Recherche Lexique canonial

Saint-Étienne de Sens.
Actes du colloque du 850e anniversaire organisé par la Société Archéologique de Sens.

 
L'Université de Picardie Jules Verne organise les 6-8 février 2020 un colloque pluridisciplinaire Amiens, le rayonnement d'une cathédrale, à l'occasion du 800e anniversaire de la reconstruction en style gothique de la cathédrale d'Amiens.
 
L'argumentaire est consultable sur
 
 
Les propositions de communication sont à envoyer, au plus tard le 15 mai 2019, à :

pascal.montaubin@u-picardie.fr

 

JOURNÉE FASTI ECCLESIAE GALLICANAE

 

Du 22 mars 2019 , 10h-17h

Paris,Archives nationales, salle d’Albâtre, entréeCARAN

 

 

Compte rendu

 

rédigé par Élisabeth Lusset

Présents :

Sofiane Abdi, Christine Barralis, Maxime Blachon, Michèle Bois, Paolo Buffo, Anne Chiama, Hervé Chopin, Julia Conesa Soriano, Fabrice Delivré, Yves Esquieu, Martin de Framond, Guillaume Franztwa, Sébastien Fray, Stéphane Gomis, Jean-Vincent Jourd’heuil, Véronique Julerot, Kristiane Lemé-Hébuterne,Élisabeth Lusset,Jacques Madignier, Monique Maillard-Luypaert, Pascal Montaubin, Thierry Pécout, Fabien Roucole, Vincent Tabbagh, Laurent Vallière, Charles Vulliez.

 

Excusés :Marc Bouiron ; Marco Cassioli ; Éliane Carouge ; Sylvie Caucanas ;Noël Coulet ;Noëlle Deflou-Lecas ; Patrick Demouy ;Matthieu Desachy ; Michaël George ; Laurent Guitton ; Benoît Jordan ;Brigitte Kurmann ;Françoise Lainé ; Amandine Le Roux ; Sandrine Legendre ; Anne Lemonde ; Anne Massoni ; Janine Mathieu ; Jean-Michel Matz ; Gabrielle Michaux ; François Neveux ; Claudine Pailhès ;Yannick Veyrenche.

 

 

À L’ORDRE DU JOUR

 

– Évolution du groupe des Fasti

– Actualités de la recherche sur les chanoines et évêques

– Ateliers d’initiation à la saisie des fiches et d’échanges sur la base de données

– La notice institutionnelle d’Évreux(Vincent Tabbagh)

– Des évêques aux chapitres. Décrets d'élection et de postulation (XIIIe-XVesiècle)(Fabrice Delivré)

– La cathédrale et la mort en Provence, XIIe-XIVesiècle(présentation de sa thèse par Anne Chiama)

– Avancement du lexique canonial(Yves Esquieu)

 

 

Thierry Pécout - Informations générales sur le fonctionnement du groupe

 

Changements opérés cette année :

    La bibliothèque des Fastia déménagé dans les locaux du CERCOR à Saint-Étienne. Un répertoire va en être fait, qui sera mis en ligne. La bibliothèque contient des mémoires avec beaucoup de documents en annexes. Par exemple, H. Millet a remis une thèse sur le chapitre cathédral de Laon faite par un jésuite portoricain (notices très détaillées sur les chanoines ; est numérisée, sera mise en ligne). Nous allons nous efforcer de mettre en ligne des outils inédits qui y sont conservés. Ces documents ne seront accessibles qu’aux membres des Fasti.

     Nouveauté :la lettre des Fastiqui paraît au mois de décembre. Responsable : Jean-Michel Matz. Elle ne peut exister que si elle est alimentée en informations par l’ensemble des collaborateurs (publications, colloques, etc.) :pensez à envoyer vos informations pour la lettre de décembre 2019 !fasti-lettre@services.cnrs.fr

 

Préparation des volumes :

Deux nouveautés :

  • introduction de notes de bas de page pour les chapitres introductifs (pas pour les notices d’évêques).
  • cartographie : Toutes les cartes sont désormais sur le site. Nous allons essayer de normaliser la présentation des cartes de diocèses. Pour élaborer les cartes, fournir les informations à T. Pécout et c’est l’ingénieur informaticien du CERCOR qui les traitera (on peut donner de simples listes de lieux, des cartes déjà existantes…).

Il faudra peut-être réfléchir à modifier l’ordre de présentation de la liste des sources dans les notices épiscopales, qui est complexe et dont la pertinence n’est pas toujours évidente.

 

Base de données :

     S’il y a des problèmes lors de la présentation des fiches, il faut d’abord vérifier par quel diocèse on est entré dans la base et sélectionner le bon.

     Il y a eu des améliorations sur les numérotations de listes lors de la phase de publication.

     Actuellement il est impossible d’accéder à la base en tant que visiteur (tout accès permet pour l’instant de modifier la base). Dans la base version 2, qui sera créée d’ici quelques années, il sera prévu de pouvoir la consulter. D’ici là, l’accès à la base reste limité. De façon exceptionnelle, quelques personnes de confiance qui ne sont pas rédacteurs mais avec qui nous pouvons avoir des échanges fructueux y ont accès.

 

Vie du groupe :

    La liste des collaborateurs en ligne a été entièrement mise à jour(la dernière MAJ datait de 2009). Quand une liste de collaborateurs pour un diocèse commence par un point-virgule, cela signifie que nous avons des collaborateurs sur des points précis (archéologie…) et pas sur le cœur du volume.

L’objectif est de mener le projet à terme en réalisant les 130 volumes prévus, même si individuellement nous n’en voyons pas la fin. Cela implique de nous organiser pour une transmission des données, du travail, des méthodes, et d’organiser un renouvellement actif du groupe.

     La prochaine réunion aura lieule 20 mars 2020. Attention à prévenir en amont (dès janvier) de votre venue, des dates et heures des billets pour la prise en charge des frais par le CNRS.

     Notre groupe fonctionne de façon un peu informelle et rayonne au-delà des cercles universitaires, même si nous sommes rattachés à un laboratoire. Ce fonctionnement nous permet aussi de survivre à ces structures à la vie courte que sont les laboratoires.Nous envisageons le passage à une association loi 1901, pour plus de souplesse sur le plan financier (la perception effective des royalties versés par Brepols au groupe pose problème car elle passe par l’université). Présentation rapide des projets de statuts, par ailleurs envoyés par courriel à tous les membres.

Merci à tous d’envoyer vos éventuelles remarques ou propositions d’amendements à T. Pécout(thierry.pecout@univ-st-etienne.fr)

     Lors de la réunion, ont été pointés quelques changements à apporter ou des points sur lesquels il faut statuer :

  • art. 3 : ajouter une mention des supports informatiques
  • art. 23 : où laisser nos archives en cas de dissolution ? Proposition d’indiquer les Archives nationales.
  • La cotisation est-elle obligatoire ? Ce point va être vérifié. Elle serait fixée à 1 ou 2 euros. Est suggéré de dispenser de cotisation les membres ayant publié des volumes, à titre de reconnaissance du travail effectué pour le groupe.
  • Est posée la question du siège social : adresse privée du président ou adresse de l’université ? Ce dernier point pose le problème de l’accord donné par l’Université, qui peut être révocable.

Une fois l’association fondée, penser à faire signer une convention avec l’Univ. de Saint-Étienne pour préciser que la bibliothèque des Fasti déposée au Cercor appartient aux Fasti (il y a eu des problèmes pour d’autres bibliothèques de sociétés savantes hébergées dans des locaux universitaires).

NB : à l’avenir il n’y aura qu’une caisse pour les Fasti. À l’heure actuelle, le Cercor-LEM ne donne pas de subvention aux Fasti, il gère seulement l’argent reçu de Brepols et affecté aux Fasti.

Il est souhaitable si possible que les membres du groupe, surtout les membres du comité, demandent à être chercheurs associés du CERCOR. Cela valorise le CERCOR, qui consacre des ressources humaines à notre groupe (une ingénieure d’édition et un ingénieur informatique collaborent à nos travaux).

 

Ont été créées deslistes de diffusion pour faciliter les échanges internes. Attention à ne pas répondre directement à la liste quand on veut répondre seulement à une personne en particulier.

 

Est posée la question de la création d’un système informatisé où on pourrait centraliser lesinformations sur des chanoines d’autres diocèsesque l’on rencontre au fur et à mesure de nos recherches. Jadis, ces informations étaient centralisées dans uneboîte contenant des chemises pour chaque diocèse : les documents papier qu’elle contient vont être numérisés et mis en ligne. Les informations seront accessibles via la page Outils / Corpus diocésains du site internet, avec accès par login aux pages des différents diocèses.Pensez à envoyer vos informations à Thierry Pécout(thierry.pecout@univ-st-etienne.fr).Cette question est liée à l’évolution future de la base, qui pourrait être entièrement collaborative : chacun pourrait saisir une information concernant un autre diocèse, sachant que chaque information serait précisément sourcée (on saurait qui a rentré quoi). Nous discuterons plus en détail des évolutions à apporter à la base l’an prochain.

 

Organisation des prochaines journées d’étude des Fasti

Parution de la JE sur les chanoines et la mort dans revueLe Moyen Âge(en cours).

    En 2020, la journée portera sur les sceaux des évêques et des chanoines. Travail possible avec la base Sigilla, visite du fonds sigillographique des AN ?Faire une publication électronique pour pouvoir mettre bcp d’images ? Ou faire un numéro spécial dans une revue ?

    Pour 2021, Sébastien Fray propose d’organiser la journée autour du thème : « Les évêques, les chanoines et la guerre ».Comportements guerriers de certains évêques et de certains chanoines. Ceuxde Langres, selon leurs testaments, possèdent des armes.

    Pour 2022, ThierryPécoutpropose d’organiser une journée sur le thème : « Évêques et chapitres cathédraux : le modèle monastique/régulier », XIIe-XIIIe s. incluant largement la question des réguliers (présence au chapitre, chapitre suivant une règle…)

 

Volumes à venir :

  • Le volume sur Narbonne devrait être prêt à l’automne 2019. Délicate relecture par des spécialistes de la zone (D. Le Blévec, M. Fournié)
  • Le volume sur Verdun susceptible d’être prêt pour la fin 2019
  • Le volume sur Clermont très avancé
  • Le volume sur Évreux préparé par V. Tabbagh pourrait être achevé vers 2020
  • Mâcon fin 2020
  • Troyes prévu pour 2021
  • Beauvais pourrait être prêt pour 2022
  • Cambrai pourrait être prêt pour 2022
  • Le Puy pourrait être prêt pour 2023
  • Premier volume pour les zones limitrophes : diocèse de Vintimille sera prêt en 2023

Le planning est à peu près complet jusqu’en 2026

 

Atelier d’initiation à la saisie des fiches sur la base de données des Fasti

 

Actualité de la recherche

 

     Appel à communications pour le colloque sur la cathédrale d’Amiens 6-8 février 2020 (figure sur le site des Fasti)

     Commémoration des 500 ans des stalles de la cathédrale d’Amiens. Appel à communications en préparation. Sans doute colloque en sept-oct 2020 

     25 mai 2019 : manifestation à Saint-Martin aux Bois sur les chanoines réguliers et leurs relations avec pouvoirs ecclésiastiques

     Début juin, colloque à Reims sur les doyens de chrétienté organisé par Véronique Beaulande-Barraud

     13-14 juin 2019 à Metz, colloque du projet COSYN sur les législations synodales, programme sur le site à venir

     Le prochain colloque de Fanjeaux aura pour thème l’hérésie en hommage à Jean-Louis Biget

     Volume de Metz dans la collectionLa grâce d’une cathédraleparaîtra en novembre prochain

     À l’automne dernier, s’est tenu un colloque sur Jean Germain, conseiller du duc de Bourg, évêque de Chalon : les actes seront publiés sous peu par la société d’histoire et d’archéologie de Chalon sur Saône en 2019.

     Bientôt, exposition au musée de Chalon et série de conférences sur le mécénat des évêques bourguignons en s’appuyant sur Jean Germain et Rolin. Sera inauguré le cloître de Chalon restauré, découvertes archéologiques

     Le volumeGrâce d’une cathédralesur Autun est encore en chantier (depuis six ans)

     Un article de Jacques Madignier va paraître sous peu dans lesAnnales de Bourgogne : synthèse sur les 4 chapitres (Sens, Auxerre, Chalon et Autun) dont les volumes Fasti sont sortis (emprise des chanoines sur l’espace urbain, vie canoniale…)

     La ville de Viviers s’intéresse au 900eanniv de la consécration de la cathédrale. Y. Esquieu se demande si elle a vraiment eu lieu (les sources sont toutes tardives et contradictoires)

     Gros volume à paraître sur Tours aux Presses universitaires de Tours

  1. juin 2019, journée d’étude sur une révolte au Puy contre seigneurie épiscopale

Sur le diocèse d’Aoste, thèse à paraître sur le chapitre d’une collégiale.

 

Livres

Buffo (Paolo), Charta Augustana.Chiesa, cancelleria escriptoriumad Aosta nel secolo XI, Academie delle Scienze di Torino [Memorie dell’Academia delle Scienze di Torino. Classe di Scienze Morali, Storiche e Filologiche. Serie V, vol. 42/2], 2018

Berclaz (Kérim),Les voies de l’éternité. Les testaments des évêques de Lausanne et la construction d’une mémoire épiscopale (XIVe-XVesiècles),Lausanne, Université de Lausanne [Cahiers lausannois d’histoire médiévale, 57], 2017.

 

 

Anne Chiama – Les cathédrales et la mort en Provence (XIIe-XIVesiècles)

 

            Anne Chiama présente la thèse qu’elle a soutenue sous la direction de T. Pécout. Elle s’interroge sur la place de la mort dans la vie des clercs en examinant les sources suivantes : testaments, nécrologes- obituaires, chartes diverses. Aix, Marseille, Arles, Toulon (comtat Venaissin exclu, cf. travaux de J. Chiffoleau)

     Le développement des anniversaires peut être mis en relation avec le développement des testaments et des pratiques notariées. Il ne faut pas exagérer le caractère individuel des anniversaires.

La majorité sont des anniversaires mutualisés (pour une personne et ses parents). Les fondations de chapellenies sont rarissimes dans les nécrologes-obituaires

     Problématiques : Comment assurer la concrétisation de la promesse de donation financière faite dans le testament ou la charte de fondation ? Comment les évêques et les chanoines assurent la gestion de tout ce patrimoine ? Les études sur les revenus financiers des cathédrales (notamment sur constitution des ressources du casuel) sont encore rares.

     Les anniversaires sont une célébration monastique accompagnant la mémoire des défunts lors du chapitre, puis diffusion dans les milieux laïcs. Les fondations d’anniversaire et de chapellenies sont un investissement qui engage une partie du patrimoine mais aussi les héritiers en charge de l’entretien de l’anniversaire. AC n’a pas retrouvé d’attestations claires d’un prix des anniversaires. Écart entre les cathédrales en fonction de leur prestige. Les revenus des anniversaires sont généralement des sommes d’argent léguées directement ou des paiements sur des biens immobiliers (presque jamais versées directement au chapitre), « cens » (en nature ou en argent) pesant sur des biens n’appartenant pas au chapitre. Dès la 2emoitié du XIIIe siècle, la gestion de ces revenus semble rentrer dans une logique de « rentes ». Création de bureaux gérant ces droits et revenus. Prennent le nom « d’anniversaires ». Dirigés par des chanoines. Ont des délégués et sous-délégués (bayles et sous-bayles). Clercs tendent à organiser des structures d’organisation du funéraire dans leurs dimensions à la fois spirituelle et matérielle entre XIIIeet XVesiècle, qui participent d’une économie du salut.

 

Fabrice Delivré, Des évêques aux chapitres. Décrets d’élection et de postulation (XIIIe-XVesiècles)

 

Quelques éléments sur la genèse du thème de recherche : enquête au long cours sur lesSummae de electione, traités dédiés à l’élection des évêques entre XIIIe et XVe siècle. Dette envers livreThe bishop-electde Robert Benson, qui s’appuie surtout sur Décret de Gratien et les décrétistes.

Dynamique des échanges entre doctrine et pratique. 3 facettes marquent la constitution de titres spécifiques sur les élections épiscopales dans les collections de décrétales :

– vulgarisation du droit savant : le fait de consacrer un ouvrage à l’élection est indissociable du titreDe electionedans les décrétales, qui comporte 60 chapitres. Est également indissociable des apparats de glose surde electioneetde postulatione. Les auteurs dessummaes’efforcent de rendre accessible la pensée complexe des glossateurs.

– procédure électorale : normalisation canonique des élections au cours du XIIIesiècle

– évolution des pratiques de l’écrit : rédaction de formulaires (Practicae electionis…) à destination des chapitres cathédraux

     LeDecretum electionisest un document peu connu. FD présente des pistes pour étudier ce type de document.

– du côté des pontificaux : La juridicisation des élections est incontestable dès le tournant des XIIe-XIIIesiècles. Dans le pontifical romano-germanique du Xe siècle, on a comme pièce liminaire de la consécration un décret d’élection ; dans pontificaux postérieurs, on trouve aussi des copies de décret d’élection (expliquant les vertus dont doit disposer l’élu). Il y a un modèle de décret dans le pontifical de Guillaume Durand, mais aussi dans sonSpeculum judiciale(qui est un arsenal de formules dérivant desSummae de electione)

– lesSummae de electione consacrent de nombreux développement à la confection dudecretum: les glossateurs admettent qu’une élection puisse être valable même s’il n’y a pas de décret d’élection

- Il y a un chantier ouvert : la recherche des décrets d’élection en pièce originale. Sont porteurs des souscriptions des chanoines et de leurs sceaux

Question : est-ce que lesSummaereprennent leurs modèles de Décrets d’élection de docs historiques ?

 

 

Yves Esquieu - Lexique canonial

 

     Le lexique est collaboratif : appel à collaboration pour compléter les entrées, notamment sur les fonctions dans le domaine de la police (dans le quartier de la cathédrale) et de la justice.

     NB : au mois de juillet s’achèvera au CERCOR un programme de recherches sur la justice seigneuriale des religieux (incluant les chanoines). Il y aura un colloque conclusif en mai 2020.

     Au Puy, mention d’un groupe spécifique de « chanoines pauvres /de pauperi ». Cette formulation existe-t-elle ailleurs ? Il y a des questions sur ce que recouvre cette dénomination.

     Dans le lexique il serait aussi utile de rajouter la mention du terme d’« abbés » : au Puy, il y a 4 « abbés » qui sont en fait des chefs de collégiale et ont un rôle dans le chapitre

 

 

Vincent Tabbagh - Notice institutionnelle d’Évreux

 

Distribuée et commentée.

 

 

 

 

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Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 23 janvier 1998

Informations générales

Deux bonnes nouvelles : le volume sur Rouen est enfin sorti des presses, grâce à la diligence de la maison Brepols, et le volume sur Reims devrait être sorti au moment de notre prochaine réunion, qui a pour l'instant été fixée au vendredi 3 juillet.

Nous avons eu le plaisir d'accueillir deux collègues portugais, les professeurs Armando Luis de Carvalho Homem et Maria Helena da Cruz Coelho, qui nous ont brossé un rapide portrait de l'état des recherches sur les diocèses portugais (qui ont beaucoup porté sur le temporel jusqu'à présent) et qui nous ont annoncé le lancement des Fasti portugais, entreprise à laquelle nous ne pouvons que souhaiter de beaux lendemains.

Quartier canonial et procédures d'inhumation à Autun

Le quartier canonial d'Autun a la caractéristique de compter deux cathédrales, Saint-Nazaire (la plus ancienne) et Saint-Lazare (beaucoup plus grande, construite au XIIe siècle) dans lesquelles le service se faisait alternativement, l'année étant divisée en deux périodes (de la veille de Pâques à la veille de la Toussaint et inversement).

Ainsi, il apparaît que les dignitaires que les dignitaires du chapitre ont tendance à toujours habiter près de ces deux cathédrales, même s'il n'existe pas de maisons strictement réservées aux dignitaires. D'ailleurs, les chanoines changent de résidence au cours de leur carrière, en fonction probablement de leur degré de richesse mais aussi de leur âge.

Il semble d'ailleurs que les règles d'attribution des maisons canoniales soient relativement souples, puisque les chanoines peuvent jouir de leur maison comme d'un bien personnel, la transmettre à des membres de leur famille, même laïques. Seule la vente proprement dite de ces maisons semble interdite.

Le montant de la prébende étant extrèmement faible (30 sous), ce qui est à relier à l'état général de pauvreté du diocèse, les maisons canoniales constituaient une des plus importantes sources de revenu des chanoine. D'ailleurs, près de 45% des rentes d'anniversaires fondées par des chanoines le sont sur des maisons canoniales.

Les obituaires ont fourni à J. Madignier de nombreux renseignements sur les cimetières du quartier canonial, puisque environ 50% des notices indiquent le lieu de sépulture du personnage concerné, les messes d'obit s'achevant souvent par des processions sur le lieu de sépulture. Il apparaît ainsi que les principaux cimetières se trouvent dans la partie la plus ancienne du cloître, et qu'il n'y a pas de cimetières réservés aux chanoines, mais que ceux-ci sont enterrés en compagnie de laïcs, voire de femmes (deux d'entre elles sont même enterrées dans la salle capitulaire!).

Notice institutionnelle de Châlons-en-Champagne et exposé sur les vêtements des chanoines

Ce chapitre ne semble guère différer du modèle général même si certains points restent à éclaircir, notamment l'indication que les chanoines auraient quitté la vie commune sous Clément VII, en 1380, alors que prébendes canoniales sont mentionnées bien auparavant.

S'ils s'habillent "normalement" lorsqu'ils sont chez eux, les chanoines disposent pour accomplir leur charge de 2 types de costumes :

  • le costume "de chœur" pour chanter l'office. Il diffère suivant chaque chapitre mais réunit généralement les éléments suivants : une robe (souvent fourrée), un rochet (robe sans manches) par dessus en hiver, une chape, une aumusse qui sert à couvrir la tête contre les courants d'air et est portée en été sur le bras, un capuce ou camail (petite pélerine couvrant la tête et les épaules jusqu'aux coudes). Il s'agit donc d'un costume lourd et coûteux (utilisation de soierie, de fourrure de qualité…).
  • le costume pour le service de l'autel : il n'est pas spécifique aux chanoines et composé surtout des ornements sacerdotaux.

Sur les pierres tombales, les vêtements des chanoines font plutôt référence à leur grade canonique, mais les professeurs se font souvent représenter avec les habits et objets de leur fonction. Suite à un débat ouvert entre les participants à propos de la l'identification de certains personnages sur les tombeaux, il serait intéressant de rechercher et comparer les représentations d'archidiacres.

Notice institutionnelle d'Avignon

Nous avons là une notice fort complète, d'un chapitre régulier (la sécularisation n'intervint qu'en 1481) où la vie communautaire fut relativement bien observée. Malgré l'absence de statuts et de délibérations capitulaires, Anne-Marie et Michel Hayez ont su faire revivre devant nous un monde de traditions et de coutumes, dont les principales originalités tiennent bien sûr à l'histoire particulière d'Avignon : le siège épiscopal par exemple resta souvent en la main du pape, l'autorité étant déléguée à des vicaires généraux ou des administrateurs. Le nombre total des chanoines répertoriés devrait s'établir autour de quatre à cinq cents.

Les tapisseries à sujet liturgique dans les cathédrales

Dans certaines cathédrales se trouvait au-dessus des stalles, derrière les têtes des chanoines, une tapisserie retraçant généralement la vie des saints patrons de la cathédrale ou parfois des épisodes de la vie de Jésus et Marie. Elle délimitait ainsi la partie du chœur réservée aux chanoines.

En grande majorité offertes par des chanoines ou des évêques, ces tapisseries contenaient généralement à la fin une représentation du donateur, souvent en présence de son saint patron, avec un long titulus indiquant son identité, ses grades… Le contenu de cette représentation était le plus souvent prévu par le donateur lui-même.

Pour commander le volume.

Contenu du volume :

  • XV+681 pages

 

 

La note liminaire de ce volume a une teneur quelque peu différente des précédentes, en raison des circonstances, mais elle conserve sa vocation informative sur les évolutions de notre équipe de recherche. Les Fasti Ecclesiae Gallicanae, qui s’apprêtent à « célébrer » bientôt leur trentième anniversaire, viennent en effet d’ouvrir une nouvelle page de leur histoire institutionnelle, même si cela ne change en rien le projet scientifique mis en œuvre depuis leur création. Les Fasti sont nés en juin 1990 à l’initiative d’Hélène Millet, qui en a assuré la direction jusqu’à son départ en retraite. Depuis 2012, le pilotage du programme est assuré de manière collégiale – inspirée par l’esprit des communautés canoniales qui sont son objet d’étude… – par un comité de direction composé de Christine Barralis (Université de Lorraine, Metz), Fabrice Delivré (Université Paris I-Panthéon Sorbonne), Pascal Montaubin (Université de Picardie, Amiens), Thierry Pécout (Université Jean Monnet, Saint-Étienne), Laurent Vallière (CNRS, CIHAM, UMR CNRS 5648, Avignon) et moi-même (Université d’Angers). Au fil des années, l’équipe des Fasti a revêtu successivement diverses formes institutionnelles, d’abord comme un GDR (Groupement de recherche) propre, puis en s’affiliant au GDR Gerson avant d’intégrer le GDR SALVE, en étant durant les deux premières décennies de son existence abritée par l’IRHT, UPR CNRS 841, sur son site d’Orléans. À partir de 2010, les Fasti ont constitué un des axes de recherche du Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP, UMR CNRS 8589). Depuis le début de l’année 2018, Thierry Pécout a pris ma succession à la tête du directoire des Fasti, et il a donc semblé approprié que l’équipe soit désormais implantée dans le laboratoire qu’il dirige dans son université, le Centre européen de recherche sur les communautés, les congrégations et les ordres religieux, qui est lui-même une composante du Laboratoire d’études sur les monothéismes (LEM-CERCOR, UMR CNRS 8584). L’intégration des Fasti dans le CERCOR répond à une véritable logique scientifique qui repose sur la fécondité de la démarche visant à croiser les expériences de vie religieuse des communautés régulières et séculières. Cette nouvelle domiciliation explique le changement d’adresse de notre site internet – https://fasti.huma-num.fr/ – qui a été à cette occasion entièrement modifié pour prendre une forme plus « moderne » afin de mieux refléter la dynamique de notre équipe, en actualisant systématiquement les informations sur ses activités, ce qui n’avait plus été le cas ces derniers temps faute d’avoir directement la main sur son administration.

Parallèlement à ce cheminement institutionnel, la confection des volumes de la collection des Fasti Ecclesiae Gallicanae a elle aussi connu une histoire marquée par plusieurs migrations, mais en restant fidèle depuis l’origine aux Éditions Brepols que nous remercions une nouvelle fois, en particulier notre interlocutrice Loes Diercken. Les onze premiers volumes de la collection ont été composés et mis en page par Irmine Martin (IRHT, Orléans) en collaboration avec Hélène Millet. À partir de 2010, les six volumes suivants ont été réalisés à Angers par Giliane Thibault, alors secrétaire du Centre de recherches historiques de l’Ouest (CERHIO, UMR CNRS 6258, devenu TEMOS), aujourd’hui en retraite. Ce livre sur le diocèse du Mans, le dix-huitième de la collection, peut être considéré d’une certaine manière comme un volume de transition puisque les chapitres préliminaires que j’ai rédigés (notice institutionnelle, notices biographiques des évêques, sources et bibliographie) ont été mis en page à Angers avant le départ de Giliane Thibault alors que les autres, remis plus tardivement par les auteurs que j’ai sollicités sur quelques thèmes dont ils sont spécialistes ont été traités par Martine Alet, ingénieure d’études au CERCOR qui assurera désormais la composition des livres de la collection. Laurent Vallière continue à être responsable de la base informatisée des Fasti, mais il est désormais épaulé par Ahmad Fliti, ingénieur d’études CNRS en traitement et analyse de bases de données au CERCOR.

Volume de transition dans la collection, ce livre sur le diocèse du Mans l’est aussi au sens où il est le dernier dont les chapitres préliminaires sont dépourvus de notes de bas de page. Depuis longtemps, des voix internes à l’équipe des Fasti ou d’autres exprimées dans les recensions dont les volumes successifs ont été l’objet ont manifesté le souhait de pouvoir étayer les chapitres préliminaires – en particulier la notice institutionnelle – sur un appareil critique à même de rétablir les erreurs véhiculées parfois de longue date par l’historiographie et de faire précisément référence à certaines sources capitales ou aux acquis les plus récents de la recherche scientifique. Après bien des discussions et des tergiversations, il a donc été décidé récemment d’introduire des notes de bas de page dans ces notices. Élaboré avant cette prise de décision, le volume du diocèse du Mans est donc le dernier qui donne les références aux sources ou à des éléments de bibliographie abrégés dans le corps même du texte. Cette nouvelle orientation n’est pas une révolution, mais elle témoigne de l’adaptation des pratiques en vigueur dans un programme de recherche qui a toujours cherché – tout en conservant l’essence même de son projet – à tenir compte des remarques et suggestions émises tant par ses membres que par ceux qui en évaluent la production dans les comptes rendus publiés en France comme à l’étranger.

L’objectif des Fasti Ecclesiae Gallicanae demeure en effet la constitution d’un répertoire prosopographique des évêques, dignitaires et chanoines des diocèses de France entre 1200 et 1500, une France entendue dans ses frontières actuelles, soit près de 150 diocèses en y incluant quelques diocèses limitrophes (Aoste, Bâle, Genève, Lausanne, Liège ou Vintimille), que les chapitres cathédraux aient été par le passé séculiers ou réguliers – cas plus fréquent dans le Midi que dans la France septentrionale. La limitation au cadre français n’empêche évidemment pas les collaborations internationales, comme le montre par exemple le GDRE (un GDR européen) « Aux fondements de la modernité étatique en Europe : l’héritage des clercs médiévaux » qui a été initié par les Fasti (2010-2012), mais elle est dictée par un principe de réalité : depuis le premier volume sur le diocèse d’Amiens paru en 1996, qui avait valeur de prototype, il a en effet fallu un peu plus de deux décennies pour parvenir à la publication d’une collection qui en compte désormais dix-huit et à la constitution d’une base de données cumulées qui atteint aujourd’hui environ 19 000 individus – au-delà de ceux qui figurent dans les volumes parus, ce chiffre englobe également les centaines de fiches déjà enregistrées concernant les chanoines des diocèses en cours de préparation. Sans vouloir anticiper sur l’avenir avec trop de légèreté ou d’optimisme, il se pourrait toutefois que les prochaines années soient marquées par une accélération du rythme de publication que l’aboutissement de recherches menées au long cours ou l’achèvement de travaux universitaires laissent heureusement augurer. Doivent ainsi paraître dans les deux années à venir les diocèses de Narbonne, Clermont, Verdun et Évreux – vraisemblablement dans cet ordre, mais sait-on jamais – et devraient suivre assez rapidement ceux de Troyes, Riez, Senez, Cambrai, Orléans, Beauvais et Aix, cette fois dans un ordre sans doute plus aléatoire. La cartographie de ces nouveaux diocèses à paraître montre que nous allons considérablement améliorer la couverture géographique du territoire français, même s’il demeure actuellement beaucoup de diocèses sans responsable identifié et quelques angles morts comme la Bretagne, l’espace pyrénéen ou le Languedoc, faute de chercheurs qui se consacrent à l’étude du monde canonial dans ces régions au cours des XIIIe-XVe siècles. Il reste donc devant nous un énorme travail à abattre, et toutes les bonnes volontés et collaborations – le principe originel des Fasti d’associer des chercheurs dits chevronnés comme des débutants n’a fort heureusement jamais été remis en cause, et il est évidemment profitable à tous – sont et seront toujours les bienvenues !

 

À Angers, le 5 juin 2018                               Jean-Michel MATZ

 

 

 
 
Le diocèse du Mans (XIIIe-XVe siècle).

 

 

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Contenu du volume :

  • 477 pages.
  • 881 notices prosopographiques.
  • 23 biographies d'évêques.

Ce volume comprend en outre une carte du diocèse, ainsi qu'une note sur le quartier des cathédrales, une présentation par Claire Maître de la très ancienne et très riche bibliothèque du chapître d'Autun et une étude par Brigitte Maurice-Chabard des rénovations et aménagements liturgiques dont a été l'objet la cathédrale Saint-Lazare à la fin du Moyen-Age.

 

Diocèse d'Autun : note liminaire, par Hélène Millet

La parution du douzième volume de la collection Fasti Ecclesiae Gallicanae clôt une époque et en ouvre une autre. L'équipe qui a pris ma succession pour diriger le programme a en effet superbement assuré le relais puisque le Diocèse d'Autun paraît moins d'un an après son entrée en fonctions et démontre ainsi pleinement son efficacité. Le travail de recherche effectué par Jacques Madignier témoigne en revanche des longs efforts qu'il faut fournir avant de pouvoir prétendre publier.

Le DEA que ce professeur dans l'enseignement secondaire a présenté à l'Université de Bourgogne en 1995 portait encore les traces de ses premiers travaux sur la mort, entrepris dans le sillage de Georges Duby, et finalement abandonnés pour le plus grand bénéfice de la recherche canoniale. Sur les conseils de Vincent Tabbagh, Jacques Madignier est passé du nécrologe autunois au chapitre et aux chanoines qui l'avaient composé, prenant alors pour cadre chronologique de sa thèse une longue période de quatre siècles s'achevant à la fin du XIVe siècle.

Comme chacun sait, le métier d'enseignant exige de gros investissements en énergie de la part de ceux qui l'exercent; la persévérance dont a fait preuve Jacques Madignier est donc en elle-même un tour de force, dont il se plaît à dire qu'il fut favorisé par son entrée dans le groupe des Fasti. Mais il est juste aussi de saluer la passion dont il est habité et dont nous avons été les témoins lors de divers exposés présentés aux réunions bisannuelles du groupe. Nous avons un souvenir particulièrement vif de cette séance sur la gestion de leurs vignes par les chanoines d'Autun, qui s'est achevée par une dégustation de vin du Clos des chanoines. Heureuse Bourgogne !

À l'automne 2007 enfin, Jacques Madignier est devenu docteur en histoire à l'issue d'une belle soutenance. Fort de ce succès, il s'est immédiatement lancé dans la préparation du volume d'Autun. Cela supposait en premier lieu de prolonger les recherches dans les archives du XVe siècle ainsi que l'exige le contrat chronologique de la collection. Jacques Madignier s'est acquitté de cette tâche tout en constituant sa base de données et en s'assurant de collaborations pour la rédaction des chapitres préliminaires. Les beaux vestiges du prestigieux passé d'Autun nous sont parvenus en nombre et ont retenu l'attention des chercheurs. Grâce aux contributions de Claire Maître pour la bibliothèque capitulaire, de Brigitte Maurice-Chabard pour les aménagements de la cathédrale Saint-Lazare, nous pouvons restituer les chanoines dans leur contexte patrimonial.

Parmi les membres des Fasti, Jacques Madignier a aussi bénéficié d'aides variées, que ce soit pour la collecte des informations, pour l'interprétation des sources ou pour la mise en forme des résultats. Il m'a prié d'être son interprète pour que soient publiquement remerciés ceux grâce auxquels le volume d'informations s'est accru de renseignements récoltés hors des archives autunoises, et particulièrement Janine Mathieu et Laurent Vallière pour les archives pontificales, ainsi que Pierre Desportes, Pascal Montaubin et Amandine Le Roux. Grâce à Yves Esquieu, il a pu rendre leur cohérence aux nombreuses observations archéologiques que son inlassable curiosité pour les bâtiments et les lieux l'avait poussées à rassembler et il a trouvé en Hugues Labarthe l'expert en géographie historique par qui ses cartes et ses schémas, déjà fort aboutis, sont devenus des modèles pour les futurs volumes de la collection.

Pour l'achèvement du livre, Jacques Madignier a pu compter sur les services de la nouvelle équipe mise en place pour relayer les retraitées. La fabrication de la première partie a été terminée par Giliane Thibault, secrétaire du CERHIO-Angers (UMR 6258), qui prend ainsi la succession d'Irmine Martin à qui les Fasti doivent la mise en page de tous les précédents volumes de la collection. Le maître d'oeuvre des chapitres préliminaires est désormais Jean-Michel Matz, rompu à l'art de repérer les bévues aussi bien scientifiques que rédactionnelles. Quant aux données prosopographiques, elles sont contrôlées par Vincent Tabbagh à toutes les phases de leur élaboration, tant au niveau de leur saisie que pour la qualité de leur édition. Après avoir éprouvé les vertus de patience de son directeur de thèse, Jacques Madignier a ainsi pu se frotter à son aimable rigueur et faire son profit des remarques que lui inspirent son expérience et son érudition, avec une inlassable générosité.

Avec ce douzième volume, les Fasti font leur première percée dans la province ecclésiastique de Lyon. La mosaïque destinée à couvrir toute la France commence à se dessiner. La base de données compte actuellement plus de 13 500 notices et l'arrivée de jeunes chercheurs fait espérer que les vides vont peu à peu être comblés. Sylvette Guilbert entre dans la phase des finitions pour le diocèse de Châlons-en-Champagne. Quant à la base cumulative, elle requiert encore trop d'ajustements et de relectures pour que soit précisément annoncée son ouverture au public. J'aurais aimé quitter la direction du programme avec la satisfaction d'avoir franchi ce nouveau cap. Le diocèse d'Autun aura permis à mes successeurs de prouver qu'ils sauront faire mieux et plus vite tout ce que j'avais rêvé d'accomplir. Ce sont eux qui prendront la plume pour rédiger la «note liminaire» du prochain volume à paraître.

Paris, le 3 juillet 2010, Hélène Millet, ancien directeur du programme.

 
 

Extraits du volume concernant le diocèse d'Autun

Jean I Rolin, évêque d'Autun

Johannes Rolini, n°628

(20 août 1436-†1er juillet 1483)

1 - Il était né en 1408 de Nicolas Rolin, alors avocat au Parlement et futur chancelier de Bourgogne et de sa seconde femme, Marie des Landes, fille d'un bourgeois de Paris. Il appartenait à la grande bourgeoisie de service dont le duc de Bourgogne avait fait la fortune. Son frère Guillaume, seigneur de Beauchamp, épousa Marie de Levis-Cousan. On lui connaît cinq enfants naturels, dont Pierre, protonotaire apostolique, Sébastien qui fut seigneur de Chaseul, Brion et Laisy, et Jeanne qu'il eut tous trois de Jeanne de Gouy, une demoiselle, et qu'il fit légitimer en 1464 par le duc de Bourgogne. Jean, le fils qu'il eut d'une religieuse d'Avignon, Raymonde de Roussy, fut légitimé par le roi en 1485 et devint à son tour évêque d'Autun (629). Un autre fils, Blaise, naquit d'Alexie Renier.

2 - L'administration ducale, influencée par l'italianisme à la mode auprès du duc, lui offrit la possibilité de se rendre à l'Université de Bologne. En 1428, il était inscrit sur la liste des docteurs en droit civil. De retour en France, il fréquenta l'Université de Paris où il devint bachelier et licencié en décret. Il quitta Paris pour Louvain où on découvre avec étonnement qu'il acquit de nouveau le grade de licencié en lois. C'est peut-être là qu'il prit aussi le grade de docteur en décret.

3 - Sa carrière bénéficiale commença alors qu'il était encore très jeune. Il avait à peine une dizaine d'années lorsque son père convoita déjà pour lui une prébende de l'église Saint-Quiriace de Provins. Par deux bulles fulminées le 19 juillet 1421, mais datées du ler février 1418 à Constance, Martin V lui conféra un bénéfice venant à vaquer à la nomination soit de Saint-Étienne soit de Saint-Bénigne de Dijon, alors qu'il était curé d'Étaules. C'est aussi sur l'intervention de son père qu'il devint dès 1422 chanoine de Besançon, dès 1426, chanoine de Saint-Géry de Cambrai et chanoine d'Autun. En 1427 il accéda à l'archidiaconat d'Autun à la place de Ferry de Grancey. Il n'avait alors que vingt ans. En 1430, il obtint une prébende à Langres. C'est encore grâce à son père qu'il reçut avant 1431 le titre de protonotaire apostolique. En 1431 il fut élu au siège de Chalon-sur- Saône et dans les mois qui suivirent il devint prieur de Saint-Marcel de Chalon et archidiacre de Valenciennes au diocèse de Cambrai.

4 - Il fut nommé sur le siège d'Autun le 20 août 1436 par le pape Eugène IV sur intervention du duc Philippe le Bon. La lettre de congratulation que ce dernier envoya le 25 septembre 1437 à Nicolas Rolin ne laisse aucun doute sur le rôle joué par l'influence ducale. Son entrée solennelle eut lieu le 21 janvier 1438. Il dut réclamer le pallium que le pape avait omis de lui remettre et pour justifier de ce privilège, il dut produire copies et extraits d'actes. Le pallium lui fut remis par Nicolas V en 1448.

5 - Sa présence à Autun fut finalement assez soutenue, malgré ses séjours réguliers à Beaune, Dijon, Avignon et Paris où il vécut les dernières années de sa vie. À Autun même il résidait dans une maison du cloître, mais il fréquentait plus régulièrement les domaines de Thoisy et Lucenay et les demeures épiscopales dans lesquelles il fit réaliser des nombreux travaux d'aménagement. Son souci d'une gestion modernisée du temporel épiscopal conduisit à la rédaction de terriers et à la remise en état des cartulaires. Suivant les recommandations du concile de Bâle, il encadra avec beaucoup de régularité les pratiques du clergé et des fidèles. Il semble avoir tenu assez régulièrement, de 1448 à 1483, les deux synodes annuels et il fit rédiger de nouveaux statuts synodaux (les premiers avant 1449, les seconds en 1468). Il encouragea l'organisation de méparts, c'est-à-dire de communautés organisées de prêtres d'une paroisse très unportante à Marcigny, à Paray-le-Monial en 1451, à Arnay-le-Duc en 1472. En 1459, il consentit à l'union des léproseries et hôpitaux du lieu avec le mépart de Flavigny qui avait été fondé en 1456 par Quentin Ménard, archevêque de Besançon, natif du lieu. En revanche ses visites pastorales furent peu nombreuses; les seules qu'il consentit furent des visites d'ordination de clercs qui symbolisaient davantage son autorité sur le clergé.Ses orientations politiques étaient bien plutôt relayées par le reseau de ses proches et par les archidiacres issus de son lignage. Les rapports avec les chanoines du chapitre cathédral furent relativement cordiaux. Il arbitra en leur faveur l'affaire des reliques de Lazare que la collégiale d'Avallon prétendait posséder; il se rendit même en visite à Avallon pour tenter de les récupérer. De la même façon, il défendit les intérêts du chapitre cathédral menacé de perdre le patronage de l'église Notre-Dame par l'érection dans cette église d'un collège séculier à la demande de Nicolas Rolin son père; dans ce cas précis, il n'hésita pas à dénoncer les agissements de son frère Guillaume à qui avait été confiée la collégiale ... et à qui avait été légué l'hôtel familial sis dans la ville épiscopale. Toutefois cela n'empêcha pas les chanoines, lassés des inconduites et des malversations du prélat, de le rappeler à l'ordre. Il institua dans sa cathédrale la fête de tous les saints évêques d'Autun à célébrer une fois par an, le dimanche suivant la fête de saint Denis. À la collégiale de Beaune, il fonda un office solennel de saint Lazare et celui de saint Vincent le 22 janvier. Il sut particulièrement bien s'entourer, notamment avec Ferry de Clugny (292), futur évêque de Tournai et cardinal.

6 - Jean Rolin parvint sur le siège de Chalon puis d'Autun sans véritable passage dans l'administration princière. Le fait d'appartenir à une puissante famille le dispensait peut-être d'une telle expérience. En 1437, il participa au concile de Bâle en compagnie de l'évêque de Chalon. Il faut attendre son retour de Bâle pour le voir qualifié de conseiller du duc de Bourgogne. Finalement il fréquenta peu la cour ducale et ne participa guère aux ambassades, si ce n'est à celle de 1459 qui le conduisit à Mantoue auprès du pape pour représenter Philippe le Bon dans la préparation d'une éventuelle croisade contre les Turcs. Il était un ardent défenseur de la politique ducale à tel point que la disparition de Charles le Téméraire le conduisit à préférer un temps Rome. Contrairement aux évêques promus par le roi, il était très attaché à la conception centralisée de l'Église. Son accession au cardinalat ne fit que renforcer cette tendance. En février 1444, Jean Rolin dut assurer la régale du siège de Lyon. À cet effet, il envoya une délégation de quatre vicaires qui cessa, moins de deux ans plus tard, à l'élection du nouvel archevêque Charles de Bourbon. À la fin de sa vie, par réalisme politique, il se rapprocha du roi.

7 - C'est sans doute sur la demande de Philippe le Bon que le nouveau pape Nicolas V promut, le 20 décembre 1448, Jean Rolin cardinal prêtre de San Stefano in Coelo Monte. À partir de là, s'ouvrirent pour lui de nouvelles perspectives pour une carrière bénéficiale. Dès 1449, il était fait prieur de Saint-Martin de Cambrai; en 1451, prieur d'Anzy-le-Duc (diocèse d'Autun); de 1456 à 1471, abbé de Baleme (diocèse de Saint- Claude); de 1461 à 1468, il assura le patronage de l'Hôtel-Dieu de Beaune; en 1462, il devint abbé de Saint-Martin (diocèse d'Autun); en 1469, abbé de Flavigny (diocèse d'Autun), abbé d'Oigny (diocèse de Langres); en 1474, chanoine de Beaune (diocèse d'Autun). Il fut également abbé commendataire de l'abbaye cistercienne de Bellevaux (diocèse de Besançon).

8 - Poursuivant la politique de mécénat inaugurée par son père, Jean Rolin fit étalage d'une très grande générosité alliée à un faste ignoré jusque-là à Autun. Il transforma totalement la cathédrale Saint-Lazare frappée par la foudre en 1469. Les absides romanes endommagées furent reconstruites en style gothique; sur la tour carrée du transept fut édifiée une longue pointe de pierre. L'intérieur fut remanié avec la construction d'un jubé et d'une tribune d'orgue. Il dota aussi la cathédrale d'un somptueux ensemble de livres liturgiques enluminés qui fut conservé dans le trésor du chapitre. Son mécénat ne s'arrêta pas à l'église-mère d'Autun et s'étendit à toutes les églises qu'il plaça sous sa protection. À Saint-Symphorien où il était prieur, il fit déposer les reliques du saint et de ses parents dans une nouvelle châsse; à Saint-Martin, il fit transférer le tombeau de Brunehaut de la crypte au bas-côté de la nef; pour la collégiale Notre-Dame de Beaune, il commanda une vaste tapisserie relative à la vie de la Vierge qui ne fut livrée qu'en 1500 par le chanoine Hugues Le Coq (481). Partout il multiplia les fondations de chapelles: à Saint-Lazare, il fonda en 1453 la chapelle dédiée à saint Vincent dans le collatéral ouest, la chapelle Sainte-Geneviève dans le collatéral est; à Saint-Andoche de Saulieu, il édifia la chapelle qui fait aujourd'hui office de sacristie. Pour financer ce large mécénat, il fit appel à ses biens propres, mais surtout à la fiscalité épiscopale qui multiplia les subsides, les dons gratuits et les prélèvements casuels sur le clergé. Jean Rolin fut aussi un grand amateur de livres, enthousiasmé par l'Humanisme et l'imprimerie. Lors de son installation à Paris, il apporta avec lui une partie des livres qu'il avait rassemblés dans sa demeure d'Autun. Il fut un généreux donateur de livres dont furent gratifiées de nombreuses institutions religieuses, au premier rang desquelles le chapitre cathédral d'Autun. Il se montra aussi très généreux envers deux établissements parisiens, l'abbaye Sainte- Geneviève et le couvent des Carmes de la place Maubert.

9 - Le cardinal évêque décéda d'une longue maladie. Officiellement il s'éteignit à Cravant près d'Auxerre le 1er juillet 1483. Plus vraisemblablement, il mourut à Paris. Dans ses ultimes volontés, il choisit à Autun trois lieux de sépulture: la collégiale Notre-Dame, l'abbaye Saint- Martin et la cathédrale Saint-Lazare. Son corps, ramené à Autun, fut enseveli à Saint-Lazare, à gauche du maître-autel. Un tombeau de coeur fut placé dans la chapelle Sainte-Apolline du jubé qu'il avait fait édifier. Il avait fondé un anniversaire à la collégiale de Vergy dans son diocèse. Son obit à Sainte-Geneviève de Paris était célébré le 6 mai. Il avait fait également une fondation aux Célestins de Paris pour qu'un de ses frères prie pour lui à perpétuité. Membre de la grande confrérie aux prêtres et aux bourgeois de Paris, il avait fondé dans la capitale, pour ses parents, un obit solennel à Saint-Germain-l'Auxerrois.

10 - Son portrait figure sur la Nativité peinte à la fin du XVe siècle par Jean Hey. Il y est représenté, agenouillé, tête nue, dans la pourpre cardinalice, les épaules recouvertes d'hermine.

11 - Sceau: grand sceau elliptique. Sous une décoration architectonique figurant trois niches, trois saints; à droite et à gauche, saint Nazaire et saint Celse; au centre, à cause du titre de cardinal, saint Étienne vêtu de la dalmatique et la tête surmontée des deux bosses de son martyr. Au dessus la Vierge tenant l'Enfant Jésus accostée de deux anges à genoux. En bas dans une petite niche, un évêque en costume pontifical accosté de chaque côté de l'écu des Rolin surmonté du chapeau.

LÉGENDE: JOHANNIS ROLINI CARDINALIS ET EPI(SCOPI) EDUEN(SIS)

Armoiries: elles figurent à droite du même tableau. Écu coiffé du chapeau de cardinal, écartelé aux 1 et 4 d'azur à trois clefs d'or posées en pal, aux 2 et 3 d'argent à la bande azur chargée en chef d'une pie d'argent becquée et membrée de gueules. Sa devise: Deum time.

B8546

AD Côte d'Or, B 11195 et 11196 (légitimation de ses enfants), G 147.

AD Saône-et-Loire, G 544/1 ; 2 G 52, 54, 59; 5 G 68, 1452, 1477, 1478 (fondation de messes et anniversaires).

Obituaires de la province de Sens, t. I, p. 500, 729, 848.

Ph. GAGNARE, Histoire de l'Église d'Autun, Autun, 1776, n° 76, p. 167 et ss.

Gallia christiana, t. IV, col. 419-420.

K. EUBEL, Hierarchia catholica Medii AEvi, t. II, p. 11 et 80.

Abbé BOULLEMIER, J. d'ARBAUMONT, « Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne. Notice historique sur sa famille », Revue nobiliaire, t. 3, 1865,53 p.

A. DELANNE, « Un des fils de Nicolas Rolin, chanoine de Langres », Congrès de l'association bourguignonne des sociétés savantes, Beaune, t. 9, 1932,p. 51-52.

J. RÉGNIER, Les évêques d'Autun, Autun, 1988, p. 129-136.

H. DE FONTENAY, Essai sur les sceaux et armoiries des évêques d'Autun, Angers, 1867, p. 10-11.

A. DE CHARMASSE, « Notes sur l'inventaire des livres liturgiques donnés à l'église Notre-Dame d'Autun par Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne», Mémoires de la Société éduenne, t. 33, 1909, p. 286.

Regards sur les manuscrits d'Autun (VIe-XVIIIe), publication de l'IRHT et de la ville d'Autun, 1995,p.129-145.

S. CASSAGNES-BROUQUET,« Le cardinal Rolin, un mécénat fastueux », Hommes d'Église et pouvoirs à l'époque bourguignonne (XIVe- XVe siècles), Publication du Centre européen d'études bourguignonnes, n° 38, 1998, p. 169-185.

B. MAURlCE-CHABARDL, la splendeur des Rolin. Un mécénat privé à la cour de Bourgogne, Paris, 1999.

I. GUYOT-BACHY,« L'inventaire des livres de Jean Rolin trouvés en son hôtel parisien en 1483 », La Splendeur des Rolin. Un mécénat privé à la cour de Bourgogne, Paris, 1999, p. 249-250.

V. TABBAGH, « Les évêques du royaume de France en 1438 », Gens d'Église, gens de pouvoir (France XIIIe-XVe siècles), Dijon, 2006, p. 87- 186.

J.-P. BRELAUD, Les chanoines de la collégiale Notre-Dame de Beaune au XVe siècle, mémoire de Maîtrise d'histoire, Université de Bourgogne, 1997, t. II, p. 96, n° 23l.

D. LANNAUD, Les évêques des diocèses bourguignons à la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat, Université de Bourgogne, 2007.

S. STELLING-MICHAUD«, La nation de Bourgogne à l'université de Bologne du XIIIe au XVe siècle », MSHDB, t. 17, 1956, p. 7-43.

F. JOUBERT,« Tel un prince en son diocèse, Jean Rolin, cardinal-évêque d'Autun », L'artiste et le clerc. Commandes artistiques des grands ecclésiastiques à la fin du Moyen Âge (XIVe-XVIe siècles) , Paris, 2006 (Culture et civilisation médiévale, 36), p. 105-182.

 

Extraits du volume concernant le diocèse d'Autun

Jean II Rolin, évêque d'Autun

Johannes II Rolini, n°629

(8 juin 1500-†4 août 1501)

1 - La tradition ecclésiastique autunoise l'a longtemps prétendu fils du frère cadet du cardinal, Antoine Rolin, seigneur d'Aymeries et chambellan de Charles le Téméraire. La réalité est tout autre. Les lettres de légitimation accordées par le roi Charles VIII en 1485 témoignent de sa filiation: il était le fruit de la liaison que le cardinal Jean Rolin entretint de longues années avec Raymonde de Roussy, religieuse à Avignon.

2 - Sans doute fréquenta-t-il l'université de Paris, car en 1481, il dirigeait le collège de Navarre à Paris. Il portait le grade de docteur in utroque jure.

3 - Dans un premier temps, il mena une vie de gentilhomme introduit à la cour de Bourgogne. En 1472, il remporta le tournoi de Valenciennes organisé par Jean de Luxembourg pour la fête de la Toison d'Or. En 1473, il était mentionné comme conseiller-clerc au Parlement de Malines Installé par Charles le Téméraire. Un peu avant 1480 sa vie bascula lorsqu'il fit le choix d'une carrière ecclésiastique. Cette nouvelle orientation s'inscrivait-elle dans une logique lignagère ou était-elle la volonté de racheter la faute de ses origines? Il est difficile de le dire même si dans son testament Jean II évoquait la faute de sa conception. Dès 1481, il benéficia de la résignation de son père pour devenir prieur de Saint- Marcel de Chalon et abbé de Saint-Martin d'Autun. En 1482, il obtenait une prébende à la collégiale de Beaune et le décanat de la collégiale de Semur-en-Brionnais. En 1484, c'est sur la recommandation du nouvel évêque Antoine de Chalon qu'il accéda au décanat d'Autun. Sa vie politique passa de la fidélité à la maison de Bourgogne au ralliement à la couronne et suivit intimement sa carrière bénéficiale. À la mort du Téméraire, il resta au service de Marguerite d'York, devint maître des requêtes du duc d'Autriche et apparut au côté de Marie de Bourgogne. En juin 1481, Maximilien et Marie le désignèrent comme leur ambassadeur à Rome avec Juste, évêque de Ceuta et Claude Carondelet, doyen de Besançon. Cela lui valut d'être nommé en 1481 protonotaire apostolique. Il continua de la même façon à participer régulièrement aux États de Bourgogne (1483, 1485, 1490, 1493). En 1484, les élus de Bourgogne le désignèrent comme ambassadeur auprès du roi ce qui lui permit un rapprochement avec la couronne: il devint alors conseiller du roi puis entra au Parlement de Paris; d'abord clerc-conseiller, il gravit rapidement les échelons en devenant président aux enquêtes puis en 1496 au plus tard président de la chambre des requêtes, ce qui lui permit d'obtenir du chapitre de Notre-Dame de Paris, quoiqu'il n'en fût pas membre, une maison du cloître. En 1494, il était à Lyon, l'un des procureurs de l'archevêque André d'Espinay.

4 - Son accession au siège d'Autun ne fut pas simple. Avant de mourir, Antoine de Chalon avait assuré Olivier de Vienne (693), chanoine de Lyon, de l'obtention du siège épiscopal et le candidat pouvait se prévaloir de l'appui du pape Alexandre VI. Toutefois les chanoines, qui n'avaient en aucun cas été consultés, saisirent les encouragements du roi de France Louis XII à ne pas respecter le marché passé et décidèrent de choisir librement leur évêque. Le 8 juin 1500, ils votèrent en faveur de leur doyen Jean Rolin, dont le roi avait suggéré le nom. En compensation Olivier de Vienne se vit offrir le décanat qu'il résigna très rapidement. Sa disparition prématurée permit un arrangement rapide. Le pape par une bulle de novembre 1500 porta provision de l'évêché d'Autun, vacant par la mort d'Olivier de Vienne en faveur de Jean II Rolin.

5 - Son mandat fut de très courte durée. En 1501, il reçut le pallium des mains de l'évêque de Chalon. Les comptes du chapitre cathédral attestent qu'il occupa la même maison du cloître durant son décanat et son épiscopat.

9 - Il mourut en août 1501, sans doute le 4. Dans ses dernières volontés, il demandait à être inhumé dans la cathédrale Saint-Lazare, dans la chapelle de la Sainte-Croix, située dans le bas-côté est, qu'il avait ensuite confiée au patronage de saint Martin. Il précisait de surcroît qu'il souhaitait des funérailles modestes, appelant à la protection de Lazare, demandant la participation de six enfants d'aube et de trente et un pauvres, requérant la prière des frères Mineurs récemment installés dans la cité éduenne. Il fondait anniversaire dans les monastères de la cité, à Saint-Martin, Saint- Symphorien et Saint-Andoche.

11 - Armoiries: d'azur à trois clefs d'or mises en pal avec la devise: Tibi soli (À toi seul).

AD Côte d'Or, B 85, fol. 5v.; B 289; B 2483, fol. 217v; B 2497, fol. 16r; B 4112, fol. 47v.

AD Saône-et-Loire, H supp. 5, abbaye Saint-Martin, testament de Jean Il Rolin. 5 G 311,5 G 312, 5 G 313.

AD Nord, B 345.

AD Rhône, 10 G 1377.

AN, LL 126, p. 435.

AN, LL 126, p. 435.

Ph. GAGNAIRE, Histoire de l'Église d'Autun, Autun, 1776, n°78.

K. EUBEL, Hierarchia catholica Medii AEvi, t. II, p. 81.

Gallia christiana,t. IV, col. 421.

J.RÉGNIER, Les évêques d'Autun, Autun, 1988, p. 139-140.

J. BILLlOUD, Les États du duché de Bourgogne jusqu'en 1498, Paris, 1911, p. 188,276-278.

E. MAUGIS, Histoire du Parlement de Paris de l'avènement des Valois à la mort d'Henri IV, Paris, 1913-1916, t. III, p. 117.

J.-P. BRELAUD, Les chanoines de la collégiale Notre-Dame de Beaune au XVe siècle, mémoire de Maîtrise d'histoire, Université de Bourgogne, 1997, t. II, p. 97, n° 232.

J.-B. DE VAIVRE, « La véritable origine de Jean II Rolin, évêque d'Autun », Mémoires de la Société éduenne, nouvelle série, t. 56, fasc. 3, 1999-2000, p.353-354.

D. LANNAUD, Les évêques des diocèses bourguignons à la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat, Université de Bourgogne, 2007.

diocese autun

 

 

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 25 juin 2004

 

Informations générales

Mathieu Desachy vient de soutenir sa thèse à Paris I : « Cité des hommes. Le chapitre cathédral Notre-Dame de Rodez (1215-1562) ».

Le séminaire de Jacques Verger et Hélène Millet (6 vendredis par an, 10h-12h à l’ENS rue d’Ulm) change de thème. Après la problématique de la réforme, ce sera désormais « L’Église et les églises ». Les différentes équipes du GDR Salvé seront invitées à y présenter leurs travaux à tour de rôle. Programme envoyé sur demande par Mme Martin. Les Fasti seront sollicités l’an prochain pour traiter de la place du chapitre cathédral dans l’Église d’un diocèse et son rôle auprès des autres églises.

Un cycle de formation à la liturgie comportant des sessions sur le calendrier, la messe et le bréviaire a été donné en 2003-2004 à l’IRHT par Jean-Baptiste Lebigue. Ce dernier serait prêt à le répéter pour l’équipe des Fasti, en l’adaptant à ses problèmes. Comme 24 personnes ont manifesté leur intérêt, un stage jumelé à l’une de nos journées, celle de l’été 2005, pourrait être envisagé à Orléans. La question est à l’étude avec le service formation du CNRS pour trouver un financement. Benoît Jordan se propose également pour présenter une typologie des objets et vêtements liturgiques au Musée d’art religieux de Dijon. Les personnes intéressées par tous ces projets sont priées de se manifester auprès de Mme Martin (en remplissant le bulletin prévu à cet effet).

I. La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrale, par J.-P. Brelaud

Le chapitre collégial de Notre-Dame de Beaune, au diocèse d’Autun, est une communauté numériquement importante, dotée d’un temporel étendu, et surpassant en richesse et en prestige plusieurs chapitres cathédraux des alentours. Les chanoines de cathédrales se sont-ils intéressés à Beaune en raison de son prestige, ou ont-ils eu tendance à être écartés par un recrutement avant tout local favorisé par la pratique de la cooptation ? Une dichotomie dans la documentation, fondée sur des sources locales pour le XVe siècle, et essentiellement pontificales (sondages dans les éditions de lettres communes de quelques papes) pour le XIVe, conduit à ne formuler que des hypothèses provisoires.

L’examen des carrières bénéficiales des chanoines de Beaune conduit à identifier 116 chanoines ou dignitaires de cathédrales parmi les 488 chanoines beaunois actuellement recensés. Ces 116 individus ont en général détenu un canonicat dans une cathédrale voisine, Autun pour 55 d’entre eux, Besançon, Chalon, Mâcon, Langres… Certains sont chanoines dans des diocèses septentrionaux (Thérouanne, Cambrai…), leur carrière devant profiter de l’influence ducale sur ces régions.

La place du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est difficile à déterminer, en raison de dépouillements lacunaires. Dans 15 cas, le canonicat de cathédrale est détenu plus ou moins vite après un passage à Beaune, qui apparaîtrait alors comme un début de carrière. Dans près de 75 % des cas, le canonicat de cathédrale est cumulé avec un canonicat beaunois. Ce cumul entraîne un désintérêt pour les affaires du chapitre de Notre-Dame ; même un doyen comme Jean Ogier parvient à être dispensé de résidence à Beaune. Le canonicat beaunois constitue pour ces individus, qui ont tendance à être plus instruits que leurs collègues « locaux », une étape modeste dans une riche carrière. À l’inverse, certains ecclésiastiques privilégient leur canonicat beaunois en faisant des fondations à Beaune ou en nommant leur neveu à des bénéfices beaunois.

La valeur relative d’un canonicat beaunois par rapport à d’autres canonicats est difficile à déterminer. D’après la taxation pour les décimes, ils sont aussi prestigieux sinon plus que les canonicats de sièges épiscopaux environnants. En outre, la collégiale est l’une des plus touchées par les collations pontificales, avec ou sans expectative, sous Jean XXII. Cependant, les permutations réalisées consistent rarement en un échange pur et simple de canonicat beaunois contre un canonicat de cathédrale (ou l’inverse). Soit le canonicat beaunois est accompagné d’un lot de bénéfices divers (cures, chapellenies…), soit l’individu concerne son canonicat de cathédrale et échange son canonicat beaunois avec un ou plusieurs bénéfices mineurs. En outre, les individus qui obtiennent du pape un canonicat et, parfois, une prébende à Beaune ne sont que très rarement titulaires d’un canonicat dans une cathédrale. Enfin, peu de chanoines beaunois sollicitent un canonicat de cathédrale, en particulier sous Urbain V : sont-ils satisfaits de leur sort, ou contraints par la discipline du chapitre, ou bien sentent-ils qu’ils ne peuvent obtenir autre chose ?

Ainsi, la place modeste du canonicat beaunois dans la carrière des chanoines de cathédrales est malgré tout réelle, et les détails fournis par des sources beaunoises d’une grande richesse peuvent intéresser les études sur plusieurs diocèses.

Question/Réponse : À la suite de cette communication, Véronique Julerot se demande si les exemptions n’arrivent pas à Beaune assez tardivement. Vincent Tabbagh ajoute qu’elles concernent tôt les cathédrales mais de manière plus variable les collégiales. Hélène Millet demande si, par leur cursus, certains chanoines se distinguent. Jean-Pierre Brelaud répond qu’il s’avère difficile de le déterminer et que, globalement, leur niveau intellectuel semble surtout meilleur au XVe siècle.

II. Les transformations du recrutement canonial autunois du XIe au XIVe siècle, par Jacques Madignier

C’est au IIIe siècle que l’organisation épiscopale s’établit dans la confédération éduenne qui fut rapidement assimilée au diocèse d’Autun (episcopus civitatis eduensis). Les contours de la communauté cléricale vivant dans l’entourage de l’évêque se dessinèrent à partir du VIIe : en 677, elle comptait une quarantaine de membres ; au milieu du IXe, une cinquantaine, ce qui la situait au niveau de celles de Langres (48), de Paris (50), d’Auxerre (59). Aux XIIe-XIIIe siècles, le chapitre autunois regroupait 48 prébendes, avec prébendes doubles pour le doyen et le chantre. Parmi ces 48 prébendes, 10 étaient réservées aux dignitaires. Durant les XIe et XIIe, le rôle et la place de chacun de ces dignitaires se transformèrent en particulier lors de la séparation de la mense épiscopale et la mense canoniale : doyen et chantre furent portés à la tête du chapitre ; les deux prévôts de Sussey et de Bligny, les quatre archidiacres d’Autun, d’Avallon, de Beaune et de Flavigny rétrogradèrent, ce qui occasionna de multiples conflits de prérogatives entre les uns et les autres ; les deux ultimes dignités étaient confiées aux abbés de deux abbayes sécularisées, celles de Saint-Étienne et de Saint-Pierre l’Étrier ; le sénéchal fut exclu du rang des dignitaires pour n’être que le majordome de l’évêque.

Les travaux conduits par Jacques Madignier, dans le cadre d’une thèse de doctorat sous la direction de Vincent Tabbagh ont permis d’établir une liste de 760 chanoines (54 pour le XIe ; 141 pour le XIIe ; 215 pour le XIIIe et plus de 240 pour le XIVe) et de mettre en évidence les structures et les transformations du recrutement canonial autunois.

1. La cohérence du recrutement du XIe siècle au XIIIe siècle : durant ces trois siècles, le recrutement du chapitre cathédral resta presque immuable ; cela s’expliquait par la collation de l’ordinaire, partagée entre le chapitre et l’évêque : au chapitre revenait le droit de nommer le doyen, le chantre et les chanoines ; à l’évêque, le droit de choisir les 8 autres dignitaires. Les chanoines autunois étaient très majoritairement issus des lignages nobles de Bourgogne (85 % des chanoines à l’origine sociale connue), ce qui n’excluait pas qu’il y ait eu quelques chanoines d’origine urbaine, venus des cités d’Autun, de Beaune, de Semur… Aux XIe-XIIe siècles, le recrutement des dignitaires se faisait dans les familles ducales et comtales ou chez leurs alliés les plus proches (les lignages de Bagé, de Mont-Saint-Jean…) ; les simples chanoines se recrutaient dans la petite noblesse proche de la cité autunoise. Au XIIIe siècle, le recrutement s’élargit aux clans familiaux qui tenaient châteaux sur l’arrière côte bourguignonne et en Auxois : les lignages de Vergy, Corrabuef, Châteauneuf, Sully, Marigny, Arcy, Pouilly… fournirent nombre de dignitaires ; le moindre cadet de miles tenant maison forte dans le diocèse pouvait devenir chanoine. Durant ces trois siècles, une dizaine de familles assurèrent leur mainmise sur le chapitre et en particulier sur les dignités ; l’ouverture sociale restait limitée, car tout chanoine avait le constant souci de pérenniser la présence de sa famille (la moitié des membres du chapitre d’origine connue avait un parent au chapitre). Par conséquent le recrutement géographique était étroit (85 % des chanoines à l’origine connue étaient issus du diocèse) ; les rares « étrangers » venaient des diocèses voisins, prioritairement des diocèses de Chalon sur Saône, de Mâcon, de Langres, de Besançon. La formation tant religieuse qu’intellectuelle était faible. La plupart des chanoines d’Autun étaient de simples clercs et ce n’est que sous la pression des papes (Alexandre IV) que leur niveau s’éleva, que la part des prêtres tendit à s’accroître. Au final, les carrières canoniales autunoises réservées aux cadets des clans aristocratiques bourguignons, étaient très stéréotypées. Les plus hauts dignitaires aspiraient à briguer le siège épiscopal (au XIe, 100 % des évêques étaient issus du chapitre ; au XIIe siècle, 60 % ; au XIIIe siècle, 50 %). L’ambition des autres chanoines était très réduite : les cumuls étaient rares et l’aventure au service des puissants ne les tentait guère.

2. Les bouleversements du recrutement au XIVe siècle : à partir de la fin du XIIIe, la rupture de conjoncture, la montée en puissance des pouvoirs laïc et pontifical, l’émergence d’une élite urbaine formée dans les universités firent voler en éclats le modèle autunois. L’irruption de la collation pontificale fut brutale et décisive. Elle s’imposa d’abord à l’occasion d’élections épiscopales litigieuses (1283, 1298), puis s’attaqua aux dignités et canonicats. Les interventions furent massives sous Jean XXII (moyenne de 5,5 par an) et sous Grégoire XI (moyenne de 4,5 par an). Cela conduisit à un glissement des aires de recrutement : le recrutement local déclina (43 % au XIVe) et se redéploya à travers le diocèse ; le recrutement s’ouvrit aux diocèses voisins, aux provinces ecclésiastiques du Sud et à l’Italie d’où étaient originaires les protégés des papes. Le recrutement social resta majoritairement aristocratique même si on devine une poussée du recrutement urbain venu des villes méridionales mais aussi des villes du diocèse. Formation religieuse et formation intellectuelle progressèrent rapidement, à la fois sous l’influence des clercs étrangers au diocèse et la volonté d’adaptation et de survie des clercs locaux (28 % des chanoines désormais dans les ordres sacrés, 41 % de chanoines diplômés). Les carrières au service des grands devinrent courantes (cela concernait 41 % des chanoines autunois, 22 % occupant des postes d’officiers, 19 % ayant le statut de familiers). De nouveaux profils de carrières se dessinèrent, largement influencés par la pratique du cumul. On assista à la montée en puissances des carrières protégées, qui concernaient les étrangers à Autun mais aussi les Autunois : en premier lieu, les serviteurs de l’Église : cardinaux (11), serviteurs et officiers du pape (40), serviteurs des cardinaux (20) ; puis les serviteurs des puissances laïques : serviteurs du roi de France (15), du duc de Bourgogne (22). Tout cela n’excluait pas la persistance importante de carrières canoniales locales, aux ambitions réduites au cumul de prébendes de collégiales, de cures, de chapellenies… Alors que l’attraction de la cour bourguignonne et des riches collégiales tarissait quelque peu le recrutement venu de la côte et de l’arrière côte bourguignonne, les chanoines autunois provenaient désormais de l’Auxois, du Morvan et du val d’Arroux… et par leur présence régulière assurait une sorte de stabilité au chapitre. La soustraction d’obédience de 1398 rétablit le système de collation de l’ordinaire et marqua le retour d’un recrutement presque exclusivement local, laissant ainsi le champ libre à l’influence grandissante des ducs de Bourgogne.

III. Quelles sources pour étudier les chapitres de Digne et Riez ?, par Thirry Pécout

Digne et Riez sont deux petits diocèses des Pré-alpes du sud, supérieurs en superficie au diocèse de Vence. Ces diocèses abritent une cinquantaine de paroisses et, à la fin du XIIIe siècle, leur taxation pour la décime est assez basse.

Ces dernières années ont vu un renouveau de la recherche, notamment archéologique. Dans les zones basses se trouvent les vestiges antiques, tandis que la cathédrale médiévale se situe plutôt en hauteur. Pour celle-ci, des travaux de fouilles ont été entrepris à Digne. À Riez, un programme est en cours : principalement axé sur l’Antiquité, il permettra malgré tout d’approfondir notre connaissance de la cathédrale antique et notamment du baptistère entretenus par le chapitre à partir du XIIe siècle.

Les fonds documentaires de ces deux diocèses sont extrêmement pauvres, les érudits modernes et contemporains se révèlent donc tout à fait précieux. À Digne, Pierre Gassendi, précurseur de l’historiographie provençale au XVIIe siècle, a effectivement transmis les archives du chapitre à l’occasion de son installation comme prévôt. Son prédécesseur ayant entrepris de les brûler (certains manuscrits portent sans doute encore les traces de cette tentative), il entreprend un sauvetage ainsi qu’un inventaire des transcriptions de confirmations pontificales du XIIe siècle. Son travail s’avère d’une grande fiabilité. Pour Riez, c’est un prêtre bénéficié qui, avant 1758, s’attelle à cette tâche mais réalise simplement un inventaire de titres récemment découverts et jusqu’alors conservés dans des archives privées, base de sa publication concernant la succession des évêques de Riez. À cette source s’ajoutent également quelques titres dispersés, dans les archives comtales ou dans le fonds des ordres militaires par exemple. Au XIXe siècle, le chanoine Albanès (1897) débute des recherches dans le cadre d’un procès en canonisation d’Urbain V : il mêle foi en l’apostolicité des Églises provençales, légendes magdaléniennes mais aussi une méthode rigoureuse. Les archives départementales des Bouches du Rhône (26 F, fonds Albanès) conservent des liasses de ses notes, dont certaines ont été publiées dans sa Gallia Christiana Novissima ; beaucoup restent toutefois inédites. Il a collecté des actes, des bulles de nominations, toutes ces informations étant présentées sous forme de petites fiches. L’historien dispose donc de sources très éparses, d’autant plus particulières qu’elles ne comprennent pas d’obituaire (perdu, celui-ci a tout de même été consulté par les rédacteurs de la Gallia ; l’obituaire d’Aix peut aussi pallier cette absence ; l’obituaire de Digne a été copié au début du XVIIe siècle). Il reste encore à dépouiller les sources non-locales.

En fait, ces archives locales permettent essentiellement une histoire du temporel. Pour Digne, Thierry Pécout dispose de nombreux statuts provinciaux et capitulaires (de 1214 à la fin du XVe siècle), auxquels s’ajoutent une ordonnance et un registre des sentences du prévôt pour la période 1337-1338, un curieux cartulaire commençant en 1320 par une délibération capitulaire et par une constitution de Jean XXII partiellement retranscrite (Suscepti regiminis). Les actes notariés qui sont assez fournis pour la deuxième moitié du XVe siècle offrent des informations complémentaires. En revanche, il n’existe pas de délibérations capitulaires et, bien que le registre des anniversaires soit actuellement conservé, celui-ci couvre une courte période, mi XVe siècle– mi XVIe siècle. À Digne comme à Riez, le chapitre comporte douze membres au XIIIe siècle avec, le plus couramment, huit présents. Les dignités sont difficiles à déterminer. Le prévôt, qui possède un double suffrage est attesté à la fin du XIe siècle pour Riez et au XIIe siècle pour Digne. Pour cette dernière, un archiprêtre est mentionné vers 1250, mais à une seule occasion. En revanche, des archidiacres sont attestés dans les deux chapitres au XIIIe siècle. À Riez, l’archidiacre apparaît toujours avec les chanoines, comme un membre parmi d’autres. À la fin du XVe siècle, se note la présence d’un sacriste qui tient aussi la fonction d’official (dont la première occurrence se trouve en 1320). Dès le XIIIe siècle, le chantre est présenté comme un personnage à la formation de qualité.

Le temporel est de constitution récente (à l’instar d’autres diocèses provençaux), beaucoup plus structuré à partir du XIIIe siècle. C’est au cours de cette période que semble s’opérer un véritable tournant en la matière : l’évêque procède à des évictions, sous la protection comtale, à la captation d’héritage, notamment par le biais de chanoines, uniques dépositaires de petites fortunes familiales et locales. Un temporel rural, qui tend particulièrement à se constituer le long d’un axe antique, nécessite par ailleurs, en 1340, une réorganisation.

Thierry Pécout termine son exposé en signalant le renouveau du culte de l’évêque et confesseur fondateur du siège épiscopal de Riez 1230, avec l’acquisition d’un reliquaire de saint Maxime.

Question/Réponse: Cette communication suscite une question méthodologique : quel est l’intérêt d’avoir choisi deux diocèses appartenants à des provinces ecclésiastiques différentes. Thierry Pécout répond qu’il y a, en réalité, peu d’échanges entre les deux, qu’il s’agit davantage d’un choix d’ordre pratique, et que les sources disponibles différentes pour les deux sièges en éclairent les structures de manière complémentaire.

IV. Calendriers liturgiques et inventaires de reliques. Comment les traiter ? L'exemple d'Angers, par Jean-Michel Matz

Il s’agit de déterminer comment le chapitre cathédral peut jouer un rôle dans la vie liturgique. Les manuscrits liturgiques qui constituent évidemment des sources principales posent deux problèmes :

  • un problème d’attribution
  • un problème de datation

Lorsqu’un manuscrit porte un ex-libris, l’attribution à une église particulière est plus évidente, de même que l’étude d’un calendrier peut permettre une telle attribution (exemple à Angers avec la collégiale Saint-Jean-Baptiste).

La présence, l’absence d’un saint récent ou canonisé facilitent par ailleurs la datation d’un manuscrit, que la mention soit d’une première ou d’une seconde main. L’introduction des saints mendiants, des fêtes de saint Louis, de saint Yves (canonisé en 1347), ou encore la translation de saints (ex. : 16 août 1239, translation de saint Maurille) sont également de bons indicateurs.

L’étude de ces manuscrits amène quelques constatations. Jean-Michel Matz observe tout d’abord une augmentation du nombre des fêtes du XIIIe au XVIe siècle : une centaine au XIIIe siècle, environ 250 au début du XVIe siècle. Les fêtes du Christ, de la Vierge (à l’exception de celle de la Visitation car Urbain VI l’institue au cours du Grand Schisme), ainsi que les fêtes des martyrs, ne présentent pas d’intérêt au plan local. Il faut, en revanche, relever les fêtes des évêques angevins : dix sont célébrés, dont saint René qui n’a jamais existé. Importe ensuite le degré de solennité de ces fêtes, dont la hiérarchisation passe par plusieurs procédés à partir du XIIe siècle :

L’utilisation d’une encre de couleur (rouge par exemple), la rubrication indiquant seulement une solennité mais non son degré.

L’introduction plus ou moins tardive des vigiles, la veille, ou d’octaves (ex. : saint Maurice, saint René), pouvant intervenir dans un délai de 5 à 8 jours après la fête.

Les inventaires de reliques sont, avec ces manuscrits, des sources essentielles. À chaque changement d’officier, un nouveau document est réalisé, qui ne pose donc généralement pas de problème de datation et d’attribution (Jean-Michel Matz exclut ici un document de 1211 : cet acte est davantage un procès-verbal ; très incomplet, il suggère une considérable augmentation entre 1300 et 1500, donnant une image fausse de l’état du trésor au début du XIIIe siècle). Ces actes ne reflètent pas, cependant, l’état matériel des reliques : alors que les comptes de la fabrique consignent des réparations faites aux reliquaires, les inventaires n’en font pas mention. Le seul saint récent dans les sources angevines est saint Yves.

Ces reliques nécessitent, par la suite, de déterminer leurs origines (ce sont essentiellement des laïcs qui en font présent, surtout des nobles telle Marguerite d’Anjou, morte en 1482) et d’en dresser la typologie : reliques du Christ, de la Vierge, des saints de l’Ancien Testament, des apôtres, des papes, des évêques, des moines, des femmes, des saints locaux et / ou récents. Jean-Michel Matz constate alors l’archaïsme du trésor de la cathédrale d’Angers, peu riche en reliques et en saints (contrairement aux 250 reliques du Mont-Saint-Michel). Le nombre de saints est toujours inférieur au nombre de reliques ; plus généralement, la part prise par les saints évêques dans un trésor de cathédrale est toujours très variable (20 % à Sens, 14 % à Bayeux).

Questions/Réponses : Les réactions à l’intervention de Jean-Michel Matz sont nombreuses. Les premières interrogations portent sur les chapes et le droit de chape. Dans les chapitres, cet élément vestimentaire très important peut être porté par les seuls chanoines. Vincent Tabbagh souligne qu’à Rouen, il peut être de couleurs très différentes, parfois même aux armes des familles ou selon le goût des chanoines. Cette constatation est confirmée à Angers par Jean-Michel Matz. Les participants remarquent aussi l’existence des fêtes à trois chapes, c’est-à-dire de fêtes où trois chanoines célébrants, en chape, se trouvent au chœur. À Rouen, Reims et à Sens, on ne connaît pas d’expression similaire. À Amiens, au contraire, les sources mentionnent ces fêtes. L’absence de fêtes doubles ou triples des calendriers angevins est surprenante. Certains se demandent également si la cathédrale initie des fêtes ? S’il y a émulation et concurrence avec les collégiales ? Jean-Michel Matz répond qu’il faudrait mettre en évidence une prééminence de la cathédrale et savoir si sa dédicace est fêtée par toutes les églises du diocèse. On remarque l’obligation faite à tous les diocésains de faire un pèlerinage au moins une fois à la cathédrale, rappelée par l’évêque au XIIIe siècle et certainement déjà passée dans les faits. Toutes les processions angevines partent et reviennent à la cathédrale, sans jamais passer par les couvents mendiants, les frères étant même absents des collèges requis. Vincent Tabbagh demande s’il n’y aurait pas un rapport entre les statuts synodaux et le calendrier liturgique de la cathédrale ? À Angers, les fêtes chômées décidées par l’évêque ne semblent pas induire de nouvelles fêtes dans le calendrier.

V. Ebauche de notice institutionnelle pour le diocèse de Tours, par Antoni Rougeaux

Pour sa maîtrise (soutenue la veille) sous la direction d’Hélène Millet et Jean-Philippe Genet, Antoni Rougeaux a repris le dossier des chanoines de Tours commencé par Philippe Maurice dans le cadre d’une bourse post-doctorale. Il présente les problèmes auxquels il a été confronté. La principale difficulté a été de déterminer qui était ou non dignitaire, notamment les archiprêtres. À Tours, le chapitre semble comporter huit dignitaires. Pour établir la liste des dignitaires (8 ?), Antoni Rougeaux avait des sources contradictoires. Il semble que quatre archiprêtres aient été officiers mais non dignitaires, à la différence du grand archiprêtre de Tours qui était quant à lui un dignitaire.

Question/Réponse: Vincent Tabbagh remarque que les archiprêtres sont assez rares en France du Nord. À Tours, les sources ne mentionnant jamais les doyens ruraux, les archiprêtres occupaient probablement aussi cette fonction.

Compte rendu établi par Delphine Lannaud et Jean-Pierre Brelaud, relu pour ce qui les concernait par Jacques Madignier, Jean-Michel Matz et Thierry Pécout.