume des Fasti sur Rodez (par Matthieu Desachy) est paru. Pour l'obtenir au tarif préférentiel réservé aux membres du groupe, merci de faire parvenir à Hélène Millet un chèque de 25 € libellé à son nom. Le volume sur Mende paraîtra d'ici la prochaine réunion. Sées et Angers sont les suivants sur la liste.

Soutenances : Véronique Julerot (Les élections épiscopales à la fin du XVe siècle) et Emmanuelle Vernin (Le quartier canonial du Puy), membres du groupe des Fasti, viennent de soutenir leur thèse de doctorat.

Le CD-Rom Ut per litteras apostolicas (analyses des bulles du XIVe siècle) est consultable en trois lieux par les membres des Fasti : à l'IRHT à Paris et Orléans, et en Sorbonne, salle G 687 (contacter Hélène Millet ou Christine Barralis pour y avoir accès).

N.B. : l'IRHT met aussi à disposition (à Orléans seulement), les reproductions sous forme de CD-Rom des registres pontificaux de la série du Vatican. Pour l'instant l'IRHT possède tous les registres jusqu'à Urbain V exclu. Les registres du pontificat d'Urbain V et de la période du Grand Schisme devraient être achetés cette année.

Grâce à une subvention du LAMOP (Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris-I), la refonte des traitements informatiques appliqués à nos bases de données (pour en faire soit des livres soit un élément d’une base cumulée) est en cours, sous la direction d’un informaticien de chez Brepols. Le logiciel–clé n’en sera plus Dbase mais Access. De nouvelles informations seront données à ce sujet lors de la prochaine réunion.

L'informatisation du fichier Lesellier progresse : une base Access a été créée dans le cadre d'un contrat alliant le GDR SALVÉ, l'IRHT et l'EFR. Laurent Vallière a déjà saisi presque 4 000 fiches. Il est possible pour les membres du groupe de solliciter une bourse de l'EFR pour aller à Rome participer à ce projet (le temps de bourse se répartissant entre l'informatisation 3h / jour et les recherches personnelles).

Dans la dernière livraison de la Revue Mabillon, deux articles peuvent intéresser les membres des Fasti : celui de F. Délivré, « La visite du primat d’Aquitaine Simon de Beaulieu, archevêque de Bourges, dans la province ecclésiastique de Bordeaux (1284) » et celui de X. Hermand, « Les relations de l’abbaye cistercienne du Jardinet avec des clercs réformateurs des diocèses de Cambrai et de Tournai (seconde moitié du XVe s.) ».

Un nouveau venu parmi les Fasti, Yann Dahhaoui, prépare un DEA sous la direction de Claude Gauvard sur les figures de l'évêque des Innocents et de l'évêque des Fous (qui sont élus pour une journée par les enfants de chœur, lors de cérémonies satiriques). Si vous avez mention de tels personnages dans vos sources, merci de le contacter (10 rue Barbette, 75003 Paris ; mail: yann.dahhaoui@wanadoo.fr).

La prochaine réunion est fixée au Vendredi 27 juin 2003.

Communications sur les chapitres O.S.A.

La règle de saint Augustin en usage dans le chapitre de Mende, par Philippe Maurice, avec des précisions de Jean-Loup Lemaitre

Le chapitre de Mende a décidé l'abandon de la règle O.S.A. au tout début du XIIIe siècle. Les AD de Lozère conservent un manuscrit intitulé Martyrologium, du XIIe siècle, qui contient entre autres la règle suivie par le chapitre. La règle est souvent conservée dans le martyrologe du chapitre (c'est le cas à Béziers, Carcassonne, etc.). Pour avoir des descriptions précises de ces ouvrages, il faut se reporter au répertoire des obituaires établi par J.-L. Lemaitre. A Mende, ce ms. était le symbole de la charge de l'archidiacre et servait à recevoir les serments d'entrée en charge des clercs de la cathédrale.

D'après J.-L. Lemaitre, la règle appliquée est la même partout, les variantes entre manuscrits de chapitres différents ne portant que sur la forme et non sur le fond. On peut se reporter à l'édition critique du Præceptum faite par Luc Verheijen (La règle de saint Augustin, Paris, Etudes augustiniennes, 1967). Il serait intéressant de faire un répertoire des livres liturgiques de chaque cathédrale, en identifiant les livres réellement utilisés par le chapitre. Mgr Martimort a déjà fait un tel travail pour le midi, dans le n° 17 des Cahiers de Fanjeaux sur Liturgie et musique (« Répertoire des livres liturgiques du Languedoc antérieurs au concile de Trente », p. 52-80). Il faudrait ensuite étudier les ajouts et aménagements apportés par nos chanoines à ces textes (par ex. pour celui de Mende : y a-t-il des ajouts au martyrologe d'Usuard ? Des homélies spécifiques à Mende ?).

Les statuts réformateurs de l'évêque Jean de Vissec pour le chapitre de Maguelone (1331), par Jean-Loup Lemaitre

Maguelone est un chapitre régulier jusqu'au début du XVIe siècle. Sur ce chapitre, on peut consulter Germain (A.), Maguelone sous ses évêques et ses chanoines, Montpellier, 1869 ; et le Cartulaire de Maguelone, éd. J. Rouquette et A. Villemagne, Montpellier (la B.N.F. et la Sorbonne n'ont que des exemplaires incomplets. Seul l'évêché de Maguelone a une version complète).

Jean de Vissec, originaire du diocèse de Nîmes, est chanoine puis prévôt du chapitre avant d'être élu évêque en 1328. Son premier acte en tant que prélat est de nommer des vicaires généraux, qui sont tous d'anciens chanoines, et de procéder à toute une série de nominations au sein du chapitre. Lors du chapitre général de la Toussaint 1331, il promulgue des « declarationes, ordinationes et statuta » qui traitent en détail de l'ensemble des offices tenus par les chanoines (mais pas des dignités) : prévôt, cuisinier, vestiaire, etc. Ce texte très long règle la gestion quotidienne de la vie et des biens du chapitre. Il est en fait plus proche d'un coutumier monastique que d'une collection de statuts synodaux (il faut souligner qu'au XIIe siècle, la collection du Liber ordinis de Saint-Victor de Paris a beaucoup circulé en France, mais ce document n'en est pas directement inspiré). La raison d'être de ces statuts est difficile à cerner, faute d'une étude approfondie de la situation du chapitre au début du XIVe siècle (pour une fois c'est l'abondance, et non la pénurie, d'archives sur cette période qui a freiné la réalisation d'une telle étude). La question de leur application réelle se pose aussi. Le texte a été manifestement pensé en langue d'oc, avant d'être écrit en latin : la structure des phrases s'en ressent, et beaucoup de mots de langue d'oc ont été conservés ou sommairement latinisés.

Le préambule du texte contient la liste de tous les chanoines, au nombre de 63. Il faut souligner que dans les chapitres OSA, il n'y a pas de prébendes, puisque les chanoines vivent en communauté. Par conséquent il n'y a pas forcément un nombre fixe de chanoines (bien que ce soit le cas à Auch), d'autant plus que se pose le problème du décompte des novices appelés à devenir chanoines : non seulement ils doivent faire un certain temps de noviciat, mais en plus, une fois qu'ils ont pris l'habit, il s'écoule un certain délai avant qu'ils n'aient voix au chapitre. La liste des chanoines fait apparaître qu'environ la moitié d'entre eux sont en charge d'un « prieuré ». Deux problèmes se posent à ce sujet : résident-ils dans les « prieurés » ? A Mende, la plupart des chanoines titulaires de prieurés s'y font remplacer par des vicaires. Et que sont ces « prieurés » ? Dans le diocèse de Maguelone, le mot parrochia n'existe pas, on emploie seulement celui de prioratus. Par conséquent, il s'agit sans doute ici de cures à desservir. Ces prieurés-cures, qui sont à la collation ordinaire du chapitre, entrent au XIVe siècle dans le champ de la collation apostolique : il faut prêter une attention particulière au terme employé par les lettres apostoliques pour les désigner. Soulignons enfin que les trois archidiacres n'appartiennent pas au chapitre.

Notice institutionnelle du chapitre d'Auch, par Françoise Merlet-Bagnéris

Il s'agit d'un très gros diocèse (environ 500 cures d'âmes, réparties en 14 archidiaconés) et le siège archiépiscopal est très riche au XVe siècle. Entre 1410 et 1414, le diocèse fut temporairement démembré par la création de l'éphémère évêché de Mirande. Les collégiales sont nombreuses. Un premier groupe d'entre elles, les plus importantes, ont été instituées dans l'élan du mouvement canonial de la fin du XIe siècle, en liaison avec le développement du pèlerinage de Saint-Jacques. Cinq de ces collégiales sont étroitement liées au chapitre cathédral. Les membres des huit autres sont nommés en partie par le chapitre, en partie par l'archevêque et en partie par les consuls de la ville. Beaucoup sont sécularisées vers 1548, au moment où le chapitre cathédral négocie sa propre sécularisation.

Le soin des pauvres est particulièrement développé puisque la cérémonie du Mandat, inaugurée en 1175, se transforme ensuite en une distribution quotidienne de nourriture (à Maguelone, par ex., la distribution est hebdomadaire). Bien qu'il s'agisse d'un chapitre OSA, les chanoines vivent à la fin du MA dans des maisons individuelles, dans et hors le cloître. Le dortoir n'est plus occupé que par certains des prébendés des communautés de la cathédrale, qui y dorment dans des chambres individuelles, avant d'être désaffecté en 1444 et de servir d'asile de nuit pour les pauvres. La majeure partie des bâtiments actuels est postérieure au MA : le palais archiépiscopal date du XVIIIe siècle, et la cathédrale, commencée au XVe siècle, date essentiellement du XVIe siècle. Le chapitre suit officiellement la règle OSA jusqu'à sa sécularisation en 1548, mais dès le XIIe siècle au moins, il a des coutumes particulières, connues sous le nom de statuta antiqua. Normalement, il n'y a pas d'autre rang que celui de l'ancienneté d'entrée, comme dans toutes les églises soumises à la règle de saint Augustin, mais cela reste à vérifier dans la pratique. Les chanoines, initialement au nombre de 25, sont ramenés à 20 par une ordonnance épiscopale de 1331. A côté du haut-chœur des chanoines, apparaissent 34 prébendés, répartis en plusieurs communautés avec leurs règles propres.

Le volume sur Sées : une suite de problèmes à résoudre, par Pierre Desportes

Pourquoi, malgré le gros travail fourni par Françoise Loddé (†), a-t-on obtenu si peu de résultats pour Sées ? Quelles ont été les solutions adoptées pour compenser cette pénurie d'informations ?

a) Le problème de la chronologie : Sées est devenu un chapitre régulier en 1131 et a été sécularisé en 1547. Entre ces deux dates, nous connaissons très peu de noms de chanoines. Un universitaire américain, D. Spear, prépare un ouvrage sur les dignitaires de la province de Rouen avant 1200 = il existe une petite période de chevauchement, avec, souvent, une marge d’incertitude. Le volume des Fasti intégrera une liste complémentaire des chanoines pour la période 1500-1547.

b) Le patrimoine du chapitre : il est beaucoup mieux connu que les hommes. Etant donné le lien très fort existant entre l'état des revenus et la vie du chapitre, il a été décidé de remettre dans le volume des Fasti l'article publié précédemment par F. Loddé sur le temporel.

c) L'identification des individus : au total on aura environ 180 noms (+ une quarantaine pour le début du XVIe siècle et une vingtaine d'incertains à cheval sur les XIIe et XIIIe siècles). On ne connaît bien que les dignitaires, surtout les archidiacres, et les chanoines remarqués pour leur irrégularité. Cela pose le problème de la représentativité du fichier prosopographique.

d) La régularité de la vie : pourquoi le chapitre ne s'est-il pas sécularisé, malgré les pressions des rois anglo-normands au XIIe siècle, et les difficultés des siècles précédents (notamment la guerre, qui gêne la vie régulière) ? Probablement parce que les chanoines voulaient éviter la concurrence de candidats étrangers, et parce que le patrimoine n'était pas suffisant pour être découpé en prébendes « viables ». La règle n'est pourtant pas appliquée strictement : en 1520, une tentative de restauration de celle-ci, par l'arrivée de 8 nouveaux chanoines réformés, aboutit à un échec.

Notice Institutionnelle de Sens, par Vincent Tabbagh

Diocèse partagé en 5 archidiaconés et 12 doyennés, comprenant au total 715 paroisses séculières, sans compter les prieurés-cures. Sur les 19 collégiales, 3 sont d'origine immémoriale, 2 datent du XIe siècle, 11 de la fin du XIIe et du début du XIIIe siècle, et une du XIVe siècle. La cathédrale actuelle, dont la reconstruction commence au XIIe siècle, conserve la trace des deux églises disparues du groupe primitif, sous la forme de deux chapelles. Le développement des chapelles a par ailleurs été très modeste dans ce bâtiment. L'autorité de l'archevêque sur le diocèse est très étendue : il nomme à la grande majorité des canonicats et détient en patronage les deux tiers des cures séculières. Avec une taxe de 6 000 florins, le siège est au XIVe siècle le 5e plus riche de France. L'officialité de Sens est doublée dès le XIIIe siècle d'officialités foraines dans les seigneuries archiépiscopales. La question de l'existence d'une officialité métropolitaine n'est pas encore résolue. Le chapitre de Sens est marqué par l'indécision de ses contours : beaucoup de personnages sont alternativement appelés chanoines ou chapelains, ce qui semble être une caractéristique bourguignonne. L'histoire de la formation du chapitre cathédral, qui intègre progressivement différentes communautés ou groupes de chanoines, est très complexe. Il y a 48 chanoines, mais seulement 40 prébendes (certaines sont divisées en quarts de prébende). Les maisons du quartier canonial sont la propriété du chapitre, qui les confie aux chanoines à titre viager. Cependant, à la fin du XVe siècle une certaine liberté de transaction des maisons semble s'être installée et les chanoines ou leurs héritiers peuvent les vendre. L'archevêque-légat Guillaume de Champagne a imposé une importante réforme des dignités au XIIe siècle. Leur ordre s'est stabilisé au début du XIVe siècle : le doyen tient la première place, les archidiacres (sauf celui de Sens) viennent après tous les autres dignitaires. Trois dignités (doyen, précentre et cellerier) sur 9 sont électives, les autres sont à la nomination de l'archevêque. Quatre officiers sont nommés annuellement par le chapitre pour administrer ses revenus. En vue d'égaliser les revenus de chacun, les prébendes font l'objet d'une partition régulière (normalement tous les 7 ans), et l'office de la Chambre perçoit sur les prébendés des recompensationes, redistribuées ensuite. Le bas-chœur de Sens se caractérise par sa modestie : il compte peu de chapelains, auxquels les archevêques préfèrent les vicaires, nommés annuellement et qui ne peuvent détenir aucun autre bénéfice.

L'évêque, le chapitre, l'hôpital : projet d'enquête, par Pascal Montaubin

P. Montaubin nous propose de nous intéresser à la manière dont évêque et chapitre répondent à l'injonction du Christ d'apporter de l'aide aux pauvres. Il serait intéressant notamment de vérifier la thèse soutenant que les clercs séculiers ont progressivement perdu le contrôle des institutions caritatives. Voici quelques questions à poser :

  • sur les aspects institutionnels : nos élites participent-elles à la fondation ? Où se fait cette fondation (dans le groupe cathédral) ? Font-elles des dons ? Qui a la tutelle de ces établissements ? (= qui nomme les administrateurs ? qui vérifie les comptes ?) Qui a la juridiction sur ces établissements ? Pourquoi les pouvoirs laïcs reprennent-ils ces institutions à partir du XIVe siècle ? (s'agit-il d'une dynamique propre à ces pouvoirs ou d'une conséquence de la détérioration de la situation des hôpitaux ?).
  • sur les rapports spirituels entre les évêques/chanoines et les institutions caritatives : ces élites recherchent-elles la prière des pauvres et des malades ? (voir les legs, obituaires, etc.) Ont-elles laissé des textes traitant des devoirs caritatifs du clergé ? En somme, évêques et chanoines s'inscrivent-ils dans une pastorale de la charité ? Considèrent-ils ces œuvres d'assistance comme une légitimation de leur place dans la société ?

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 27 janvier 2006

 

Informations générales

Hélène Millet ouvre la journée d'étude avec plusieurs informations:

Elle présente d'abord les excuses d'Anne-Lise Rey-Courtel, empêchée de venir présenter son exposé sur les biographies des 54 cardinaux du temps de Clément VII . Les travaux sont déjà assez avancés pour pouvoir répondre aux demandes de recherche sur les 25 cardinaux du Midi ( les 2 Aigrefeuille, Ameilh, Atgier, les 2 Aycelin de Montaigut, Blauzac, les 2 Chanac, les 2 Cros, les 2 Flandin, Grimoard, Lautrec, Maignac, Malesset, Monteruc, Murol, du Puy, Raymond de Barrière, Saint-Martial, Saint-Saturnin, Sortenac, Vergne) ainsi que sur Fétigny, Girard, la Grange, Luxembourg, Montrelais, Noellet, Rossi da Giffone, Saluces, Talaru, Thurey et Vergy (Pour contacter Anne-Lise Rey-Courtel: anne.lise.rey.courtel@wanadoo.fr,mail).

Il faut avoir une claire conscience du nouveau jeu des financements de la recherche . Le GDR Salvé a été classé 1 er ex-aequo par la commission 32 du CNRS. Ce GDR, qui accueille l'équipe des Fasti, créée il y a 12 ans, est donc en passe d'être renouvelé pour quatre ans. Mais d'ici 2010 le temps des GDR aura vécu.

La création de l'Agence Nationale de la Recherche modifie le jeu de la recherche de crédits : elle ne rémunère plus des équipes mais s'engage temporairement sur des programmes. En février 2005, l'ANR ne proposait aucun financement en direction des Sciences de l'Homme et de la Société. En juillet 2005, des dotations de 16 000 à 60 000 euros ont été réservées aux dossiers soumis avant septembre.

Il faut distinguer plusieurs types d'appels à projets :

  • projet blanc (avant le 20 mars 2006) = aucune thématique requise. Un maître mot : l'innovation.
  • projets présentés par de jeunes chercheurs (ie < 39 ans).
  • projets thématiques SHS : conflits, guerre et violence ; apprentissage, formation et société ; corpus et outils de la recherche en sciences humaines.

Les crédits peuvent servir à la rémunération de personnel temporaire sur CDD. Pour plus d'informations, rendez-vous à l'adresse suivante : http://www.gip-anr.fr/templates/appel-a-projet.php?NodId=17.

D'autres opportunités de financement peuvent intéresser les chercheurs réunis autour des Fasti : ce sont les agences de crédits locales . Ainsi Christine Barralis a obtenu un financement de 35 000 euros en soumettant un projet de recherche aux Partenariats Institutions-Citoyens pour la Recherche et l'Innovation (PICRI), financés par la région Ile-de-France. Il s'agit pour les chercheurs de conduire leur travaux en partenariat avec le monde associatif (CB a proposé une formation à la paléographie, au travail en archives, la préparation d'une exposition sur la cathédrale de Meaux et son quartier). Pour plus d'informations : http://www.iledefrance.fr/data/info/98928.pdf

Une nouvelle version du Petit Guide est disponible sur demande à Madame Martin (martin@cnrs-orleans.fr, mail). Attention : de nouvelles consignes sont à respecter pour la saisie des données dans le champ « parents », et quelques modifications ont été introduites pour la présentation des références. Ces ajustements sont destinés à préparer les bases diocésaines à leur entrée dans la « base Fasti » : celle-ci sera bientôt disponible en ligne aux auteurs à qui sera délivré un code d'accès. A partir de ce nouveau s ite web à usage privé , il sera possible de créer une base diocésaine, sans passer par l'intermédiaire d'ACCESS. Le système créé par Stéphane Raux permet de visualiser immédiatement les notices selon leur format d'édition, ce qui devrait considérablement faciliter le travail de saisie. Chaque auteur des fascicules édités participe en ce moment à la révision des notices prosopographiques. Une fois cumulées, les données de ces bases seront remises à Brepols pour leur mise en ligne sur le site, public mais payant, Brepolis . La livraison est prévue pour la fin 2006.

Le séminaire l'Eglise et les Eglises (présentation du séminaire : http://www.histoire.ens.fr/sem/medievale.html ) a invité les Fasti, en la personne de Christine Barralis (LAMOP), le 2 décembre 2005 pour une réflexion sur le thème : Que veut dire l'expression « ecclesia meldensis » à la fin du Moyen Age ?

La journée du 26 novembre 2005, Devenir évêque , organisée par Véronique Julerot a connu un grand succès. On trouvera sur le site du Lamop la bibliographie de référence et les résumés des communications. La prochaine réunion se tiendra le 21 octobre 2006 et aura pour thème : La consécration épiscopale .

Il n'aura pas échappé à certains curieux que, sur le tableau de la Vierge au manteau , conservé au Musée Crozatier du Puy-en-Velay, l'aumusse du chanoine est unicorne. Voilà une spécificité vestimentaire du chapitre du Puy, attestée en outre par des pierres tombales.

Nouvelles publications présentées :

  • Lecture et lecteurs en Bourgogne du Moyen Age à l'époque contemporaine , V. Tabbagh dir., Annales de Bourgogne (77), 2005.
  • Formation intellectuelle et culture du clergé dans les territoires angevins (milieu du XIIIème-fin du XVème siècle), J.-M. Matz et M.-M. de Cevins dir., Rome, 2005 (Collectionde l'Ecole française de Rome 349).
  • A Igreja e o clero Portugues no Contexto Europeu (The Church and the Portuguese Clergy in the European Context) , Lisbonne, 2005.
  • Un article de J. Pycke ; “L'examen d'un groupe social local devenu international: la prosopographie du chapitre cathédral de Tournai de 1080 à 1340”, p.207-232.

Un catalogue prosopographique pour la cathédrale de Braga déposé en G687 (donc référence actuellement inaccessible), où l'on trouve des méridionaux français du XIVème siècle.

Catherine Vincent annonce que le prochain Colloque International de la CIHEC (Commission d'Histoire Ecclésiastique Comparée), aura lieu à Paris en 2007 sur le thème de la liturgie.

A noter : la prochaine école d'été organisée par le CERCOR, à destination des doctorants et autres chercheurs en histoire religieuse, aura lieu à Saint-Etienne du 21 au 25 août 2006 sur le thème de la réforme, avec une initiation au droit canon, à la codicologie, l'iconographie, la liturgie etc. Le prix en est de 130 euros, voyage non compris. Programme et bulletin d'inscription seront diffusés séparément. Eventuellement les réclamer à Mme Hélène Morin (helene.morin@univ-st-etienne.fr).

 

Fabrice Ryckebusch, Cathédrales bénédictines dans le midi de la France.

Dans le cadre de sa thèse, F. R. explore les indices de la politique réformatrice de Jean XXII : en compagnie de M. Fournié et d'A. Arcin, il avait déjà présenté une relecture des motivations présidant à la création de la province ecclésiastique de Toulouse ( RHE (98) 2003, p.29-60). Le choix d'ériger des cathédrales bénédictines participerait à cette volonté réformatrice dans le prolongement des réformes introduites chez les OSB par le concile de Vienne et ouvrirait la voir à la Benedictina de son successeur. Certains éléments, en effet, en sont mis en place dès le pontificat de Jean XXII.

F. R. a étudié un dossier documentaire intéressant les sièges bénédictins méridionaux de Montauban, Saint-Papoul, Condom, Sarlat, Castres, Tulle, Saint-Flour, Vabres, Alet et Saint-Pons de Thomières. En plus d'une prosopographie des moines de ces cathédrales, il exploite les bulles de fondation, un registre de secrétariat de l'évêché de Vabres, divers statuts capitulaires - parmi lesquels ceux de Condom rédigés en 1343 - un procès-verbal de l'élection épiscopale à Sarlat par les chapitres de la cathédrale et de la collégiale Notre-Dame de Capdrot.

Une première question se pose : quelles raisons ont pu dicter le choix de la transformation d'abbayes bénédictines en cathédrale ? Le choix de Jean XXII n'a porté:

  • ni sur des abbés exceptionnels : le sort réservé aux abbés de Castres, Sarlat et Saint-Flour en témoigne ;
  • ni sur des villes importantes : Alet est un second choix après « l'erreur « de Jean XXII à propos de Limoux ; une logique de centralité aurait consacré Castelnaudary aux dépens de Saint-Papoul ;
  • ni exclusivement sur des abbayes nullo medio qui relèveraient directement de l'autorité pontificale ;

on ne peut même pas soutenir que Jean XXII, en annexant quelques prieurés clunisiens, a voulu ruiner l'autorité de Cluny.

Dans l'état actuel des recherches, il semble que l'élément décisif dans ce choix des abbayes bénédictines découle du souci de disposer d'établissements déjà dotés ce qui permet d'amoindrir la richesse des diocèses anciens tout en leur conservant des revenus suffisants ;

1. L'installation des cathédrales bénédictines. L'uniformisation des statuts.

Castres et Saint-Flour sont les deux premières cathédrales bénédictines pourvues d'un évêque : respectivement Déodat de Séverac, un théologien, et Raymond de Mostuéjouls, un juriste. Ces deux personnages ont joué un rôle considérable dans l'installation des cathédrales bénédictines méridionales notamment en diffusant un modèle de statuts qui était probablement celui voulu par Jean XXII.

 

Eléments chronologiques :

Curieusement, Déodat de Sévérac et Raymond de Mostuéjouls à peine consacrés évêques se voient demander, le 6 juillet 1319, d'élaborer des statuts pour leurs Eglises, après avoir pris l'avis des prêtres de leur diocèse et des moines de leurs abbayes. Ces statuts son inconnus aujourd'hui mais on sait qu'ils ont été soumis à l'approbation pontificale. Il est possible sinon probable que ces statuts sont ceux que l'on retrouve sous une forme standardisée dans quelques unes des cathédrales bénédictines méridionales, peu de temps après leur érection. Les premiers promulgués semblent avoir été ceux de Raymond de Mostuéjouls à Saint-Papoul en janvier 1320.

Cette codification de statuts progresse d'une cathédrale méridionale à l'autre. En juin 1320 pour la Saint Clair, lors d'un chapitre général de la cathédrale de Tulle, Raymond de Mostuéjouls et Guillaume de Cardaillac, évêque de Montauban, sont appelés à seconder l'évêque et le chapitre pour la rédaction de statuts. La même procédure (commissions) qu'à Saint-Papoul y est adoptée et le résultat sensiblement le même. Les statuts de Tulle (publiés par Baluze) sont très proches de ceux de Saint-Papoul et de ceux de Vabres (5 juillet 1320) : seuls changent des points de détails (le nombre de moines et celui des individus envoyés aux études). A Montauban, des statuts sont adoptés en 1322, sous l'épiscopat de Cardaillac. Pour Saint-Pons, on ne dispose plus du texte, mais Urbain V fait allusion à des statuts « imposés » par Raymond de Mostuéjouls…

Pour les statuts de Condom - qui n'ont pas encore été vus par F.R. - il est possible que l'évêque de Galard ait adopté un autre modèle tant les relations de cette cathédrale avec les autres paraissent rares. Cela ne doit pas empêcher de mettre en avant le souci d'uniformisation des statuts et de mise en relation des différentes cathédrales bénédictines par Jean XXII, confiant pour ce faire un rôle éminent à quelques personnages que l'on voit circuler de cathédrale bénédictine en cathédrale bénédictine à des dates trop rapprochées pour que cela soit purement fortuit.

Contenu global de ces statuts

La comparaison des statuts fait ressortir quelques variantes d'ordre local mais contiennent quelques éléments récurrents :

  • Le prieur mage : un nouveau prieur mage est élu dix jours maximum après le décès de son prédécesseur. Insistance particulière sur les pouvoirs de correction qu'il peut exercer sur les moines sans avoir recours à l'évêque, du moins tant que les fautes relèvent de la discipline de la Règle. Dans les premières années de fonctionnement des cathédrales bénédictines, on assiste à une véritable réflexion sur le rôle du prieur-mage dont on trouve d'ailleurs des échos dans les décisions de la Rote. Il devient l'homme fort face à l'évêque, qui n'est pas toujours bénédictin. Il revendique la totalité des droits qui appartenaient à l'abbé.
  • Le chapitre général se tient, de droit, le lendemain de la fête du saint de la cathédrale pour la réforme de tout ce qui ne fonctionne pas. C'est le moment de la reddition des comptes.
  • Les autorisations d'absence sont données à ceux qui poursuivent des études ou qui détiennent des bénéfices dépendants du chapitre.
  • Le sous-prieur est nommé par un chapitre, auquel l'évêque a voix.
  • Fixation du nombre des moines. Il reste élevé par rapport à celui des effectifs des chapitres cathédraux séculiers du Midi comme le fait remarquer Y. ESQUIEU. Pascal Montaubin lie ce phénomène à l'absence de prébendes dans ces chapitres bénédictins mais ce ne peut être qu'un commencement d'explication car les chapitres méridionaux même séculiers n'ont pas toujours des prébendes distinctes.
  • Profession monastique, serment d'obéissance entre les mains de l'évêque.
  • Liens avec les prieurés.
  • Séparation des menses : la division des menses a entraîné des luttes entre les évêques et les moines emmenés par les prieurs, Dès 1327, et pour 16 ans encore, Saint-Pons connaît des problèmes à ce propos sans qu'il soit possible, du fait de la disparition des sources, d'en connaître la raison. A Tulle, en revanche, la situation est remarquablement gérée.
  • Liens de confraternité.

 

2. Quelques points particulièrement importants pour Jean XXII.

A. Des élections épiscopales mixtes.

Jean XXII a souhaité que l'élection épiscopale, dans certains diocèses bénédictins, soit menée conjointement par le chapitre cathédral bénédictin et le chapitre collégial. Ainsi participent à l'élection, à Montauban, le chapitre de la collégiale Saint-Etienne du Tescou, à Saint-Papoul, le chapitre de Castelnaudary, à Alet, celui de Saint-Paul du Fenouillet, à Castres celui de Saint-Pierre de Burlats, à Sarlat, celui de Capdrot. Pour F. R. il ne s'agit pas de défiance envers les bénédictins. Pourquoi élargir le corps électoral ? Pour que le corps électoral soit représentatif de l'ensemble du clergé. Ce système ne prévaut pas partout : A Condom, seuls les moines de la cathédrale participent à l'élection, sans participation des chanoines de La Romieu, par exemple.

Jean XXII rappelle en 1328 le processus d'une élection mixte (chapitre cathédral et chapitre collégial), au bénéfice du chapitre de la collégiale de Castelnaudary. Il maintient ce système alors qu'il nomme lui-même les évêques ! En 1335, ce système fonctionne pour l'élection de Guillaume de Sendreux à Sarlat. Il est supprimé par Clément VI (bulle dans Doat) ce qui n'empêche pas les revendications de la collégiale du Tescou en 1360 et de Castelnaudary au XVe siècle encore (la querelle donne lieu à une argumentation très solide dont rend compte le registre de secrétariat de Pierre Soybert).

B . Insistance sur les études des moines noirs.

Alors que l'abbé de Moissac (à la fin du XIIIe sicle) veut bien envoyer des moines aux études, mais non les financer, Jean XXII et ses fidèles exécuteurs décident, par leurs statuts, qu'un moine sur dix pourra s'absenter pour des études en droit canon ou en théologie tout en percevant, en deux termes, l'équivalent de sa prébende monacale. Ce système est bien plus favorable que celui entériné qui figurera dans la Benedictina ,. Ce point important des statuts des nouvelles cathédrales s'appuie sur la constitution apostolique Ne in agro dominico attribuée au concile de Vienne sans qu'il soit possible de savoir si ce texte a bien été élaboré par le concile ou rajouté par Jean XXII au moment de la promulgation des actes du concile. Quoi qu'il en soit, Jacques Duèse, au moment du concile, siégeait dans la commission chargée de la réforme de l'Eglise. Pour F. R. ces dispositions doivent conduire à minorer l'importance de la Benedictina comme instrument de réforme des OSB par Benoît XII : celui-ci s'est inspiré d'acquis anciens ou plus récents et s'est fait assister de cardinaux bénédictins qu'il signale de manière très allusive. Parmi eux figurait le cardinal Raymond de Mostuéjouls !

Les désirs du pape ont-ils été suivis d'effets ? Peut-on retrouver 10 % de moines aux études par une prosopographie ? Les statistiques n'ont pas encore été complètement réalisées. Dans les rôles de l'Université de Toulouse en 1378, on compte cependant 44 bénédictins parmi 562 canonistes.

C. Liens entre les cathédrales.

Le système de confraternité évoqué en fin de statuts a certainement fonctionné. Il n'est pas seulement destiné à créer des communautés de prières pour les moines défunts mais est également pensé comme l'outil d'une éventuelle réforme en cas de relâchement de la discipline. Pour l'instant les décomptes de liens existant entre ces cathédrales ne sont pas suffisants pour parler de l'instauration d'un réseau de cathédrales bénédictines : sur 800 notices, 15 moines ont circulé d'une cathédrale à l'autre ; six cathédrales bénédictines gravitent dans leur recrutement autour de Saint-Guilhem. Pascal Montaubin qui intervient sur ce point préfère la notion de relations à celle de réseaux, ce dont convient F. R. au regard du faible indice de connexité mis à jour. Vincent Tabbagh demande si les confraternités fonctionnent exclusivement entre les abbayes devenues cathédrales ou s'il existe des tentatives de confraternités avec des chapitres augustins et d'autres abbayes bénédictines ? Pour F. R. les nouvelles confraternités ne se substituent pas aux anciennes ; elles viendraient plutôt se surajouter.

Dans la suite de ses recherches, F.R voudrait montrer que cette création de cathédrales OSB s'inscrit dans une volonté de réforme des bénédictins annoncée par le concile de Vienne et poursuivie par Jean XXII et ses successeurs. Elle pourrait constituer - mais c'est une hypothèse - une réponse à Pierre Dubois qui veut séculariser les abbayes bénédictines. Pour Jean XXII, bien plus que pour Benoît XII, et de façon semblable à Urbain V, l'ordre bénédictin est une préoccupation majeure : cela ressort du décompte des lettres expédiées par la chancellerie (11 % des lettres sont consacrées aux bénédictins). Sous Jean XXII, un tiers du total des nominations d'évêques concerne des bénédictins. Jean XXII a lui-même rappelé la nécessité des conciles triennaux et du concile provincial.

A l'issue de l'exposé les questions ont été nombreuses, outre celles qui ont été évoquées dans le cours du compte-rendu, il convient de noter l'intervention de Daniel Le Blévec qui rappelle la fascination de Jean XXII pour les moines : il transforme des abbayes en cathédrale et fonde deux chartreuses. Il se demande quel rôle a pu jouer l'exemple appaméen. Pour F. R. il s'agit d'un contre modèle. Hélène Millet souhaite savoir comment les abbayes sont nommées dans les sources. F. R. : dans les épaves locales, il s'agit de chapitres de moines noirs, dans l'analyse des lettres pontificales, de moines ; dans les statuts, il s'agit de chapitres de moines, capitulum ecclesie .

 

Catherine Vincent : Préparation de la rencontre scientifique «Cathédrales et pèlerinages»

C. V. prend la parole en tant que responsable de l'axe « Sanctuaires et pèlerinage » (http://www.coldev.org/sanctuaires/index.php), en vue de la préparation d'une rencontre, en partenariat avec celui des Fasti, à programmer fin 2007 ou début 2008, sur le problème des relations entre cathédrales et pèlerinages.

On ne lit rien sur la relation entre cathédrales et pèlerinages, deux pôles majeurs de la pratique chrétienne. Pourtant de nombreux indices attestent un lien pérenne entre cathédrales et pèlerinages, et une évolution de ce lien. Un constat initial à préciser, qui devrait déboucher sur de plus vastes questionnements : celle de l'attitude de l'épiscopat et des corps canoniaux face à cette pratique et à la vénération des reliques. Celle de la relation des fidèles à l'identité diocésaine, et de l'articulation de cette dernière avec le « polycentrisme » de la pratique.

Quatre directions sont proposées à la réflexion :

  • 1. Quels sont les divers types de déplacements vers l'église-mère du diocèse ? Quel est ici le sens du mot pèlerinage ?
  • 2. Qui vient-on vénérer dans les cathédrales ?
  • 3. La cathédrale et son clergé face au/aux pèlerinage(s).
  • 4. Cathédrale et autres pèlerinages de la cité ou du diocèse : rivalité, complémentarité ?

Cette invitation appelle les commentaires de Benoît Jourdan sur l'espace rhénan, de Monique Maillard sur Cambrai, de Patrick Demouy sur les promenade de reliques, de Jacques Madignier sur Autun (culte de saint Lazare), de Pierre Desportes sur Amiens, d'Yves Esquieu sur les dispositions architecturales, de Denyse Riche sur le rôle des villes, de V. Tabbagh sur la propriété des reliques qui passe aux confréries.

NB : Un formulaire de réponse aux questions ci-dessus a déjà été envoyé. Merci à ceux qui l'ont rempli et retourné. Il n'est pas trop tard pour le faire, avec brièveté, car il s'agit d'un sondage destiné à évaluer globalement la situation : si vous ne savez rien sur la question, c'est aussi utile de le dire.

 

Jean Vincent Jourd'Heuil, Présentation de la notice institutionnelle de Langres

J-V. J. présente une notice très avancée sur le chapitre de Langres. Il dispose de sources tout à la fois nombreuses (délibérations capitulaires, comptes, cartulaires, obituaires, testaments et codicilles) et rares (tel le BM Langres ms. 54, partitions et matricule du chapitre depuis 1384).

Christophe Wissenberg a conçu une carte du diocèse et de ses subdivisions en archidiaconés (6) et doyennés (17). Ce diocèse compte 577 paroisses dont 156 à la collation de l'évêque et 62 à celle du chapitre, d'après le pouillé dit de 1373. La cité épiscopale compte trois paroisses, quatre prieurés forains et un couvent dominicain à partir de 1232. Dans le diocèse, on compte quatre collégiales séculières en 1200 et dix huit en 1500, parmi lesquelles la chapelle ducale de Dijon, fondée en 1172 par le duc de Bourgogne : Philippe le Bon porte en 1431 le nombre de prébendes de 21 à 24 et fonde 4 canonicats musicaux. Cette collégiale constitue la paroisse personnelle de la famille ducale et le siège de la Toison d'Or dès 1431. Elle reçoit une hostie miraculeuse d'Eugène IV en 1433 et devient Sainte-Chapelle.

La cathédrale actuelle est bâtie dans la première moitié du XII e s. L'évêché, baronnie subdivisée en treize prévôtés au XIII e siècle, est l'une des premières seigneuries ecclésiastique du royaume : elle reçoit alors l'hommage des comtes de Champagne et de Tonnerre, du duc de Bourgogne et de plus de 120 vassaux. L'évêque, pair de France, frappant monnaie du X e au XIV e s., et remettant le sceptre lors de la cérémonie du sacre royal, prend régulièrement le titre de duc de Langres (peut-être même dès le XIIIe siècle). Les revenus épiscopaux, taxés à 6000 lb, situent le siège de Langres au quatrième rang après les archevêques de Rouen, Auch et Narbonne. En 1203 Philippe Auguste autorise les chanoines à élire l'évêque sans sa licence et leur accorde le droit de régale. Le bailli de Sens est souvent sollicité pour régler les litiges entre les deux seigneurs de la cité : l'évêque et le chapitre. En 1317, le roi établit un capitaine dans la cité.

La première mention d'un official à la cour de Langres remonte à 1206. En 1387, Clément VII supprime sur la requête de l'évêque la juridiction de l'archidiacre de Langres contre une pension annuelle de 400 fl. Cet acte entérine la disparition de la dernière officialité concurrente de celle de l'évêque, les archidiacres semblant tous disposer d'une officialité dès le milieu du XIII e s. En 1415, les six archidiacres perçoivent un tiers des amendes perçues par l'official de Langres, sur les sujets de leur archidiaconé, ainsi que le tiers de la valeur du sceau des absolutions.

Les chanoines revendiquent une autorité sans partage sur l'église-mère du diocèse. Le chapitre, seigneur de trente cinq villages, du quartier cathédral emmuré et percé de dix portes, et du faubourg de Sous-Murs, est aussi co-seigneur de onze autres villages, décimateur exclusif de quatorze autres... Le chapitre entend échapper dès le XIII e siècle à la juridiction épiscopale. Ce n'est cependant qu'en 1371 que l'évêque Guillaume de Poitiers accorde le droit de haute et basse justice, civile et criminelle, par le chapitre sur ses membres lors de dies judiciales . L'année capitulaire s'ouvre par le chapitre général du 1er mai, auquel s'ajoutent les chapitres généraux de la Madeleine (22 juillet) et de la Saint Mammès (17 août). D'après le statut de 1257, le chapitre compte cinquante et une prébendes, deux attribuées au doyen, deux autres aux "prébendiers" (prêtres chargés d'assister les chanoines dans l'office divin, leur nombre passe de 6 à 8 au XIVe s.), et quarante sept, chacune attribuée à un chanoine. On tient d'une plainte au Parlement de Paris, en 1415, la valeur d'une prébende à 200 l. t. (distributions comprises). En 1440 le concile de Bâle accorde au chapitre la possibilité d'attribuer une prébende sacerdotale aux enfants de choeur et une seconde à la mense des prébendiers. Le nombre des chanoines passe ainsi de quarante huit à quarante six avec une partition maintenue à cinquante et une prébendes. En 1257, huit prébendes sont sacerdotales, douze diaconales, douze sous-diaconales, et quinze sans contrainte d'ordre. A compter de 1274 les chanoines titulaires d'une prébende sacerdotale seront privés de la totalité de leur prébende s'ils résident moins de six mois, et devront résigner tout bénéfice exigeant une autre résidence. En 1438, la clause de la résidence de six mois est supprimée, mais s'ajoute l'obligation d'assister quotidiennement aux matines, à la messe et aux vêpres sous peine de perdre les distributions attachées à ces heures. Les cures et les bénéfices à la collation du chapitre sont tantôt conférés individuellement par les chanoines, à tour de rôle, tantôt conférés par le chapitre entier.

Le chapitre cathédral compte neuf dignitaires. Le doyen, cité depuis 903, a double distribution et double prébende. Il est taxé à 70 lb. Une bulle de 1263 confirme le droit d'élection du doyen par le chapitre et interdit la collation apostolique. Il nomme les prébendiers du chapitre. Le trésorier, apparu au XI e siècle, seigneur de deux villages du Langrois, est taxé à 240 lb. Les six archidiacres, selon la hiérarchie connue dès 1241 : archidiacre du Langrois ou grand archidiacre, archidiacres du Dijonnais, du Tonnerrois, du Lassois, du Barrois et du Bassigny, sont taxés de 80 à 15 lb. Le chantre dirige les chants aux offices et détient la nomination des maîtres des écoles publiques du diocèse. Les chanoines exercent quatre types d'offices. Le chambrier, chanoine élu par ses pairs pour un an reconductible, est à la tête de la chambre capitulaire. Il est chargé des comptes capitulaires, règle les contentieux financiers du chapitre, tient le rôle de juge ordinaire des chapelains, prêtres habitués, choriaux et officiers de l'Eglise de Langres. Les obédienciers sont quatre chanoines chargés de l'administration temporelle des biens capitulaires dans quatre circonscriptions proches de Langres. Ils ont des fonctions d'administration et de justice. L'office de sacristain consiste à veiller aux vases sacrés, missels et livres liturgiques. La création de l'office de théologal, voulue par la 31 eme session du concile de Bâle (1438), apparaît à Langres en 1443 : il assure des leçons de théologie une à deux fois par semaine et doit prêcher à la cathédrale surtout pendant l'Avent et le Carême. Trois autres officiers sont parfois choisis parmi les chanoines : le cellérier, le chancelier, le psallette (1486). Le chapitre semble jouir de fait de la collation aux prébendes (hors collation apostolique). Les conditions d'admission, connues par les serments prêtés par les chanoines lors de leur réception, paraissent évoluer dans un sens restrictif, de 1398 à 1433.

Les autres desservants de la cathédrale sont les prébendiers et les chapelains. Les prébendiers, de six à huit, sont adjoints aux chanoines prêtres pour les seconder dans le service divin. Ils jouissent des fruits de deux, puis trois prébendes, sont nommés par le doyen et possèdent une stalle au choeur. Les chapelains sont près d'une centaine au milieu du XV e siècle, attachés au service de trente-sept chapelles de la cathédrale.

 

27 et 28 janvier 2006 : Jean-Baptiste Lebigue, Stage sur les manuscrits liturgiques

L'assistance, conduite à vive mais attentive allure par Jean-Baptiste Lebigue , a alors entamé un passionnant voyage dans l'étrange univers du livre liturgique ! L'après-midi a été consacré à l'étude des propriétés particulières de chacun des livres liturgiques de la messe : sacramentaire, évangéliaire, épistolier, graduel et missel. Chacun des quatre premiers livres reprend les pièces liturgiques propres à chaque type des acteurs de la messe (respectivement le célébrant, le diacre, le sous-diacre, le chantre) tandis que le missel contient l'ensemble de ces pièces. Une mise au point sur temporal et sanctoral a précédé une présentation sur la préséance entre les offices. Le tout agrémenté d'exercices pratiques !

Le lendemain 28 janvier, le stage se poursuit dans les murs de l'Ecole des Chartes, autour de l'office des heures, une pratique liturgique imposée à tous les membres du clergé, dont le fondement est la récitation hebdomadaire des cent cinquante psaumes, répartis entre les différents jours de la semaine, et entre différents moments de chaque journée. Nous sommes passés du rappel des principales pièces de l'office à l'étude des manuscrits qui les rassemblent : psautiers, antiphonaires, hymnaires, livres de lectures (lectionnaires, homiliaires, passionnaires), collectaires et bréviaires.

Enfin, Jean-Baptiste Lebigue nous a donné des clefs pour l'identification d'autres manuscrits liturgiques, qui ne peuvent être classés parmi les livres de la messe ou de l'office : des livres relatifs à l'organisation générale du culte : l'ordinaire, le coutumier et les livres d'usages, le cérémoniaire, les nécrologes et obituaires. Des manuscrits dédiés à des aspects particuliers de la liturgie : le martyrologe, les processionaux, les livres de cérémonie et ordines rituales . Enfin des livres réservés à des acteurs particuliers de la liturgie : le livre de l'hebdomadier, et surtout le pontifical.

Cette exploration méthodique et didactique dans la complexité (évolutions des usages et des types de manuscrits, structure et particularismes) d'un univers lié à la pratique spirituelle a eu un très grand succès auprès de ses auditeurs. Elle restera un moment clef dans la formation continue des membres des Fasti, éléments chevronnés et débutants, qui pourront, lorsque l'occasion le requerra, se reporter aux fascicules récapitulatifs préparés par Jean-Baptiste Lebigue , et aux tout aussi précieux fascicules d'exercices corrigés (analyse de cinquante deux documents conservés dans les BM de France). Ces fascicules devraient prochainement être consultables sur le site de l'IRHT.

 

24 février 2006 : Les Fasti Ecclesiae Portugaliae en salle Perroy : présentation du SIEP

Cette journée des Fasti a trouvé un prolongement dans la matinée du 23 février, avec l'invitation en salle Perroy par Hélène Millet d'Ana Maria Rodrigues , Pedro Henriques et Sandra Cristina Lopes venus présenter une réalisation de l'équipe des Fasti Ecclesiae Portugaliae , le Système d'Information pour l'Etude Prosopographique (SIEP).

Hélène Millet commence par présenter l'équipe et les dimensions du projet : l'Eglise portugaise dont on commence à parler à partir de 1071 comporte neuf diocèses. Le projet mis en place en 2002 pouvait donc se permettre des exigences autrement plus fines que celles des Fasti Ecclesiae Gallicanae . Les travaux prosopographiques des Fasti portugais intéressent la période 1071 - 1500 : ils ont été projetés en deux phases, autour d'un terminus ad quem programmé pour fin 2006, autour de la fin du règne de Denis I er de Portugal (+ 1325), terminus a quo pour la prochaine campagne de recherches. Les fonds documentaires locaux sont infiniment plus riches que ceux conservés en France. A Braga les fonds sont prodigieux, mais il n'y a pas d'équivalent de nos inventaires sommaires pour ces archives. Ainsi, derrière l'homonymie des deux équipes de Fasti , la philosophie des projets diffère sensiblement.

Le Système d'Information pour l'Etude Prosopographique se décline en

Le SIEP est une application en HTML dynamique (Php + MySQL). Les boursiers qui vont recueillir les données en archives disposent sur leur portable du module SAL. Au terme de chaque campagne de dépouillement, ils transfèrent, sous forme de fichier texte via une connexion internet, les données recueillies au Système Central qui les ingère. Pour chaque diocèse, un responsable s'occupe alors de normaliser les informations et de recouper toutes les fiches concernant un même individu. Plus d'informations peuvent être trouvées à l'adresse suivante : http://www.fasti.ucp.pt/

Les chefs de projet nous ont fait découvrir le fonctionnement de cette base, la composition des fiches individuelles : ordres sacrés, dispenses, expectatives, concessions de bénéfices, collations de bénéfices (investiture), fonctions, formation universitaire, ouvrages, parentèles, dépendants, offices, biens, dernières volontés.

La discussion s'est ensuite poursuivie par un échange fructueux autour notamment du travail de Stéphane Raux, développeur de la base cumulative des Fasti et de l'opération Charles VI .

  • quatre processus : cueillette des données, normalisation, analyse, divulgation ;
  • deux composantes :
    • SAL : Système d'Aquisition Local ;
    • SC : Système Central de traitement et d'extraction des connaissances ;
  • deux bases de données :
    • BDD, Base de Données des Documents, comportant pour chaque document (un manuscrit, une sentence, un testament, une nomination à un canonicat etc.) une brève analyse ;
    • une Base de Données Prosopographique contenant la liste des membres du clergé cathédral et une table de liaison faisant le lien avec chaque document intéressant chacun de ces individus.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 7 janvier 2011

 

Informations diverses:

Le volume « Autun » des FEG, par Jacques Madignier, est paru depuis la fin de l’année 2010 (78 euros, 477 p.). La présentation de ce volume est disponible.

N. Gorochov a soutenu son HDR sur les universitaires parisiens du XIIIe siècle.

Quatre thèses de doctorat intéressant le groupe ont été soutenues en 2010 :

  • J.-V. Jourd’heuil, La mort et la sépulture des évêques des provinces de Lyon, Reims, Rouen et Sens du XIe au XVe siècle, dir. V. Tabbagh, Université de Bourgogne.
  • A. Le Roux, Servir le pape. Le recrutement des collecteurs pontificaux dans le royaume de France et en Provence de la papauté d’Avignon à l’aube de la Renaissance (1316-1521), dir. C. Vincent, Université Paris-X.
  • E. Rosenblieh, Juridiction conciliaire et juridiction pontificale au temps du concile de Bâle(1431-1449); recours, procédures et suppliques, dir. Cl. Gauvard, Université Paris-I.
  • P. Jugie, Le Sacré Collège et les cardinaux de la mort de Benoît XII à la mort de Grégoire XI (1342-1378), dir. Cl. Gauvard, Université Paris-I.

Livres et articles parus :

  • Da historia eclesiastica a historia religiosa, 2009 (Lusitania Sacra, 21).
  • M. do Rosario Barbosa Morluao (dir.), Testamenti ecclesiae Portugaliae (1071-1325) , Lisbonne, 2010.
  • A. Maria S.A. Rodrigues et alii, Os capitulares Bracarenses (1245-1374) : noticias biograficas , Lisbonne, 2005.
  • J.-R. Armogathe et P. Montaubin (dir.), Histoire générale du Christianisme , PUF, 2010, 2 t.
  • M.-M. de Cevins et J.-M. Matz (dir.), Structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident latin (1179-1449) , Rennes, 2010 (contributions de Ch. Barralis, E. Bouyé, F. Délivré, A. Le Roux, A. Massoni, J.-M. Matz, Th. Pécout et V. Tabbagh).
  • C. Vincent et J. Pycke (dir.), Cathédrale et pèlerinage aux époques médiévale et moderne , Louvain-la-Neuve, 2010 (contributions de J.-M. Matz et V. Tabbagh).
  • M. Maillard-Luypaert, « Pour le salut de mon âme et l’honneur de mon église. Le testament de Grégoire Nicole, chanoine et official de Cambrai (1466, 1469) », dans Revue du Nord, t. 92, 2010, p. 7-51.
  • Eadem, « Du Hainaut à la Champagne en passant par le Brabant : les avatars de l’Ecclesia semper reformanda (première moitié du XVe siècle) » , dans Publications du Centre Europeen d’Etudes Bourguignonnes, 50, Rencontres d’Avignon (17 au 20 septembre 2009) : " L’Eglise et la vie religieuse, des pays bourguignons à l’ancien royaume d’Arles (XIVe-XVe siècle)" , 2010.
  • V. Tabbagh, « La présence sacerdotale dans le Val de Saône et le bailliage d’Auxois à la fin du XVe siècle » , dans Ibidem, p. 213-226.

Sous l’impulsion de Mgr Doré, archevêque émérite de Strasbourg, les éditions strasbourgeoises «La nuée bleue» viennent de rééditer une monographie de la cathédrale de Strasbourg et d’en éditer une autre de la cathédrale Reims. L’histoire du clergé y tient une place importante. Chaque volume, patroné par l’ordinaire du lieu, réunit les contributions du clergé, d’universitaires, d’archivistes-paléographes et d’historiens de l’art (B. Jordan est l’un des auteurs pour Strasbourg, P. Demouy a dirigé le volume de Reims). D’autres volumes sont annoncés (Quimper, Chartres, Bourges, Rouen).

Pour plus d'informations, le site des éditions "La nuée bleue": http://www.nueebleue.com/

Plusieurs colloques sont annoncés :

  • 18-19 mars 2011, Evêques et cardinaux princiers et curiaux, XIVe-début du XVIe s., Université de Lille-III / Grand-Séminaire de Tournai (contact : M. Maillard-Luypaert). Pour en savoir plus: le site de présentation du colloque
  • 24-25 mars 2011, Réalités provinciales en histoire religieuse. Autour de la Lorraine (XIIe-XVIIIe s.), Université de Metz (contact : Ch. Barralis).
  • 12-14 mai 2011, Munich, Les chapitres cathédraux en Allemagne et en Italie au Moyen Âge.
  • 8-10 juin 2011, Bourges, colloque Eglise et Etat en l’honneur d’H. Millet.
  • Fin 2011, Les bibliothèques canoniales, Université de Rouen.
  • 12-14 décembre 2011, collège des Bernardins, colloque sur la cathédrale de Paris (programme diffusé sur le site du diocèse).
  • Juin 2013, Aix-en-Provence, Les comptabilités princières, de Genève à Aix, de la deuxième moitié du XIIIe s. au début du XIVe s. (contact : Th. Pécout).

Pour les réunions prochaines, trois thèmes de réflexion sont proposés :

  • les cathédrales régulières
  • les activités charitables des chapitres
  • les utilisations possibles des notices FEG et leur valorisation

Fabrice Délivré évoque le GDRE relatif à la prosopographie et à l’héritage des clercs dans la culture européenne. Une réunion a eu lieu à Lisbonne, rassemblant portugais, français, italiens et hongrois. Les travaux prosopographiques varient en fonction des pays. Ils sont terminés en Angleterre (équipe dissoute), embrassent des périodes différentes (mi-XIIe s. – 1325 au Portugal, la suite des recherches commence à peine) ou des corpus différents (prosopographie du clergé diocésain en Hongrie). Les relations sont fragiles avec l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il faudrait avoir des approches thématiques pour élargir les problématiques. Une réunion du GDRE est envisagée du 17 au 19 novembre 2011 à Angers sur la mobilité des clercs.

Hugues Labarthe (ANR Corelpa) constitue un atlas européen des établissements religieux et cartographie les bénéfices des clercs.

Avranches, évolution urbaine d’une cité épiscopale du XIe au XVIIIe siècle, par David Nicolas-Méry (conservateur du Musée d’Avranches):

D. Nicolas-Mery étudie l’architecture civile de la baie du Mont-Saint-Michel du XIIe au XVe siècle dans le cadre d’une thèse dirigée par E. Lorans. Cet espace n’avait pas encore été prospecté. Le temporel de l’abbaye du Mont avec ses dix prieurés y est plus représenté que celui de l’évêque. L’étude morphologique se fonde sur la lecture des plans modernes. Il subsiste trois maisons médiévales dans la cité, outre quinze celliers-caves. La cathédrale a été arasée en 1802 et fouillée dans les années 1970. La cité est partagée en deux pôles : la cathédrale dans la ville haute, l’église St-Gervais sur l’ancien forum qui correspond à la partie basse. Il n’y a pas de quartier canonial médiéval. En 1269, avec l’autorisation du roi qui est seigneur de la ville, l’évêque accorde le droit de constuire sept maisons canoniales contre le rempart. Douze chanoines sont alors cités alors qu’il devait en avoir une vingtaine.

Présentation du Dictionnaire biographique en ligne des chanteurs des XVe et XVIe siècles, par David Fiala:

D. Fiala a soutenu une thèse de musicologie sur la musique à la cour de Bourgogne à la fin du XVe siècle (Université de Tours). Il dirige une prosopographie des chantres de la Renaissance (3 600 fiches informatisées). Le terme de « musicien » est anachronique. Les chanteurs d’église sont des clercs, qu’il faut différencier des instrumentistes. Dans les sources, « chantre » est un mot difficile à cerner. Distincts du chœur des enfants, les chanoines musiciens lisent la notation musicale pour la polyphonie et pas seulement pour le plain chant. Une grande partie de la polyphonie est improvisée. Ils forment une communauté homogène qui circule d’une cité à l’autre. Ils sont de quatre à douze (Cambrai) par chapitre et se rencontrent sous une grande variété d’appellation. On peut se demander ce que signifie un canonicat dans leur carrière. Jean II est le premier roi à avoir une véritable chapelle musicale, une demi-siècle après le roi anglais. Ensuite, chaque cour adopte ce système. Les organistes sont par ailleurs mal connus.

Une discussion suit pour cerner avec plus de prudence le mot « chantre » et celui de « chapelain » notamment lorsque cela concerne le service du pape. V. Tabbagh remarque que beaucoup de ces chanoines musiciens ont des enfants illégitimes au XVe siècle, phénomène de plus en plus accepté à cette époque.

Les collecteurs apostoliques, par Amandine Le Roux

A. Le Roux expose les grands traits de sa thèse concernant les personnes chargées de la collecte des redevances dues à la papauté. 384 collecteurs disposent d’une notice qui a puisé notamment aux Archives du Vatican. De nombreux chanoines sont mis en cause dans des procès. Il fallait comprendre une méthode de gouvernement, de Jean XXII à 1521. Les sources parlent de collector, nuncius, receptor ou encore commissarius. La Chambre apostolique choisit un de ces quatre mots pour une mission spécifique. AL a étudié les procédures de nomination (bulles) et les qualités demandées. Jusqu’à Eugène IV, la France et la Provence sont les principaux contributeurs de la papauté. Son approche prosopographique a permis de dresser une typologie de cinq profils. Un exemplaire de la thèse est déposé à la bibliothèque des Fasti.

Notice institutionnelle de Saint-Brieuc, par M. Glaz

Faute de temps, M. Glaz (master, Université de Brest) présente une partie de la notice institutionnelle de Saint-Brieuc. Jusqu’il y a peu, on pensait que le diocèse avait été fondé au IXe s. mais il semble que la première mention d’un évêque ne remonte pas au-delà de 1024/34. Le siège échappe donc au « modèle breton » du saint celtique venu fonder un monastère devenu ensuite siège d’un évêché. St-Brieuc est un démembrement d’Alet avec 116 paroisses mais aussi 15 enclaves de Dol. Deux archidiaconés sont connus au XIIe siècle mais de doyennés ni d’archiprêtrés. Il n’y pas de quartier canonial dans la cité. Les comtes d’Avaugour exercent la régale du XIIIe au milieu du XIVe siècle. L’évêché est taxé à 2 400 fl. Douze prébendes sont connues au chapitre en 1233 puis quatorze en 1330. Une liste de 1470 indique 17 chanoines.

Compte rendu rédigé par Jean-Vincent Jourd’heuil

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 8 janvier 2010

Informations diverses

Hélène Millet ouvre, à 10 h, cette réunion par un traditionnel mot d'accueil : l'émotion est palpable, c'est l'heure de la passation des pouvoirs. H. M. revient aux sources de l'aventure FEG, appuyant ses remerciements à l'égard notamment de M. Pierre Desportes. Elle présente le nouveau directoire (voir ci-dessous). A la suite de très chaleureux remerciements, H. M. rejoint son nouveau fauteuil parmi les collaborateurs FEG venus en nombre lui témoigner leur reconnaissance.

Comité de direction des Fasti :

  • Vincent Tabbagh (président)
  • Jean-Michel Matz
  • Christine Barralis
  • Fabrice Delivré
  • Pascal Montaubin
  • Thierry Pécout

Répartition des responsabilités

Administrateur base de données : assistance aux utilisateurs, gestion des identifications
  • Vincent Tabbagh
Responsable des Fasti au sein du LAMOP : gestion, organisation des réunions
  • Christine Barralis
Information et documentation : site Fasti
  • Fabrice Delivré
  • Willy Morice
  • Hugues Labarthe (coordination cartographique)
Edition des volumes : liens avec Brepols
  • Irmine Martin, puis la secrétaire du CERHIO
  • Jean-Michel Matz
  • Thierry Pécout
  • Pascal Montaubin

S'ensuivent diverses informations :

Etat d'avancement des volumes : Sens est sous presse ; Autun sera prêt en juin ; Châlons-en-Champagne sortira en 2010 ; Le Mans est en bonne voie.

C'est désormais Pascal Montaubin (pascal.montaubin@laposte.net, mail) qui centralise les commandes de volumes Fasti pour les membres du groupe (qui bénéficient de 40% de réduction sur le prix public).

De nouveaux collaborateurs nous rejoignent : Hugo Meunier, qui fait actuellement un M2 sur le chapitre du Mans et Sofiane Abdi, qui prépare une thèse sur les chapitres d'Amiens et de Beauvais.

Un colloque pour la célébration du 9e centenaire de la cathédrale de Paris aura lieu en 2013. Le comité d'organisation est en cours de constitution.

Le GDRE "Aux fondements de la modernité étatique en Europe, l’héritage des clercs médiévaux" a été créé au 1er janvier (pour plus d'informations).

Atelier cartographique des FEG

Hugues Labarthe fait le point sur l'atelier cartographique FEG. A la suite de sa présentation en juin dernier, H. L. rappelle les trois objectifs de l'atelier : parvenir à une sémiologie unifiée des cartes de la collection des FEG ; construire une application permettant d'explorer les données géographiques de la base FEG ; jeter les fondements d'un Atlas en ligne de l'Eglise en France de 1200 à 1500. Les collaborateurs sont appelés à lui indiquer, pour leur diocèse, les ressources bibliographiques indispensables à la reconstitution des cadres juridictionnels médiévaux, ecclésiastiques et/ou civils. Rendez-vous est pris avec Jacques Madinier et Sylvette Guibert pour la réalisation des atlas diocésains d'Autun et Châlons-en-Champagne. Hugo Meunier signale ses travaux cartographiques sur le diocèse du Mans. H. L. contactera les collaborateurs selon les avancées de l'Atelier.

Présentation du centre onomastique des Archives Nationales

Sébastien Nadiras poursuit avec la présentation du Centre d'onomastique des Archives nationales. Ce Centre conserve et met à disposition une importante documentation relative aux noms de lieux et aux noms de personnes. Créé en 1961, le Centre d’onomastique était à l’origine conçu comme un outil au service des archivistes rédigeant des inventaires, afin de leur permettre d’identifier les formes anciennes des noms de lieux que mentionnaient les pièces d’archives dont ils analysaient la teneur. En fait, il engloba rapidement dans son champ d’activité non seulement la toponymie mais aussi l'anthroponymie, suivant ainsi l’exemple donné par le Centre international des sciences onomastiques, fondé à Louvain en 1949. Sébastien Nadiras nous convie dans la suite de son exposé à visiter le Centre d'onomastique, qui est avant tout une bibliothèque de recherche.

Le diocèse de Narbonne

Les travaux reprennent à 14 heures pour une séance entièrement consacrée au diocèse de Narbonne.

Benoît Brouns présente la notice institutionnelle de Narbonne, métropole de la Narbonaise première, province amputée en 1317 de la province de Toulouse créée par Jean XXII. Le diocèse compte 203 paroisses distribuées en six archiprêtrés et quatre archidiaconés. Il existe trois collégiales : Saint-Paul, au bourg de Narbonne ; Saint-Etienne, hors de la cité ; Saint-Etienne de Capestang. Les travaux de l'actuelle cathédrale sont initiés par l'archevêque Gui Foulques (1259-1263). L'archevêque est doté d'un temporel considérable, le troisième du royaume de France, organisé autour de dix-huit châteaux et quelques fortifications de moindre importance. Seul il possède des officialités, à Narbonne, Limoux et Villerouge-Termenès. Il est encore difficile de préciser les conditions de sécularisation du chapitre à la fin du XIIe siècle. Les assemblées capitulaires se tiennent trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis après prime. Les chapitres généraux ont lieu deux fois l'an à la Toussaint et au premier mai, et du début du XIVe s. à 1449 un troisième chapitre a lieu au lendemain de la fête des Saints Just et Pasteur. B. B. présente ensuite les distributions au sein du chapitre métropolitain : les conditions de versement de la Grosse, des distributions quotidiennes et extraordinaires à Noël, le mercredi des Cendres, à Pâques, à la Pentecôte. Vient enfin la présentation des sept dignitaires du chapitre (le grand archidiacre élu en corps nomme seul l'archidiacre de Corbière, le préchantre, le sacriste, les archidiacres du Razès, du Fenouillède et le sous-chantre). Le nombre des chanoines a varié de dix-huit à vingt-quatre. Les clercs du bas chœur, désignés par le terme d'intitulés, se partagent entre conduchers, bénéficiers et habitués, enfants de choeur, chantres, sous-sacriste, chapelains et aumônier.

Cet exposé s'accompagne d'une notice rédigée, d'un dossier de cinq cartes ayant trait à la géographie ecclésiastique, aux interventions seigneuriales de l'archevêque Maurin (1263-1272), d'une planche de l'ordonnancement du chœur en 1335 et 1352 et d'une hypothétique pointe du XVe siècle.

Yves Esquieu intervient à sa suite pour présenter ses travaux sur le quartier canonial de Narbonne. Il revient sur ses travaux édités, notamment l'article intitulé « Les bâtiments de la vie commune des chanoines, les maisons canoniales, Arles, Avignon, Carpentras, Béziers, Narbonne, Valence, Viviers », publié dans Les chanoines dans la ville. Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux en France, sous la direction de J. C. PICARD, Paris, 1995, dont il fournit plusieurs planches. Il revient sur la régularité du chapitre attestée de la fin du XIe siècle jusque vers 1145. Dans la suite, le dortoir est abandonné au profit des maisons canoniales. Ne comptent plus au titre des espaces communs du XIIIe au XVe siècle, que le cellier, les greniers, le vestiaire, la salle capitulaire. L'existence d'une clôture est douteuse : dans la trame viaire c'est la rue Droite à l'est et le chemin de la porte épiscopale au nord qui délimitent le quartier canonial. L'alternance entre chanoines et laïcs dans la possession des maisons du quartier laisse présager qu'il n'y a pas de règles établies. La mainmise des consuls sur le passage de l'ancre en 1361 confirme que le cloître, le quartier canonial, n'était pas fermé. A la suite de la reconstruction de l'édifice aux XIVe et XVe siècles, le cloître est déplacé du flanc nord au flanc sud de la cathédrale.

Monique Bourrin clôt la séance consacrée au siège de Narbonne par la présentation d’un projet de recherche sur les châteaux de l'archevêque. Ce travail est à la jonction des préoccupations des historiens, archéologues et des opérations de valorisation patrimoniale. Les sources sont profuses : Livre vert de Pierre de la Jugie, comptabilités romaines (1338-1347), visite de Jean Corsier en 1404, dénombrements de 1547 et 1690, visites de vérification du XVIIIe siècle, séquestres de la Révolution, études monumentales. Aux marges du domaine royal, la seigneurie s'insère dans la vicomté de Narbonne et se démarque de celle de Fontfroide. Les difficultés sont multiples : textuelles (qu'est-ce-qu'un castrum ?) et archéologiques (la porte du castrum d'Auriac ouvre-t-elle sur le château ou le village ?). Ce projet a pour objectif d'élucider la chronologie des premiers éléments fortifiés de ces châteaux, la fonction de ces sièges de pouvoir et les modalités de gestion de la seigneurie.

Le site internet et le blog des Fasti

Willy Morice présente les évolutions du site (http://fasti.univ-paris1.fr/). Il signale notamment l’apparition d’un lien vers le Blog des Fasti, accessible à l’adresse: http://lamop-intranet.univ-paris1.fr/fastiblog/ conçu par Hugues Labarthe, avec l’intervention de Georges Xavier Blary.

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La séance est levée vers 17h.

Attention: pour l'organisation des journées Fasti, tous les courriers sont à adresser à Christine Barralis (christine.barralis@wanadoo.fr, mail); 10 rue Pierre Perrat, 57000 Metz)

Ce compte rendu a été rédigé par Hugues Labarthe.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 3 juillet 2000

 

Informations générales

La réunion du 3 juillet dernier se tenait exceptionnellement aux Archives Nationales à Paris où nous avons été accueillis par Bruno Galland qui a rappelé les liens étroits qui ont uni, dès l’origine, les Archives Nationales et Départementales de France à l’équipe des Fasti. Hélène Millet a ajouté, dans ses mots de remerciement, que l’enquête menée auprès des Archives Départementales lors du démarrage de l’entreprise des Fasti avait obtenu 70 % de réponses et que l’aboutissement le plus achevé de cette collaboration était le travail d’Henri Hours sur le diocèse de Besançon.

Le groupe de recherche Gerson organise les 28-29 septembre 2001 un colloque international à Orléans sur le thème des sources religieuses, en forme de bilan des travaux effectués par le groupe depuis sa création. L’équipe des Fasti y aura 1 heure et demie de parole pour présenter ses recherches. Ce colloque sera accompagné d’une école d’été à Saint-Etienne plus particulièrement destinée aux doctorants, sur le même thème, à la fin du mois d’août 2001.

En ce qui concerne les Fasti, le CD-Rom destiné à rassembler tous les volumes avance à grands pas. La base de données Access qui cumule toutes les informations contenues dans les volumes édités à ce jour, offre les notices de 4221 individus dont 128 appartiennent à plusieurs diocèses. Dans la perspective de ce cumul des données, il faudra désormais préciser, dans le champ "offices", dans quel diocèse l’office a été exercé. Même chose pour les références bibliographiques : il faut préciser dans quelles archives départementales sont conservées les sources ou dans quelle bibliothèque municipale.

Les abréviations subissent aussi quelques modifications :

  • pour les fichiers d’Avignon, supprimer l’abréviation gr qui renvoyait aux lettres communes de Grégoire XI. Noter désormais LC GXI comme pour les autres lettres pontificales.
    Supprimer l’abréviation u qui renvoyait aux suppliques d’Urbain V et noter Sup 32, 4356, 32 étant le numéro du volume et 4356, le numéro d’enregistrement par l’équipe d’Avignon.
  • pour les autres suppliques, noter Sup 87 f°56, 87 étant le numéro du volume et 56 le numéro du folio.

Enfin, Vat est à remplacer par ASV (Archivio Segreto Vaticano) pour ne pas être confondu avec la Bibliothèque Vaticane.

La consultation du CD-Rom permettra l’accès aux notices écrites en clair, à la notice d’un individu mais aussi à une population triée en fonction d’un ou de plusieurs critères de choix. La maison Brepols estime que le CD-Rom pourra voir le jour quand 8 volumes auront été réalisés ce qui porte le délai à 6 ou 8 mois.

Notice institutionnelle du diocèse d’Orléans, par Charles Vulliez

Avec 275 paroisses, le diocèse d’Orléans est modeste en superficie. Il comprenait cinq archidiaconés à l’époque médiévale dont la liste la plus ancienne date de 1021 : Pithiviers, Sully, Sologne, Beaugency, Beauce. Sa situation est néanmoins intéressante car il fut souvent touché par les collations pontificales et royales si bien que la circulation des personnes y était intense. Cela était encore accentué par le fait que la ville d’Orléans abritait une université depuis le deuxième tiers du XIIIème siècle.

Les sources sur le diocèse d’Orléans ont souffert de graves destructions à l’époque moderne et encore à l’époque contemporaine. La majorité des archives qui subsistent ont survécu grâce aux copies et aux éditions du XIXème siècle. A signaler néanmoins un registre de réception des chanoines et de conclusions capitulaires couvrant les années 1444-1479. Etant donné l’état actuel des sources, une grande partie du chapitre cathédral d’Orléans peut être reconstituée pour le XIIIème siècle, ce qui sera beaucoup plus difficile pour la période 1330-1440.

Les prébendes du chapitre tombaient donc souvent sous le coup de la régale temporelle et spirituelle et beaucoup des membres de l’entourage royal furent chanoines d’Orléans. Il semble que la non résidence ait été un problème majeur au XIVème siècle si bien que les chapelains puis les chanoines dits " mamertins ", non capitulants, furent créés pour suppléer les défaillants. Le nombre des prébendes fut fluctuant pour atteindre celui de 56,5 prébendes au XVème siècle. Malgré la proximité de l’université de droit civil, il ne reste que 300 manuscrits de la bibliothèque du chapitre, conservés à la Bibliothèque municipale d’Orléans.

 

La bibliothèque d’un chanoine humaniste, par Anne-Marie Chagny-Sève et Geneviève Hasenohr

Roger Benoiton fut chanoine de Clermont au XVème siècle. Berrichon d’origine, il fit des études de droit à Orléans et arriva à Clermont vers 1435, grâce à l’évêque d’alors, Martin Gouge, qui en fit son secrétaire. Il cumula d’autres prébendes, à Bourges, à Chartres mais c’est à Clermont qu’il s’installa véritablement puisque sa famille habitait la ville, qu’il était aussi chanoine de Notre-Dame du Port, qu’il acquit patiemment un solide patrimoine en Auvergne et qu’il remplit diverses fonctions au chapitre cathédral dont il s’acquitta avec méticulosité. Car Roger Benoiton était un esprit remarquable, ce qui lui valut d’être notaire et secrétaire du roi de 1440 à 1461 environ et ce qui explique la richesse de sa bibliothèque dont on a conservé l’inventaire dans un gros registre rédigé par lui et destiné à faciliter la gestion de ses biens, de toute nature.

Les quatre folios qui contiennent cet inventaire représentent une source exceptionnelle. Ils nous apprennent que Roger possédait 270 volumes ce qui apparente sa bibliothèque à celle d’un prince comme Charles d’Orléans, alors que le nombre moyen de livres possédé par un chanoine au XVème siècle oscille entre 5 et 30. Le classement des livres par discipline montre que Roger avait une prédilection pour le droit canon et pour la théologie mais qu’il s’intéressait aussi à tous les autres grands champs intellectuels de l’époque. Cette curiosité se doublait d’un goût prononcé pour le livre lui-même. Il possédait une trentaine d’incunables et, caractère remarquable, il s’agit souvent des éditions les plus précoces ce qui laisse supposer qu’il était en contact étroit avec le milieu des imprimeurs parisiens mais aussi provinciaux et étrangers dont les réseaux de diffusion fonctionnaient très bien pour approvisionner ainsi une bibliothèque clermontoise. Son intérêt pour les poètes classiques, les auteurs italiens contemporains et les ouvrages de pastorale permet de le situer parmi les humanistes, au meilleur sens du terme.

Notice institutionnelle du diocèse de Mende, par Philippe Maurice

Le diocèse de Mende, dans le pays de Gévaudan, est un petit diocèse de 197 paroisses environ. C’est l’évêque de Mende, comme comte du Gévaudan qui est le plus grand propriétaire foncier, en pariage avec le roi de France depuis 1307. La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et à saint Privat, premier évêque du lieu. Le chapitre cathédral, lui aussi très possessionné dans la région, suit la règle de saint Augustin depuis 1123, avec pratique de la vie commune jusqu’en 1222. C’est un petit chapitre de 15 prébendes où la collégialité est souvent de règle pour l’exercice des dignités et l’unanimité pour l’élection de l’évêque quand le pape ou le roi ne s’emmêlent pas. La cathédrale abrite aussi une communauté de clercs et de prêtres appelés choriers, fort nombreux comme souvent dans cette partie de la France, qui a une existence autonome malgré sa soumission au chapitre. Cette communauté possédait une bibliothèque qui complète celle du chapitre (de 140 volumes en 1380) mais aussi celle du collège de Tous Les Saints et celle de la chapelle Saint-Vincent qui avait 60 livres en 1483, conservées dans le cloître, dans le clocher et aussi dans la cathédrale.

Si la reconstitution du quartier canonial s’avère difficile du fait de la destruction de la cathédrale au XVIème siècle et de l’absence de fouilles archéologiques sérieuses, le diocèse de Mende nous apprendra beaucoup au sujet de la conservation des reliques, ouvrant la voie à de semblables études pour d’autres diocèses. Ces études pourront porter sur les donateurs des reliques et des reliquaires (dont Urbain V à Mende), sur le rapport entre les reliques conservées et le degré de sollenité des fêtes dans le calendrier liturgique du diocèse.

Notice institutionnelle de Montauban, par Emmanuel Moureau

Le diocèse de Montauban doit sa création tardive au pape Jean XXII en 1318. C’est l’abbaye Saint-Théodard qui devient alors le chapitre cathédral. L’organisation de ce chapitre est connue en détail pour le XVème siècle grâce à une source exceptionnelle constituée par une enquête réalisée en juin 1447 dans le but de réformer le chapitre. Menant une vie régulière jusqu’en 1524, le chapitre s’organise en 5 grands groupes : les administrateurs et responsables que sont l’évêque, le prieur-mage et le prieur caustral, les officiers au nombre de 5 (camérier, infirmier, sacriste, chantre, aumônier), les prieurs bénéficiers issus d’établissements ecclésiastiques voisins (Saint-Martial, Albefeuille, Saint-Pierre de Campredon, Montalzat et Saint-Jacques de Montauban), les moines claustraux qui étaient 20 à la fin du XIVème siècle puis 10 et enfin, les donats, oblats et convers. Il y avait une enceinte canoniale autour de la cathédrale Saint-Théodard jusqu’en 1561, date où celle-ci fut rasée et chaque chanoine y avait une maison dès 1320. Ce quartier a été fouillé en 1909 mais il n’en reste que peu de vestiges.

Présentation des fonds utiles aux Fasti, par Bruno Galland

Les Archives Nationales ont été constituées à la Révolution par deux grands fonds : les archives centrales de l’Etat et des organismes nationaux et les fonds concernant la ville et la région de Paris si bien que l’on y trouve, pour les établissements ecclésiastiques parisiens, des sources équivalentes à celles qui sont classées dans les séries G et H au sein des Archives Départementales. Cette masse fut classée par nature d’informations et chaque série ainsi constituée (documents législatifs, domaniaux, judiciaires, administratifs, etc ...) reçut une lettre de l’alphabet pour les liasses et une double lettre pour les registres. Beaucoup de fonds homogènes furent ainsi dispersés et c’est particulièrement vrai pour les chartriers d’églises et d’abbayes.

 

Sont utiles pour les travaux concernant les Fasti les séries J, JJ, L et LL. La série J, appelée aussi " trésor des chartes ", renferme toutes les archives des rois de France dont certaines, d’intérêt national, sont classées par régions. D’autres sous-séries, toujours en J, sont appelées " mélanges " et contiennent beaucoup de pièces sur des problèmes bénéficiaux : élections d’évêques, fondation, collation, régale, etc ... Les registres JJ sont les registres de chancellerie où beaucoup de chanoines peuvent apparaître à différents titres.

La série L concerne les " monuments ecclésiastiques ". Plusieurs cartons sont regroupés sous le titre d’archevêchés et évêchés, classés par ordre alphabétique et contiennent surtout des notes d’érudits et des copies qui peuvent compléter l’étude d’un chapitre, après le dépouillement des archives locales. La série LL contient, quant à elle, quelques pièces issues de certains chapitres comme des cartulaires mais souvent copiées à l’époque moderne.

Avant toute recherche, il faut consulter deux volumes : l’Etat général des Fonds des Archives Nationales et l’Etat des inventaires, disponibles dans la salle des inventaires du CARAN et progressivement sur le site des Archives sur Internet.

Ce compte rendu a été rédigé par Anne Hubert.

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Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 03 juillet 1998

Informations générales :

Comme prévu, le volume sur Reims, troisième de la collection, est sorti des presses. Il est disponible en librairie au prix de 660 francs. Les deux prochains volumes concerneront les diocèses de Besançon et de Sées.

Hélène Millet a fait un bref exposé de tous les ennuis (souvent d’ordre informatique !) qui peuvent survenir entre le moment où le responsable d’un diocèse remet la disquette contenant sa base de données et celui où le volume est finalement prêt à être édité, et qui expliquent le délai (parfois assez long) qui sépare ces deux étapes.

Les chanoines et la musique par Etienne Anheim

A la fin du Moyen Age, la musique est omniprésente dans la vie quotidienne, particulièrement dans celle des chanoines, avec la célébration des offices liturgiques. C’est à cette époque que se produit une révolution en matière musicale avec le passage de la monodie à la polyphonie et l’invention d’une notation précise de cette musique savante. On passe en effet vers la fin du XIIIème siècle (en particulier à l’Ecole Notre-Dame) du chant grégorien monodique - dans lequel les chanteurs suivent tous la même ligne musicale - à des formes complexes où une puis plusieurs voix ajoutent des variations à la mélodie principale, au point que l’on ne comprend plus du tout les paroles.

Une bulle de Jean XXII de 1324-1325 traduit la réaction défavorable d’une partie du clergé face à ce nouveau type de musique. Elle est en fait l’aboutissement d’une longue réflexion, hostile à une musique qui ne serait plus au service du texte sacré mais qui existerait pour elle-même. Cependant, les milieux canoniaux entre Seine et Rhin puis la cour pontificale elle-même sous Clément VI, se trouvent être le lieu de l’élaboration de cette musique, appelée ars nova.

C’est ainsi que l’on peut suivre les carrières de chanoines chapelains dans les chapelles pontificale (qui existe depuis Benoît XII) et cardinalices à Avignon. Leurs carrières bénéficiales sont celles de chanoines du Nord de la France et leurs réseaux de relations sont les mêmes que ceux de leurs collègues, moins doués pour la musique. Ils bénéficient souvent d’appuis dans les chapitres du Nord de la France grâce à leur famille ou à leurs compatriotes et font venir à leur tour des chantres, formés dans ces chapitres, dans les chapelles d’Avignon. C’est ainsi que la pratique de cette nouvelle musique se diffuse dans la France du XIVème siècle et au-delà.

Notice institutionnelle du diocèse de Macon, par Denyse Riche

Malgré un gros déficit en sources pour ce diocèse, nous avons pu lire une notice déjà très amplement informée. Il faut remarquer d’abord la forme particulière de ce diocèse, probablement démembré sur celui d’Autun. C’est un diocèse marqué par l’importance du clergé régulier puisque la ville ne compte pas moins de cinq abbayes. Ceci est aussi manifeste dans la faible proportion de bénéfices du diocèse dont la collation revient à l’évêque. La ville comprend six paroisses qui relèvent toutes de la cathédrale mais la présence du clergé canonial est assez réduit : on compte les chanoines réguliers de Saint-Pierre de Mâcon et les chanoines séculiers de Notre-Dame de Beaujeu qui ont la caractéristique, comme la chapitre cathédral, de ne pas offrir de prébendes distinctes. On parle plutôt de portions canoniales. Lorsqu’un chanoine décéde ou s’en va, sa portion est partagée entre tous.

Un usage funéraire des bulles pontificales par François Comte

Ces dernières années, des bulles pontificales ont été retrouvées dans une bonne dizaine de tombes, attachées à plusieurs endroits du corps du défunt. Ces trouvailles sont éparpillées géographiquement mais elles concernent surtout la France et la Suisse, dans des chefs-lieux de diocèse et aussi bien dans des cathédrales que des abbayes. Ces bulles sont datées de la deuxième moitié du XIVème siècle et de la première moitié du XVème siècle.

Le problème est de connaître la raison d’être de cette pratique funéraire. Un tiers des bulles faisaient référence à des papes contestés pendant l’époque du Grand Schisme. Peut-être peut-on y voir une volonté de légitimation même post mortem d’autant que les papes des différents clans s’excommuniaient mutuellement.

Ce rite funéraire a en tout cas été pratiqué en France un peu partout car on peut trouver la mention dans un registre capitulaire, comme à Angers en 1487, de l’ouverture d’une tombe afin d’aller y chercher des documents.

Ateliers thématiques

Cette réunion a vu renaître le système des ateliers de travail, un peu délaissé lors des dernières réunions au profit des divers exposés préparés par les collaborateurs de l'équipe. Ces ateliers thématiques étaient cette fois au nombre de 4, et ont permis d'aborder des problèmes plus spécifiques, qui peuvent ne concerner qu'une partie seulement des collaborateurs des Fasti.

Les chapitres réguliers :

Plusieurs problèmes se posent lorsque l’on étudie ces chapitres particuliers. Comment définir un chanoine, tout d’abord. Comme la définition générale du chanoine ne s’applique pas à un chanoine régulier, il semble qu’il faille retenir - d’après l’exemple d’Avignon - la réception du chanoine pour le considérer comme tel. A Toulouse, la réception a lieu en chapitre général. Mais le collateur ou la forme de collation ne sont pas toujours mentionnés, pas plus que la stalle ou les revenus.

Il faut aussi faire attention à l’éternel problème des expectatives, qui ne prouvent pas que l’individu a été effectivement chanoine. Les provisions de canonicats réguliers se trouvent dans deux catégories de registres pontificaux : De regularibus et De monachiis et monialibus recipiendis. Mais y-a-t-il des cumuls dans les cathédrales qui suivent l’ordre de Saint-Augustin ?

D’autres problèmes concernent la profession religieuse (existe-t-il partout des cédules ?) ou les statuts de ces chapitres. Saint-Sernin de Toulouse en offre de beaux exemples, mais il semble qu’ils soient fragmentaires ailleurs. Les bâtiments des chapitres réguliers posent enfin différents problèmes, puisqu’on doit pouvoir y distinguer un dortoir, un réfectoire et éventuellement une maison pour les dignitaires.

La rédaction des notices d’évêques :

Un schéma de notice a été élaboré par M. Hours pour le diocèse de Besançon, d’après ce qui a été fait auparavant pour les diocèses de Rouen et de Reims. M. Desportes nous a fait part, quant à lui, de l’intérêt d’un travail collectif à ce sujet afin de confronter les points de vue.

On doit donc y trouver dans ces notices (en 5-6 pages maximum) :

  • un état civil de l’individu, i.e. les origines familiales et les études : quelle(s) université(s), quel(s) grade(s) ?
  • la carrière avant l’accession à l’épiscopat : bénéfices, carrière éventuelle à la Curie et dans la vie politique. M. Desportes souligne ici la difficulté qu’il y a quelquefois à connaître les premiers bénéfices des évêques, qui sont pourtant très instructifs sur leur origine, leurs premiers protecteurs, etc...Si ces éléments ont déjà été établis dans des volumes précédents, énumérer seulement les bénéfices avec ajouts et corrections éventuels.
  • les faits marquants de l’administration du diocèse pendant l’épiscopat de l’individu : il est clair qu’il s’agit de parler de l’individu en temps qu’évêque de X, pour éviter de répéter ce qu’a dit ou dira quelqu’un d’autre au sujet du même individu, évêque d’Y. Le même numéro est donné à l’individu d’un volume à l’autre, ex : AM 207 (Amiens, individu n°203) et RO 493 (Rouen, individu n°493).
  • la participation à la vie de l’Eglise universelle.
  • les faits marquants de la vie du diocèse dont le lien avec l’administration de l’évêque n’a pas été démontré : fondations monastiques ou déplacements d’établissements par exemple.
  • la carrière ultérieure : rappeler les bénéfices suivants.
  • la notice héraldique et sigillographique : dans ce domaine, M. Bouyé et M. Bony sont d’un grand secours. Cette étude peut s’avérer très utile pour des problèmes de généalogie par exemple. Chaque siège a son sceau au revers duquel peut se trouver l’indication des armes personnelles de l’évêque.

NE PAS OUBLIER, à la recommandation de M. Tabbagh, de signaler le lieu de sépulture, d’éventuelles représentations sur des vitraux, des monnaies, une pierre tombale et si l’évêque a été commanditaire d’oeuvres d’art dont des livres.

La saisie des informations

(compte rendu en attente...)

Les collégiales :

L’étude des collégiales est d’emblée plus complexe que celles des cathédrales, étant donné l’extraordinaire variété des établissements que recouvre ce nom générique. On peut s’accorder sur cette définition générale (afin de faire la distinction nette d’avec une chapellenie collective) ; une collégiale est un corps d’au moins deux chanoines séculiers mais pouvant vivre communément, jouissant d’une autonomie manifestée par un temporel et un sceau.

D’après l’étude des collégiales de Bourgogne, M. Tabbagh propose une typologie des collégiales suivant leur origine :

  • collégiales nées de la transformation de monastères d’époque mérovingienne ou carolingienne aux IX, X et XIèmes siècles.
  • collégiales nées de corps sacerdotaux réunis en un lieu important (vicus, castrum) et qui se dotent d’une règle commune vers le XIème siècle, encouragés par la réforme grégorienne.
  • collégiales fondées autour de châteaux au sein du deuxième réseau urbain (XI-XIIèmes siècles) par l’autorité seigneuriale pour diverses raisons.
  • collégiales fondées de manière privée par le pape, un prince de l’Eglise, une famille pour le service funéraire.

Les sources qui nous renseignent sur les collégiales sont les mêmes que celles des cathédrales, à savoir les sources locales et les sources pontificales. Dans les sources locales, on peut avoir grand intérêt à dépouiller les sources communales car une collégiale est souvent plus intégrée au tissu urbain que ne l’est une cathédrale. De même pour les sources des fabriques (quand elles existent), les sources des officialités, celles contenues dans les archives diocésaines (celles de Nice sont très belles), les visites pastorales, les fonds seigneuriaux (notamment pour les grosses collégiales du Nord) et les sources notariales pour le Midi surtout.

Prosopographiquement, les chanoines de collégiales sont souvent des clercs bénéficiés dans leurs propres diocèses mais aussi hors de leurs diocèses d’origine. Les collégiales offrent de ce point de vue les mêmes profils que les cathédrales. Il est sûr néanmoins que les chanoines de collégiales sont plus insérés dans les groupes familiaux locaux, qu’ils peuvent être au service des grands seigneurs (il faudrait par exemple étudier la proportion de serviteurs des comtes de Flandre dans les collégiales du Nord au XIIIème siècle).

Le mode de collation des prébendes de collégiales est très varié lui aussi, ce peut être la cooptation comme à Beaune, le droit de patronage de l’évêque du diocèse mais aussi celui de la famille du fondateur. La lecture des obituaires peut renseigner sur l’identité de ces fondateurs.

Quant aux rapports des collégiales urbaines avec la cathédrale, il semble qu’ils soient souvent conflictuels même (ou surtout ?) lorsque les mêmes chanoines cumulent leurs prébendes dans les deux églises. Les rapports avec les paroisses qui existent souvent au sein même des collégiales peuvent être très rapprochés et c’est aussi une des raisons qui rend leur étude complexe mais fort riche.

Ce compte rendu a été rédigé par Christine Barralis et Anne Hubert.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 27 juin 2003

 

Informations Générales

Le tome 7 des Fasti, Diocèse d’Angers, par Jean-Michel Matz et François Comte est sous presse. Le tome 8, Diocèse de Mende par Philippe Maurice est en fin de préparation à Orléans. Le tome 9, Diocèse de Sées, attend la contribution de Jean-Pascal Foucher sur les bâtiments canoniaux pour prendre rang dans la filière.

De nouvelles procédures d’édition sont en cours d’élaboration par un informaticien de chez Brepols. Les premiers essais sont enthousiasmants, mais les finitions traînent en longueur. Les bases de données pourront bientôt être élaborées sous ACCESS sans que soient pour autant éliminées les possibilités de travailler sous Dbase ou sous 4D.

Henri Hours, qui devait nous présenter ses réflexions suite à ses travaux sur deux chapitres très dissemblables par les sources et les institutions (Besançon et Clermont), a dû renoncer à participer à notre réunion, la date des cérémonies d’inauguration des nouveaux dont il a la responsabilité à Clermont ayant été modifiée tardivement par son ministre de tutelle. Nous l’entendrons sur ce même sujet à la réunion d’hiver. Un exposé d’Hélène Millet nous a été proposé en remplacement en fin de séance.

Les doctorants désireux de mener des recherches à Rome peuvent candidater pour une bourse d’un mois auprès de l’École française de Rome ; leurs chances de succès seront encore accrues s’ils acceptent de travailler durant leur séjour environ 3 heures par jour à l’informatisation du fichier Lesellier, lequel peut aussi nourrir leurs propres recherches. Pour un séjour au second semestre 2004, dépôt des dossiers en mars (attestations à prévoir).

Plusieurs DEA ont été récemment soutenus sur des sujets qui intéressent directement l’équipe des Fasti :

  • Amandine Le Roux, Les collecteurs pontificaux dans le royaume de France (xive-xve siècles).
  • Sophie Vallery-Radot, Les participants français au concile de Constance.
  • Émilie Rosenblieh Les problèmes de juridiction ecclésiastique sous le concile de Bâle dans le diocèse de Paris.
  • Hugues Labarthe, Les choix des prélats de Gascogne face au Grand Schisme d’Occident.

Yann Dahhaoui remercie les personnes qui lui ont communiqué des renseignements sur la fête des fous.

Jean Chapelot, directeur de recherche au CNRS, souhaiterait promouvoir une rencontre sur les Saintes-Chapelles. Que les chercheurs intéressés se fassent connaître.

Le quartier canonial de Sens, par Denis Cailleaux

Cet exposé fait suite à la présentation de la notice institutionnelle sur le diocèse de Sens par Vincent Tabbagh l’hiver dernier.

Le quartier, développé sur le flanc nord d’un des premiers édifices gothiques, est entièrement clos, au nord par l’enceinte urbaine, ailleurs par une muraille interne à la ville. L’organisation du quartier subit peu de bouleversements jusqu’au xviiie siècle où il est éventré du nord au sud par la nouvelle route Paris-Lyon. Il est entouré par 5 portes, l’une correspondant à une porte de l’enceinte urbaine (la porte Saint-Antoine ou porte Gilon), les 4 autres étant des portes internes à la ville. Des portes secondaires ont été aménagées pendant la guerre de Cent ans, dont l’une permettait l’accès des gens et des soldats à la porte Saint-Antoine. À l'intérieur du quartier, ce n’est pas une seule rue qui s’étend mais un ensemble de rues et de ruelles, ainsi qu’une vaste place. Le tout représente un cinquième de la surface de la ville. Le quartier se trouve à l’intersection de deux artères majeures de la cité antique, puisque la cathédrale est située presque au centre de l’enceinte urbaine ovale édifiée au ive siècle. De ce fait, la fermeture périodique du quartier canonial oblige les Sénonais à faire des détours.

Pourtant, l’emplacement de ce quartier est quasiment vide pendant tout le Haut Moyen Âge. Les premiers édifices chrétiens se sont développés dans un faubourg à l’est de la ville (Saint-Savinien). A l’emplacement de la cathédrale devait exister un groupe épiscopal avec trois basiliques. Les fouilles ont révélé à cet endroit la présence de chrismes, de bains publics et de peignes en os. Vers 968, un incendie aurait permis une réorganisation du quartier, en attribuant aux chanoines les terrains au nord de la cathédrale et au palais épiscopal les terrains au sud. Quoi qu’il en soit, ce quartier n’est attesté de façon certaine par les sources que par un acte de 1132, une charte du roi Louis VI qui permet la création de murs et de fossés. Le quartier canonial semble donc contemporain de la reconstruction de la cathédrale.

Ce quartier abritait les bâtiments communs du chapitre dont il reste peu de vestiges aujourd’hui. La salle capitulaire communiquait avec la cathédrale par un couloir et un revestiaire, et était peut-être parallèle à la cathédrale. Elle n’est pas mentionnée avant les années 1407-1410 et est de toute façon reconstruite au xviiie siècle. La maison de l’archidiacre de Sens était située juste au nord de la salle capitulaire et possédait un auditoire. Celui-ci était bordé des prisons dites du chapitre qui ont subsisté jusqu’au xvie siècle : mais étaient-ce des prisons communes au chapitre et à l’archidiacre ? Il existait aussi dans le quartier un auditoire du bailli (puisque le chapitre disposait de son propre bailli). Le cellier du chapitre, appelé halle au pain car on distribuait les pains du chapitre à l’étage, se trouvait près du portail nord de la cathédrale. Il n’en reste rien aujourd’hui, contrairement à un grand bâtiment voisin à 2 niveaux, très modifié au cours des siècles, qui était la manécanterie au xviiie siècle et peut-être le réfectoire au Moyen Âge.

Ces bâtiments canoniaux étaient bordés de divers bâtiments de service, dont la maison de l’œuvre (c’est un local « technique » - Le maître de l’œuvre résidait ailleurs, hors du cloître), près de la grande place devant la cathédrale, qui a été tardivement remplacée par la bibliothèque du chapitre (auparavant, les livres étaient dispersés). Un puits se trouvait au centre de la place du quartier. En revanche, aucune mention n’est faite d’un cloître « architectural » du chapitre, on indique simplement des « allées du chapitre », des « galeries devers le chapitre ». Il n’y a pas trace non plus d’école capitulaire, qui devait souffrir de la concurrence d’Orléans et de Paris, ni de cimetière à l’intérieur de l’enceinte. Les chanoines sont enterrés à Saint-Sauveur-des-Vignes, un prieuré augustin dépendant de l’abbaye Saint-Jean et situé au nord de la ville, tandis qu’à partir du xiiie siècle, un prieuré puis abbaye Saint-Paul-sur-Vanne, ordre de Prémontré, accueille uniquement les dignitaires. Les chanoines maintiennent ainsi les tradi­tions romaines de rejet des morts au-delà des murailles de la ville, même si à partir de 1340 les cadavres peuvent être enterrés en ville, au grand bénéfice des mendiants, et dans la cathédrale.

Dans le même quartier se trouvent les maisons individuelles des chanoines, remplacées par des hôtels canoniaux à l’époque moderne. Elles étaient pour certaines construites en pierres dès le xiiie siècle, mais on ne connaît pas leur disposition intérieure ni leur affectation. Au xve siècle, quelques maisons semblent réservées à des dignitaires, notamment au grand archidiacre qui aurait disposé de la maison avec l’auditoire, et à l’archidiacre d’Étampes.

Le quartier du cloître abritait aussi deux chapelles. Saint-Cyr, disparue, a été bâtie par l’archevêque Richer en l’honneur de quatre chanoines malades, peut-être au xe siècle. C’est un exemple de chapelle desservie par un petit collège, une collégiale. Mentionnée seulement au xiiie siècle, elle tombe en ruine dès 1450 et est détruite vers 1735 : c’était un hangar de dimensions modestes, une simple toiture reposant sur 2 murs gouttereaux et prenant appui sur les constructions voisines. La chapelle Sainte-Anne dont la voûte carénée existe encore aujourd’hui, était desservie par 3 ou 4 chapelains dans la maison d’un chanoine et avait été fondée par le trésorier de Sens.

À ce quartier canonial, étaient liés l’hôtel-Dieu contrôlé par le chapitre au xve siècle, ainsi que le palais épiscopal sur le flanc sud de la cathédral, un ensemble complexe avec son palais synodal et la chapelle Saint-Laurent, chapelle de l’archevêque mais aussi collégiale à partir de 1367. L’abondance des chapelles dans le quartier canonial se justifie par la rareté des chapelles fondées dans la cathédrale.

Ainsi, le chapitre est le responsable de la reconstruction complète d’un sixième de la ville entre 1150 et 1210.

Les primaties et l'Eglise de France, par Fabrice Delivré

Les primaties ont d’abord pour objectif de limiter l’influence du pape dans les affaires de l’Église de France. C’est ce que l’on peut constater à travers la création des officialités primatiales. Ce tribunal ecclésiastique apparu au xve siècle reçoit les appels de l’officialité métropolitaine. Il permet donc d’établir un échelon supplémentaire avant le pape et de limiter les appels au territoire français. Ces officialités primatiales sont très discrètes : les sources sont peu nombreuses (des registres de comptes, quelques sentences ou bien des lettres de citation à comparaître devant l’official primatial), elles n’ont pas de locaux spécifiques (à Lyon, en 1489, Antoine de Chalon, évêque d’Autun, administrateur du siège de l’archevêque, siège dans le même lieu que l’officialité métropolitaine) ni forcément de personnel propre (la charge d’official de la primatie se confondant avec la charge du doyen du chapitre). Peu à peu, cette officialité primatiale s’individualise et du personnel apparaît (au milieu du xve siècle à Lyon, sous l’impulsion d’Amédée de Talaru). Ces officialités sont contestées, notamment dans leurs procédures de citation, et sont sévèrement encadrées (par exemple, dans les délais d’appel).

La création d’officialités dans les différents sièges métropolitains, comme à Sens ou à Narbonne dès le milieu du xve siècle, permet par ailleurs d’échapper à la mainmise de l’officialité de Lyon, même si le ressort de ces officialités est limité à la seule province. Au cours du xve siècle, les archevêques français se parent du titre de primat, voire du titre de « patriarche » mineur, ce qui a des retentissements sur la désignation du personnel ecclésiastique. Ainsi, une vingtaine d’élections épiscopales font intervenir des primats, comme celle de Louis d’Harcourt à Rouen au cours de laquelle le chapitre traite avec les archevêques de Lyon et de Vienne. Certaines visites épiscopales sont menées par des primats, tandis que certains évêques conduisent des procès pour obtenir une primatie.

Enfin, ces primats interviennent directement dans le monde des chanoines par l’intermédiaire des lettres de collation qu’ils remettent à certains ecclésiastiques. C’est une pratique méconnue mais réelle au xve siècle sous le régime de la Pragmatique Sanction. Ainsi, Alain Olivier est nommé chanoine de Rouen sur nomination de l’archevêque de Lyon : c’est une collation « ordinaire » en apparence (car elle n’est pas faite par l’évêque) mais il faudrait en fait créer une catégorie « collation primatiale » dans le champ concerné dans la base de données pour éviter toute ambiguïté. Ces interventions du primat peuvent être motivées par la négligence de l’évêque ou de l’archevêque local (c’est le cas dans l’exemple rouennais).

Ainsi, toutes ces pratiques correspondent à une volonté manifeste de l’Église de France de s’affirmer face à l’Église universelle de Rome, de même qu’au désir de certains évêques de se distinguer.

Discussion sur le site internet des Fasti

Que peut-on y mettre afin qu’il devienne un outil au lieu d’une vitrine ?

Les outils de travail pourraient être mis en ligne. Certains le sont déjà, comme la liste des archidiaconés. Quant à la bibliographie canoniale, plusieurs écueils sont à éviter, en particulier qu’elle paraisse faire doublon avec les bibliographies éditées dans les volumes ou qu’elle pêche par un évident manque d’exhaustivité. Certains proposent d’intégrer au site le fichier des participants au concile de Bâle, voire la base du Parlement de Paris, mais ce sont des fichiers très lourds et des problèmes de droits pourraient survenir. L’établissement éventuel d’un mot de passe pour accéder à certaines parties du site est évoqué. Enfin, il serait possible – et c’est peut-être ce qui pose le moins de difficultés pour l’instant – d’utiliser le site pour échanger les informations qui figuraient jusqu’à présent dans la « boîte » ; elle pourrait désormais être mise à jour quotidiennement et consultable sans délai.

Sous quelle forme diffuser certaines informations ?

Un forum pourrait permettre une diffusion large et des discussions animées. Mais il faudrait l’autorisation de Paris I (qui héberge déjà le site) pour le faire fonctionner. Par ailleurs, il faudrait choisir entre un forum ouvert à tous mais facile à polluer, ou un forum contrôlé mais demandant une gestion lourde. Enfin, un forum sans participants – ou rempli de trolls – serait une très mauvaise publicité pour l’équipe des Fasti…L’idée n’est donc pas retenue.

En revanche, une liste de diffusion ne nécessite pas d’hébergement particulier, tout en permettant les échanges (les listes de diffusion fonctionnent comme – je simplifie beaucoup – un service de courrier électronique dédié à un seul sujet). Il en existe déjà une sur Menestrel. Le seul problème serait de trouver un service gratuit et qui ne propose pas de publicité. Mais les connaissances de Jean-Nicolas Rondeau ou de Jean-François Cauche dans ce domaine devraient nous permettre de trouver la solution qui correspond à nos attentes.

Echange : qu'est-ce qu'un "concanonicus" ?

La question a été posée par Fabrice Ryckebusch, surpris de trouver ce terme dans le Livre rouge de Dax. Selon Charles de Miramon (Les donnés au Moyen Age), il désigne un lien spécifique entre des individus, hommes ou femmes, laïcs, qui reçoivent de la nourriture au chapitre et conservent ce qui est appelé une prébende pendant toute la durée de leur vie. C’est ce qu’il a pu observer à Huesca et à Saragosse au xiie siècle. Selon V. Tabbagh, ces co-chanoines correspondraient à une autre organisation de la communauté, empreinte de régularité, dans laquelle le nombre des prébendes et de chanoines n’est pas fixé et où il pourrait y avoir des chanoines « associés ».

Cependant, la définition la plus commune semble être celui de « confrère » ou « collègue » au sein d’un même chapitre, ce terme étant employé par un chanoine pour parler d’un autre chanoine. Cette définition à usage interne est d’une banalité totale pour les époques postérieures et au nord de la Loire.

Le régime de collation des bénéfices à l'époque du Grand Schisme d'Occident, par Hélène Millet

L’objectif de cet exposé est de dégager des principes généraux susceptibles d’aider à comprendre comment fonctionna le système des collations bénéficiales à une époque réputée pour avoir voulu retourner à un régime « ordinaire » de collation des bénéfices. A Laon comme ailleurs, ce qu’il faut entendre par « collateur ordinaire » est rarement indiqué de façon explicite par les documents. Pour le chapitre de la cathédrale, en général c’est l’évêque, mais ce peut être le chapitre ou une combinaison des deux en alternance : il faut relever avec la plus grande minutie les indications que donnent les sources à ce sujet. Avec le développement des réserves pontificales après 1265 et l’inflation du nombre des expectatives au début du XIVème siècle, le collateur « extraordinaire » qu’est le pape tend à supplanter l’ordinaire. Au début du schisme, le rôle du pape est tellement écrasant qu’il délivre des indults aux évêques, lors de leur consécration par exemple, ou à des princes laïcs pour qu’ils bénéficient de l’autorité extraordinaire pour la désignation des titulaires de certains bénéfices. Il devient alors très difficile de démêler les droits des multiples candidats à une même prébende.

Cette ligne générale de l’évolution est stoppée lors de la première soustraction d’obédience, officiellement proclamée à Paris le 28 juillet 1398. L’autorité du pape étant récusée, celle des ordinaires est alors censée retrouver son efficacité. Mais seules les sources locales permettent d’apprécier à partir de quand la nouvelle loi fut appliquée dans les diocèses du royaume et du Dauphiné. Une chose est en revanche tout à fait certaine : la nouvelle loi fut appliquée, même par des évêques qui, tel celui de Rodez, avaient voté contre la soustraction d’obédience. On sait en effet que, le 10 mars 1401, chapitre et évêque ruthénois s’accordèrent sur ce qu’était le « régime ordinaire » : ils étaient collateur à tour de rôle, sauf pour la dignité de sacriste, toujours conférée par l’évêque, lequel était tenu de choisir un clerc déjà chanoine. En 1399, l’université de Paris prit conscience que le retour au système ordinaire lésait les intérêts des siens. Au terme d’une grève mémorable, on convint d’établir un tour de rôle obligatoire non seulement pour les universitaires mais aussi pour les serviteurs de la couronne, avec l’établissement de listes centralisées de candidats aux bénéfices (cf. l’ordonnance supposée de 1408 éditée par du Boulay, Historia universitatis parisiensis, Paris, 1670, t.5, p.186-188, à dater en réalité du 20 mars 1400). On peine à percevoir la manière dont fonctionna ce système, normalement en vigueur jusqu’à la restitution d’obéissance à Benoît XIII le 28 mai 1403.

Le pape renoua immédiatement avec ses anciennes habitudes extraordinaires, et, malgré les réclamations de certains, la validité des collations intervenues durant la soustraction ne fut pas remise en cause. La difficulté est ici de savoir jusqu’à quand dura cette nouvelle période de domination pontificale. En effet, le 18 février 1407 fut scellée une ordonnance rétablissant un régime de collation ordinaire, dont l’application fut repoussée tant qu’il y eut un espoir de voir Benoît XIII s’engager dans un processus d’union avec son adversaire. Mais les évêques les plus « gallicans » durent devancer la date officielle de promulgation de cette ordonnance, à savoir le 14 mai 1408.

La période qui suivit trouva un terme facile à établir avec l’élection d’Alexandre V à Pise le 7 juillet 1409. En attendant, le régime des collations sous lequel vécut le royaume et le Dauphiné durant cette période de neutralité (improprement dénommée seconde soustraction) fut clairement défini à partir de Noël 1408 (voir les documents édités par du Boulay, p.175-186). Après avoir conféré un bénéfice au candidat de leur choix, les ordinaires devaient se reporter à une liste de postulants établie de façon centralisée par quatre commissaires aux bénéfices, lesquels devaient se conformer à des règles d’équivalence entre grades universitaires et fonctions exercées au service de la couronne. Plusieurs sources attestant le fonctionnement de ce système ont été retrouvées.

A son avènement, Alexandre V annonça qu’il laisserait aux ordinaires le soin de pourvoir librement aux bénéfices une fois sur quatre. Qu’en fut-il dans les faits et jusqu’à la déposition de son successeur, Jean XXIII, par le concile de Constance, le 29 mai 1415 ? Les sources montrent surtout un retour en force des procédures extraordinaires et la multiplication des procès en matière bénéficiale aussi bien devant le parlement de Paris qu’en Curie.

Le mystère est encore plus épais pour la période de vacance pontificale qui s’étendit jusqu’au 11 novembre 1417, date de l’élection de Martin V. Celui-ci passa un accord avec les représentants de la nation française au concile de Constance le 2 mai 1418 : pape et ordinaire devaient alterner dans la collation des bénéfices. Mais il ne faut pas oublier qu’une notable partie de la France était alors «anglaise »…

Deux conclusions à cette histoire : en l’absence d’indication précise sur l’identité du collateur d’une prébende à cette époque, s’abstenir de toute supputation. Le principe d’une alternance entre ordinaire et pape tendit ensuite à s’affirmer, avec des modalités d’application éminemment variables, établies unilatéralement ou au terme d’un concordat.