Recherche Lexique canonial

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 25 juin 2004

 

Informations générales

Mathieu Desachy vient de soutenir sa thèse à Paris I : « Cité des hommes. Le chapitre cathédral Notre-Dame de Rodez (1215-1562) ».

Le séminaire de Jacques Verger et Hélène Millet (6 vendredis par an, 10h-12h à l’ENS rue d’Ulm) change de thème. Après la problématique de la réforme, ce sera désormais « L’Église et les églises ». Les différentes équipes du GDR Salvé seront invitées à y présenter leurs travaux à tour de rôle. Programme envoyé sur demande par Mme Martin. Les Fasti seront sollicités l’an prochain pour traiter de la place du chapitre cathédral dans l’Église d’un diocèse et son rôle auprès des autres églises.

Un cycle de formation à la liturgie comportant des sessions sur le calendrier, la messe et le bréviaire a été donné en 2003-2004 à l’IRHT par Jean-Baptiste Lebigue. Ce dernier serait prêt à le répéter pour l’équipe des Fasti, en l’adaptant à ses problèmes. Comme 24 personnes ont manifesté leur intérêt, un stage jumelé à l’une de nos journées, celle de l’été 2005, pourrait être envisagé à Orléans. La question est à l’étude avec le service formation du CNRS pour trouver un financement. Benoît Jordan se propose également pour présenter une typologie des objets et vêtements liturgiques au Musée d’art religieux de Dijon. Les personnes intéressées par tous ces projets sont priées de se manifester auprès de Mme Martin (en remplissant le bulletin prévu à cet effet).

I. La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrale, par J.-P. Brelaud

Le chapitre collégial de Notre-Dame de Beaune, au diocèse d’Autun, est une communauté numériquement importante, dotée d’un temporel étendu, et surpassant en richesse et en prestige plusieurs chapitres cathédraux des alentours. Les chanoines de cathédrales se sont-ils intéressés à Beaune en raison de son prestige, ou ont-ils eu tendance à être écartés par un recrutement avant tout local favorisé par la pratique de la cooptation ? Une dichotomie dans la documentation, fondée sur des sources locales pour le XVe siècle, et essentiellement pontificales (sondages dans les éditions de lettres communes de quelques papes) pour le XIVe, conduit à ne formuler que des hypothèses provisoires.

L’examen des carrières bénéficiales des chanoines de Beaune conduit à identifier 116 chanoines ou dignitaires de cathédrales parmi les 488 chanoines beaunois actuellement recensés. Ces 116 individus ont en général détenu un canonicat dans une cathédrale voisine, Autun pour 55 d’entre eux, Besançon, Chalon, Mâcon, Langres… Certains sont chanoines dans des diocèses septentrionaux (Thérouanne, Cambrai…), leur carrière devant profiter de l’influence ducale sur ces régions.

La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est difficile à déterminer, en raison de dépouillements lacunaires. Dans 15 cas, le canonicat de cathédrale est détenu plus ou moins vite après un passage à Beaune, qui apparaîtrait alors comme un début de carrière. Dans près de 75 % des cas, le canonicat de cathédrale est cumulé avec un canonicat beaunois. Ce cumul entraîne un désintérêt pour les affaires du chapitre de Notre-Dame ; même un doyen comme Jean Ogier parvient à être dispensé de résidence à Beaune. Le canonicat beaunois constitue pour ces individus, qui ont tendance à être plus instruits que leurs collègues « locaux », une étape modeste dans une riche carrière. À l’inverse, certains ecclésiastiques privilégient leur canonicat beaunois en faisant des fondations à Beaune ou en nommant leur neveu à des bénéfices beaunois.

La valeur relative d’un canonicat beaunois par rapport à d’autres canonicats est difficile à déterminer. D’après la taxation pour les décimes, ils sont aussi prestigieux sinon plus que les canonicats de sièges épiscopaux environnants. En outre, la collégiale est l’une des plus touchées par les collations pontificales, avec ou sans expectative, sous Jean XXII. Cependant, les permutations réalisées consistent rarement en un échange pur et simple de canonicat beaunois contre un canonicat de cathédrale (ou l’inverse). Soit le canonicat beaunois est accompagné d’un lot de bénéfices divers (cures, chapellenies…), soit l’individu concerne son canonicat de cathédrale et échange son canonicat beaunois avec un ou plusieurs bénéfices mineurs. En outre, les individus qui obtiennent du pape un canonicat et, parfois, une prébende à Beaune ne sont que très rarement titulaires d’un canonicat dans une cathédrale. Enfin, peu de chanoines beaunois sollicitent un canonicat de cathédrale, en particulier sous Urbain V : sont-ils satisfaits de leur sort, ou contraints par la discipline du chapitre, ou bien sentent-ils qu’ils ne peuvent obtenir autre chose ?

Ainsi, la place modeste du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est malgré tout réelle, et les détails fournis par des sources beaunoises d’une grande richesse peuvent intéresser les études sur plusieurs diocèses.

Question/Réponse : À la suite de cette communication, Véronique Julerot se demande si les exemptions n’arrivent pas à Beaune assez tardivement. Vincent Tabbagh ajoute qu’elles concernent tôt les cathédrales mais de manière plus variable les collégiales. Hélène Millet demande si, par leur cursus, certains chanoines se distinguent. Jean-Pierre Brelaud répond qu’il s’avère difficile de le déterminer et que, globalement, leur niveau intellectuel semble surtout meilleur au XVe siècle.

II. Les transformations du recrutement canonial autunois du XIe au XIVe siècle, par Jacques Madignier

C’est au IIIe siècle que l’organisation épiscopale s’établit dans la confédération éduenne qui fut rapidement assimilée au diocèse d’Autun (episcopus civitatis eduensis). Les contours de la communauté cléricale vivant dans l’entourage de l’évêque se dessinèrent à partir du VIIe : en 677, elle comptait une quarantaine de membres ; au milieu du IXe, une cinquantaine, ce qui la situait au niveau de celles de Langres (48), de Paris (50), d’Auxerre (59). Aux XIIe-XIIIe siècles, le chapitre autunois regroupait 48 prébendes, avec prébendes doubles pour le doyen et le chantre. Parmi ces 48 prébendes, 10 étaient réservées aux dignitaires. Durant les XIe et XIIe, le rôle et la place de chacun de ces dignitaires se transformèrent en particulier lors de la séparation de la mense épiscopale et la mense canoniale : doyen et chantre furent portés à la tête du chapitre ; les deux prévôts de Sussey et de Bligny, les quatre archidiacres d’Autun, d’Avallon, de Beaune et de Flavigny rétrogradèrent, ce qui occasionna de multiples conflits de prérogatives entre les uns et les autres ; les deux ultimes dignités étaient confiées aux abbés de deux abbayes sécularisées, celles de Saint-Étienne et de Saint-Pierre l’Étrier ; le sénéchal fut exclu du rang des dignitaires pour n’être que le majordome de l’évêque.

Les travaux conduits par Jacques Madignier, dans le cadre d’une thèse de doctorat sous la direction de Vincent Tabbagh ont permis d’établir une liste de 760 chanoines (54 pour le XIe ; 141 pour le XIIe ; 215 pour le XIIIe et plus de 240 pour le XIVe) et de mettre en évidence les structures et les transformations du recrutement canonial autunois.

1. La cohérence du recrutement du XIe siècle au XIIIe siècle : durant ces trois siècles, le recrutement du chapitre cathédral resta presque immuable ; cela s’expliquait par la collation de l’ordinaire, partagée entre le chapitre et l’évêque : au chapitre revenait le droit de nommer le doyen, le chantre et les chanoines ; à l’évêque, le droit de choisir les 8 autres dignitaires. Les chanoines autunois étaient très majoritairement issus des lignages nobles de Bourgogne (85 % des chanoines à l’origine sociale connue), ce qui n’excluait pas qu’il y ait eu quelques chanoines d’origine urbaine, venus des cités d’Autun, de Beaune, de Semur… Aux XIe-XIIe siècles, le recrutement des dignitaires se faisait dans les familles ducales et comtales ou chez leurs alliés les plus proches (les lignages de Bagé, de Mont-Saint-Jean…) ; les simples chanoines se recrutaient dans la petite noblesse proche de la cité autunoise. Au XIIIe siècle, le recrutement s’élargit aux clans familiaux qui tenaient châteaux sur l’arrière côte bourguignonne et en Auxois : les lignages de Vergy, Corrabuef, Châteauneuf, Sully, Marigny, Arcy, Pouilly… fournirent nombre de dignitaires ; le moindre cadet de miles tenant maison forte dans le diocèse pouvait devenir chanoine. Durant ces trois siècles, une dizaine de familles assurèrent leur mainmise sur le chapitre et en particulier sur les dignités ; l’ouverture sociale restait limitée, car tout chanoine avait le constant souci de pérenniser la présence de sa famille (la moitié des membres du chapitre d’origine connue avait un parent au chapitre). Par conséquent le recrutement géographique était étroit (85 % des chanoines à l’origine connue étaient issus du diocèse) ; les rares « étrangers » venaient des diocèses voisins, prioritairement des diocèses de Chalon sur Saône, de Mâcon, de Langres, de Besançon. La formation tant religieuse qu’intellectuelle était faible. La plupart des chanoines d’Autun étaient de simples clercs et ce n’est que sous la pression des papes (Alexandre IV) que leur niveau s’éleva, que la part des prêtres tendit à s’accroître. Au final, les carrières canoniales autunoises réservées aux cadets des clans aristocratiques bourguignons, étaient très stéréotypées. Les plus hauts dignitaires aspiraient à briguer le siège épiscopal (au XIe, 100 % des évêques étaient issus du chapitre ; au XIIe siècle, 60 % ; au XIIIe siècle, 50 %). L’ambition des autres chanoines était très réduite : les cumuls étaient rares et l’aventure au service des puissants ne les tentait guère.

2. Les bouleversements du recrutement au XIVe siècle : à partir de la fin du XIIIe, la rupture de conjoncture, la montée en puissance des pouvoirs laïc et pontifical, l’émergence d’une élite urbaine formée dans les universités firent voler en éclats le modèle autunois. L’irruption de la collation pontificale fut brutale et décisive. Elle s’imposa d’abord à l’occasion d’élections épiscopales litigieuses (1283, 1298), puis s’attaqua aux dignités et canonicats. Les interventions furent massives sous Jean XXII (moyenne de 5,5 par an) et sous Grégoire XI (moyenne de 4,5 par an). Cela conduisit à un glissement des aires de recrutement : le recrutement local déclina (43 % au XIVe) et se redéploya à travers le diocèse ; le recrutement s’ouvrit aux diocèses voisins, aux provinces ecclésiastiques du Sud et à l’Italie d’où étaient originaires les protégés des papes. Le recrutement social resta majoritairement aristocratique même si on devine une poussée du recrutement urbain venu des villes méridionales mais aussi des villes du diocèse. Formation religieuse et formation intellectuelle progressèrent rapidement, à la fois sous l’influence des clercs étrangers au diocèse et la volonté d’adaptation et de survie des clercs locaux (28 % des chanoines désormais dans les ordres sacrés, 41 % de chanoines diplômés). Les carrières au service des grands devinrent courantes (cela concernait 41 % des chanoines autunois, 22 % occupant des postes d’officiers, 19 % ayant le statut de familiers). De nouveaux profils de carrières se dessinèrent, largement influencés par la pratique du cumul. On assista à la montée en puissances des carrières protégées, qui concernaient les étrangers à Autun mais aussi les Autunois : en premier lieu, les serviteurs de l’Église : cardinaux (11), serviteurs et officiers du pape (40), serviteurs des cardinaux (20) ; puis les serviteurs des puissances laïques : serviteurs du roi de France (15), du duc de Bourgogne (22). Tout cela n’excluait pas la persistance importante de carrières canoniales locales, aux ambitions réduites au cumul de prébendes de collégiales, de cures, de chapellenies… Alors que l’attraction de la cour bourguignonne et des riches collégiales tarissait quelque peu le recrutement venu de la côte et de l’arrière côte bourguignonne, les chanoines autunois provenaient désormais de l’Auxois, du Morvan et du val d’Arroux… et par leur présence régulière assurait une sorte de stabilité au chapitre. La soustraction d’obédience de 1398 rétablit le système de collation de l’ordinaire et marqua le retour d’un recrutement presque exclusivement local, laissant ainsi le champ libre à l’influence grandissante des ducs de Bourgogne.

III. Quelles sources pour étudier les chapitres de Digne et Riez ?, par Thirry Pécout

Digne et Riez sont deux petits diocèses des Pré-alpes du sud, supérieurs en superficie au diocèse de Vence. Ces diocèses abritent une cinquantaine de paroisses et, à la fin du XIIIe siècle, leur taxation pour la décime est assez basse.

Ces dernières années ont vu un renouveau de la recherche, notamment archéologique. Dans les zones basses se trouvent les vestiges antiques, tandis que la cathédrale médiévale se situe plutôt en hauteur. Pour celle-ci, des travaux de fouilles ont été entrepris à Digne. À Riez, un programme est en cours : principalement axé sur l’Antiquité, il permettra malgré tout d’approfondir notre connaissance de la cathédrale antique et notamment du baptistère entretenus par le chapitre à partir du XIIe siècle.

Les fonds documentaires de ces deux diocèses sont extrêmement pauvres, les érudits modernes et contemporains se révèlent donc tout à fait précieux. À Digne, Pierre Gassendi, précurseur de l’historiographie provençale au XVIIe siècle, a effectivement transmis les archives du chapitre à l’occasion de son installation comme prévôt. Son prédécesseur ayant entrepris de les brûler (certains manuscrits portent sans doute encore les traces de cette tentative), il entreprend un sauvetage ainsi qu’un inventaire des transcriptions de confirmations pontificales du XIIe siècle. Son travail s’avère d’une grande fiabilité. Pour Riez, c’est un prêtre bénéficié qui, avant 1758, s’attelle à cette tâche mais réalise simplement un inventaire de titres récemment découverts et jusqu’alors conservés dans des archives privées, base de sa publication concernant la succession des évêques de Riez. À cette source s’ajoutent également quelques titres dispersés, dans les archives comtales ou dans le fonds des ordres militaires par exemple. Au XIXe siècle, le chanoine Albanès (1897) débute des recherches dans le cadre d’un procès en canonisation d’Urbain V : il mêle foi en l’apostolicité des Églises provençales, légendes magdaléniennes mais aussi une méthode rigoureuse. Les archives départementales des Bouches du Rhône (26 F, fonds Albanès) conservent des liasses de ses notes, dont certaines ont été publiées dans sa Gallia Christiana Novissima ; beaucoup restent toutefois inédites. Il a collecté des actes, des bulles de nominations, toutes ces informations étant présentées sous forme de petites fiches. L’historien dispose donc de sources très éparses, d’autant plus particulières qu’elles ne comprennent pas d’obituaire (perdu, celui-ci a tout de même été consulté par les rédacteurs de la Gallia ; l’obituaire d’Aix peut aussi pallier cette absence ; l’obituaire de Digne a été copié au début du XVIIe siècle). Il reste encore à dépouiller les sources non-locales.

En fait, ces archives locales permettent essentiellement une histoire du temporel. Pour Digne, Thierry Pécout dispose de nombreux statuts provinciaux et capitulaires (de 1214 à la fin du XVe siècle), auxquels s’ajoutent une ordonnance et un registre des sentences du prévôt pour la période 1337-1338, un curieux cartulaire commençant en 1320 par une délibération capitulaire et par une constitution de Jean XXII partiellement retranscrite (Suscepti regiminis). Les actes notariés qui sont assez fournis pour la deuxième moitié du XVe siècle offrent des informations complémentaires. En revanche, il n’existe pas de délibérations capitulaires et, bien que le registre des anniversaires soit actuellement conservé, celui-ci couvre une courte période, mi XVe siècle– mi XVIe siècle. À Digne comme à Riez, le chapitre comporte douze membres au XIIIe siècle avec, le plus couramment, huit présents. Les dignités sont difficiles à déterminer. Le prévôt, qui possède un double suffrage est attesté à la fin du XIe siècle pour Riez et au XIIe siècle pour Digne. Pour cette dernière, un archiprêtre est mentionné vers 1250, mais à une seule occasion. En revanche, des archidiacres sont attestés dans les deux chapitres au XIIIe siècle. À Riez, l’archidiacre apparaît toujours avec les chanoines, comme un membre parmi d’autres. À la fin du XVe siècle, se note la présence d’un sacriste qui tient aussi la fonction d’official (dont la première occurrence se trouve en 1320). Dès le XIIIe siècle, le chantre est présenté comme un personnage à la formation de qualité.

Le temporel est de constitution récente (à l’instar d’autres diocèses provençaux), beaucoup plus structuré à partir du XIIIe siècle. C’est au cours de cette période que semble s’opérer un véritable tournant en la matière : l’évêque procède à des évictions, sous la protection comtale, à la captation d’héritage, notamment par le biais de chanoines, uniques dépositaires de petites fortunes familiales et locales. Un temporel rural, qui tend particulièrement à se constituer le long d’un axe antique, nécessite par ailleurs, en 1340, une réorganisation.

Thierry Pécout termine son exposé en signalant le renouveau du culte de l’évêque et confesseur fondateur du siège épiscopal de Riez 1230, avec l’acquisition d’un reliquaire de saint Maxime.

Question/Réponse: Cette communication suscite une question méthodologique : quel est l’intérêt d’avoir choisi deux diocèses appartenants à des provinces ecclésiastiques différentes. Thierry Pécout répond qu’il y a, en réalité, peu d’échanges entre les deux, qu’il s’agit davantage d’un choix d’ordre pratique, et que les sources disponibles différentes pour les deux sièges en éclairent les structures de manière complémentaire.

IV. Calendriers liturgiques et inventaires de reliques. Comment les traiter ? L'exemple d'Angers, par Jean-Michel Matz

Il s’agit de déterminer comment le chapitre cathédral peut jouer un rôle dans la vie liturgique. Les manuscrits liturgiques qui constituent évidemment des sources principales posent deux problèmes :

  • un problème d’attribution
  • un problème de datation

Lorsqu’un manuscrit porte un ex-libris, l’attribution à une église particulière est plus évidente, de même que l’étude d’un calendrier peut permettre une telle attribution (exemple à Angers avec la collégiale Saint-Jean-Baptiste).

La présence, l’absence d’un saint récent ou canonisé facilitent par ailleurs la datation d’un manuscrit, que la mention soit d’une première ou d’une seconde main. L’introduction des saints mendiants, des fêtes de saint Louis, de saint Yves (canonisé en 1347), ou encore la translation de saints (ex. : 16 août 1239, translation de saint Maurille) sont également de bons indicateurs.

L’étude de ces manuscrits amène quelques constatations. Jean-Michel Matz observe tout d’abord une augmentation du nombre des fêtes du XIIIe au XVIe siècle : une centaine au XIIIe siècle, environ 250 au début du XVIe siècle. Les fêtes du Christ, de la Vierge (à l’exception de celle de la Visitation car Urbain VI l’institue au cours du Grand Schisme), ainsi que les fêtes des martyrs, ne présentent pas d’intérêt au plan local. Il faut, en revanche, relever les fêtes des évêques angevins : dix sont célébrés, dont saint René qui n’a jamais existé. Importe ensuite le degré de solennité de ces fêtes, dont la hiérarchisation passe par plusieurs procédés à partir du XIIe siècle :

L’utilisation d’une encre de couleur (rouge par exemple), la rubrication indiquant seulement une solennité mais non son degré.

L’introduction plus ou moins tardive des vigiles, la veille, ou d’octaves (ex. : saint Maurice, saint René), pouvant intervenir dans un délai de 5 à 8 jours après la fête.

Les inventaires de reliques sont, avec ces manuscrits, des sources essentielles. À chaque changement d’officier, un nouveau document est réalisé, qui ne pose donc généralement pas de problème de datation et d’attribution (Jean-Michel Matz exclut ici un document de 1211 : cet acte est davantage un procès-verbal ; très incomplet, il suggère une considérable augmentation entre 1300 et 1500, donnant une image fausse de l’état du trésor au début du XIIIe siècle). Ces actes ne reflètent pas, cependant, l’état matériel des reliques : alors que les comptes de la fabrique consignent des réparations faites aux reliquaires, les inventaires n’en font pas mention. Le seul saint récent dans les sources angevines est saint Yves.

Ces reliques nécessitent, par la suite, de déterminer leurs origines (ce sont essentiellement des laïcs qui en font présent, surtout des nobles telle Marguerite d’Anjou, morte en 1482) et d’en dresser la typologie : reliques du Christ, de la Vierge, des saints de l’Ancien Testament, des apôtres, des papes, des évêques, des moines, des femmes, des saints locaux et / ou récents. Jean-Michel Matz constate alors l’archaïsme du trésor de la cathédrale d’Angers, peu riche en reliques et en saints (contrairement aux 250 reliques du Mont-Saint-Michel). Le nombre de saints est toujours inférieur au nombre de reliques ; plus généralement, la part prise par les saints évêques dans un trésor de cathédrale est toujours très variable (20 % à Sens, 14 % à Bayeux).

Questions/Réponses : Les réactions à l’intervention de Jean-Michel Matz sont nombreuses. Les premières interrogations portent sur les chapes et le droit de chape. Dans les chapitres, cet élément vestimentaire très important peut être porté par les seuls chanoines. Vincent Tabbagh souligne qu’à Rouen, il peut être de couleurs très différentes, parfois même aux armes des familles ou selon le goût des chanoines. Cette constatation est confirmée à Angers par Jean-Michel Matz. Les participants remarquent aussi l’existence des fêtes à trois chapes, c’est-à-dire de fêtes où trois chanoines célébrants, en chape, se trouvent au chœur. À Rouen, Reims et à Sens, on ne connaît pas d’expression similaire. À Amiens, au contraire, les sources mentionnent ces fêtes. L’absence de fêtes doubles ou triples des calendriers angevins est surprenante. Certains se demandent également si la cathédrale initie des fêtes ? S’il y a émulation et concurrence avec les collégiales ? Jean-Michel Matz répond qu’il faudrait mettre en évidence une prééminence de la cathédrale et savoir si sa dédicace est fêtée par toutes les églises du diocèse. On remarque l’obligation faite à tous les diocésains de faire un pèlerinage au moins une fois à la cathédrale, rappelée par l’évêque au XIIIe siècle et certainement déjà passée dans les faits. Toutes les processions angevines partent et reviennent à la cathédrale, sans jamais passer par les couvents mendiants, les frères étant même absents des collèges requis. Vincent Tabbagh demande s’il n’y aurait pas un rapport entre les statuts synodaux et le calendrier liturgique de la cathédrale ? À Angers, les fêtes chômées décidées par l’évêque ne semblent pas induire de nouvelles fêtes dans le calendrier.

V. Ebauche de notice institutionnelle pour le diocèse de Tours, par Antoni Rougeaux

Pour sa maîtrise (soutenue la veille) sous la direction d’Hélène Millet et Jean-Philippe Genet, Antoni Rougeaux a repris le dossier des chanoines de Tours commencé par Philippe Maurice dans le cadre d’une bourse post-doctorale. Il présente les problèmes auxquels il a été confronté. La principale difficulté a été de déterminer qui était ou non dignitaire, notamment les archiprêtres. À Tours, le chapitre semble comporter huit dignitaires. Pour établir la liste des dignitaires (8 ?), Antoni Rougeaux avait des sources contradictoires. Il semble que quatre archiprêtres aient été officiers mais non dignitaires, à la différence du grand archiprêtre de Tours qui était quant à lui un dignitaire.

Question/Réponse: Vincent Tabbagh remarque que les archiprêtres sont assez rares en France du Nord. À Tours, les sources ne mentionnant jamais les doyens ruraux, les archiprêtres occupaient probablement aussi cette fonction.

Compte rendu établi par Delphine Lannaud et Jean-Pierre Brelaud, relu pour ce qui les concernait par Jacques Madignier, Jean-Michel Matz et Thierry Pécout.

Abréviations des diocèses et des archidiaconés

Abréviations bibliographiques

 

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 11 janvier 2008

 

Nouvelles

Le volume sur Poitiers paraîtra au printemps.

6 nouvelles abréviations sont utilisables dans la base FEG :

elles doivent être "collées" aux dates :

  • map = mort après
  • nap = né après
  • mav = mort avant
  • nav = né avant
  • mca = mort circa
  • nca = né circa

Que mettre dans la page "Informations du diocèse" ? Il faut indiquer les différences existant entre la base FEG et le volume papier. Par exemple, pour "Sources", vous devez cocher Oui ou Non : cela revient à dire si, oui ou non, la liste des sources (indiquée dans le volume papier) est disponible sur la base FEG.

"En-têtes de listes chronologiques" = si vous ne souhaitez pas reprendre les chapeaux de présentation insérés dans les volumes précédents pour chacune de ces listes, vous pouvez saisir un texte personnalisé.

Dans la future base Brepolis de consultation payante, on pourra étendre les recherches à la parenté. Il n’y aura pas identité entre elle et l’actuelle base FEG.

Deux thèses ont été soutenues avec succès :

  • Delphine Lannaud, Les évêques des diocèses bourguignons à la fin du Moyen Age (1415-1515).
  • Marie-Laure Jalabert : Autour du Livre vert : idéal et réalités de la seigneurie des archevêques de Narbonne, de Gilles Aycelin à Pierre de La Jugie (1290-1375).

Entrée de 3 livres dans la bibliothèque :

  • Carreiras eclesiasticas no Occidente Cristao
  • Fasti Ecclesiae Scotticanae
  • Kristiane Lemé : Les stalles de la cathédrale d’Amiens

 

Projet européen

Il existe plusieurs programmes européens dans lesquels les « Fasti Ecclesiae Gallicanae »pourraient s’intégrer. Le premier objectif que l’équipe s’était fixé, consistait à postuler dans le programme Infrastructure. Mais les chances de sélection étaient très minces ; on a donc choisi de se tourner vers un autre projet intitulé eContenplus, géré à Luxembourg-Ville.

L’appel d’offres de ce dernier est attendu pour juin 2008, avec dépôt de dossier en octobre. Une réunion a eu lieu en septembre à Paris avec les futurs partenaires, portugais, hongrois et croate ainsi que notre éditeur, Brepols. Il est apparu nécessaire de ne pas se contenter de présenter un projet centré sur la prosopographie, mais d’inclure d’autres corpus documentaires fondés sur les textes et les images, voire le son. Notons que notre logiciel a été demandé par les équipes hongroise et croate. Dans le but de le transmettre avec plus de sécurité et de le protéger, Stéphane Raux a repris l’écriture du code source et un dossier de déclaration d’invention a été déposé en vue d’obtenir une licence Cecill.

Le désir de travailler ensemble, même en cas de rejet du projet européen, a conduit à explorer la voie des GDRE, Groupe de Recherche Européen.

 

Notice institutionnelle du diocèse de Strasbourg, par Benoît Jordan

(N.B. : ce qui suit n'est pas un compte-rendu mais la copie du document diffusé par B. Jordan lors de la réunion).

Historiographie

Sources

Le fonds du grand chapitre est divisé en deux parties, conservées l’une aux Archives de la Ville et de la Communauté Urbaine de Strasbourg, l’autre aux Archives départementales du Bas-Rhin. D’une manière générale, les décisions du chapitre n’ont pas fait l’objet de transcriptions avant la fin du XVe siècle. Il n’y a pas de série constituée avant 1521 ; un seul registre est antérieur à cette date. On ne dispose pas non plus de listes de présence pour le Moyen Age.

AVCUS
  • 117 Z 1 : acta capituli ecclesie argentinensis (1452-1463). Selon Ph. Lorentz, ce registre consignant les faits marquants de la vie capitulaire peut être considéré comme « l’ébauche d’un registre de délibérations capitulaires » : audition de comptes, réception de chanoines ou de chapelains, copies d’attestation d’hérédité…
  • 117 Z 76 : cartulaire du chapitre. (XIIIe-XVe s.). Les actes concernant des biens à Strasbourg ont été publiés dans l’Urkundenbuch. Le plus ancien acte transcrit date de 1281 ; la majorité des actes est du XIVe s.
  • 117 Z 82 : liber missivarum variarum (1466-1481). Le secrétaire se réfère aux décisions capitulaires.
  • 117 Z 164 : actes isolés antérieurs à 1500.
  • 117 Z 194 : liber presentationum beneficiorum sive prebendarum curie thesaurarii ecclesie argentinensis (1426-1521).
  • 117 Z 196 : liber investiturarum (1470-1511).
  • 117 Z 198 : pièces isolées relatives à des fondations et des bénéfices (six pièces antérieures à 1500, dont une invitation faite à Etienne, comte palatin, nommé chanoine, à venir prêter serment - 1456).
  • 117 Z 213-216 : pièces isolées concernant les propriétés, les fondations, les bénéfices.
  • 117 435-437 : Küchenbücher (libri coquinae), ou listes de distribution (1451). Le 117 Z 436 (1451) donne une liste des membres du chapitre ainsi qu’une esquisse d’arbre généalogique de Henri de Henneberg, avec cette particularité d’indiquer uniquement les femmes à partir de la deuxième génération. Le 117 Z 437 donne la liste des dignités avec les nominations à différentes prébendes ou fonctions réservées aux titulaires de chaque dignité.
ADBR
  • G 2733 : cartulaire dressé en 1347 sur ordre du doyen Jean de Lichtenberg. La seconde partie de ce cartulaire a disparu, mais a fait l’objet d’une table dressée en 1787 (par J. J. Oberlin), conservée à la BNF, ms lat. 10934.
  • G 3463-3466 : Antiqua registratura : transcription intégrale d’actes anciens, réalisée au XVIe s.
  • G 3467 : liber coquinae (XIVe s.).
BNUS

Ms 5213 : liber coquinae (1418) avec liste des distributions en argent et en nature ; texte des serments que les nouveaux chanoines et dignitaires doivent prêter ; liste des bénéfices à la collation de l’évêque et des dignitaires ; liste des cours domaniales.

 

Bibliothèque humaniste de Sélestat

Ms 91 : Manuscrit de Melk. Ce manuscrit écrit vers 1224-1227 tient son nom de l’abbaye autrichienne qui le possédait avant son rachat par la bibliothèque humaniste de Sélestat au début du XXe siècle. Il a été publié en plusieurs articles dans le Urkundenbuch der Stadt Straßburg, t. IV/1. Il se compose d’un obituaire (dressé vers 1228 et complété jusque vers 1270) et d’un censier et registre de distributions pour la même époque. Y ont été ajoutées des actes divers, sans ordre, statuts capitulaires, fondations pieuses, transfert de cours claustrales, sur une période allant jusqu’au XVe s. Aussi porte-t-il le nom de liber regulae.

 

Folios Analyse (référence dans USS, IV/1)
54 Trois décisions du chapitre sur les fêtes à célébrer à la Sainte-Marguerite, à la Saint-Henri (empereur), et sur l’administration des prébendes vacantes (40).
54 Attribution de revenus au curé de Molsheim par l’évêque Berchtold – 1233 (45).
93-94 Etat des revenus en nature et en argent, au profit des chanoines (26).
94-95 Commutationes vel concambia quarundam oblationum, que selgerete nuncupantur, breviter statuimus annotare, ne anime fidelium in anniversariis earum debitis vigiliarum et missarum officiis privarentur et ne portarius negligentia vel alii canonici ejus arguerentur (27).
95-97 Descriptio quorundam arealium infra civitatem sitorum ad oblations, que vocantur Selgerete, pertinentium (25).
97 Descriptio arealeum et domorum infra civitatem partim ad communes usus fratrum partim ad cenam pertinencium, que ex parte inter arealea superius scripta descripsimus, que iterum propter specialem pertinentiam describemus (29).
98-99 Item descriptio allodiorum extra civitatem sitorum ad communes usus ad cenam pertinencium (30).
99 Hic continentur feoda, de quibus olim dabantur servicia, sed modo dantur denarii, qui dicuntur dienstphenninge (31).
99-100 Annotations sur des revenus en argent et en nature dus par des particuliers (32).
100-102 Nota. Hec sunt bona, que sita sunt extra civitatem, de quibus dantur denarii frumentum et vinum, que pertinent ad selgerete et portarius debet dividere fratribus (33).
102 Annotations sur les distributions en nature à effectuer pour l’entretien du réfectoire par le pincerna et le cellérier (34).
102-103 Annotations sur les distributions que doit faire le portier (35).
104-105 Hic continentur qui habent arealea de Selgerete intra civitatem sita et dant censum debitum (28).

Les actes émanant du chapitre ou reçus par lui ne donnent que rarement le nom des individus qui le composaient. Bien souvent, la mention des membres est globale, seul le nom d’un ou de deux dignitaires étant précisé. En revanche, un certain nombre d’actes conservés dans des fonds divers ont été publiés dans le Urkundenbuch der Stadt Straßburg, pour la période antérieure à 1400 ; ils intéressent des chanoines à titre individuel. Les Regesten der Bischöfe von Straßburg dont le tome II porte sur la période 1202-1305, contiennent un certain nombre d’analyses intéressant le chapitre.

 

Bibliographie

Le sujet a été étudié dans ses grandes lignes à travers trois thèses :

  • Adam VETULANI, Le grand chapitre de Strasbourg des origines à la fin du XIIIe siècle, Strasbourg, 1927, X-108 p. (collection d’études sur l’histoire du droit et des institutions de l’Alsace, t. II).
  • Jean ROTT, Histoire du chapitre cathédral de Strasbourg au XIVe et au XVe siècle, dactyl., 1932, thèse d’école des Chartes.
  • Philippe LORENTZ, Les chanoines de la cathédrale de Strasbourg aux XVe et XVIe siècles, dactyl. 1988, thèse d’école des Chartes, la seule qui se place dans la perspective prosopographique.

Dans un article paru en 1970 (Archives de l’Eglise d’Alsace), René Levresse publie plusieurs listes de chanoines entre le XIe et la fin du XVIe siècle. Le même auteur a rapidement étudié les custodes de la cathédrale au XIIIe siècle : « Les custodes de la cathédrale de Strasbourg au XIIIe siècle » (AEA, 1985, p. 19-24).

  • Urkundenbuch der Stadt Straßburg (avant 1400), 7 t.
  • Regesten der Bischöfe von Straßburg, ed. Alfred Hessel und Manfred Krebs, Innsbruck, 1924-1928 (t. II : 1202-1305).
  • LEVRESSE, René, « les suffragants de Strasbourg », AEA, 1974, p. 13-19.
  • RAPP, Francis, Réformes et réformation à Strasbourg, Paris, 1974.
  • RAPP, Francis, « les évêques auxiliaires à la fin du Moyen-Âge dans les diocèses de Constance, Bâle, Strasbourg et Spire », ds Les prélats, l’Eglise et la Société, XIe-XVe siècle. Hommage à Bernard Guillemain, Bordeaux, 1994, p. 109-117.
  • LEVRESSE, René-Pierre, « Les origines de l'officialité épiscopale de Strasbourg, au XIIIe siècle », AEA, 1986, p. 1-54.
  • - Id., «L'évolution historique de l'officialité de Strasbourg, (XIIe-XVIe siècle), la rançon du succès », AEA, 1988, p. 67-86.
  • - Id., « Les causes internes de la ruine de l'officialité », AEA, 1992, p. 79-149.
  • - Id. « L'officialité épiscopale de Strasbourg : son organisation », AEA, 1993, p. 117-179.
  • WERCKMEISTER, Jean, « les capitulations des évêques de Strasbourg du XIIIe au milieu du XVe siècle », AEA, 1974, p. 21-45.
  • JORDAN, Benoît, « Le Bruderhof, les cours capitulaires et les chanoines de la cathédrale au Moyen Age », Bulletin de la cathédrale de Strasbourg, t. XXV, 2000, p. 165-177.

 

Géographie et histoire du diocèse

Le diocèse de Strasbourg s’étend sur une bonne partie de la Basse-Alsace, mais laisse le nord de la forêt de Haguenau, au-delà de la rivière du Seltzbach, au diocèse de Spire. Il possède une enclave dans le diocèse de Bâle qui couvre la Haute-Alsace : la région de Lautenbach, dans la vallée de Guebwiller, relève de sa juridiction. A partir du VIIe siècle, des localités sur la rive droite du Rhin, formant l’Ortenau, dépendent de l’évêque de Strasbourg. Du côté occidental, les limites avec les diocèses de Metz et de Toul ont connu des variations importantes, notamment à l’époque carolingienne : l’autorité du prélat messin s’étend alors jusqu’à Neuwiller-lès-Saverne. Plus tard, les limites varient dans la haute vallée de la Bruche et en Alsace bossue. C’est ainsi que le diocèse est voisin des diocèses de Spire, de Metz, de Bâle, de Constance. Il faut également rappeler que l’évêque, en tant que prince territorial, est propriétaire de la région de Rouffach, depuis Soultz jusqu’à Eguisheim, son voisin bâlois en étant le supérieur au spirituel. Enfin, le siège de Strasbourg est suffragant de l’archevêché de Mayence, dont l’autorité est théorique.

L’évêché de Strasbourg

Un siège épiscopal existe à Strasbourg (Argentoratum) au IVe siècle La ville reste jusqu’au XIIIe sous l’autorité seigneuriale de l’évêque. En 1262, au terme d’une guerre ouverte, les troupes de l’évêque Walther de Geroldseck sont battues à Hausbergen et la ville, par un accord scellé l’année suivante, se voit reconnaître une totale autonomie. Strasbourg est désormais ville de l’Empire. L’évêque n’apparaît plus qu’épisodiquement dans les murs de la ville. Cela se manifeste par l’absence de palais épiscopal. Le Fronhof (sur la place au sud de la cathédrale) apparaît au XIVe siècle comme un centre administratif plus que comme une résidence : l’évêque Jean de Dirpheim loue un hôtel comme résidence, le futur Luxhof. Les prélats résident plus volontiers à Saverne, à Molsheim ou au château du Haut-Barr.

La cathédrale

Une première cathédrale existait peut-être à l’époque mérovingienne. Le poète Ermold le Noir, exilé en Alsace par Louis le Pieux, donne dans un long poème une description d’un édifice en bois, sans doute celui qui est détruit en 1002 lorsque le duc de Souabe Hermann attaque la ville et l’incendie pendant la guerre liée à l’élection de l’empereur Henri II. L’évêque Werhinari ou Werner, membre de la famille appelée plus tard de Habsbourg, commence en 1015 la reconstruction d’un édifice aux dimensions exceptionnelles. Des travaux de consolidation de la tour nord du massif occidental ont permis, dans les années 1912-1925, d’identifier les fondations de 1015 : la cathédrale de Werhinari avait les dimensions de l’édifice actuel.

Cette cathédrale est reconstruite à partir des années 1160. Vers 1240, le chœur et le transept sont achevés. C’est à ce moment que l’art gothique fait irruption dans le monument avec les tympans du croisillon sud et le pilier des anges. La construction de la nef, entre les années 1240 et 1275 consacrent l’épanouissement du style gothique rayonnant. Entre 1277 et les années 1390, on élève en plusieurs étapes le massif occidental jusqu’à la plate-forme. La construction de la tour octogonale et de la flèche intervient entre 1399 et 1439.

 

Les collégiales

Les collégiales existant dans le diocèse recrutent leurs membres dans un milieu socialement différent de celui du chapitre cathédral. On les donne ici pour mémoire  :

À Strasbourg :

  • Saint-Thomas
  • Saint-Pierre-le-Vieux (déplacé de Honau à Rhinau, puis à Strasbourg en 1398)
  • Saint-Pierre-le-Jeune
  • L’oratoire de la Toussaint, plus modeste (fondé en 1327)

Hors de Strasbourg :

  • Saint-Adelphe à Neuwiller-lès-Saverne
  • Saint-Léonard à Boersch, dont le chef est le prévôt de la cathédrale
  • Saint-Florent de Niederhaslach
  • Saint-Arbogast de Surbourg

Un corps ecclésiastique, bien que n’étant pas défini comme un chapitre, intéresse de près les chanoines : le grand chœur, établi à la cathédrale, dont les membres dotés de prébendes sont chargés d’assumer un office délaissé par les chanoines. Une confraternitas est signalée à la fin du XIIIe siècle. En 1364, le grand chœur compte 64 membres qui obtiennent en 1414 le droit de porter l’aumusse et le bonnet en peau d’écureuil à l’instar des chapitres de Saint-Thomas, Saint-Pierre-le-Vieux et Saint-Pierre-le-Jeune. A la tête de cette institution figure le roi du chœur, une dignité qui aurait été créée par l’empereur Henri II en 1012. En 1437, le corps des prébendiers se dote de sept députés, chargés de représenter leur communauté auprès des chanoines qui conservent le contrôle de leur gestion. Jamais le grand chœur n’obtiendra une totale autonomie de la part des chanoines pour qui ses membres, malgré leurs qualités personnelles, restent de simples vicaires – voire de simples serviteurs. Les prébendiers fonctionnent d’une manière identique à celle d’un chapitre, avec répartition des revenus, tenue de comptes, biens communs et siège administratif (le Gürtlerhof).

L’organisation diocésaine

L’évêque s’entoure d’administrateurs qui forment son gouvernement au spirituel et au temporel. La part que les chanoines prennent à ce gouvernement entre 1250 et 1500 se résume le plus souvent à un exercice de contrôle et à des prétentions parfois assouvies, parfois agitées sans résultat. Notons que l’archevêque de Mayence n’intervient pas ou très peu dans le diocèse de Strasbourg. Il fait un essai d’imitions en 1300, mais il échoue face à un soulèvement de l’ensemble du diocèse.

 

Les suffragants

Les suffragants, évêques in partibus, ne sont jamais issus du chapitre cathédral, sauf une exception, en 1297. Avant 1450, on ne trouve guère que des religieux avec une prédominance pour les Mendiants, Dominicains ou Franciscains. Il faut dire que le couvent des Prêcheurs de Strasbourg est particulièrement brillant au long du Moyen Age, avec notamment la figure d’Albert le Grand.

La curia, le vicarius in spiritualibus ou vicarius in pontificalibus

La curia est dirigée par l’official, office cité à partir de 1230. Là encore, les chanoines en sont absents. Mais l’importance acquise progressivement par cet organe de gouvernement explique qu’en 1299, le chapitre tente de le placer sous leur contrôle. A cette date, l’évêque Frédéric de Lichtenberg, avant d’être élu, doit s’engager à nommer official un chanoine. A partir de 1346, l’évêque choisit un clerc hors du chapitre cathédral. Quant à la fonction notariale de l’officialité, incarnée par le sigillifer, elle passe progressivement sous le contrôle du gouvernement de la ville de Strasbourg : à la fin du XIVe siècle, le garde-scel peut être considéré comme un employé de la ville.

Les archidiacres

La première mention d’archidiacres figure dans un acte de 1109. Cette fonction a pu trouver son origine – ou bien être amalgamée – dans celle des Chorepiscopi, sortes d’évêques suffragants chargés d’administrer au spirituel un secteur déterminé du diocèse, voire même de seconder directement l’évêque titulaire. Les archidiaconats sont cités pour la première fois dans un acte de 1107. Au nombre de sept, ils sont détenus par des chanoines qui se partagent ainsi la juridiction épiscopale.

  • Infra Sornam et Matram : entre la Zorn et la Moder, archiprêtrés de Haut- et Bas-Haguenau (incorporé au doyenné en 1415)
  • Infra Rhenum et Matram : entre le Rhin et la Moder (incorporé au doyenné en 1415)
  • Ville de Strasbourg et sa banlieue, dit de Saint-Laurent (rattaché à l’office du trésorier)
  • Ultra Rhenum : Outre-Rhin, archiprêtrés de l’Ortenau : Lahr, Ottersweier, Offenburg
  • Per Marchiam : entre la Zorn et la Bruche, archiprêtrés de Bettbur et Molsheim
  • Entre l’Ill et le Rhin : doyennés de Benfeld et de Valf – ou Ill et Andlau (rattaché à la prévôté)
  • Archidiaconat cathédral : archiprêtrés d’Obernai et de Sélestat.

Alors que la fonction d’archidiacre reste active dans le diocèse de Bâle, il semble qu’elle soit réduite, pour le diocèse de Strasbourg au XVe siècle, à un complément de revenus au profit des chanoines.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 17 décembre 1999

 

Informations générales

Des nouvelles des volumes : Une bonne nouvelle pour commencer : le 4ème volume de la collection, Diocèse de Besançon, par Henri Hours est sorti. Les paris sont ouverts pour le prochain : Agen, Sées ? Très vite suivis par Rodez et Angers ?

Mende ? : La notice institutionnelle du diocèse de Mende sera présentée lors de la prochaine séance par Philippe Maurice lui-même.

Outils de travail

La liste des archidiaconés et des codes qui leur sont attribués a été établie par J.N. Rondeau et H. Millet ; elle a été distribuée aux collaborateurs présents en trois exemplaires, selon des classements par diocèse, par noms latins d'archidiaconés et par noms français d'archidiaconés. Tous ceux qui ont commencé à remplir leur base informatique sont donc priés de mettre à jour leurs codes d'archidiaconés et de vérifier que leurs abréviations personnelles ne sont pas déjà utilisées dans cette liste.

Les fichiers sur le Parlement de Paris, par Christine Barralis et Anne Hubert (voir ci-dessous).

Un tirage du fichier réalisé à partir de l'index du livre d'Heribert Müller sur les participants au concile de Bâle a été mis à la disposition des collaborateurs. Il est possible de demander à H. Millet une photocopie des fiches des personnages qui vous intéressent.

Les livres appartenant aux Fasti et conservés à la Sorbonne ont déménagé. Nous avons quitté la salle 317 pour nous installer dans un superbe bureau remis à neuf : Centre d'histoire médiévale, escalier L, 2e étage, Bureau de prosopographie.

L'équipe d'Avignon chargée de la publication des registres pontificaux travaille actuellement à la réalisation de CD-Rom reprenant l'ensemble des publications faites par l'E.F.R. Le premier d'entre eux, concernant les lettres communes du XIVe siècle, sortira probablement en 2001. Un deuxième CD-Rom devrait porter sur les lettres secrètes du XIVe siècle et un troisième sur les lettres communes du XVe siècle, mais aucune date de parution n'est encore prévue.

Lors du "tour de table", Pascal Montaubin a rappelé qu'il possédait un fichier important portant sur les chanoines italiens de la moitié Nord de la France au XIIIe siècle, et qu'il suffit de lui faire parvenir les notices des chanoines répondant à ces critères pour qu'il les complète.

Les notices épiscopales d'Angers, par Jean-Michel Matz et François Comte

Seulement seize évêques se sont succédé sur le siège d'Angers durant la période qui nous intéresse, mais l'établissement de la liste des prélats pose un certain nombre de problèmes, en particulier pour le XVe siècle. Les responsables du diocèse ont souhaité en débattre avec l'ensemble des collaborateurs afin que nous adoptions tous la même démarche.

Premier problème : qui doit-on indiquer dans la liste épiscopale lorsqu'il y a un conflit entre un évêque élu et un évêque nommé?

Deuxième problème : Auger de Brie, élu en 1479, ne fut pas sacré, mais a prêté serment devant le chapitre, a exercé la charge épiscopale et a même un peu participé à la gestion du temporel. L'Église romaine ne le porte pas sur ses listes épiscopales, mais les érudits locaux le font.

On a fait remarquer qu’un problème similaire se pose plus fréquemment pour les administrateurs apostoliques ; ils ont toutefois reçu la consécration et exercent la totalité des pouvoirs (tenue du bénéfice et pouvoir d'ordre). Ce statut est notamment celui des cardinaux ou patriarches (qui ne portent pas en plus le titre d'évêque). D'autres cas particuliers peuvent encore apparaître (par ex. lors de l'emprisonnement d'un évêque).

Après discussion, les principes suivants ont été arrêtés :

  • Nous n’avons pas vocation à dire le droit, mais à renseigner sur les personnes ayant prétendu au rang d’évêque. C’est pourquoi nous établirons des notices pour chacune de ces dernières. Nous établirons toutefois une nette distinction entre les évêques à problèmes et les autres en énonçant le statut de chacun dans le titre de la notice et en adoptant une typographie différente pour les notices des évêques non consacrés.
  • Bien préciser au point 4 de la notice (consacré aux circonstances de l’accession au siège) quels sont les éléments du problème, en adoptant le vocabulaire trouvé dans les sources.
  • On n’établira pas de notice pour un évêque élu n’ayant jamais prétendu au rang d’évêque (débouté par le Siège apostolique), mais le conflit de succession sera explicité dans le cours de la notice consacrée au vainqueur.

Rappel : pour la rédaction des notices d’évêques, le schéma établi par V. Tabbagh a été appliqué pour la première fois dans le volume de Besançon.

Une précision : dans les références bibliographiques, indiquer les noms des auteurs des notices de dictionnaires.

Les peintures murales de la cathédrale d'Angers, par Marie-Pasquine Subes

Découvertes en 1984, ces peintures étaient cachées derrière les stalles actuelles, sur le mur de l'abside. Elles relatent la vie de saint Maurille, évêque d'Angers, et notamment le miracle de la résurrection de saint René, devenu ensuite chanoine de la cathédrale. D’abord datées du début du XIVe siècle, elles furent plus probablement réalisées sous l’épiscopat de Michel Villoiseau (1240-1260), peut-être sur la commande du chantre et à l’occasion du transfert des reliques de saint René.

Il est intéressant de noter la nette séparation entre l'espace de l'évêque et l'espace du chapitre à l'intérieur de la cathédrale. A l'évêque, le maître-autel (avec la châsse de saint Maurille) et les bancs pour les célébrants qui l'entourent. Au chapitre, l'autel de saint René, situé tout au fond de l'abside, derrière le maître-autel, et devant lequel s'agenouillent les chanoines en allant de la sacristie au chœur (ils font tout le tour de l'abside, suivant un rituel très précis, avant de rejoindre leurs stalles). Une suggestion en réponse à l’interrogation de M.-P. Subes : pourquoi deux scènes sur la consécration épiscopale de Maurille ? La deuxième ne serait-elle pas la confirmation demandée à l’archevêque de Tours ?

Les vignes du chapitre d'Autun, par Jacques Madignier

R. Dion disait que la prospérité des côtes de Beaune, qui ne présentaient pas de différences "naturelles" avec les côtes de Nuit, s'explique par l'intervention des gens d'Autun (où les sols sont impropres à la viticulture). J. Madignier nous a montré que le chapitre fut particulièrement actif dans la création et l'exploitation de ces vignes, comme le rappellent encore nombre de toponymes ("clos du chapitre"…).

Le cœur des biens viticoles du chapitre fut constitué par de grandes donations aux VIIe-IXe siècles. Beaucoup de chanoines firent ensuite de plus petites donations en vignes, généralement sans entamer leur patrimoine, car il s'agissait de pièces achetées exprès pour la donation. On trouve en effet les biens propres des chanoines et des hommes du chapitre tout autour des terres du chapitre, qui sont regroupées autour de quatre foyers : Chenôve, Aloxe, Volnay, Rully.

Ces vignes furent d'abord exploitées sous la surveillance directe des hommes du chapitre, sous la responsabilité du prévôt. A la fin du XIIe et au XIIIe siècles la gestion est décentralisée et confiée à des prévôts locaux ("terriers"), chanoines, clercs, ou laïcs.

Le faire-valoir direct, pratiqué du VIIIe au Xe siècle, fut ensuite remplacé par un système de redevances en nature, consistant en la moitié ou le tiers de la récolte, le plus souvent en vin. Les preneurs de ces terres sont rarement des vignerons : il s'agit surtout de clercs, chanoines ou curés de paroisse, puis au XIIIe siècle de plus en plus de bourgeois de Beaune.

Tant que la mense canoniale resta indivise, les revenus des vignes furent mêlés aux autres revenus du chapitre. A la fin du XIIe siècle (et début du XIIIe), lorsque la vie commune fut abandonnée, les biens du chapitre furent répartis entre les chanoines : ceux-ci percevaient directement les revenus des vignes et payaient une redevance au chapitre, qui continuait à en surveiller l'administration. En 1262, le chapitre établit définitivement des prébendes territoriales (19 à Bligny et Aloxe) mais décida de les tirer au sort tous les trois ans : un système d'exploitation indirecte fut adopté, le chanoine recevant seulement le tiers des revenus de la prébende (les "gros fruits"). Les prébendes furent hiérarchisées selon leurs revenus et divisées en cinq classes, auxquelles le chanoine pouvait prétendre au fur et à mesure de l'avancement de sa carrière.

Les cartulaires de Coutances, par Julie Fontanel

Tous les documents originaux des archives de la cathédrale de Coutances ayant disparu pendant la guerre de cent ans, les cartulaires sont la seule source sur laquelle peut s'appuyer une étude du chapitre. J. Fontanel a édité le cartulaire B (350 actes) dans sa thèse d'École des Chartes, qui sera soutenue au printemps. D'une portée essentiellement économique et patrimoniale, puisqu'il s'agit avant tout d'instruments de gestion, ce type de documents s’avère néanmoins une indispensable source prosopographique. En effet, une centaine de chanoines sont mentionnés dans le cartulaire de Coutances, et 73 ne sont connus que par cette seule mention. En outre ces actes prouvent que ces hommes étaient bien à Coutances à la date de leur rédaction. La notice institutionnelle peut enfin se nourrir des renseignements concernant les dignitaires et officiers du chapitre, dont on constate l'apparition au cours des actes, et certains documents mentionnent les maisons ou l'enclos canonial.

La notice institutionnelle d'Agen, par Fabrice Ryckebusch

Sous Jean XXII, le diocèse de Condom en fut dissocié. Il comprend dès lors 502 paroisses et 12 archiprêtrés. Au XVe siècle l'évêque se fait appeler "comte-évêque", car il jouit de la comitalie (droits utiles et honorifiques du comte), mais en fait il n'est pas comte puisqu'il ne possède pas le comitatus (droit de légiférer), détenu par le comte de Toulouse.

L'official a des attributions particulièrement étendues : il exerce aussi la juridiction civile des évêques, et son ressort s'étend à toute la province de Bordeaux lorsque l'officialité bordelaise est vacante.

Le chapitre d'Agen compte quinze prébendes et son premier dignitaire est le grand archidiacre (il n'y a pas de doyen), suivi par le chantre. Cette hiérarchie "théorique" semble cependant être remplacée dans les faits par une hiérarchie liée à l'ancienneté d'entrée au chapitre. Aucun des statuts médiévaux n'a été conservé.

Le gros problème de ce chapitre est que les sources, très lacunaires, ne permettent pas d'établir de listes de succession dans les prébendes. Par contre, des tableaux de présence ont été réalisés pour les XIVe et XVe siècle. F. Ryckebusch propose leur insertion dans le volume des Fasti.

Les fichiers sur le Parlement de Paris, par Christine Barralis et Anne Hubert

Il s'agit du résultat des travaux effectués l'été dernier sur les fichiers de dépouillement des registres du Parlement de Paris conservés dans la section ancienne des Archives Nationales et au Centre d'études et d'histoire juridique (C.E.H.J.) qui en dépend.

Ils portent sur les trois séries du Parlement : X/1a essentiellement (parlement civil), X/2a (parlement criminel) et X/1c (Accords). Ces dépouillements ne concernent cependant que des périodes et des séries de registres incomplètes : essentiellement la période 1350-1400 pour le Parlement civil (X/1a/13 à 45), avec quelques compléments jusqu'en 1417 (X/1a/48-62). Seuls quelques registres de la série X/2a ont été dépouillés (deuxième moitié du XIVe siècle), tandis que les accords ont fait l'objet d'un dépouillement complet pour le XVe siècle.

Ces dépouillements, qui donnent principalement des listes de cotes de documents, sont disponibles aux A.N. à travers plusieurs fichiers différents : une liste récapitulative a été distribuée lors de la réunion et placée dans la "boite" pour les collaborateurs absents. Le résultat du travail de cet été, qui portait sur la collecte des informations concernant les diocèses les plus avancés, a été rassemblé sous la forme de trois bases de données informatiques : une base P.C. concernant les registres X/1c/48 à 62, et deux bases (une P.C., une Mac) pour le reste des informations. Cette division en trois bases n'étant que la conséquence de contingences matérielles, une fusion en est prévue à plus ou moins long terme. Les tirages de toutes les fiches contenues dans ces bases ont été placés dans la "boite". Tous les collaborateurs sont cependant invités à venir consulter les bases en faisant une recherche par noms de chanoines, car seul leur diocèse d'appartenance au moment du procès a été indiqué dans les bases (et donc dans la "boite" des Fasti) : il suffit donc que vos ouailles aient changé de diocèse à un moment ou un autre de leur carrière pour que la recherche par diocèse se révèle incomplète.

Ce compte rendu a été rédigé par Christine Barralis.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 8 janvier 2010

Informations diverses

Hélène Millet ouvre, à 10 h, cette réunion par un traditionnel mot d'accueil : l'émotion est palpable, c'est l'heure de la passation des pouvoirs. H. M. revient aux sources de l'aventure FEG, appuyant ses remerciements à l'égard notamment de M. Pierre Desportes. Elle présente le nouveau directoire (voir ci-dessous). A la suite de très chaleureux remerciements, H. M. rejoint son nouveau fauteuil parmi les collaborateurs FEG venus en nombre lui témoigner leur reconnaissance.

Comité de direction des Fasti :

  • Vincent Tabbagh (président)
  • Jean-Michel Matz
  • Christine Barralis
  • Fabrice Delivré
  • Pascal Montaubin
  • Thierry Pécout

Répartition des responsabilités

Administrateur base de données : assistance aux utilisateurs, gestion des identifications
  • Vincent Tabbagh
Responsable des Fasti au sein du LAMOP : gestion, organisation des réunions
  • Christine Barralis
Information et documentation : site Fasti
  • Fabrice Delivré
  • Willy Morice
  • Hugues Labarthe (coordination cartographique)
Edition des volumes : liens avec Brepols
  • Irmine Martin, puis la secrétaire du CERHIO
  • Jean-Michel Matz
  • Thierry Pécout
  • Pascal Montaubin

S'ensuivent diverses informations :

Etat d'avancement des volumes : Sens est sous presse ; Autun sera prêt en juin ; Châlons-en-Champagne sortira en 2010 ; Le Mans est en bonne voie.

C'est désormais Pascal Montaubin (pascal.montaubin@laposte.net, mail) qui centralise les commandes de volumes Fasti pour les membres du groupe (qui bénéficient de 40% de réduction sur le prix public).

De nouveaux collaborateurs nous rejoignent : Hugo Meunier, qui fait actuellement un M2 sur le chapitre du Mans et Sofiane Abdi, qui prépare une thèse sur les chapitres d'Amiens et de Beauvais.

Un colloque pour la célébration du 9e centenaire de la cathédrale de Paris aura lieu en 2013. Le comité d'organisation est en cours de constitution.

Le GDRE "Aux fondements de la modernité étatique en Europe, l’héritage des clercs médiévaux" a été créé au 1er janvier (pour plus d'informations).

Atelier cartographique des FEG

Hugues Labarthe fait le point sur l'atelier cartographique FEG. A la suite de sa présentation en juin dernier, H. L. rappelle les trois objectifs de l'atelier : parvenir à une sémiologie unifiée des cartes de la collection des FEG ; construire une application permettant d'explorer les données géographiques de la base FEG ; jeter les fondements d'un Atlas en ligne de l'Eglise en France de 1200 à 1500. Les collaborateurs sont appelés à lui indiquer, pour leur diocèse, les ressources bibliographiques indispensables à la reconstitution des cadres juridictionnels médiévaux, ecclésiastiques et/ou civils. Rendez-vous est pris avec Jacques Madinier et Sylvette Guibert pour la réalisation des atlas diocésains d'Autun et Châlons-en-Champagne. Hugo Meunier signale ses travaux cartographiques sur le diocèse du Mans. H. L. contactera les collaborateurs selon les avancées de l'Atelier.

Présentation du centre onomastique des Archives Nationales

Sébastien Nadiras poursuit avec la présentation du Centre d'onomastique des Archives nationales. Ce Centre conserve et met à disposition une importante documentation relative aux noms de lieux et aux noms de personnes. Créé en 1961, le Centre d’onomastique était à l’origine conçu comme un outil au service des archivistes rédigeant des inventaires, afin de leur permettre d’identifier les formes anciennes des noms de lieux que mentionnaient les pièces d’archives dont ils analysaient la teneur. En fait, il engloba rapidement dans son champ d’activité non seulement la toponymie mais aussi l'anthroponymie, suivant ainsi l’exemple donné par le Centre international des sciences onomastiques, fondé à Louvain en 1949. Sébastien Nadiras nous convie dans la suite de son exposé à visiter le Centre d'onomastique, qui est avant tout une bibliothèque de recherche.

Le diocèse de Narbonne

Les travaux reprennent à 14 heures pour une séance entièrement consacrée au diocèse de Narbonne.

Benoît Brouns présente la notice institutionnelle de Narbonne, métropole de la Narbonaise première, province amputée en 1317 de la province de Toulouse créée par Jean XXII. Le diocèse compte 203 paroisses distribuées en six archiprêtrés et quatre archidiaconés. Il existe trois collégiales : Saint-Paul, au bourg de Narbonne ; Saint-Etienne, hors de la cité ; Saint-Etienne de Capestang. Les travaux de l'actuelle cathédrale sont initiés par l'archevêque Gui Foulques (1259-1263). L'archevêque est doté d'un temporel considérable, le troisième du royaume de France, organisé autour de dix-huit châteaux et quelques fortifications de moindre importance. Seul il possède des officialités, à Narbonne, Limoux et Villerouge-Termenès. Il est encore difficile de préciser les conditions de sécularisation du chapitre à la fin du XIIe siècle. Les assemblées capitulaires se tiennent trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis après prime. Les chapitres généraux ont lieu deux fois l'an à la Toussaint et au premier mai, et du début du XIVe s. à 1449 un troisième chapitre a lieu au lendemain de la fête des Saints Just et Pasteur. B. B. présente ensuite les distributions au sein du chapitre métropolitain : les conditions de versement de la Grosse, des distributions quotidiennes et extraordinaires à Noël, le mercredi des Cendres, à Pâques, à la Pentecôte. Vient enfin la présentation des sept dignitaires du chapitre (le grand archidiacre élu en corps nomme seul l'archidiacre de Corbière, le préchantre, le sacriste, les archidiacres du Razès, du Fenouillède et le sous-chantre). Le nombre des chanoines a varié de dix-huit à vingt-quatre. Les clercs du bas chœur, désignés par le terme d'intitulés, se partagent entre conduchers, bénéficiers et habitués, enfants de choeur, chantres, sous-sacriste, chapelains et aumônier.

Cet exposé s'accompagne d'une notice rédigée, d'un dossier de cinq cartes ayant trait à la géographie ecclésiastique, aux interventions seigneuriales de l'archevêque Maurin (1263-1272), d'une planche de l'ordonnancement du chœur en 1335 et 1352 et d'une hypothétique pointe du XVe siècle.

Yves Esquieu intervient à sa suite pour présenter ses travaux sur le quartier canonial de Narbonne. Il revient sur ses travaux édités, notamment l'article intitulé « Les bâtiments de la vie commune des chanoines, les maisons canoniales, Arles, Avignon, Carpentras, Béziers, Narbonne, Valence, Viviers », publié dans Les chanoines dans la ville. Recherches sur la topographie des quartiers canoniaux en France, sous la direction de J. C. PICARD, Paris, 1995, dont il fournit plusieurs planches. Il revient sur la régularité du chapitre attestée de la fin du XIe siècle jusque vers 1145. Dans la suite, le dortoir est abandonné au profit des maisons canoniales. Ne comptent plus au titre des espaces communs du XIIIe au XVe siècle, que le cellier, les greniers, le vestiaire, la salle capitulaire. L'existence d'une clôture est douteuse : dans la trame viaire c'est la rue Droite à l'est et le chemin de la porte épiscopale au nord qui délimitent le quartier canonial. L'alternance entre chanoines et laïcs dans la possession des maisons du quartier laisse présager qu'il n'y a pas de règles établies. La mainmise des consuls sur le passage de l'ancre en 1361 confirme que le cloître, le quartier canonial, n'était pas fermé. A la suite de la reconstruction de l'édifice aux XIVe et XVe siècles, le cloître est déplacé du flanc nord au flanc sud de la cathédrale.

Monique Bourrin clôt la séance consacrée au siège de Narbonne par la présentation d’un projet de recherche sur les châteaux de l'archevêque. Ce travail est à la jonction des préoccupations des historiens, archéologues et des opérations de valorisation patrimoniale. Les sources sont profuses : Livre vert de Pierre de la Jugie, comptabilités romaines (1338-1347), visite de Jean Corsier en 1404, dénombrements de 1547 et 1690, visites de vérification du XVIIIe siècle, séquestres de la Révolution, études monumentales. Aux marges du domaine royal, la seigneurie s'insère dans la vicomté de Narbonne et se démarque de celle de Fontfroide. Les difficultés sont multiples : textuelles (qu'est-ce-qu'un castrum ?) et archéologiques (la porte du castrum d'Auriac ouvre-t-elle sur le château ou le village ?). Ce projet a pour objectif d'élucider la chronologie des premiers éléments fortifiés de ces châteaux, la fonction de ces sièges de pouvoir et les modalités de gestion de la seigneurie.

Le site internet et le blog des Fasti

Willy Morice présente les évolutions du site (http://fasti.univ-paris1.fr/). Il signale notamment l’apparition d’un lien vers le Blog des Fasti, accessible à l’adresse: http://lamop-intranet.univ-paris1.fr/fastiblog/ conçu par Hugues Labarthe, avec l’intervention de Georges Xavier Blary.

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La séance est levée vers 17h.

Attention: pour l'organisation des journées Fasti, tous les courriers sont à adresser à Christine Barralis (christine.barralis@wanadoo.fr, mail); 10 rue Pierre Perrat, 57000 Metz)

Ce compte rendu a été rédigé par Hugues Labarthe.

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 7 janvier 2011

 

Informations diverses:

Le volume « Autun » des FEG, par Jacques Madignier, est paru depuis la fin de l’année 2010 (78 euros, 477 p.). La présentation de ce volume est disponible.

N. Gorochov a soutenu son HDR sur les universitaires parisiens du XIIIe siècle.

Quatre thèses de doctorat intéressant le groupe ont été soutenues en 2010 :

  • J.-V. Jourd’heuil, La mort et la sépulture des évêques des provinces de Lyon, Reims, Rouen et Sens du XIe au XVe siècle, dir. V. Tabbagh, Université de Bourgogne.
  • A. Le Roux, Servir le pape. Le recrutement des collecteurs pontificaux dans le royaume de France et en Provence de la papauté d’Avignon à l’aube de la Renaissance (1316-1521), dir. C. Vincent, Université Paris-X.
  • E. Rosenblieh, Juridiction conciliaire et juridiction pontificale au temps du concile de Bâle(1431-1449); recours, procédures et suppliques, dir. Cl. Gauvard, Université Paris-I.
  • P. Jugie, Le Sacré Collège et les cardinaux de la mort de Benoît XII à la mort de Grégoire XI (1342-1378), dir. Cl. Gauvard, Université Paris-I.

Livres et articles parus :

  • Da historia eclesiastica a historia religiosa, 2009 (Lusitania Sacra, 21).
  • M. do Rosario Barbosa Morluao (dir.), Testamenti ecclesiae Portugaliae (1071-1325) , Lisbonne, 2010.
  • A. Maria S.A. Rodrigues et alii, Os capitulares Bracarenses (1245-1374) : noticias biograficas , Lisbonne, 2005.
  • J.-R. Armogathe et P. Montaubin (dir.), Histoire générale du Christianisme , PUF, 2010, 2 t.
  • M.-M. de Cevins et J.-M. Matz (dir.), Structures et dynamiques religieuses dans les sociétés de l’Occident latin (1179-1449) , Rennes, 2010 (contributions de Ch. Barralis, E. Bouyé, F. Délivré, A. Le Roux, A. Massoni, J.-M. Matz, Th. Pécout et V. Tabbagh).
  • C. Vincent et J. Pycke (dir.), Cathédrale et pèlerinage aux époques médiévale et moderne , Louvain-la-Neuve, 2010 (contributions de J.-M. Matz et V. Tabbagh).
  • M. Maillard-Luypaert, « Pour le salut de mon âme et l’honneur de mon église. Le testament de Grégoire Nicole, chanoine et official de Cambrai (1466, 1469) », dans Revue du Nord, t. 92, 2010, p. 7-51.
  • Eadem, « Du Hainaut à la Champagne en passant par le Brabant : les avatars de l’Ecclesia semper reformanda (première moitié du XVe siècle) » , dans Publications du Centre Europeen d’Etudes Bourguignonnes, 50, Rencontres d’Avignon (17 au 20 septembre 2009) : " L’Eglise et la vie religieuse, des pays bourguignons à l’ancien royaume d’Arles (XIVe-XVe siècle)" , 2010.
  • V. Tabbagh, « La présence sacerdotale dans le Val de Saône et le bailliage d’Auxois à la fin du XVe siècle » , dans Ibidem, p. 213-226.

Sous l’impulsion de Mgr Doré, archevêque émérite de Strasbourg, les éditions strasbourgeoises «La nuée bleue» viennent de rééditer une monographie de la cathédrale de Strasbourg et d’en éditer une autre de la cathédrale Reims. L’histoire du clergé y tient une place importante. Chaque volume, patroné par l’ordinaire du lieu, réunit les contributions du clergé, d’universitaires, d’archivistes-paléographes et d’historiens de l’art (B. Jordan est l’un des auteurs pour Strasbourg, P. Demouy a dirigé le volume de Reims). D’autres volumes sont annoncés (Quimper, Chartres, Bourges, Rouen).

Pour plus d'informations, le site des éditions "La nuée bleue": http://www.nueebleue.com/

Plusieurs colloques sont annoncés :

  • 18-19 mars 2011, Evêques et cardinaux princiers et curiaux, XIVe-début du XVIe s., Université de Lille-III / Grand-Séminaire de Tournai (contact : M. Maillard-Luypaert). Pour en savoir plus: le site de présentation du colloque
  • 24-25 mars 2011, Réalités provinciales en histoire religieuse. Autour de la Lorraine (XIIe-XVIIIe s.), Université de Metz (contact : Ch. Barralis).
  • 12-14 mai 2011, Munich, Les chapitres cathédraux en Allemagne et en Italie au Moyen Âge.
  • 8-10 juin 2011, Bourges, colloque Eglise et Etat en l’honneur d’H. Millet.
  • Fin 2011, Les bibliothèques canoniales, Université de Rouen.
  • 12-14 décembre 2011, collège des Bernardins, colloque sur la cathédrale de Paris (programme diffusé sur le site du diocèse).
  • Juin 2013, Aix-en-Provence, Les comptabilités princières, de Genève à Aix, de la deuxième moitié du XIIIe s. au début du XIVe s. (contact : Th. Pécout).

Pour les réunions prochaines, trois thèmes de réflexion sont proposés :

  • les cathédrales régulières
  • les activités charitables des chapitres
  • les utilisations possibles des notices FEG et leur valorisation

Fabrice Délivré évoque le GDRE relatif à la prosopographie et à l’héritage des clercs dans la culture européenne. Une réunion a eu lieu à Lisbonne, rassemblant portugais, français, italiens et hongrois. Les travaux prosopographiques varient en fonction des pays. Ils sont terminés en Angleterre (équipe dissoute), embrassent des périodes différentes (mi-XIIe s. – 1325 au Portugal, la suite des recherches commence à peine) ou des corpus différents (prosopographie du clergé diocésain en Hongrie). Les relations sont fragiles avec l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il faudrait avoir des approches thématiques pour élargir les problématiques. Une réunion du GDRE est envisagée du 17 au 19 novembre 2011 à Angers sur la mobilité des clercs.

Hugues Labarthe (ANR Corelpa) constitue un atlas européen des établissements religieux et cartographie les bénéfices des clercs.

Avranches, évolution urbaine d’une cité épiscopale du XIe au XVIIIe siècle, par David Nicolas-Méry (conservateur du Musée d’Avranches):

D. Nicolas-Mery étudie l’architecture civile de la baie du Mont-Saint-Michel du XIIe au XVe siècle dans le cadre d’une thèse dirigée par E. Lorans. Cet espace n’avait pas encore été prospecté. Le temporel de l’abbaye du Mont avec ses dix prieurés y est plus représenté que celui de l’évêque. L’étude morphologique se fonde sur la lecture des plans modernes. Il subsiste trois maisons médiévales dans la cité, outre quinze celliers-caves. La cathédrale a été arasée en 1802 et fouillée dans les années 1970. La cité est partagée en deux pôles : la cathédrale dans la ville haute, l’église St-Gervais sur l’ancien forum qui correspond à la partie basse. Il n’y a pas de quartier canonial médiéval. En 1269, avec l’autorisation du roi qui est seigneur de la ville, l’évêque accorde le droit de constuire sept maisons canoniales contre le rempart. Douze chanoines sont alors cités alors qu’il devait en avoir une vingtaine.

Présentation du Dictionnaire biographique en ligne des chanteurs des XVe et XVIe siècles, par David Fiala:

D. Fiala a soutenu une thèse de musicologie sur la musique à la cour de Bourgogne à la fin du XVe siècle (Université de Tours). Il dirige une prosopographie des chantres de la Renaissance (3 600 fiches informatisées). Le terme de « musicien » est anachronique. Les chanteurs d’église sont des clercs, qu’il faut différencier des instrumentistes. Dans les sources, « chantre » est un mot difficile à cerner. Distincts du chœur des enfants, les chanoines musiciens lisent la notation musicale pour la polyphonie et pas seulement pour le plain chant. Une grande partie de la polyphonie est improvisée. Ils forment une communauté homogène qui circule d’une cité à l’autre. Ils sont de quatre à douze (Cambrai) par chapitre et se rencontrent sous une grande variété d’appellation. On peut se demander ce que signifie un canonicat dans leur carrière. Jean II est le premier roi à avoir une véritable chapelle musicale, une demi-siècle après le roi anglais. Ensuite, chaque cour adopte ce système. Les organistes sont par ailleurs mal connus.

Une discussion suit pour cerner avec plus de prudence le mot « chantre » et celui de « chapelain » notamment lorsque cela concerne le service du pape. V. Tabbagh remarque que beaucoup de ces chanoines musiciens ont des enfants illégitimes au XVe siècle, phénomène de plus en plus accepté à cette époque.

Les collecteurs apostoliques, par Amandine Le Roux

A. Le Roux expose les grands traits de sa thèse concernant les personnes chargées de la collecte des redevances dues à la papauté. 384 collecteurs disposent d’une notice qui a puisé notamment aux Archives du Vatican. De nombreux chanoines sont mis en cause dans des procès. Il fallait comprendre une méthode de gouvernement, de Jean XXII à 1521. Les sources parlent de collector, nuncius, receptor ou encore commissarius. La Chambre apostolique choisit un de ces quatre mots pour une mission spécifique. AL a étudié les procédures de nomination (bulles) et les qualités demandées. Jusqu’à Eugène IV, la France et la Provence sont les principaux contributeurs de la papauté. Son approche prosopographique a permis de dresser une typologie de cinq profils. Un exemplaire de la thèse est déposé à la bibliothèque des Fasti.

Notice institutionnelle de Saint-Brieuc, par M. Glaz

Faute de temps, M. Glaz (master, Université de Brest) présente une partie de la notice institutionnelle de Saint-Brieuc. Jusqu’il y a peu, on pensait que le diocèse avait été fondé au IXe s. mais il semble que la première mention d’un évêque ne remonte pas au-delà de 1024/34. Le siège échappe donc au « modèle breton » du saint celtique venu fonder un monastère devenu ensuite siège d’un évêché. St-Brieuc est un démembrement d’Alet avec 116 paroisses mais aussi 15 enclaves de Dol. Deux archidiaconés sont connus au XIIe siècle mais de doyennés ni d’archiprêtrés. Il n’y pas de quartier canonial dans la cité. Les comtes d’Avaugour exercent la régale du XIIIe au milieu du XIVe siècle. L’évêché est taxé à 2 400 fl. Douze prébendes sont connues au chapitre en 1233 puis quatorze en 1330. Une liste de 1470 indique 17 chanoines.

Compte rendu rédigé par Jean-Vincent Jourd’heuil

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Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 2 juillet 1999

Informations générales

Des nouvelles des volumes :

Le volume sur Besançon est prêt, sa sortie est prévue à l'automne. M. Hours a pris le parti, dans son volume, de rassembler tous les cas incertains dans un fichier complémentaire. Son exemple pourra être repris, à condition que cela ne retarde pas l'avancée du travail d'ensemble, évidemment.

Le projet de CD-ROM avance ; le cumul des bases a fait l'objet d'études préparatoires, et nécessite encore quelques aménagements.

Le volume sur Sées (F. Loddé), quant à lui, est en attente. Les diocèses d’Agen (F. Ryckebusch) et d’Angers (F. Comte et J.-M. Matz) ont pris rang pour l’an 2000.

Le diocèse de Mende a trouvé un chercheur en la personne de M. Philippe Maurice qui a écrit une thèse sur la société en Gévaudan aux XIVe et XVe siècles. Étant incarcéré, M. Maurice est dans l’impossibilité de se déplacer ; il vous saura gré de lui communiquer toutes les informations dont vous disposez sur le diocèse de Mende, que ce soit sous forme de notes, photocopies, livres prêtés ou microfilms.

La caisse des monuments historiques met sur pied pour la fin de l'année 2001 une exposition sur les cathédrales (essentiellement sur l'architecture).

Un colloque d'histoire diocésaine sera organisé à l'automne 2000 par la Fundazione Ambroziana : Mme Millet participera à la réunion préparatoire et pourra donc nous apporter des détails ultérieurement sur son contenu.

A propos de Lyon ... et de Jeanne d’Arc : toute personne susceptible de fournir des informations sur des assemblées du clergé de la fin du XVe siècle, notamment sur une assemblée qui se serait tenue à Lyon en 1477, peut les communiquer à Hélène Millet.

Toute personne comptant des juges de Jeanne d'Arc dans " ses " chanoines a tout intérêt à les signaler au Centre Jeanne d'Arc d'Orléans qui échangera ses informations sur ces personnages en retour : de fructueux échanges pourront donc s'instaurer...

Outils de travail

Le fichier bibliographique, recensant les ouvrages et articles susceptibles d'intéresser les collaborateurs est en fin de réalisation. Afin de pouvoir mettre à la disposition des collaborateurs un tirage actualisé lors de la prochaine réunion, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous faire parvenir les références bibliographiques dont vous disposez. Nous vous rappelons aussi qu'un certain nombre de ces ouvrages peuvent être empruntés au G.D.R. à Orléans ou en salle 317 à la Sorbonne. Il vous suffit pour cela de vous adresser à Mme Martin.

Il est par ailleurs prévu, en plus de la bibliographie générale, une bibliographie destinée à servir de fonds commun pour tous les diocèses est en cours de constitution. Elle rassemble tous les ouvrages susceptibles d'être utiles à une prosopographie des chanoines et est classée par grandes rubriques : les chanoines dans les grandes institutions de la monarchie, les chanoines et l'Université, les chanoines dans les institutions ecclésiastiques, etc...

Après consultation des collaborateurs des Fasti, il a été décidé que cette bibliographie serait mise à disposition sur ce site puisqu'elle ne rassemble que des ouvrages édités. Une version papier sera néanmoins distribuée lors de la prochaine réunion.

La base répertoriant les archidiaconés (avec leurs abréviations) a également été distribuées aux collaborateurs. Là encore, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous adresser vos compléments éventuels, en particulier s'il s'agit des diocèses bretons, sur lesquels nous n'avons que très peu d'informations.

La boîte s’étoffe peu à peu et il semble qu’elle soit, elle aussi, visitée. Elle s’est beaucoup enrichie des renseignements apportés par Amandine Le Roux et Juliette Bontemps qui ont travaillé pour leur maîtrise, l’une sur les collecteurs pontificaux, l’autre sur le clergé cathédral de Provence.

Enfin, nous avons hérité de dossiers constitués par un vétéran de la généalogie, M. Bertin, qui a rassemblé durant de longues années, listes d’évêques, de dignitaires, de chanoines, cartes de diocèses, articles photocopiés, etc... et classé le tout par diocèse dans des chemises que chacun peut consulter. Ces consultations sont surtout utiles à ceux qui débutent leur travail, car M. Bertin n’a pas travaillé sur les sources elles-mêmes.

Notices institutionnelles

Proposition pour toutes les notices institutionnelles : il serait bon dans les notices, de dater, autant que faire se peut, les différents éléments qui les composent. Quand une information vient d’une source (attestation de tel nombre d’enfants de chœur par exemple), ne pas négliger d’en donner la date. A fortiori, quand on connaît la date d’apparition ou de disparition de telle dignité, de telle institution.

Cambrai, par Monique Maillard

Le diocèse de Cambrai a la particularité de se situer en terre d’Empire et de relever d’une métropole française, Reims. Il comprend une partie du département du Nord mais s’étend aussi sur les provinces belges de Hainaut, de Flandre orientale, de Brabant wallon, de Brabant flamand et d’Anvers. On y parle le français mais aussi le flamand. C’est une région très urbanisée qui compte plus de 1000 paroisses, beaucoup d’établissements réguliers et 23 collégiales dont une " mixte ", Sainte-Waudru de Mons. Le diocèse est divisé en 6 archidiaconés et 18 doyennés. Le plus peuplé de tous est l’archidiaconé de Brabant. L’évêque de Cambrai est un patron modeste face aux abbayes et aux chapitres qui sont tous exempts de sa juridiction. En revanche, du point de vue du temporel, il est comte de Cambrai et grand seigneur. De même, l’évêché est fort riche. Sa cathédrale n’existe plus et l’on est bien en peine de savoir même où elle se trouvait exactement. Soumis à beaucoup d’influences étrangères dont celle du comte de Flandre, le siège épiscopal de Cambrai connaît des déchirements entre différents prétendants, surtout pendant le Grand Schisme, avant de se rallier au camp bourguignon au XVe siècle.

L’official de l’évêque de Cambrai est à la fois juge ecclésiastique du diocèse et juge civil ordinaire de la principauté de Cambrésis, ce qui peut paraître contradictoire. Le chapitre cathédral a laissé, comme l’évêque de Cambrai, de très belles et très nombreuses sources. Il compte 50 prébendes et 47 chanoines au XIVe siècle. Deux tiers des prébendes sont à la collation de l’évêque, le reste à celle du chapitre lui-même. Les chanoines nomment aussi aux 6 offices du chapitre entre lesquels se répartit la gestion du groupe. Pas plus que la cathédrale, le quartier canonial ne subsiste ou même la salle capitulaire, sous laquelle se trouvaient 250 " fours" : s’agit-il d’enfeux ? Les dignitaires les plus notables sont les archidiacres, souvent des personnages de la Curie sous les papes d’Avignon (donc souvent absents).

On remarque une parenté forte de Cambrai avec le chapitre de Reims : cela vient peut-être de l’existence d’une institution commune, la fédération des chapitres cathédraux de la province de Reims.

Coutances, par Gilles Désiré

L’ancien diocèse de Coutances correspondait grosso modo à l’assiette de l’actuel département de la Manche, non compris la région située au sud de Granville qui formait le diocèse d’Avranches et une petite enclave de cinq paroisses autour de Sainte-Mère-Église (Il faut aussi y ajouter les îles anglo-normandes jusqu'en 1568). Il était divisé en quatre archidiaconés et vingt-quatre doyennés. Après les ravages causés par les Vikings au IXe siècle, le diocèse doit sa réorganisation à l’évêque Geoffroy de Montbray (1048-1093) dont les Gesta sont une source essentielle pour connaître la période 836-1093.

Le diocèse comptait trois officialités épiscopales.

Les sources de l’histoire du chapitre sont principalement conservées aux archives diocésaines de Coutances : délibérations capitulaires (depuis 1464), comptes (depuis 1435). Les cartulaires ne sont plus connus que par des copies qui sont en cours d’édition par Julie Fontanel.

Le chapitre était résolument dans la main de l’évêque. Les prébendes étaient à la collation épiscopale et aucune fonction n’était élective. Quatorze chanoines depuis la réorganisation du XIe siècle (1048), puis vingt-six (dont trois dignitaires) au XIVe siècle se partageaient les prébendes. Celles-ci étaient territoriales et apportaient des revenus très inégaux, ce qui menait certains chanoines à en changer au cours de leur carrière capitulaire.

Le chantre était le premier dignitaire du chapitre, ce qui représente une exception par rapport aux autres chapitres normands. Les autres dignitaires étaient le trésorier et le pénitencier. Par ailleurs les quatre archidiacres et le scholastique, pouvaient être en même temps chanoines et prenaient alors place immédiatement après le chantre mais ils pouvaient aussi ne pas faire partie du corps capitulaire. A Coutances enfin, quatre abbés normands (Évreux, Troarn, Lessay, Saint-Lô de Rouen) étaient chanoines de droit et avaient place au chœur. Parmi le bas-clergé de la cathédrale se trouve celui que les sources nomme l'horoscopus : serait-ce celui qui doit surveiller l'heure ?

Nice et Vence, par Alain Venturini

Ce sont deux diocèses de la province d’Embrun qui se distinguent par leur petitesse. On ne compte guère plus de 25 paroisses dans le diocèse de Vence avant les crises du bas Moyen Age. Aussi dresser la carte précise de chaque diocèse oblige t-il à préciser le contour des paroisses. Les sources sont rares : trois cartulaires à signaler pour le chapitre cathédral de Nice et des sources notariales pour celui de Vence, dont quelques archives se trouvent aujourd’hui à Turin. Le diocèse de Nice, pas plus que celui de Vence, n’est divisé en archidiaconés mais il faut relever l’existence d’un archiprêtre dans le Nord du diocèse, difficilement accessible. Il ne reste presque rien de la cathédrale de Nice mais celle de Vence existe toujours. Dans les deux cas, on connaît mal et la localisation précise et l’importance du palais épiscopal et du quartier canonial. L’évêque de Nice pouvait compter sur la rentrée de 250 florins par an, celui de Vence sur 140 florins. L’évêque de Nice eut un rôle politique dans la ville durant la première moitié du XIIe siècle, mais dut ensuite d’effacer devant le consulat, puis les comtes de Provence. A l’inverse, l’évêque de Vence, qui n’avait à l’origine aucune possession dans la ville, n’étant seigneur que du petit village de Courségoules, parvint progressivement à en partager la seigneurie avec la famille de Villeneuve.

 

Le chapitre de Nice fut régulier jusqu’à l’époque moderne et comptait une vingtaine de chanoines au XIVe siècle. Celui de Vence était composé de douze chanoines dont un prévôt et un sacriste. En 1428, l’évêque Louis de Glandevès créa un archidiaconé, mais l’archidiacre fut longtemps contesté par les chanoines car sa fonction était jugée inutile et coûteuse. Il fut néanmoins maintenu. Enfin, le recrutement des chanoines de ces cathédrales était local, même sous les papes d’Avignon.

Les chanoines et la musique : la liturgie, par Olivier Diard

La principale occupation des chanoines était la récitation des heures, de jour et de nuit. A la différence de la liturgie du monde régulier, celle des chanoines se faisait selon le cursus appelé romain ou canonial. Celui-ci varie selon que l’on se trouve en semaine ou un dimanche, dans le temps ordinaire ou dans un temps liturgique exceptionnel (le Carême ou l’Avent par exemple).

Olivier Diard nous a distribué un tableau détaillant la structure de l’office canonial. Pour chaque heure est précisé le détail des textes chantés et des textes lus, celui qui lit ou qui chante, dans quel style il le fait et quel livre liturgique il utilise pour cela.

Nous avons ainsi appris que lors d’une " fête double ", le chœur chante intégralement une antienne au début et à la fin des psaumes qui composent les différents offices de la journée. De même, nous savons à présent ce qu’est un sacramentaire (livre liturgique qui contient tout ce que doit dire le célébrant), un antiphonaire (livre qui contient toutes les pièces à chanter pendant l’office), un lectionnaire (pièces à lire) et que le bréviaire rassemble en un même ouvrage, l’antiphonaire et le lectionnaire.

Étant donnée la complexité de la liturgie, on comprend qu’il faille un stage de plusieurs mois dans une église pour en apprendre toutes les coutumes. Il semble cependant que ce fut surtout la tâche des chapelains de réciter la liturgie et qu’ils la connaissaient intégralement par cœur.

Olivier Diard nous a donc proposé un exposé fort éclairant et nous a même fait le plaisir d’interpréter devant nous répons et hymnes, souvent fort difficiles à chanter.

Comment remplir les champs relatifs à la collation ?, par Pierre Desportes

collation apostolique : elle est très fréquente au XIVe siècle, encore que cela varie selon les diocèses. A Reims, elle touche 75% des collations.

Si le pape confère directement à un individu une prébende vacante dans tel chapitre, noter la date de la lettre, suivie d’un " c ". Exemple : 1347c 10 26 ( = collation de la prébende le 26 octobre 1347).

La date de réception en chapitre est suivie d’un " r ". Exemple : 1348r 02 04.

En revanche, si le pape confère à un individu un canonicat avec expectative de prébende, c’est à dire la promesse d’obtenir la première prébende venant à vaquer, noter la date de l’expectative dans le champ ENTSORT . Exemple : expectative du 10-03-1326.

On compte 48 réceptions de chanoines à Reims pendant le pontificat d’Urbain V. 36 réceptions ont pour origine une collation apostolique, la moitié par collation directe d’une prébende vacante et la moitié par expectative.

Quand quelqu’un obtenait la collation d’un canonicat avec expectative de prébende, il allait se faire recevoir dans le chapitre concerné et noter sur le registre du chapitre, ce qui créait de véritables listes d’attente. En général, l’ordre de réception en chapitre respectait l’ordre de délivrance des lettres apostoliques. De ce fait, on pouvait rester très longtemps chanoine en attente (honorifique ?) avant d’être chanoine prébendé. A Reims, seules les grâces expectatives délivrées durant la première année du pontificat d’Urbain V ont été honorées. Pour se donner plus de chances de parvenir à leurs fins, les candidats avaient intérêt à obtenir des expectatives pour plusieurs chapitres en même temps.

A noter aussi l’existence d’une collation apostolique démembrée : le pape concède à tel personnage (le roi, la reine, un évêque) le droit de conférer un certain nombre de canonicats aux personnes de leur choix. Noter alors dans le champ ENTSORT, collation " ad nominationem regis (ou episcopi) ".

Quand un pape meurt enfin, les expectatives accordées par lui ne sont plus valables, ce qui explique quelquefois la multiplication des actes pour le même individu et le même bénéfice.

collation ordinaire : dans le mode de collation ordinaire, on appelle " ordinaire " celui qui possède le droit de collation. C’est le plus souvent l’évêque du diocèse, mais pas toujours. A Besançon par exemple, ce n’est pas l’évêque qui confère les canonicats ordinairement, mais le chapitre lui-même : on peut ici parler de cooptation. La cooptation n’est donc qu’une sous catégorie de la collation ordinaire.

Il est évidemment très important de préciser dans la notice institutionnelle quel est le mode ordinaire de collation. On sait grâce à elle qui est cet ord mentionné dans le champ collateur. Le seul cas où l’identité de l’ordinaire est précisé est précisément la cooptation : lorsque l’on sait qu’il y a eu décision collective du chapitre pour conférer un canonicat à quelqu’un.

collation en régale : le roi de France possède (dès le XIVe siècle) le droit de régale spirituelle sur un certain nombre d’évêchés du royaume (" ancien domaine capétien "). Cela veut dire que lorsque le siège épiscopal est vacant, le roi a le droit de conférer à qui il veut tous les bénéfices à la collation de l’évêque qui viennent à vaquer pendant cette période, de facto et/ou de jure. Il faut donc bien distinguer la collation faite par le roi pleno jure, qui n’a rien à voir avec la régale et qui s’exerce par exemple dans certaines collégiales royales comme Saint-Martin de Tours ou Saint-Quentin en Vermandois, de la régale proprement dite. Pour mentionner une régale dans le champ COLLATEUR, il faut donc avoir la certitude que le roi n’est pas intervenu à un autre titre (par exemple lorsqu’on relève dans une source la mention " virtute regalie ".)

A Reims, on constate que le roi a pu, comme parfois le pape, conférer la même prébende à deux ou plusieurs candidats ; ce qui fait que 75% des candidats régalistes ont eu un adversaire et que moins de la moitié d’entre eux sont parvenus à obtenir canonicat et prébende. Le droit de régale est imprescriptible : le roi peut l’exercer plusieurs années après la vacance s’il se rend compte qu’une prébende aurait pu être conférée pendant la vacance du siège.

Permutation : lorsque, pour permuter son bénéfice avec quelqu’un d’autre, un chanoine le résigne dans les mains du pape ou d’un cardinal, il s’agit juridiquement d’une collation apostolique, à noter " perma ".

Quand il s’agit d’une permutation dans les mains, non du pape, mais de l’ordinaire, noter " permo ".

Et quand on ne sait s’il s’agit de l’une ou de l’autre, s’en tenir à " perm ".

De manière générale, il n’y a que 10% environ des cas de collation qui posent problème. Lorsqu’on a une source difficile, ne pas hésiter à prendre conseil, en stockant provisoirement les cas litigieux.

Ce compte rendu a été rédigé par Anne Hubert.