CR 3 juillet 2000

Compte rendu de la réunion de l'équipe des Fasti du 3 juillet 2000

 

Informations générales

La réunion du 3 juillet dernier se tenait exceptionnellement aux Archives Nationales à Paris où nous avons été accueillis par Bruno Galland qui a rappelé les liens étroits qui ont uni, dès l’origine, les Archives Nationales et Départementales de France à l’équipe des Fasti. Hélène Millet a ajouté, dans ses mots de remerciement, que l’enquête menée auprès des Archives Départementales lors du démarrage de l’entreprise des Fasti avait obtenu 70 % de réponses et que l’aboutissement le plus achevé de cette collaboration était le travail d’Henri Hours sur le diocèse de Besançon.

Le groupe de recherche Gerson organise les 28-29 septembre 2001 un colloque international à Orléans sur le thème des sources religieuses, en forme de bilan des travaux effectués par le groupe depuis sa création. L’équipe des Fasti y aura 1 heure et demie de parole pour présenter ses recherches. Ce colloque sera accompagné d’une école d’été à Saint-Etienne plus particulièrement destinée aux doctorants, sur le même thème, à la fin du mois d’août 2001.

En ce qui concerne les Fasti, le CD-Rom destiné à rassembler tous les volumes avance à grands pas. La base de données Access qui cumule toutes les informations contenues dans les volumes édités à ce jour, offre les notices de 4221 individus dont 128 appartiennent à plusieurs diocèses. Dans la perspective de ce cumul des données, il faudra désormais préciser, dans le champ "offices", dans quel diocèse l’office a été exercé. Même chose pour les références bibliographiques : il faut préciser dans quelles archives départementales sont conservées les sources ou dans quelle bibliothèque municipale.

Les abréviations subissent aussi quelques modifications :

  • pour les fichiers d’Avignon, supprimer l’abréviation gr qui renvoyait aux lettres communes de Grégoire XI. Noter désormais LC GXI comme pour les autres lettres pontificales.
    Supprimer l’abréviation u qui renvoyait aux suppliques d’Urbain V et noter Sup 32, 4356, 32 étant le numéro du volume et 4356, le numéro d’enregistrement par l’équipe d’Avignon.
  • pour les autres suppliques, noter Sup 87 f°56, 87 étant le numéro du volume et 56 le numéro du folio.

Enfin, Vat est à remplacer par ASV (Archivio Segreto Vaticano) pour ne pas être confondu avec la Bibliothèque Vaticane.

La consultation du CD-Rom permettra l’accès aux notices écrites en clair, à la notice d’un individu mais aussi à une population triée en fonction d’un ou de plusieurs critères de choix. La maison Brepols estime que le CD-Rom pourra voir le jour quand 8 volumes auront été réalisés ce qui porte le délai à 6 ou 8 mois.

Notice institutionnelle du diocèse d’Orléans, par Charles Vulliez

Avec 275 paroisses, le diocèse d’Orléans est modeste en superficie. Il comprenait cinq archidiaconés à l’époque médiévale dont la liste la plus ancienne date de 1021 : Pithiviers, Sully, Sologne, Beaugency, Beauce. Sa situation est néanmoins intéressante car il fut souvent touché par les collations pontificales et royales si bien que la circulation des personnes y était intense. Cela était encore accentué par le fait que la ville d’Orléans abritait une université depuis le deuxième tiers du XIIIème siècle.

Les sources sur le diocèse d’Orléans ont souffert de graves destructions à l’époque moderne et encore à l’époque contemporaine. La majorité des archives qui subsistent ont survécu grâce aux copies et aux éditions du XIXème siècle. A signaler néanmoins un registre de réception des chanoines et de conclusions capitulaires couvrant les années 1444-1479. Etant donné l’état actuel des sources, une grande partie du chapitre cathédral d’Orléans peut être reconstituée pour le XIIIème siècle, ce qui sera beaucoup plus difficile pour la période 1330-1440.

Les prébendes du chapitre tombaient donc souvent sous le coup de la régale temporelle et spirituelle et beaucoup des membres de l’entourage royal furent chanoines d’Orléans. Il semble que la non résidence ait été un problème majeur au XIVème siècle si bien que les chapelains puis les chanoines dits " mamertins ", non capitulants, furent créés pour suppléer les défaillants. Le nombre des prébendes fut fluctuant pour atteindre celui de 56,5 prébendes au XVème siècle. Malgré la proximité de l’université de droit civil, il ne reste que 300 manuscrits de la bibliothèque du chapitre, conservés à la Bibliothèque municipale d’Orléans.

 

La bibliothèque d’un chanoine humaniste, par Anne-Marie Chagny-Sève et Geneviève Hasenohr

Roger Benoiton fut chanoine de Clermont au XVème siècle. Berrichon d’origine, il fit des études de droit à Orléans et arriva à Clermont vers 1435, grâce à l’évêque d’alors, Martin Gouge, qui en fit son secrétaire. Il cumula d’autres prébendes, à Bourges, à Chartres mais c’est à Clermont qu’il s’installa véritablement puisque sa famille habitait la ville, qu’il était aussi chanoine de Notre-Dame du Port, qu’il acquit patiemment un solide patrimoine en Auvergne et qu’il remplit diverses fonctions au chapitre cathédral dont il s’acquitta avec méticulosité. Car Roger Benoiton était un esprit remarquable, ce qui lui valut d’être notaire et secrétaire du roi de 1440 à 1461 environ et ce qui explique la richesse de sa bibliothèque dont on a conservé l’inventaire dans un gros registre rédigé par lui et destiné à faciliter la gestion de ses biens, de toute nature.

Les quatre folios qui contiennent cet inventaire représentent une source exceptionnelle. Ils nous apprennent que Roger possédait 270 volumes ce qui apparente sa bibliothèque à celle d’un prince comme Charles d’Orléans, alors que le nombre moyen de livres possédé par un chanoine au XVème siècle oscille entre 5 et 30. Le classement des livres par discipline montre que Roger avait une prédilection pour le droit canon et pour la théologie mais qu’il s’intéressait aussi à tous les autres grands champs intellectuels de l’époque. Cette curiosité se doublait d’un goût prononcé pour le livre lui-même. Il possédait une trentaine d’incunables et, caractère remarquable, il s’agit souvent des éditions les plus précoces ce qui laisse supposer qu’il était en contact étroit avec le milieu des imprimeurs parisiens mais aussi provinciaux et étrangers dont les réseaux de diffusion fonctionnaient très bien pour approvisionner ainsi une bibliothèque clermontoise. Son intérêt pour les poètes classiques, les auteurs italiens contemporains et les ouvrages de pastorale permet de le situer parmi les humanistes, au meilleur sens du terme.

Notice institutionnelle du diocèse de Mende, par Philippe Maurice

Le diocèse de Mende, dans le pays de Gévaudan, est un petit diocèse de 197 paroisses environ. C’est l’évêque de Mende, comme comte du Gévaudan qui est le plus grand propriétaire foncier, en pariage avec le roi de France depuis 1307. La cathédrale est dédiée à Notre-Dame et à saint Privat, premier évêque du lieu. Le chapitre cathédral, lui aussi très possessionné dans la région, suit la règle de saint Augustin depuis 1123, avec pratique de la vie commune jusqu’en 1222. C’est un petit chapitre de 15 prébendes où la collégialité est souvent de règle pour l’exercice des dignités et l’unanimité pour l’élection de l’évêque quand le pape ou le roi ne s’emmêlent pas. La cathédrale abrite aussi une communauté de clercs et de prêtres appelés choriers , fort nombreux comme souvent dans cette partie de la France, qui a une existence autonome malgré sa soumission au chapitre. Cette communauté possédait une bibliothèque qui complète celle du chapitre (de 140 volumes en 1380) mais aussi celle du collège de Tous Les Saints et celle de la chapelle Saint-Vincent qui avait 60 livres en 1483, conservées dans le cloître, dans le clocher et aussi dans la cathédrale.

Si la reconstitution du quartier canonial s’avère difficile du fait de la destruction de la cathédrale au XVIème siècle et de l’absence de fouilles archéologiques sérieuses, le diocèse de Mende nous apprendra beaucoup au sujet de la conservation des reliques, ouvrant la voie à de semblables études pour d’autres diocèses. Ces études pourront porter sur les donateurs des reliques et des reliquaires (dont Urbain V à Mende), sur le rapport entre les reliques conservées et le degré de sollenité des fêtes dans le calendrier liturgique du diocèse.

Notice institutionnelle de Montauban, par Emmanuel Moureau

Le diocèse de Montauban doit sa création tardive au pape Jean XXII en 1318. C’est l’abbaye Saint-Théodard qui devient alors le chapitre cathédral. L’organisation de ce chapitre est connue en détail pour le XVème siècle grâce à une source exceptionnelle constituée par une enquête réalisée en juin 1447 dans le but de réformer le chapitre. Menant une vie régulière jusqu’en 1524, le chapitre s’organise en 5 grands groupes : les administrateurs et responsables que sont l’évêque, le prieur -mage et le prieur caustral, les officiers au nombre de 5 (camérier, infirmier, sacriste , chantre , aumônier), les prieurs bénéficiers issus d’établissements ecclésiastiques voisins (Saint-Martial, Albefeuille, Saint-Pierre de Campredon, Montalzat et Saint-Jacques de Montauban), les moines claustraux qui étaient 20 à la fin du XIVème siècle puis 10 et enfin, les donats, oblats et convers. Il y avait une enceinte canoniale autour de la cathédrale Saint-Théodard jusqu’en 1561, date où celle-ci fut rasée et chaque chanoine y avait une maison dès 1320. Ce quartier a été fouillé en 1909 mais il n’en reste que peu de vestiges.

Présentation des fonds utiles aux Fasti, par Bruno Galland

Les Archives Nationales ont été constituées à la Révolution par deux grands fonds : les archives centrales de l’Etat et des organismes nationaux et les fonds concernant la ville et la région de Paris si bien que l’on y trouve, pour les établissements ecclésiastiques parisiens, des sources équivalentes à celles qui sont classées dans les séries G et H au sein des Archives Départementales. Cette masse fut classée par nature d’informations et chaque série ainsi constituée (documents législatifs, domaniaux, judiciaires, administratifs, etc ...) reçut une lettre de l’alphabet pour les liasses et une double lettre pour les registres. Beaucoup de fonds homogènes furent ainsi dispersés et c’est particulièrement vrai pour les chartriers d’églises et d’abbayes.

 

Sont utiles pour les travaux concernant les Fasti les séries J, JJ, L et LL. La série J, appelée aussi " trésor des chartes ", renferme toutes les archives des rois de France dont certaines, d’intérêt national, sont classées par régions. D’autres sous-séries, toujours en J, sont appelées " mélanges " et contiennent beaucoup de pièces sur des problèmes bénéficiaux : élections d’évêques, fondation, collation, régale, etc ... Les registres JJ sont les registres de chancellerie où beaucoup de chanoines peuvent apparaître à différents titres.

La série L concerne les " monuments ecclésiastiques ". Plusieurs cartons sont regroupés sous le titre d’archevêchés et évêchés, classés par ordre alphabétique et contiennent surtout des notes d’érudits et des copies qui peuvent compléter l’étude d’un chapitre, après le dépouillement des archives locales. La série LL contient, quant à elle, quelques pièces issues de certains chapitres comme des cartulaires mais souvent copiées à l’époque moderne.

Avant toute recherche, il faut consulter deux volumes : l’Etat général des Fonds des Archives Nationales et l’Etat des inventaires, disponibles dans la salle des inventaires du CARAN et progressivement sur le site des Archives sur Internet.

Ce compte rendu a été rédigé par Anne Hubert.

Date réunion
03-07-2000